Presses universitaires de Provence

  • Ce livre propose - pour la première fois - une histoire sur la longue durée des « folies puerpérales » . Les dépressions périnatales frapperaient un nombre important de femmes comme en attestent les manuels de psychiatrie, de pédopsychiatrie et d'obstétrique, ainsi que la pratique clinique des médecins et des psychiatres, psychologues et psychanalystes. Elles sont aussi au centre de politiques de prévention de santé, au regard notamment du risque accru d'infanticide. Diagnostic aujourd'hui au centre des politiques de prévention de santé et de dispositifs biomédicaux d'accompagnement à la maternité, il prend au regard de l'histoire une dimension critique, relevant à quel point on a naturalisé la parentalité. À travers une analyse fine de sources d'archives (dossiers médicaux des malades) et de sources médicales, cet ouvrage permet de combler enfin une lacune historiographique et offre des éléments d'analyse importants pour sortir la maternité d'une histoire positive. À partir d'une perspective de genre, ce livre permettra aussi de nourrir l'histoire de la santé et sera de grande utilité non seulement pour les historiennes et historiens mais aussi pour les professionnels de la santé et les nouveaux parents.

  • Cet ouvrage propose une approche originale de la politique de séparation mise en oeuvre par Israël en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Si la construction du Mur, lancée en 2002, a parfois été envisagée comme la création d'une frontière, la poursuite de la colonisation et les redéploiements de l'armée des deux côtés du Mur ont au contraire renforcé l'imbrication des espaces israéliens et palestiniens en Cisjordanie. Cette politique n'a donc pas créé de frontière, au sens classique de frontière-ligne de l'État moderne, et n'a pas séparé deux territoires : elle a dissocié les mouvements des populations palestiniennes et israéliennes, et profondément transformé leurs relations et interactions. À travers quinze enquêtes de terrain conduites par des historiens, des anthropologues, des géographes des politistes et des sociologues, ce livre décrypte le régime d'occupation israélien et les frontières, à partir de la façon dont elles fonctionnent, en organisant des flux de circulation. Décloisonnant les champs des études israéliennes et palestiniennes, il propose une perspective intermédiaire entre une approche institutionnelle et un regard anthropologique portant sur le vécu des Palestiniens, sur leurs adaptations et détournements des mécanismes de contrôle. L'élargissement de l'analyse aux expériences des Palestiniens du Sud Liban, des Libanais de Galilée, et des migrants venus d'Afrique et d'Asie montre la dimension globale du régime d'occupation israélien actuel.

  • fÀ la période charnière de la crise révolutionnaire, l'ouvrage questionne le rôle politique des femmes dans un moment propice à la transgression des normes. La Révolution a été considérée par la majorité des historiennes du Gender comme le tournant critique des rapports entre la République et les femmes. Les fonds d'archives provençales et comtadines et l'historiographie locale sont revisités en fonction du rôle des femmes dans l'espace public en situation de crise. Les pratiques politiques féminines sont d'abord étudiées dans la conflictualité d'Ancien Régime utilisée comme moyen d'expression politique. Malgré le refus des droits politiques, la période révolutionnaire voit des femmes patriotes s'affirmer comme membres du Souverain, en militant dans des clubs féminins ou mixtes, participant aux journées révolutionnaires et aux politiques de Terreur. D'autres Provençales et Comtadines se mobilisent pour résister au monde nouveau qui se crée et sont victimes de leur engagement. À côté des femmes agissantes que révèlent les archives, les sources montrent l'importance du rôle des représentations - des furies de guillotine aux victimes de la Révolution mises en valeur par le camp conservateur. On constate l'influence de ces représentations sur l'évolution des options collectives et leur enracinement géographique, ainsi que sur la place des femmes dans le champ du politique jusqu'à nos jours.

  • Cet ouvrage analyse la formation des rites et traditions dans la Provence de la fin du Moyen Âge, puis leur évolution et parfois transformation en mythe. Ainsi l'entrée royale dont le rituel s'inspire de l'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux s'enrichit au xvie siècle d'un décor d'arcs de triomphe qui développent un discours historique à la gloire du souverain. Ainsi la procession de la Fête-Dieu d'Aix, cortège modeste et pieux à ses débuts au xive siècle, devient, à partir du xvie siècle une parade bruyante et colorée, rythmée par la représentation de tableaux vivants, les « jeux » attribués sans raison au roi René. Un second ensemble d'études s'organise autour des histoires anciennes de la Provence et la constitution de l'image de deux personnages devenus de véritables figures légendaires, la reine Jeanne et le roi René, donnant lieu à une tradition narrative qui parasite encore aujourd'hui l'histoire. Un dernier ensemble d'articles s'attache à quelques récits apocryphes incrustés dans la mémoire collective et que l'on voit périodiquement resurgir : la légende du juif blasphémateur écorché vif à l'entrée de la Juiverie d'Aix, la bénédiction des calissons d'Aix, récit apocryphe à la limite du canular, fabriqué au milieu du xxe siècle...

  • De 1939 à 1944, de nombreux camps d'internement existèrent dans l'actuelle région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le camp des Milles, près d'Aix-en-Provence, occupa, avec ses « annexes », plusieurs fonctions : camp d'internement pour ressortissants du Reich en 1939-1940, centre de transit pour étrangers désireux de quitter la France, lieu de regroupement des juifs étrangers raflés de l'été à l'automne 1942. À partir de sources peu explorées, cet ouvrage fait le point sur cette galaxie de l'internement et sur son rôle dans l'exclusion et les transferts des juifs en zone Nord, à destination des camps d'extermination. Avant novembre 1942, ces transferts furent pris en charge par les autorités vichystes. Ils s'accentuèrent après l'occupation avec de fortes différences entre l'attitude des autorités allemandes et italiennes. Témoignages et documents inédits complètent les analyses historiques.

  • Rien n'est plus difficile que d'appréhender ou de présenter des cultures aussi singulières, multiformes et instables que celles qui forment le Brésil. À cela s'ajoute la difficulté de retenir, ne serait-ce que pour un seul instant, le caractère insaisissable du phénomène théâtral. Parler de théâtre brésilien n'eût été rien moins qu'une manière arbitraire de prétendre à une unité qui ne tient pas au regard de l'histoire théâtrale et politique du Brésil. Recourir au pluriel dans le titre de cet ouvrage scientifique Les théâtres brésiliens correspond donc à une façon de nommer une hétérogénéité historique, anthropologique, esthétique, scénique et poétique, à l'intérieur même de São Paulo. Revenant sur l'hétérogénéité des influences esthétiques et idéologiques qui ont marqué la pratique théâtrale, du théâtre de Brecht à l'influence de la performance, cet ouvrage collectif revient sur une histoire du théâtre qui commence dans les années 1960 jusqu'à nos jours. En sollicitant les universitaires de l'USP, ainsi que les figures centrales de la mise en scène et de la pratique théâtrale, Les théâtres brésiliens fait le point sur une activité théâtrale qui concerne aussi bien la théorisation des formes scéniques, que l'activité créatrice d'acteurs et de metteurs en scène contmeporains. Les analyses et les entretiens se lisent alors comme une contribution majeure, faite de témoignages de praticiens et de contributions universitaires, à même de permettre une compréhension de l'histoire politique et scénographique du théâtre du XXIe siècle.

  • Ce livre indique comment, pendant la période française (1830-1962), la population juive d'Algérie s'est transformée par un processus social et politique d'accès à la citoyenneté. Ce processus continu fut largement troublé d'une part par l'hostilité plus ou moins ponctuelle des Français, des Européens de la colonie et des Musulmans, et d'autre part par les polémiques incessantes qui ont accompagné ce passage progressif d'un groupe d'indigènes colonisés en citoyens de la République française. L'ouvrage analyse l'évolution du statut des Juifs entre 1830 (où ils ne sont que des dhimmis) et le décret Crémieux de naturalisation collective de 1870, la « mission civilisatrice de la France » qui s'est accompagnée de l'attachement rapide et définitif des Juifs, l'importance à travers le temps de l'« antijudaïsme » et de l'antisémitisme dans la colonie. Leur inscription dans la sphère française aux XIXe-XXe siècles fait d'objet d'études de cas : les rabbins, les Juifs de Constantine, les interprètes, la vie quotidienne, la presse antijuive. Les textes proposés font revivre leurs identités plurielles : citoyens français, ils revendiquent leur judéité inscrite dans la sphère séfarade, imprégnée de culture berbéro-arabe. La période de la Deuxième Guerre mondiale est abordée à travers les camps d'internement et la présence de Juifs d'Algérie à Marseille. Le livre s'achève avec un regard sur la situation actuelle et des témoignages sur la mémoire de l'Algérie.

  • Entre les années 970, où elle se constitue marquisat, et 1482, date de l'annexion à la France, la Provence s'affirme comme une principauté territoriale à part entière, à l'identité fortement marquée. Des hommes et des femmes, traversent cette histoire : l'abbé Isarn de Saint-Victor, porte-parole de la Paix de Dieu, le brigand Raimond de Turenne, chef des grandes compagnies, le roi René, généreux mécène, mais aussi Teucinda, fondatrice de Montmajour, la comtesse Béatrice, héritière convoitée par de nombreux prétendants, ou la reine Jeanne soumise à une double légende dorée et noire... Ces personnages apparaissent comme les types de groupes sociaux en pleine transformation : comtes chaque jour plus puissants, guerriers à leur service féodal ou en révolte ouverte contre eux, seigneurs affirmant l'indépendance de leurs châtellenies, marchands citadins traitant avec l'Orient, paysans asservis luttant pour leurs libertés ou ordres monastiques nombreux et divers. Connaître en profondeur et expliquer cette société est le but du présent ouvrage, qui intègre les progrès remarquables accomplis récemment par la recherche historique sur la Provence médiévale.

  • Comment l'incorporation des ancêtres, qu'elle soit matérielle ou symbolique, peut-elle participer de l'identité du « moi » sans envahir le corps et l'âme de l'individu qui les porte ? La question des origines travaille en profondeur le processus de construction identitaire que ce soit à l'échelle des individus ou à l'échelle collective. Le rapport à l'ancestralité, comme chaîne de relation entre le passé et le présent, peut alors s'articuler au paradigme généalogique qui imprègne de nombreuses sociétés, pas seulement les sociétés « premières » - même si c'est sur ce terrain que les anthropologues ont d'abord investi cette notion - mais aussi les sociétés occidentales. La pensée de ce lien a une histoire savante et génère des pratiques sociales, qui impliquent les conceptions historiques de l'hérédité, de ses représentations et de son rôle dans la construction de l'individu en société. Le point de départ de notre réflexion porte ici sur la nature des récits généalogiques en tant que configurations narratives de l'identité des acteurs sociaux, du Moyen Âge à l'époque contemporaine. Cet ouvrage, ouvert à l'interdisciplinarité dans un souci diachronique de contextualisation du rapport aux ancêtres, cherche ainsi à comprendre comment l'ancrage de l'individu dans des existences passées peut être approprié par le sujet historique, à l'interface de l'économie psychique et de la vie sociale.

  • Moins médiatisée que la révolution digitale, une autre révolution, plus discrète et pourtant tout aussi bouleversante pour notre monde, s'est opérée au cours des dernières décennies : celle de la logistique. L'ouvrage revient sur cette « logistisation » du monde, à travers 56 chroniques. Destinées à un grand public, elles ont été écrites par des chercheurs du CRET-LOG, qui constitue le principal centre de recherche en logistique en France. Rédigées dans un langage clair, ces courtes chroniques donnent au lecteur les clefs pour comprendre de manière globale et systémique la révolution logistique. Les chroniques sont réunies en huit parties, qui couvrent tout le spectre de la logistique contemporaine : son omniprésence et son universalité son rôle stratégique pour les entreprises sa place de support à la consommation l'industrie logistique qui la sous-tend la façon dont elle crée de la valeur son rôle de levier vers un développement plus durable les enjeux politiques de la logistique les liens industrie-recherche en logistique. L'ouvrage a l'ambition de médiatiser et diffuser largement la pensée logistique auprès du grand public et intéressera tous ceux qui veulent comprendre les évolutions de notre monde.

  • Une décapitation est atrocement visuelle : la tête, coupée de son corps, exhibe la mort. Tenue par les cheveux, brandie, elle se montre, fascinante, épouvantable. Du corps entier au corps morcelé, tout paraît de l'ordre d'un visible excessif. Cette terrible visibilité, sa teneur spectaculaire, semblerait alors expliquer la prolixité des représentations de décapitations, que ce soit en littérature ou en peinture. Pourtant, entre le corps entier et le corps morcelé, l'instant du trépas, c'est-à-dire la décapitation en elle-même, est imperceptible. Si la mort par décapitation se perçoit, s'exhibe même, le mourir arrive trop rapidement pour être perçu : l'excessive visibilité est perturbée par un instant qui, lui, ne se voit pas. Ce paradoxe se trouve inscrit dans les oeuvres, où une ellipse récurrente absente l'instant, laissant seuls le moment précédant juste la décapitation, la victime tendant le cou, et celui lui succédant, la tête décollée. L'imperceptible laisse alors place à l'imaginaire : dans l'instant qui ne se laisse voir, se logerait un entre-deux, le passage entre la vie et la mort. Un doute s'imagine, un mystère se déploie, aussi bien dans la peinture religieuse renaissante, dans les peintures d'histoire du XVIIe siècle que dans la littérature post-révolutionnaire, où, à chaque fois, l'instant ne peut que manquer. Ce n'est donc pas tant à la visibilité qu'à l'irreprésentable de la décapitation que se confrontent les représentations.

  • Entrée en 1481 dans les possessions des rois de France, la Provence a connu aux Temps modernes une histoire riche et complexe que retrace cet ouvrage de référence qui propose une synthèse des connaissances particulièrement attentive aux recherches récentes. La première partie décrit des traits à évolutions lentes, les institutions du « pays » et l'organisation communale, les structures familiales et les groupes sociaux, les paysages ruraux et la hiérarchie des agglomérations, avec le souci de prendre en compte dans sa diversité l'ensemble de la Provence. La seconde partie retrace, depuis l'« union » de la Provence au royaume jusqu'à la Révolution, trois siècles de vie politique, économique, religieuse, culturelle et artistique.

  • Marseille, ville d'immigration, est-elle une ville de batailles ? Ce livre a pour ambition de déconstruire les idées reçues sur les rapports qu'entretiennent les phénomènes migratoires et les affrontements conflictuels, porteurs de violence. Cette vision de la ville comme un terrain d'affrontement aborde la question de la migration comme facteur de violence en explorant la notion de xénophobie, et en quoi elle a été le théâtre de conflits venus d'ailleurs. Se départir d'une lecture stéréotypée de l'histoire marseillaise, c'est peut-être ne pas y voir le récit d'une cohabitation sans heurts, ni celui d'une xénophobie sans cesse renouvelée. Ce faisant, ce livre se veut un examen lucide du cosmopolitisme marseillais du XIXe au XXe siècle.

  • Prix Nobel de littérature en 1997 pour avoir, « dans la tradition des jongleurs médiévaux », rendu « leur dignité aux opprimés » en tournant « le pouvoir en dérision », Dario Fo et son épouse Franca ; Rame ont non seulement rempli leur fonction d'intellectuels par des spectacles offrant satiriquement un miroir déformant de notre société, mais, maniant le monologue avec virtuosité, ils ont été les initiateurs du « théâtre de narration » qui a fait des émules dans toute l'Europe. Des textes comme Mystère bouffe, Mort accidentelle d'un anarchiste, Faut pas payer !, Histoire du tigre, ou les Récits de femmes ont fait le tour du monde. Un ouvrage traçant un itinéraire à l'intérieur de ce parcours hors du commun manquait encore en France. Celui-ci s'articule en trois parties. La première brosse le panorama d'une carrière picaresque ; les deux suivantes sont axées sur les contenus de ce théâtre et sur les techniques spécifiques par lesquelles le message est délivré.

  • Cet ouvrage présente une vision globale des repas officiels des souverains français de l'Ancien Régime. De la préparation culinaire à la décoration du lieu et de la table en passant par les repas et par l'analyse des comportements et des goûts de l'époque, l'étude se situe à la limite entre histoire et histoire de l'art ; il s'agit d'une étude pluridisciplinaire se fondant principalement sur l'iconographie et complétée par des sources manuscrites et imprimées. Cette interdisciplinarité, incluant différentes disciplines et méthodologies des sciences humaines, permet de traiter plusieurs aspects : les coulisses des repas (métiers, préparation culinaire et nouvelle gastronomie française), les repas et leur déroulement (étiquette, civilité, service « à la française », convives, faste et apparat), mais aussi la décoration de la table (lieu des repas, tables, accessoires et mets).

  • Afin de dépasser la dichotomie traditionnelle entre la femme, éternelle mineure, soumise au pouvoir arbitraire et tyrannique de l'homme et la femme rebelle, nous avons isolé plusieurs parcours féminins au sein des archives judiciaires provençales de 1750 à 1850. Au-delà des actes criminels, et des attitudes déviantes, leurs paroles révèlent leur capacité de résistance, certes parfois ténue, à une gestion normative de leur corps et de leurs identités. De la rue à l'espace domestique, ces femmes tentent d'imprimer leurs désirs, leurs volontés dans leurs rapports aux hommes, aux autres. Les stratégies mises en lumière lors de la procédure judiciaire établissent des brèches dans un rituel social normatif. Ces femmes de peu se jouent des représentations de genre pour s'affirmer sous les regards de leur parenté, de leur communauté d'appartenance et face aux jugements des autorités judiciaires. Leurs discours montrent comment elles rusent avec les assignations et les rôles sociaux de sexe. Elles s'expriment dans la violence et le sang, mais également par le Verbe, indice de leur souffrance et de leur refus du mode habituel du « vivre-ensemble ». Jugées contestataires, elles ne défendent parfois que leur intégrité physique des attentats de la misère, du mépris, de la brutalité. Mais pour tous, leur culpabilité reste intrinsèquement liée à leur sexe. Derrière le caractère exceptionnel de leurs crimes se livrent par bribes le quotidien des rapports entre les sexes ainsi qu'une sociabilité pétrie de tensions et de tentatives d'apaisement, de sentiments amoureux et de déchirures affectives.

  • Cinq mille Sans-culottes marseillais, suivis jour après jour, grâce à un exceptionnel bonheur de sources, deux années durant de 1791 à 1793 quand la ville à l'avant garde de la Révolution jacobine «tourne mal», devenue l'un des pôles de la révolte fédéraliste. L'ambition était d'en rendre compte par une approche quantitative de la fréquentation des assemblées sectionnaires. Une enquête de grande ampleur a été menée dans les années 1960-1970, associant au chercheur des groupes d'étudiants. Des obstacles que l'on relate ont fait abandonner le chantier ; l'auteur, mais aussi la démarche historique ont pris d'autres chemins. Ce livre en publie aujourd'hui les résultats. Ce n'est pas seulement un témoignage historiographique que l'on exhume, c'est le fruit d'une recherche sur des chantiers et des problèmes toujours ouverts. L'héritage de l'enquête quantitative n'a pas perdu toute pertinence.

  • Longtemps, la nation a été le lieu par excellence d'un usage intensif de l'histoire. Elle apparaît aujourd'hui comme une échelle parmi d'autres, souvent moins investie que le local ou le régional et fragilisée par l'émergence de niveaux supranationaux. Cette nouvelle configuration bouleverse l'économie des usages de l'histoire. Il en résulte notamment une concurrence des passés tandis qu'un nouveau type d'historicité se développe dans lequel « rendre présent » voire « sortir du temps » l'emportent sur l'esquisse d'un devenir commun et où le patrimonial prend le pas sur l'historique. La situation des historiens professionnels s'en trouve modifiée. Elle est affectée tant par la démultiplication des producteurs d'histoire que par la concurrence des associations à vocation mémorielle ou patrimoniale. Fondé sur une série d'études topiques, l'ouvrage analyse comment s'opère la confrontation des mémoires et des histoires qui singularise la scène contemporaine et les enjeux historiographiques et civiques qui en découlent.

  • Plus de deux décennies après sa mort, Bernard-Marie Koltès continue d'inspirer les metteurs en scène, les comédiens et les universitaires, en France comme à l'étranger. Cette reconnaissance repose pour une large part sur l'équilibre que son oeuvre ménage entre une certaine tradition théâtrale et littéraire, et un goût de l'expérimentation confirmé par les nombreux voyages et par les multiples rencontres, fugitives et intenses, qui ont émaillé sa vie. Un équilibre entre érudition et liberté auquel l'éducation jésuite qu'il a reçue au Collège Saint-Clément de Metz n'est sans doute pas étrangère. Cette écriture est étudiée selon deux grands axes, la dramaturgie et l'intertextualité, par des spécialistes reconnus du théâtre et de la linguistique, et par de jeunes chercheurs dont le regard neuf stimule la lecture d'une oeuvre passionnante.

  • En 2008, un magazine américain publiait un article dans lequel un homme transgenre ayant légalement changé d'état civil, Thomas Beatie, annonçait qu'il était enceint d'une fille. Son histoire a fait rapidement le tour du monde avec un titre mille fois repris : « Le premier homme enceint du monde ». Cet exemple médiatisé de grossesse masculine, qui a fait surgir la question de la parenté transgenre dans l'univers médiatique, n'est que la partie émergée de l'iceberg. D'autres hommes transgenres ont mis/mettent au monde leurs enfants, que ce soit avant ou après leur transition, mais surtout beaucoup de personnes transgenres souhaitent être parents et le deviennent avec ou sans l'aide des nouvelles techniques de reproduction assistée. En proposant de réfléchir sur l'expérience transgenre de la parenté de façon pluridisciplinaire (sociologie, anthropologie sociale, philosophie, psychologie et psychanalyse, médecine de la reproduction, droit, littérature, sciences de l'information et de la communication), cet ouvrage veut prendre la mesure des interrogations qu'elle soulève : comment ces expériences se donnent-elles à voir ? Comment sont-elles traitées et reçues socialement et médiatiquement ? Que nous apprennent-elles sur les pratiques et les conceptions contemporaines du genre, de l'engendrement, de la parenté et en particulier de la filiation ? Sommes-nous capables de relever le défi qu'elles lancent à nos capacités d'appréhension et de compréhension ?

  • Depuis les années 1970, l'institution scolaire est l'objet d'une double critique, concernant les inégalités qu'elle reproduit et sa « distance » avec le monde du travail. « Nouvelle » recette politique censée répondre simultanément à ces deux enjeux, les stages en entreprise sont promus par les pouvoirs publics depuis cette époque. Derrière les discours mythologiques sur l'entreprise-formatrice, l'organisation concrète de cette relation entre l'école et l'entreprise est plus complexe et problématique. Loin de régler les questions d'inégalités, les stages sont l'un des lieux où les processus de discrimination se déploient, engageant directement la responsabilité des agents scolaires, en principe chargés d'assurer la légalité et la pertinence pédagogique de ce cadre de formation. Comment l'institution scolaire appréhende-t-elle ce problème ? Comment les établissements s'organisent-ils face à ces enjeux ? Quelles sont les pratiques des enseignants à l'égard des discriminations en stage ? Et comment les élèves vivent-ils ces expériences de discrimination scolaire ? Fruit d'une recherche au long cours, construite dans une perspective de sociologie publique avec les professionnels au sein de l'institution scolaire, cet ouvrage aborde pour la première fois ces questions. À travers une analyse des rapports de pouvoir entre l'école et l'entreprise autour des stages, il montre comment les discriminations prennent place - et parfois prennent sens - dans les rapports scolaires. Il montre aussi comment l'école contribue à produire les discriminations en stage tout en les niant, ce qui rend compliquée la régulation de ces phénomènes. Phénomènes qui affectent les trajectoires des élèves concernés et minent leur confiance envers l'école publique.

  • Comment la Provence devient-elle française, à l'instigation du redoutable Louis XI ? Quelles sont les convoitises et ambitions royales face aux diverses principautés du Midi provençal, relevant alors de l'empire germanique ? Quels moyens se donne le roi comment use-t-il du Dauphiné frontalier ? Ces questions jusqu'alors peu fréquentées par les historiens trouvent ici de larges éclairages, fondés sur des sources parfois inédites, couvrant une période de quatre décennies (1440-1483) et une zone géographique comprenant tous les États du Midi provençal. Autant de petits territoires porteurs d'enjeux géopolitiques qui mobilisent jusqu'aux grandes puissances européennes. Une attention particulière est portée aux rapports houleux et aux intrigues nouées entre Louis XI et le roi René, avant-dernier comte de Provence, que l'on découvre bien peu conforme à sa légende dorée, mais aussi aux intermédiaires entre deux États sur le point de s'« unir » et aux vecteurs humains de l'influence française dans le Midi. Voici donc le récit d'une étape majeure de l'histoire d'une principauté méridionale qui aurait pu ne jamais devenir française.

  • Située au bord du Rhône et à la limite du Languedoc, Arles est, au XVIIIe siècle, la quatrième ville de Provence. Gagnée par l'épidémie de peste (1720-1721) six mois après Marseille, elle est atteinte et perd un tiers de sa population. Les autorités consulaires mettent en oeuvre les mesures habituelles en temps d'épidémie : interdiction de circuler (mais le vaste terroir agricole arlésien est indispensable à la vie de la cité), ouverture d'infirmeries, soins aux pestiférés, aide alimentaire aux nécessiteux, le tout sur fond de crise financière aiguë. Le très important fonds d'archives conservé permet de suivre pas à pas cet épisode tragique, d'en connaître les acteurs, d'analyser les décisions prises, d'en voir les conséquences. Fait exceptionnel, quatre consuls et trente-cinq conseillers municipaux, dévoués à la population, meurent pestiférés après avoir affronté un soulèvement populaire d'une particulière ampleur.

  • Le Pen Pinter Prize a été remis en 2015 à James Fenton, après Carol Ann Duffy en 2012, Tom Stoppard en 2013 et Salman Rushdie en 2014. Voici le début de l'hommage de Julian Barnes prononcé à cette occasion : « Un poète, librettiste, traducteur, essayiste, journaliste, un poète, correspondant de guerre, chroniqueur politique, correspondant à l'étranger, un poète, voyageur, expatrié, théoricien du "Journalisme crépusculaire" (pour lequel les informateurs sont plus fiables à la nuit tombée), critique d'art et de théâtre, professeur de poésie à Oxford, historien de l'Académie Royale, expert en jardins, un poète, un ami de près de quarante ans - ouf, jusqu'ici pas romancier - mais un poète, un poète, un poète... » En 1978 Nelson Goodman, reformulant la question de la nature de l'art, se demandait : « Quand est l'art ? » L'oeuvre poétique de James Fenton semble poser la question « quand est la poésie ? » : entre témoignage et esthétisme, cette poésie se confronte aux réalités politiques et sociétales de la deuxième moitié du xxe siècle. Elle retrace les bouleversements historiques et les conflits intimes, les doutes et les élans amoureux. Voici les premières traductions françaises de ce grand poète anglais contemporain, présentées en version bilingue et accompagnées d'une étude portant sur l'écriture de James Fenton et sur le contexte historique

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