Presses universitaires de Paris Nanterre

  • Associer la « pédagogie » aux « droits de l'homme ». Le défi est certain. Outre la polysémie qui affecte chacun de ces termes, les liens susceptibles de les unir sont assurément complexes. La pédagogie renvoie communément à l'enseignement, à la didactique, mais nullement au droit, et encore moins aux droits de l'homme. Pourtant, transposer la notion de pédagogie dans le champ juridique s'avère fructueux. Cela conduit, d'une part, à s'interroger sur l'éducation aux et l'enseignement des droits de l'homme. D'autre part, l'idée de promotion et de diffusion de valeurs et de savoirs propres à l'activité pédagogique nourrit l'effectivité des droits de l'homme. Mais l'insertion de la pédagogie dans le monde juridique ne se limite pas à la seule volonté salutaire de faciliter l'accès au droit et d'assurer la démocratisation des droits de l'homme. La pédagogie peut aussi apparaître comme un outil de légitimation et être alors employée pour convaincre un auditoire. Dans les discours doctrinaux comme dans ceux des acteurs juridiques, la pédagogie pourra, tout à la fois, venir servir la cause des droits de l'homme ou apparaître comme une pure façade rhétorique. Face à une telle thématique, ô combien protéiforme et vaste, il est difficile d'épuiser le sujet. Les diverses réflexions et discussions menées dans cet ouvrage ont plutôt cherché à ouvrir des pistes d'analyse, démarche qui n'est pas dépourvue de vertu pédagogique...

  • D'où viennent les zombies ? Ou plutôt d'où reviennent-ils ? À cette question répond une investigation en forme de traversée de l'imaginaire scientifique et artistique du corps humain, de la Renaissance à nos jours. En contrechamp des films qui ont illustré le genre, d'insolites et fascinantes figures se succèdent : les écorchés du De Humani Corporis Fabrica de Vésale (1543), les « corps sans organes » de Deleuze et Guattari, les variations techniques sur l'homme mécanique, des automates de Vaucanson aux pensionnaires sous hypnose de Charcot. Un tel montage fait apparaître, entre les cabinets de curiosités d'hier et les macabres fantaisies zombie d'aujourd'hui, entre les spéculations de la culture savante et les fictions filmiques, de troublants et vivants échos. Et si la mélancolie des motifs funèbres et des Vanités a bien sa place dans cette fable anthropologique et esthétique, la tonalité qui s'en dégage est à l'opposé : rarement ouvrage érudit aura été comme celui-ci soulevé par une écriture aussi limpide et jubilatoire pour dire l'avènement moderne des morts-vivants.

  • Si c'est « malgré tout » qu'il faut défendre la sociologie, c'est malgré ce qu'elle est devenue. Bien loin de ses grandes espérances initiales et des splendeurs que nous ont léguées les Durkheim, Weber, Simmel, Mead, Elias, Mauss, etc. Ce que l'on appelle sociologie s'est peu à peu recroquevillé jusqu'à apparaître comme la « science (ou la pseudo science) des restes », la science de ce dont ne parlent ni les philosophes, ni les économistes, ni les historiens, ni les anthropologues, ni les théoriciens de la littérature, etc. Éclatée en de multiples chapelles théoriques ou idéologiques, privée de colonne vertébrale paradigmatique et institutionnelle, elle ne croit plus pouvoir trouver son unité que dans une référence de plus en plus incantatoire au « terrain » et à l'empirisme, et dans ses querelles infinies sur ce qui fait la bonne méthode ou le bon terrain. La sociologie classique, celle qu'il nous faut faire revivre et actualiser, se présentait tout autrement. Elle revendiquait hautement une approche empirique de la réalité et le souci d'établir des faits, elle aussi, mais elle n'imaginait pas que ce puisse être accompli hors-théorie et sans enjeux normatifs, c'est-à- dire éthiques et politiques... Dit autrement, elle se vivait comme le lieu et le moment généraliste de la science sociale générale. C'est cette sociologie là, autrement dit la science sociale générale, qui nous fait désormais défaut et qu'on appelle ici à renaître de ses cendres.

  • Dans les années 1890, on assiste à une dénonciation croissante des abus de pouvoir en Algérie coloniale. La compétition électorale de la minorité française en est souvent à l'origine. Mais l'attention du Parlement et de la presse métropolitaine grandit pour transformer ces affaires en « scandales algériens ». Ils donnent à voir un système politique et administratif gangrené par la violence, le clientélisme et la corruption qui sont nourris par l'abondance des fonds publics dans une colonie de peuplement boudée par le grand capital. Comme pratique et représentation du pouvoir, l'abus est alors facilité par le droit, la confusion du droit et la défaillance des institutions de contrôle, dans un contexte plus général de sous-administration. Ces données sont parfaitement intégrées par les agents de l'État et l'ensemble des administrés ; elles développent un sentiment d'impunité, des stratégies de participation ou de contournement, propres à faire durer le système.

  • L´histoire des femmes née dans les années 1970, puis le genre, conçu comme un concept et un outil d´analyse quelques années plus tard, ont permis de renouveler l´écriture de l´histoire en reconnaissant le caractère sexué de l´organisation des sociétés humaines et en dévoilant l´inégalité entre les sexes comme produit des relations de pouvoir entre hommes et femmes. Ce livre met au jour la fécondité de cette approche. La diversité géographique - Espagne, Autriche, France et Italie -, chronologique - du xvie au xxe siècle -, ainsi que l´amplitude des questionnements à la fois culturels, religieux, sociaux et politiques nous font comprendre comment les hiérarchies entre les sexes, les rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes, les stratégies des uns et des autres s´élaborent et se transforment selon les enjeux du temps et des lieux. Ce livre nous donne ainsi à lire une autre Histoire. Sont rassemblées ici les communications des enseignant(e)s et des doctorant(e)s présentées à l´université européenne d´été du Doctorat international en histoire des femmes et des identités de genre. Un projet européen auquel participent, aux côtés de l´université Paris Ouest Nanterre La Défense, l´université de Rouen, l´université de Naples-L´Orientale, l´université autonome de Madrid, l´université de Vienne et l´université de Dundee.

  • Les crises écologiques, les politiques pour les contrer, la croissance des inégalités résultant de la mondialisation et des politiques libérales ont revitalisé la notion de justice environnementale. Cette notion veut comprendre les interrelations entre les inégalités sociales et l'environnement : quel environnement, où, ...

  • Ces Éclats de littérature grecque explorent plusieurs facettes des différents genres littéraires de la Grèce ancienne, d´Homère et de ses commentateurs aux textes de la seconde sophistique, mais ce sont aussi les modernes qui, de La Fontaine à Pascal Quignard, font scintiller leur lecture de l´Antiquité. Par ces études, les anciens étudiants, français et américains, de Suzanne Saïd ont voulu rendre hommage à cette helléniste de renommée internationale en lui offrant quelques pages de leurs recherches qu´elle a su, avec tant d´énergie et de générosité, initier, stimuler et orienter. Professeur en France et aux États-Unis, Suzanne Saïd n´a cessé d´ouvrir de nouveaux chemins dans le paysage littéraire de la Grèce ancienne et de contribuer en profondeur au renouvellement des études classiques. Les articles réunis ici sont à l´image du parcours littéraire et philologique qui l´a conduite de la poésie homérique et des mythes grecs à la tragédie et à la comédie attiques, à la philosophie et la rhétorique, jusqu´à la réception hellénistique et impériale de cette culture classique, et ses résonances modernes. Ce volume contient une bibliographie récente des travaux de Suzanne Saïd.

  • Pour Charles Magnin, critique du Globe, le XIXe siècle serait « l´âge de l´esthétique ». Cet ouvrage collectif, centré sur la période romantique, se propose de vérifier cette assertion en étudiant la ruine progressive des poétiques normatives et l´acclimatation en France de cette notion qui fut d´abord allemande. Sous le signe de l´interculturalité, ont été étudiés les modèles germaniques (Schiller, les frères Schlegel, Schelling, Heine), la rémanence d´un sublime de terreur tel qu´il avait été défini par Burke, les passeurs et les divers passages (Mme de Staël), voire l´institution, sous forme de cours privés (Jouffroy) ou publics (Cousin), d´une esthétique à la française. Il fallait scruter à nouveau les essais (Le Génie du christianisme), les préfaces célèbres (Préface de Cromwell, Préface de Mademoiselle de Maupin), les correspondances réelles ou fictives (Lettres d´un voyageur de George Sand) ou bien encore les textes ou les illustrations programmatiques des revues (L´Artiste). Mais il convenait également d´examiner la portée manifestaire d´un tableau ou d´une musique, voire de scruter des manuels de beauté qui codifient l´idée que l´on peut se faire de la distinction corporelle. Cet ouvrage ne s´est pas limité au prescrit, il a surtout pris en compte les moyens indirects par lesquels les oeuvres laissent deviner un système de valeurs, une axiologie relative au beau et au sublime.

  • CE LIVRE EST NÉ DE LA VOLONTÉ DE DÉCLINER une piste que nous n´avions pu aborder dans notre précédent ouvrage, Le Livre et ses espaces, qui envisageait le livre dans sa mise en scène spatiale, réelle et métaphorique, que ce soit à travers l´espace du livre - ses dimensions -, l´espace dans le livre - la typologie de la page -, ou l´espace hors du livre - la bibliothèque par exemple. Dans L´Esthétique du livre par contre, c´est le livre comme lieu d´expériences sensibles que nous souhaitons traiter. Mais que l´on ne s´y méprenne pas ; c´est plus la question de la perception du livre comme objet, industriel ou non, que ses liens éventuels avec la création artistique qui nous intéresse. Et plutôt que d´en rester à la simple analyse du beau livre avec les deux sous-entendus qui l´accompagnent : le beau livre serait le livre d´artiste ou le livre d´art, et l´esthétique du livre l´affaire exclusive des bibliophiles, nous avons préféré partir des perceptions suscitées par l´objet livre pour creuser ses dimensions esthétiques et les impressions qu´il engendre.

  • En 1959, Michel Crozier, Jean-Daniel Reynaud, Alain Touraine et Jean-René Tréanton prennent la responsabilité éditoriale d'une nouvelle revue : Sociologie du travail, publiée aux Éditions du Seuil. La « sociologie du travail » et sa revue éponyme incarnent alors le renouveau de la sociologie française fondé sur la démarche de « terrain » et la confrontation avec la « demande sociale » dans le contexte de la France de la Reconstruction. C'est à ce moment charnière de l'histoire de cette discipline qu'est consacré cet ouvrage. Les auteurs y dressent le portrait d'une communauté scientifique vivante où les sociologues académiques sont dans un échange permanent avec les acteurs sociaux de tous bords : hauts fonctionnaires, syndicalistes, dirigeants d'entreprises. Cet ouvrage est une contribution à l'histoire de la sociologie et de son institutionnalisation, mais aussi à l'histoire des intellectuels et de leur engagement dans la Cité. Les témoignages des quatre fondateurs qui s'expriment avec rigueur et sincérité et qui ne cachent pas leurs désaccords, constituent en eux-mêmes des documents de première importance. Ce livre porte principalement sur l'histoire de la sociologie, mais aussi sur les débats politiques, économiques et sociaux de la France d'après-guerre.

  • Les rapports entretenus par les entreprises avec l´environnement sont multiformes et puisent leurs racines dans la Révolution industrielle. Ils ont fait l´objet d´une attention accrue à partir de la décennie 1960-1970 et plus récemment encore avec les problématiques du réchauffement climatique et les nuisances, dommages et risques dont les entreprises sont potentiellement porteuses. Le modèle de développement qui recherche le profit maximum en un minimum de temps se trouve désormais interpellé, voire remis en cause par les impératifs du développement durable. Ce dernier ne peut en effet s´accommoder que du temps long, surtout lorsqu´il s´agit de préserver les ressources naturelles. En se proposant de sortir du débat classique et souvent stérile qui oppose environnement et entreprises, préservation et rentabilité, cet ouvrage a pour vocation de s´interroger sur les dynamiques existant entre firmes, environnement et territoires. Quelles nouvelles formes de relations sont à inventer pour le siècle qui s´ouvre ? Peut-on concilier compétitivité et durabilité des territoires ? Le développement durable peut-il se transformer en nouveau moteur de l´économie, de la croissance et de l´emploi ? Quels sont les apports de ce débat pour les sciences humaines et, en premier lieu, pour la géographie, qui trouve là un nouveau champ de recherche prometteur ?

  • Cet ouvrage met en question les termes de frontières, de marges et de confins dans une perspective pluridisciplinaire. Il aborde respectivement, l´éthique des frontières, l´espace psychique, l´altérité et les marges telles qu´elles sont vécues et perçues dans les champs de la sociologie, de l´histoire, de l´histoire de l´art et des arts du spectacle. Il interroge également les marginalités créatrices de l´écriture et la représentation des marges en littérature. Témoin de la volonté d´un groupe de chercheurs en sciences humaines de sortir des champs de leur discipline pour esquisser un espace transfrontalier, il inaugure la collection « Chemins croisés ». En faisant émerger de nouveaux objets d´investigation, de nouveaux paradigmes dans une zone frontalière où s´épanouissent les échanges, ces chercheurs souhaitent, tels les drogmans d´antan, servir d´interface en incarnant la fécondité des espaces d´entre-deux dans lesquels s´enrichissent les langues et les cultures. Penser la frontière, les marges et les confins, c´est convoquer la figure de l´étranger, esquisser celle du passeur, dévoiler l´in-su que chacun porte en soi et instaurer des passerelles entre générations et civilisations ; c´est affirmer, pour reprendre les termes de Montaigne, que nous « pensons toujours ailleurs ».

  • Maurice Blanchot et Emmanuel Lévinas ont marqué toute une génération d´intellectuels comme Gilles Deleuze, Michel Foucault ou Jacques Derrida. À travers la question du corps, de l´éthique, de l´amitié, du judaïsme, et du langage philosophique et littéraire, cet ouvrage tente de mieux faire comprendre la complexité de leurs questionnements et l´influence qu´ils ont pu exercer sur la pensée française du XXe siècle. Au-delà de l´hommage lié aux centenaires des naissances de Lévinas (1906) et de Blanchot (1907), c´est toute la question des points de convergences et de dissemblances entre ces deux penseurs qui est abordée ici. Cet ouvrage a été particulièrement soutenu par l´Association pour la Célébration du Centenaire Emmanuel Lévinas (ACCEL), le Ministère de la Culture et par l´UNESCO dans le cadre de la Journée mondiale de la Philosophie organisée en novembre 2006.

  • Qui est philosophe ? Le philosophe de l´époque moderne (XVIe-XIIIe siècles) est une figure mouvante, dont l´activité s´oppose à celle de son prédécesseur, plus enclin à la contemplation de la vérité, ainsi qu´à celle de son descendant du XIXe siècle, professionnel de la philosophie. Le philosophe, tel que l´envisage cet ouvrage, est à la fois personnage fictif, incarnation reconnaissable d´un type ou d´une spécialité, et personnage réel, convoqué dans le récit au gré de l´argumentation. Il peut s´agir de l´auteur lui-même qui tente de se définir comme tel, comme les études sur Hobbes ou Diderot dans ce volume le soulignent. Il peut être question d´un philosophe appartenant au passé, grande figure qui traverse les siècles et les discours, à l´instar de Socrate ou de Montaigne. Il peut encore être question de figures génériques, comme celles que Hume place en face de lui dans ses Essais. La représentation du philosophe peut enfin prendre place dans une construction fictionnelle, philosophe naturel de l´académie de Lagado comme penseur chez Cyrano. S´interroger sur la figure du philosophe dans sa variété méthodologique plus que dans l´exhaustivité d´un inventaire, permet de saisir des modes d´écriture, de comprendre comment la prose devient philosophique : cette figure met en valeur, sur le mode mineur, le travail de la philosophie.

  • De quoi est-il question quand il est question de corps ou de corporéité ? Ontologies du corps est une recherche transdisciplinaire sur la diversité des figures sous lesquelles le corps est conçu, représenté, imaginé, socialisé : corps tombeau, corps machine, corps propre, image du corps, incarnation, chair du monde, corps libidinal, corps-obstacle, corps spirituel, corps à prodiges, corps monstrueux, corps mystique, corps posthumaniste. Dans la perspective de l'anthropologie philosophique, Jean-Marie Brohm rappelle l'importance des thèses fondatrices des auteurs qui ont marqué l'histoire de la philosophie par leurs réflexions sur les modes d'être du corps (Platon, Descartes, Spinoza, Maine de Biran, Husserl, Bergson, Sartre, Merleau-Ponty, Michel Henry). Il convoque aussi les apports décisifs des auteurs qui ont approfondi sa compréhension (Malebranche, Leibniz, Schopenhauer, Paul Valéry, Gabriel Marcel, Paul Ricoeur, Vladimir Jankélévitch). Il propose ainsi une sorte d'histoire philosophique de la corporéité en montrant les implications épistémologiques, politiques et métaphysiques de ces thèses pour les recherches actuelles sur le corps - en sociologie, ethnologie, psychanalyse, médecine, esthétique, bioéthique - toutes liées à des présuppositions ontologiques.

  • Cet ouvrage tend un miroir à facettes multiples, devant lequel chacun peut s'interroger sur son propre rapport au corps, saisi par des injonctions souvent contradictoires : individualisation croissante d'un côté, tendance à l'uniformisation de l'autre. Parallèlement, la régulation globale se trouve de plus en plus structurée en problématiques « santé », inféodées pour partie au pouvoir médical, pouvoir soumis aux mêmes injonctions, édifiées en vérités plurielles, que l'ensemble de la société contemporaine. L'articulation entre sociologie et anthropologie engage une dynamique réflexive qui permet de mettre en lumière à la fois les souffrances et les marges de manoeuvre des acteurs. Quel est le point commun entre la sexualité et... le contact des cadavres ? Entre des pathologies somatiques lourdes, comme le cancer ou le sida, et... la situation carcérale ? Assurément le corps. Qui plus est, le corps mis en péril.

  • Depuis une trentaine d'années, psychologues comparatistes et éthologistes de la cognition ont transformé nos conceptions sur la communication et la cognition de l'animal. Cet ouvrage expose de façon synthétique ces recherches contemporaines. Les fondements historiques sont abordés, en portant une attention particulière à la révolution darwinienne et à ses conséquences sur la continuité évolutive de l'animal à l'homme. Les apports méthodologiques de l'approche béhavioriste et ceux de la psychologie cognitive sont discutés en soulignant les difficultés inhérentes à l'étude des animaux. Les traitements cognitifs de l'environnement physique et celui des relations sociales sont abordés ici essentiellement par le prisme d'études sur les primates. Il s'agit également de discuter la connaissance des états mentaux de ces animaux ainsi que les ressemblances et les différences entre la communication animale et le langage articulé humain. Puis, se pose inévitablement la question éthique liée aux droits des animaux et aux devoirs de l'homme. Enfin, l'intérêt d'une cognition comparée est souligné pour mieux comprendre la cognition humaine, conçue comme le produit indissociable de l'histoire ontogénétique et du passé phylogénétique de notre espèce.

  • À l'occasion des quarante ans de la création de l'université de Nanterre, un colloque international a fait le point sur les transformations des sciences humaines et sociales de 1970 à nos jours. Ce colloque - nécessairement inter- voire transdisciplinaire - a été l'occasion de rappeler que, malgré la perte d'audience des SHS, les évolutions des connaissances qui redéfinissent le monde ont de grandes conséquences sur l'engagement politique et la formation pédagogique et citoyenne. Les participants à ce colloque ont également pu constater que les grands paradigmes du passé - marxisme, structuralisme, fonctionnalisme - se sont enrichis d'autres manières de questionner le monde, en particulier les gender, subaltern et postcolonial studies, et des sciences de la cognition, en plein développement grâce aux progrès des techniques biomédicales. Si les SHS restent indispensables pour l'analyse des relations entre société et individu d'une part, et biologie et culture de l'autre, la prise en compte de certains aspects des sciences de la nature semble aujourd'hui néanmoins nécessaire pour mieux redéfinir l'humain. Enfin, les contributions de ce volume montrent qu'il est encore possible de poursuivre une réflexion épistémologique synthétique permettant de mieux redéfinir le domaine d'analyse des SHS.

  • Aujourd'hui, au Tibet, de nombreuses femmes entrent encore au monastère pour s'adonner à la pratique des enseignements du Bouddha. Quelles raisons les poussent à rompre avec les devoirs d'alliance et d'enfantement imposés aux femmes par cette société ? Quels espoirs les amènent à faire ce choix ? À partir d'une recherche ethnologique menée dans deux monastères, l'un situé au Tibet et l'autre en Inde, cet ouvrage décrit et analyse la façon dont les nonnes envisagent, construisent et organisent leur vie communautaire. Il rend compte des changements importants qui caractérisent le monachisme féminin, notamment depuis le renouveau religieux des années 1980. À travers les thèmes du genre, de la maladie, de la parenté et des défis lancés par les mutations contemporaines, c'est toute la société tibétaine actuelle qui apparaît en filigrane.

  • La France d'Ancien Régime était celle de la « gaieté » et de l'« esprit ». Avec la Révolution, commence le temps du rire moderne : d'un rire franc, dévastateur, protéiforme, et faisant flèche de tout bois ( de l'ironie, de la parodie, de la satire, mais aussi des brindille du calembour ou de la bague). Ce rire naît des convulsions de la Révolution. Il sape l'autorité triste des rois de la Restauration. Il triomphe dans le Paris louis-philippard, pour le plus grand plaisir du Bourgeois qui ne se lasse jamais de sa propre caricature. Il constitue le plaisir ordinaire d'une bohème entrée en dissidence contre toutes le formes de sérieux. Il trouve sa consécration sous la Troisième République, avec le Chat noir et ses avatars fin du siècle. Phénomène de société, le rire moderne est au coeur des inventions esthétiques du xixe siècle. Il inspire les journalistes, les poètes, les artistes et le monde de la scène. Il envahit les formes mineures de création culturelle aussi bien que les grandes oeuvres du canon. En voici le premier panorama raissoné, issu du travail collectif de vingt-huit spécialistes, historiens de la littérature, des arts ou de la culture.

  • Les livres sont aussi des bibliothèques. Dans la salle de lecture de celle que constitue celui-ci, on peut croiser, entre autres, Thomas Bernard, Adnré Breton, Blaise Cendars, Pascal Quignard, Pierre Michon ou encore Philippe Soller, qui y forment une petite communauté provisoire. Chacun de ces lecteurs singuliers vient là pour des raisons diverses : pour voyager, dénombrer, rêver ou encore interpréter. On y rencontre aussi l'auteur qui s'interroge sur cette étrange passion - lire - dont il souprçonne qu'elle cache quelque chose. Il semble que chacun de ces lecteurs ait trouvé dans le livre un objet d'amour. Un objet d'amour qui en remplace un autre.

  • La collection est l´une des grandes passions du XIXe siècle. Elle prend les formes les plus diverses : accumulations sérielles souvent qualifiées de manies (des porcelaines aux timbres-poste) ; collections de livres, d´autographes, d´estampes, à visée plus érudite ; collections sélectives d´objets d´art ; compositions décoratives fondées sur le seul goût personnel. L´essor et la démultiplication des pratiques de la collection manifestent l´évolution du rapport que l´individu entretient avec les objets (la prolifération des artefacts est contrebalancée par la valorisation symbolique d´un petit nombre d´entre eux), et témoignent aussi d´une inscription repensée dans l´histoire, à travers la reconfiguration de ses traces. Des compilations documentaires établies par les historiens romantiques au symbolisme fin de siècle, l´histoire des genres littéraires permet d´esquisser une véritable poétique de la collection au XIXe siècle. En relation avec les pratiques connexes de la bibliophilie et de l´archéologie, l´évolution de l´histoire se fonde sur l´élargissement de la notion de « document », jusqu´au « document humain » des écrivains naturalistes. L´étude d´un vaste corpus de romans (Balzac, Champfleury, Flaubert, les Goncourt, Zola, Husysmans) permet par ailleurs de voir comment s´opère la gestion de larges systèmes d´objets : atrophie de l´intrigue au profit de structures sérielles, stylistique descriptive de la liste, dont on esquisse ici une typologie. Enfin, à partir de la révolution du poème en prose, la poésie moderne reflète une esthétique du décoratif où l´attention se déporte du sujet lyrique vers l´espace ornemental qu´il habite : précieuse grotte de l´intimité où rayonne finalement le mot bibelotisé (Baudelaire, Mallarmé, Montesquiou, Rodenbach).

  • Le livre est envisagé ici comme étant au départ, sinon à l'origine, des nombreuses variations non seulement du temps vécu, mais aussi de la structure même du temps. Qu'en est-il alors du temps dans son rapport au livre ? Le temps ou plutôt les temps du livre dépendent de l'a priori formel de celui-ci. Si le livre se présente comme une forme spatiale irréductible, un bloc, une forme compacte, enserrant un temps presque apprivoisé, il est aussi un espace poreux. Il est cet espace d'où s'évaporent et s'épanouissent les temps multiples liés à l'histoire, à la mémoire... L'espace du livre se transforme en temps du livre. Le livre serait cette possibilité d'extériorisation du temps propre à la lecture et au lecteur telle qu'elle s'effectue par leur médiation. Il n'est rien d'autre qu'une humanisation du temps. Lire un livre, c'est prendre du temps au temps, devenir humain grâce au temps, c'est produire un temps humain.

  • Les Écrits de Jean Carbonnier, qui furent publiés en octobre 2008 à l´occasion du centenaire de sa naissance, ont fait découvrir à de nombreux enseignants et chercheurs l´ampleur et la profondeur d´une pensée humaniste située à la confluence des différents champs de la normativité et des disciplines collatérales des sciences juridiques. Jean Carbonnier. L´homme et l´oeuvre poursuit et approfondit encore la découverte de cet homme hors du commun et de sa pensée complexe. La singularité, l´innovation et la profondeur des travaux de Jean Carbonnier sont une invitation à faire dialoguer les juristes privatistes, publicistes, comparatistes et internationalistes avec les historiens, sociologues, psychologues, linguistes, ethnologues, philosophes et théologiens. Ce croisement des sciences juridiques et politiques avec les sciences humaines et sociales montre bien toute la force et toute l´originalité de la pensée de ce grand juriste.

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