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  • Le souci environnemental né du constat d'une pression dommageable exercée par les activités économiques sur la biosphère a conduit à la multiplication d'initiatives et de régulations destinées à endiguer les destructions. À la mise en économie qu'effectuent de fait les acteurs économiques quand ils interagissent avec la nature (prélèvement de ressources, transformation des milieux, rejet de déchets, etc.), répondent les efforts de la théorie économique pour penser ces interactions, et l'élaboration d'instruments de politique économique pour les encadrer. Cet ouvrage pluridisciplinaire (économie, sociologie, histoire, études sociales des sciences et techniques) explore les multiples facettes de ces mises en économie de l'environnement (par son exploitation, par la théorie économique et par les politiques environnementales) à partir d'analyses historiques et contemporaines qui en montrent les enjeux, limites et opportunités. Le bilan demeure contrasté, ces différentes façons de faire l'économie de l'environnement pouvant tendre à négliger les spécificités biogéochimiques de la nature jusqu'à faire l'économie d'une prise en compte réelle de l'environnement

  • Les individus modestes sont-ils exclus de la révolution numérique ? On l'a longtemps cru. Ils sont peu ou pas diplômés et exercent des métiers qui ne demandent pas d'usage de l'informatique. Pourtant, ils se sont pleinement emparés d'internet et en ont fait un instrument de leur vie quotidienne. La recherche en ligne leur a ouvert un monde jusque-là hors de portée : elle leur permet de percer le mystère des termes médicaux, leur fournit des armes pour l'aide scolaire aux enfants, leur ouvre de nouvelles activités. Des biens et des services, auxquels il leur était impossible d'accéder avant dans ces zones rurales, sont à portée de clic, à des prix imbattables. Internet est aussi un lieu de parole et de réconfort : dans l'entre soi des comptes Facebook sont confiés aux proches les drames de la vie en milieu populaire - le célibat subi, la perte d'emploi, les incertitudes du travail précaire. Mais cette aventure a un coût. Ces outils, dont le potentiel d'individualisation est fort, fragilisent la vie collective familiale en multipliant les « moments à soi » entre conjoints et en rendant le contrôle de la sociabilité des enfants impossible. Les achats en ligne contribuent à détruire le petit commerce et à désertifier l'environnement immédiat. Les relations électroniques avec Pôle Emploi ou la CAF tournent souvent au cauchemar et transforment l'État providence en État tourmenteur. Fondée sur des entretiens et l'analyse approfondie de comptes Facebook, cette recherche sur les classes populaires non précaires, éclaire la tension constante entre ouverture et risque que représente la course à la modernité électronique.

  • Le réseau «Économie et développement urbain durable» a comme ambition de contribuer au développement de la recherche économique dans le domaine du développement urbain durable en prenant en compte les préoccupations des acteurs socio-économiques (élus, entreprises, associations). Ce réseau rassemble sept équipes de recherche : o le Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED); o le Laboratoire d'économie de la production et de l'intégration internationale (LEPII); o le Laboratoire d'économie des transports (LET); o le Laboratoire ville, mobilité, transports (LVMT); o l'École des MINES ParisTech; o le Département économie et sciences humaines du Centre scientifique et technique du bâtiment; o la Mission climat de la Caisse des dépôts. Ce livre présente les travaux exposés et partagés lors de la deuxième réunion annuelle du réseau en 2010. Ces travaux sont dédiés aux inventaires des émissions urbaines et aux politiques publiques en faveur de la maîtrise de ces émissions dans le bâtiment ainsi qu'à la problématique de l'usage des sols dans le cadre de la mise en oeuvre de politiques publiques des transports.

  • Émeutes de Villiers-le-Bel, affaire Kerviel, péripéties de l´Arche de Zoé, fiasco de la France à l´Euro de football, élection de Barack Obama, crise financière : des sujets qui se bousculent à la une des journaux télévisés, la sociologie a-t-elle quelque

  • En matière d'autisme, l'errance diagnostique reste un phénomène très fréquent mais aussi très éprouvant pour les personnes concernées et leurs familles. Le diagnostic est devenu depuis le début des années 1990 un enjeu central pour l'activisme des parents, la recherche scientifique et l'action publique. Mais comment ce diagnostic est-il concrètement produit en pratiques ? Dans une approche pionnière, cet ouvrage porte précisément sur ce maillon peu étudié par les travaux existants en sociologie de la santé. La question est d'autant plus cruciale que l'autisme constitue une réalité à la fois complexe et disputée. L'analyse s'appuie sur une enquête dans un centre de diagnostic spécialisé, au coeur du monde médical. Elle met notamment en évidence les différentes conceptions de l'autisme, les implications du recours à des outils standardisés, les désaccords entre professionnels et le rôle déterminant des parents.

  • Le gouvernement des hommes use et abuse de « l´argument statistique ». Avec l´émergence d´un État néo-libéral, l´action publique s´appuie de plus en plus sur des indicateurs chiffrés qui fournissent des évaluations de la performance des différentes actions politiques. Des « palmarès » variés connaissent une grande diffusion (souvent sous l´appellation anglo-américaine de benchmarking), en hiérarchisant les lycées, les Universités, et même les nations. Ce passage par la quantification, loin de fournir une image neutralisée des phénomènes, les transforme et les performe. Ce livre propose des études de cas précis, enquêtes sur le budget des familles, commissions du plan, statistiques locales ou comptabilité nationale, analysant la production des statistiques publiques et leur usages par les autorités publiques. Et l´on verra comment la statistique s´est imposée à la fois comme un outil de preuve, dans les sciences empiriques, et comme un outil de gouvernement, selon l´intuition que Foucault avait déjà présentée dès les années 1970 sous le nom de « gouvernementalité ».

  • Qu'est-ce qui conduit une journaliste à choisir la guerre comme terrain de travail ? Être reportère de conflits armés, c'est à la fois s'engager, rejoindre un collectif professionnel (une « amitié dentifrice », disait Isabel Ellsen), mais aussi connaître l'ennui, voir la violence, risquer des blessures, un « jeu personnel avec la mort » témoignait Brigitte Friang. L'ouvrage se penche sur cette activité pour comprendre comment elle est vécue, quels bénéfices en sont tirés, quels dommages en découlent, comment les proches y contribuent. Il montre comment les situations de tension extrême construisent un attachement particulier au monde, un goût singulier. Il interroge aussi la place grandissante des journalistes femmes, le rôle des ressources de genre et des assignations dans cette transformation, les inégalités persistantes. Ce livre emprunte un chemin original pour répondre à ces questions. L'auteur propose d'abord quinze portraits subjectifs et exploratoires de femmes (Andrée Viollis, Gerda Taro, Oriana Fallaci, Christine Spengler, Catherine Jentile...) qui, depuis un siècle, ont couvert des conflits armés. Ensuite, à travers l'analyse des carrières et des entretiens avec une cinquantaine de journalistes, femmes et hommes, qui exercent ou ont exercé sur des terrains de conflit, ainsi qu'une dizaine de leurs proches, il interroge les circonstances et les intérêts pour un métier où désormais, dans la plus jeune génération, la parité des effectifs s'établit.

  • Comment circulons-nous sur le web ? Comment organisons-nous nos recherches ? Qu'est-ce qui nous arrête et qu'est-ce qui nous fait bifurquer ? Comment agissons-nous face à l'inattendu ou au trop connu ? Internet incite à se promener, à visiter, à se faire curieux, ce dont rend compte le terme de sérendipité. Avec le numérique, les possibilités de consommation culturelle deviennent illimitées. Cet ouvrage analyse les processus qui permettent à l'heureux hasard de se manifester mais aussi, au-delà, les façons dont on butine sur Internet, dont on explore les contenus entre flânerie curieuse, attention flottante, multi-activités ou engagement soutenu. L'auteur étudie ce qu'il appelle un régime exploratoire à travers quatre comportements essentiels de la vie : apprendre, travailler, faire des rencontres et se détendre. Chaque étude de cas rend compte d'une forme de compétences spécifiques liées aux usages d'Internet et à l'exploration curieuse. Certaines de ces compétences sont acquises dans le domaine scolaire, d'autres sont de nature extra-scolaire ou familiale. En filigrane de ces analyses, se dégagent des inégalités nouvelles liées au monde de l'illimité, que cet ouvrage se propose de mettre au jour.

  • « Amateur de sciences » comme on dit « amateur d´art », Bruno Latour a rédigé chaque mois pour la revue La Recherche son journal de passion en nous parlant de la science en train de se faire, du travail des disciplines, de la profession de chercheur, mais aussi de politique des sciences, de controverses, de vaches folles, de momie... D'un ton vif, tantôt allègre et tantôt polémique, ces courtes chroniques très imagées sont une initiation plaisante et synthétique pour ceux qui voudraient goûter à cette nouvelle approche des sciences sociales, la sociologie de la traduction, qui remet en cause l´ennuyeuse distinction entre « littéraire » et « matheux ».

  • Le domaine de la santé a été largement transformé depuis une vingtaine d´années par l´action des associations de patients. Ces associations s´impliquent dans la production et la diffusion de connaissances sur les maladies et les questions de santé ; elles jouent un rôle actif dans l´émergence et la consolidation des mobilisations collectives autour des problèmes de santé ; elles sont reconnues comme des acteurs à part entière de la démocratie sanitaire aux côtés des pouvoirs publics, des professionnels et des acteurs économiques. Face aux mutations pressantes du domaine, elles pensent et explorent de nouvelles formes d´action associatives, de nouveaux modes d´intervention publique. Cet ouvrage rend compte directement de l´expérience des associations, à travers une série de discussions collectives conduites avec une cinquantaine d´entre elles. Ces témoignages éclairent la compréhension du fonctionnement associatif et permettent d´appréhender les défis auxquels les associations sont aujourd´hui confrontées ; ils sont destinés à favoriser le dialogue entre les usagers, le monde politique et les professionnels.

  • L'affaire d'Outreau a pointé un problème potentiel dans le recrutement des magistrats : leur jeunesse ne leur donnerait pas toujours l'expérience permettant d'affronter des situations humaines scabreuses. D'autres voies de recrutement que le concours que l'on passe dès la fin des études sont pourtant ouvertes depuis les années 1970, qui permettent à des professionnels expérimentés d'accéder à la magistrature directement sur titre ou via des concours particuliers. Un quart des magistrats ont intégré ce corps par une de ces voies dites « latérales », c'est-à-dire par une procédure autre que celle empruntée par les tout jeunes juristes. Quelles sont les conséquences de ces nouvelles formes de recrutements ? Ces juges gardent-ils une spécificité dans leurs activités et leur carrière ? Quelles sont leurs motivations et leurs attentes ? Leur recrutement a-t-il une influence sur l'organisation du travail ? La diversification recherchée produit-elle des effets ? La recherche présentée dans cet ouvrage s'intéresse aux carrières et itinéraires professionnels de ces magistrats à partir d'entretiens et d'une enquête par questionnaire menée auprès de tous les magistrats entrés par une voie latérale, en activité dans une juridiction. L'ouvrage offre, pour la première fois, une enquête quantifiée et extensive sur le recrutement des fonctionnaires par d'autres voies que le concours.

  • Les conflits sociaux s'appuient sur des « armes matérielles » et notamment sur les technologies de communication qui, dès leur genèse, y ont joué un rôle central. Les politiques du conflit reposent ainsi sur une variété de médias qui, aujourd'hui, relèvent assez largement de l'informatique connectée, de plus en plus portable et mobile. De la Révolution bolchévique aux Indignados, de la lutte de libération algérienne aux Révolutions arabes, en passant par les groupes Medvedkine ou Radio Alice, cet ouvrage rend compte de la rencontre entre technologies médiatiques et luttes sociales. Il s'agit, d'une part, de relativiser le caractère supposé inédit de l'usage des technologies de communication par les mouvements sociaux contemporains et, d'autre part, d'entrer dans le détail de ce que ceux-ci font des outils numériques les plus récents qui supportent leurs activités essentielles tout en déplaçant, parfois, certaines de leurs « manières de faire ».

  • Ouvertes, massives, brutes... les données sont aujourd'hui au coeur de nombreux débats. Les optimistes y voient une ressource naturelle dont la récolte et la circulation sont en passe de révolutionner l'innovation et la démocratie, tandis que les pessimistes les dépeignent comme le carburant de mécanismes qui ne profiteront qu'aux puissants et renforceront les inégalités. Face aux enthousiasmes et aux affolements, face au vocabulaire de la transparence, de la fluidité et de l'automatisation qu'ils mobilisent, ce livre fait un pas de côté et défend la nécessité d'étudier les modalités concrètes de la production et de la circulation des données. Les données ne tombent en effet jamais du ciel. Elles n'affleurent pas non plus sous le sol des organisations. En amont de leurs traitements si prometteurs ou inquiétants, elles font l'objet d'un travail dont la nature, l'organisation et les processus mêmes qui mènent à son invisibilité restent à explorer. En articulant les apports de la sociologie des sciences et des techniques, de l'histoire, de l'anthropologie de l'écriture, de la sociologie du travail et des accounting studies, l'ouvrage compose un outillage conceptuel et méthodologique original pour interroger au plus près ce travail des données, qui est devenu central dans les entreprises et les administrations à partir de la fin du XIXe siècle.

  • L´engouement pour le bio se confirme. La qualité environnementale des vins interroge donc des producteurs, revendeurs, consommateurs, journalistes, restaurateurs, fonctionnaires, chercheurs : la vigne est en effet une très grande consommatrice de produits phytosanitaires. Comment vivent et agissent ceux qui veulent conduire la viticulture vers un plus grand respect de l´environnement ? En s´appuyant sur des centaines de témoignages, cet ouvrage rend compte des approches et des pratiques, couronnés ou non de succès, de tous ceux qui se sont engagés d´une façon ou d´une autre dans l´agriculture raisonnée ou intégrée, l´agrobiologie ou la biodynamie, ou encore ceux qui cherchent à revenir à une plus grande authenticité de terroir.

  • Comment le luxe est-il fabriqué ? Ce livre porte ici le regard sur l'arrière-cour, mal connue et souvent dissimulée de la production des produits précieux, le travail des sous-traitants. La beauté des produits manufacturés, l'attachement aux marques et les défis technologiques, esthétiques et calendaires inscrivent les opérations de ces fabricants dans l'univers du luxe, mais ils doivent aussi faire face à des mutations considérables liées à l'intégration des petites maisons dans de grands groupes internationaux et à une demande de plus en plus versatile qui pousse aux innovations et à la mondialisation de l'offre comme de la demande. Ces industriels ont dû adapter leur modèle de production, passant de la pièce unique au module semi-fini et de la seule fabrication à une offre de service plus large. On verra que le luxe est une industrie encore protégée par les « made-in » mais qui doit faire face à une mutation organisationnelle déjà entamée au niveau international. L'ouvrage propose une enquête empirique au coeur de fabriques d'horlogerie et de parfum, en France et en Suisse.

  • La ville se reconfigure lors des grands événements (festival, manifestation, match de foot, etc.), les foules sont contenues par le cadre bâti urbain et s´en emparent, les publics vibrent au rythme des attracteurs proposés par les organisateurs ou créés par eux-mêmes. Un climat s´installe, qui doit toujours être unique pour faire événement, qui attire ou qui repousse, qui se prépare, qui va crescendo mais qui doit aussi savoir progressivement descendre pour revenir au calme puis laisser des traces dans les mémoires et dans les médias. Les spécialistes de la sécurité urbaine et du maintien de l´ordre, qu´ils soient publics ou privés, ont appris à anticiper sur ces états toujours instables, à pré-positionner des forces et des moyens opérationnels, mais aussi à réviser leurs plans car des incidents viennent toujours ponctuer ces grands événements urbains. Trois événements (un match de foot, un festival de musique, une manifestation syndicale) ont été suivis grâce à des méthodes d´observation originales et minutieuses permettant de restituer tous les points de vue, sans jamais les totaliser mais en montrant leurs articulations. L´ouvrage permet ainsi de restituer « l´art du bon moment » (le kairos) qui fait l´expertise de ces professionnels du climat urbain et de leurs équipements.

  • Que n'a-t-on dit de l'emprise qu'exerce sur les médias français l'actuel Président de la République ? Ce serait grâce à des réseaux tissés de longue date parmi les patrons de presse et à de subtils jeux d'intimidation/séduction avec les journalistes que le candidat UMP, lors de la campagne présidentielle de 2007, serait parvenu à capter à son profit le jeu médiatique et, par ce biais, à persuader une majorité d'électeurs de le porter à la tête de l'État. La sociologie peut-elle nous aider à démêler ce que ces thèses comportent de vrai ? Elle en est capable assurément, si l'on considère la quantité impressionnante de connaissances qu'elle a accumulées, depuis une soixantaine d'années, au sujet des relations entre médias et pouvoir politique. Qu'il s'agisse des processus d'inscription de certains thèmes sur l'agenda médiatique, des effets qu'ont sur le vote la publication de sondages et les mises en scène médiatiques de l'actualité, ou encore, du rôle que Internet joue désormais dans les débats publics, de telles connaissances peuvent permettre aux citoyens de résister aux effets d'imposition propres aux discours médiatiques aussi bien qu'aux amalgames trompeurs que véhicule la critique des médias souvent caricaturale. Ce livre applique et explique ce que les sciences sociales nous apprennent de ces questions en reprenant le contenu d'un blog invité du monde.fr (www.lemonde.fr) dans lequel l'auteur analysa à chaud, d'un point de vue inspiré par la sociologie, le traitement médiatique de la campagne présidentielle.

  • Qu'est-ce que bien soigner? Dans ce livre provoquant et original, Annemarie Mol montre que ce n'est pas, comme on l'a beaucoup dit, laisser les patients choisir. À partir de l'exemple des personnes atteintes de diabète, l'auteur propose une nouvelle manière de prendre soin des personnes, qui ne les transforme pas en citoyens ou en consommateurs, mais qui les reconnaît comme corps et âmes souffrants, comme individus investis dans leur propre prise en charge, comme membres de collectifs multiples. Ce livre-manifeste n'est pas une critique de la médecine ou des pratiques de santé mais il en appelle à une transformation radicale de notre regard. Soigner, c'est prendre en compte la vie des personnes, leurs capacités et leurs incapacités, leurs entourages et leurs modes de vie. Remet-tant en cause les vertus trop consensuelles du libre choix, s'interrogeant sur les bonnes pratiques, Ce que Soigner veut dire non seulement intéressera les spécialistes de sciences sociales ou les patients actifs, mais il pourra aussi faire réfléchir les professionnels de la santé, les responsables de la politique sanitaire tout comme les militants et membres des associations.

  • Partout sur le web, les internautes sont incités à donner leur avis et à s'exprimer librement. Les opinions des consommateurs se sont-elles fait une place face au pouvoir des élites expertes ? Peut-on parler d'un empowerment ? Les auteurs ont mené une enquête fouillée sur un site qui héberge de très nombreuses critiques de films émanant de cinéphiles ou d'amateurs ordinaires et ils remettent en cause nombre d'idées reçues. On découvrira des critiques amateurs passionnés et prêts à en découdre avec les jugements des experts ; on verra combien ce monde d'auteurs, si hétérogène, s'avère hiérarchisé ; on comprendra que, de manière paradoxale, plus un amateur écrit, plus il reprend les normes de la critique professionnelle. L'enquête regarde aussi l'envers des pratiques amateurs : ceux-ci savent-ils en effet que leurs critiques sont bien moins influentes que les bandes-annonces des films et qu'elles intéressent fort peu les professionnels du site qui fondent leur modèle économique sur les notes et non sur les textes ? Cet ouvrage invite ainsi à reposer la question de la place de la créativité amateur dans le monde de l'internet.

  • Le code est parmi nous pour toujours, et le droit n'est pas prêt de nous quitter. En effet, il suffit de voir le code comme l'une des instances d'une architecture plus générale pour comprendre que le code a accompagné la loi depuis très longtemps déjà : que l'on pense seulement aux grands boulevards à Paris, construits afin de mieux protéger le pouvoir contre la Révolution. Il en est de même pour les luttes qui vont définir la prochaine étape des relations entre le code et le droit. C'est ce que montre la métaphore qui est au coeur de ce livre, écrit par l'une des théoriciennes les plus prometteuses de ce nouveau champ. Depuis le début de la science du droit, la loi, sous toutes ses formes, s'est inquiétée de l'application irréfléchie des règles. L'internet a-t-il appelé le Golem à la vie ? Est-il capable d'être plus juste, ou au moins d'apporter plus d'intelligence, que son seul mythe ? Avec ce livre, Mélanie Dulong fait évoluer la théorie et la pratique de cette relation vers sa prochaine étape. Y a-t-il un moyen pour que ces deux forces coexistent, et qu'elles respectent mieux leurs domaines respectifs légitimes ? Y a-t-il des moyens pour que le droit puisse infecter le code, en y (im)portant ses valeurs et aspirations, et en les laissant se développer de manière native ? Quelles sont les limites de cette stratégie ? Quelles en sont les promesses, au delà de la lutte insensée qui a défini tant d'interprétations (au moins de la part des hommes politiques) de cette inéluctable relation ?

  • La concurrence est omniprésente dans nos sociétés et semble s'imposer aux acteurs qui en subissent les effets. Et s'il en était autrement ? Les auteurs de cet ouvrage invitent à changer le regard habituellement porté sur ce phénomène, pour s'interroger sur ses possibilités. Mettre en concurrence des individus, des produits, des services ou des organisations, ne va pas de soi. Cela suppose d'opérer des comparaisons et de les instrumenter, de préciser sous quel aspect les entités sont semblables ou dissemblables. Les acteurs ne restent pas passifs dans ces situations et doivent négocier, résister et s'interroger sur les bonnes conventions de mesure à adopter. Par-delà leur pertinence, c'est la légitimité des modalités de la compétition qui peut être discutée.La perspective adoptée par l'ouvrage permet de parcourir une grande variété de terrains d'enquêtes (hôpital, industrie télévisuelle, marché du bio, musées, écoles de commerce, industrie high-tech, recherche, enseignement supérieur, secteur associatif), qui sont tous traversés par des luttes concurrentielles. Au fil des chapitres, la concurrence se révèle comme un processus collectif, aux mains de nombreux acteurs et dispositifs qui participent à la modeler, à l'organiser et à la faire évoluer sans parvenir nécessairement à la contenir.

  • Que peut bien faire un chien dans une chambre d'hôpital ? Pourquoi fait-on monter un enfant handicapé à cheval ? Qu'est-ce que la thérapie assistée par l'animal ? Depuis plusieurs années, certains espaces de soin se peuplent d'animaux, qui y sont mobilisés comme supports affectifs, instruments de prise en charge ou d'accompagnement, médiateurs... Le développement de ces formes de soin éclaire les évolutions récentes des rapports entre humains et animaux dans les sociétés occidentales. Dans ces pratiques, l'animal est en effet considéré comme une personne et, à ce titre, il fait l'objet d'une grande bienveillance. Le soin avec animal témoigne ainsi des nouvelles modalités relationnelles que beaucoup souhaitent aujourd'hui partager avec certains animaux. En se mettant au service d'un projet humaniste (améliorer la santé humaine), le soin par le contact animalier rend ces types de relations socialement légitimes. Pourtant, il n'est pas simple de revaloriser ainsi l'attachement aux animaux. Convoquant les apports de la sociologie pragmatique et de l'anthropologie symétrique, ce livre propose une exploration des univers sociaux qui gravitent autour de ces activités. Il montre comment s'est construite une connaissance scientifique sur les interactions avec l'animal à but thérapeutique ; il décrit les réseaux d'acteurs (vétérinaires, militants, industriels de l'alimentation pour animaux de compagnie, journalistes, médecins, infirmières, etc.) qui ont fait émerger ces savoirs et ces pratiques ; il raconte les séances de soin et les pratiques in situ, par une approche ethnographique. Au terme de ce parcours, on pourra mesurer l'énergie qu'il faut déployer pour faire évoluer les rôles traditionnellement attribués aux animaux. À la croisée de la sociologie des sciences, de la sociologie de la santé, des professions, et des théories du care, l'auteur met en oeuvre une sociologie non réductionniste des relations humains/animaux.

  • Techniciens conquérants ? Charlatans du monde moderne ? Les consultants en management sont souvent brocardés par la critique mais ils sont très peu étudiés pour ce qu'ils font. Le conseil ne se réduit en effet ni à l'application d'un savoir mécanique, ni à un jeu de dupes. Immergé pendant plusieurs années dans un cabinet international, Alaric Bourgoin conduit une enquête ethnographique sur cette pratique controversée : il découvre une activité entièrement tendue vers la production de sa propre valeur. Faite de performances fragiles, cette valeur n'est jamais garantie. Les consultants sont donc tenus de la faire exister, en s'appuyant sur de nombreux dispositifs, et de la faire reconnaitre, en mettant sans cesse en relief leur contribution. Comme l'écrit Michel Callon dans la préface, ce qui ressort de cette enquête, « c'est l'angoisse existentielle qui saisit le consultant et l'accompagne tout au long de sa mission. Chaque matin et chaque fin de journée, la question qu'il se pose est terrible : quelle est la valeur de ma contribution ? » La réponse à cette question ne concerne pas seulement les praticiens, et ceux qui paient leurs services ; elle est au coeur des interrogations actuelles de la sociologie et de l'économie sur la manière d'apprécier la valeur des choses et de comprendre les processus incertains qui permettent de la faire vivre. D'inspiration pragmatiste, cette étude montre la production de valeur comme une mise à l'épreuve d'attachements qu'il faut sans cesse découvrir, apprivoiser, tester, renforcer, valoriser. À travers le cas extrême des consultants en management, elle éclaire de façon originale le capitalisme contemporain, qui apparaît moins comme un système que comme une incitation continue et multiforme à produire sa propre valeur.

  • What does it mean to turn something into capital? What does considering things as assets entail? What does the prevalence of an investor's viewpoint require? What is this culture of valuation that asks that we capitalize on everything? How can we make sense of the traits, necessities and upshots of this pervasive cultural condition?This book takes the reader to an ethnographic stroll down the trail of capitalization. Start-up companies, research centers, consulting firms, state enterprises, investment banks, public administrations: the territory can certainly prove strange and disorienting at first sight, with its blurred boundaries between private appropriation and public interest, economic sanity and moral breakdown, the literal and the metaphorical, the practical and the ideological. The traveler certainly requires a resolutely pragmatist attitude, and a taste for the meanders of signification. But in all the sites in which we set foot in this inquiry we recognize a recurring semiotic complex: a scenario of valuation in which things signify by virtue of their capacity to become assets in the eye of an imagined investor.A ground-breaking anthropological investigation on the culture of contemporary capitalism, this work directs attention to the largely unexplored problem of capitalization and offers a critical resource for current debates on neoliberalism and financialization.

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