Arts et spectacles

  • J.-K. Huysmans est surtout connu comme l'auteur d'un chef-d'oeuvre célébrissime A Rebours, roman crépusculaire, catalogué sous le vocable commode et aguichant du genre «décadent». Ce qui l'est moins, et qui n'avait pas échappé à quelques-uns de ses contemporains et non des moindres, Léon Bloy et Barbey d'Aurevilly, c'est que le fameux roman n'était qu'une étape de la «route» qui devait mener l'auteur «à contempler la face de Dieu» selon le premier, «aux pieds de la croix» selon le second. Les Trois primitifs, l'un des derniers textes écrits par Huysmans, confirment la justesse de vues des deux écrivains. Ultime moment de la «route» qui mena Huysmans, dans sa quête d'un réel véridique, du «naturalisme» au «réalisme mystique», le texte témoigne d'un intérêt exceptionnel: d'abord, il atteste la continuité sans faille de la fascination huysmansienne pour l'art insurpassable des Primitifs et la place éminente de la passion esthétique dans son itinéraire vers la foi catholique mais surtout, la magistrale et emportée description du Retable de Mathias Grünewald doit être considérée comme un véritable testament: le Christ qui s'y montre sous l'effigie scandaleuse d'un Dieu mourant à la chair abominablement putréfiée bientôt transfigurée en un corps sublime incarne parfaitement la double dimension d'un réel désormais entier en lequel chair et esprit, réalisme et mysticisme ne se repoussent plus mais se génèrent l'un l'autre. Le Retable est pour Huysmans la réalisation irréfutable de cette possibilité, la confirmation de la justesse de sa foi. Les lignes écrites sur Grünewald témoignent d'un accomplissement, d'une parfaite osmose entre un style et une vision. Huysmans n'y est pas seulement un écrivain, une langue, il est aussi «un oeil», il est celui qui sait voir «comme personne n'a vu», écrira Remy de Gourmont, et le Christ qui apparaît dans l'entrelacs du texte huysmansien est le Dieu le plus implacablement réel qui soit.

  • Cet ouvrage s'origine dans une phrase par laquelle Rembrandt dissuadait les visiteurs de son atelier de s'approcher de ses tableaux: «L'odeur de la peinture pourrait te faire du mal». On peut formuler l'hypothèse que Rembrandt parlait ainsi d'une conception «toxique» de sa peinture, alors inacceptable pour une partie de ses contemporains. Le Boeuf écorché est exemplaire d'une manière nouvelle, faite d'une pâte épaisse, triturée par de larges mouvements de brosse. Le tableau fait alors surgir le questionnement du rapport faussé entre la peinture et la beauté, de l'inadéquation entre l'art et le goût, et il s'agit de s'interroger sur la force unique d'une oeuvre capable de provoquer, chez qui la contemple, un vacillement de la raison.

  • Comment l'imaginaire politique des réseaux renvoie aux idéaux de domination ainsi qu'à ceux de d'émancipation individuelle et collective? Cette ambivalence est caractéristique de tout imaginaire et pour questionner celle-ci, A. Picon s'est intéressé à «la ville des réseaux» autour de deux polarités. La première met en scène la tension «passé/présent», pour laquelle il considère la ville haussmannienne comme la genèse de la ville contemporaine des réseaux. La seconde interroge le rapport «contrôle/liberté» et prend pour exemple la «ville intelligente» (Smart City). L'auteur soulignant par ailleurs l'absence de réflexion critique qui accompagne le bouleversement profond de l'environnement urbain.

  • Cinéma

    Elie Faure

    Elie Faure [1873-1937] médecin, historien, essayiste, est surtout connu pour sa monumentale Histoire de lart en sept tomes (1909-1927). Mais il était aussi attentif au devenir prochain de notre civilisation quil voyait entrer sous lemprise définitive de la machine, destin quil ne déplorait pas, bien au contraire, il y saisissait laurore dun nouveau cycle civilisationnel - fin de lindividualisme et entrée dans un modèle plus collectif dont la machine fournira le modèle et les moyens - et dont le cinéma pourrait en devenir lart emblématique de par sa proximité native avec la machine et de par le caractère essentiellement massif de sa diffusion. Il fut lauteur du premier grand article théorique sur le septième art en 1920: «De la cinéplastique».
    /> Ses écrits sur le cinéma, bien connus des cinéphiles et abondamment cités dans la littérature spécialisée, sont disséminés dans lensemble de ses textes.
    Ils furent partiellement réunis, seize ans après sa mort, en 1953, sous le titre Fonction du cinéma, aux éditions Plon, puis réédités (revus et augmentés) par les éditions Gonthiers, «Bibliothèque Médiations», sous le même titre en 1964. Depuis lépuisement de cette dernière édition, les écrits sur le cinéma dÉlie Faure nétaient plus disponibles, sauf pour De la cinéplastique, paru aux éditions Séguier en 1993.

  • On croit aujourdhui pouvoir regarder comme « architecture » un édifice célébrant lhabileté à bâtir, ou enjolivant lutilité ce qui ne mérite pas dêtre cru. Car larchitecture est toute grecque. Seuls le temple dorique et sa postérité, parce quils prennent en garde le suprême spéculatif, sont dignes de réflexions.
    Les sept études, ici réunies, prétendent montrer et étudier la condition du legs architectural grec dans lépoque moderne. Elles sattachent à quelques réalisations, projets et traités choisis daprès leurs vertus exemplaires : ceux de Palladio, J. Perret, F. Blondel, Fischer von Erlach, Napoli ; ceux du P. André, de Boullée et de Praz. Selon cet ensemble, réfléchir sur larchitecture paraît dévoiler lessence du poème ou de luvre dart.

  • La science est souvent présentée - et parfois pensée - comme un monstre froid capable d'exorciser l'imaginaire, vu comme un parasite, une scorie encombrante susceptible de souiller les meilleures intentions de la raison. L'adjectif « imaginaire » (un malade imaginaire...) ne renvoie-t-il pas à la fausseté, à l'irréalité, aux chimères, aux illusions, bref à toutes ces choses que la science se voue justement à combattre ?
    Mais si pareille caricature était exacte, d'où sortiraient les nouvelles idées ?

  • Professeur à l'Université de Nice et artiste, Norbert Hillaire s'est imposé comme l'un des initiateurs de la réflexion sur les arts et le numérique, à travers de nombreuses publications et missions prospectives. À partir de trois numéros de la revue ArtPress dont il a été le coordonnateur, il retrace dans cet ouvrage vingt-cinq ans d'une relation complexe entre oeuvres et techniques numériques. Il montre que cette relation ne peut être pensée à partir des catégories anciennes et qu'elle met en jeu une nouvelle définition de l'art.

  • Comment prenons-nous conscience de ce qui occupera dans un instant la scène de notre esprit ? A partir de données neuroscientifiques récentes, et surtout de l'observation de patients qui présentent des pathologies de la « prise de conscience », Lionel Naccache nous entraîne dans une fascinante exploration de la construction de la signification qui caractérise notre vie mentale, construction complexe qui fait appel à des processus non conscients et conscients, et qui ne cesse d'évoluer à travers un processus de « révision éditoriale » subtil et le plus souvent très discret.

  • Depuis toujours, la philosophie a volontiers cultivé son affinité native avec les arts plastiques mais elle s'est en revanche employée à négliger voire mépriser la musique. Un tel bâillon parle et trahit la fascination apeurée que l'art musical, comme un chant de sirènes, produit chez le philosophe. C'est que, loin d'être, comme tout art du reste, un divertissement agréable, la musique déploie un autre sens du sens et de la vérité que ceux définis philosophiquement. L'auteur propose de se mettre à l'écoute de ce sens. La respiration porte le rythme qui anime la musique. Par l'analyse de la différenciation rythmique, on pourra comprendre comment le silence, cet indifférencié absolu, est lieu de provenance de toute musique. Les références aux compositeurs, essentiellement J.-S.
    Bach, Schumann, O. Greif et H. Dutilleux conduisent par-delà la diversité des siècles et des styles, à ce même creuset d'absolu dont éclot toute musique.

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