Sciences humaines & sociales

  • La vision aztèque du monde a favorisé le développement de techniques divinatoires censées conjurer un destin trop rigoureux, déterminé par le signe sous lequel chaque individu naissait. La tendance à interroger l'avenir persiste chez les Indiens du Mexique contemporain et témoigne de la permanence de ces conceptions. Confronter les témoignages des chroniqueurs et les observations des ethnologues est ainsi l'un des moyens de pénétrer la mentalité indigène : certains rites actuels éclairent en effet le symbolisme des manuscrits pictographiques précolombiens. Comme leur littérature en porte témoignage, les Aztèques ont développé un type de société en accord avec leurs conceptions religieuses et philosophiques, empreint d'un fatalisme et d'une peur eschatologique que seul le recours au sacrifice humain pouvait apaiser autrefois, et qui aujourd'hui semble trouver un écho dans la fête des morts.

  • « Le Diable est allé mille fois à Compostelle », disaient certains prédicateurs parisiens au milieu du XIIIe siècle, inquiets de voir leurs ouailles entreprendre en si grand nombre le « saint voiage » en Galice. Le trajet n'était pas toujours facile, il pouvait même être dangereux et il fallait se méfier des hommes plus que des loups ou des tempêtes. Mais des lieux et des histoires merveilleuses le scandaient, répétés à l'envi et maintes fois représentés, et des milliers d'hommes et de femmes, de tous âges, provenance et conditions sociales, y partirent à pied, à cheval ou en bateau.
    Les traces de cette aventure sont encore visibles partout en Europe dans les chroniques, légendes, peintures, sculptures, églises, chapelles, confréries, ponts, hôpitaux, ports de départ ou d'arrivée. C'est à faire revivre le quotidien et l'imaginaire des pèlerins de tous horizons qui visitèrent le sanctuaire du « baron saint Jacques » que s'attache ce livre à partir de sources multiples et variées qui en montrent la richesse et la pérennité.

  • « La République est morte », écrit Cicéron à son ami Atticus près de quinze ans avant que César ne tombe sous les dagues des conjurés. Un siècle. Telle fut la durée de l'agonie de la République romaine qui succomba sous les coups d'ambitieux dictateurs et chefs militaires, avides d'exercer un pouvoir personnel. De 133 avant notre ère, lorsque Tiberius Gracchus fut éliminé après avoir trahi les institutions républicaines, jusqu'à la mort d'Antoine à Alexandrie, vaincu par Octave à l'été 30, un siècle de guerres civiles, de violences et d'affrontements sanglants ont ravagé Rome et l'Italie. Les plus grands généraux, Marius, Sylla, Pompée, César, Antoine, Octave... sont parvenus à faire chuter un régime politique que plusieurs siècles avaient réussi à édifier sous l'égide de la célèbre « vertu romaine » et dans l'affirmation du bien le plus précieux pour les Romains : la liberté. Comme toujours en pareil cas, c'est le peuple romain qui s'en trouva la principale victime. Pourquoi assassiner la liberté ? Comment un engrenage fatal a-t-il conduit des hommes jadis fiers de leur République à renier leurs valeurs fondamentales ? Telles sont les questions que pose l'auteur qui, pour mieux faire revivre ces heures brûlantes, assortit son propos de relations évocatrices comme autant d'ouvertures vivantes sur cette époque tragique. L'observation de ce moment historique pendant lequel se déchaîna une violence qui faillit tout emporter avec elle n'est sans doute pas inutile à la réflexion de ceux qui s'interrogent également sur l'évolution de notre temps.

  • Après un voyage périlleux et exténuant, des citoyens romains arrivèrent en Chine, en l'an 166 de notre ère, et furent reçus par l'empereur des Han dans sa capitale, Tch'ang-an, près de l'actuelle Xian. C'était le terme d'un périple extraordinaire durant lequel, d'Alexandrie en Inde, à travers le golfe du Bengale jusqu'à la péninsule malaise et aux côtes d'Annam, ils durent affronter tous les dangers pour parvenir jusqu'aux fabuleuses richesses de la Chine.
    Jean-Noël Robert ne nous fait pas seulement partager, avec une exceptionnelle puissance d'évocation, cette aventure hors du commun. Il nous montre aussi quelle était l'image de la Chine dans la Rome impériale, quels furent les points de rencontre des cultures romaines et chinoises, et leurs influences réciproques : c'est une des pages les plus méconnues et les plus étonnantes de l'histoire du monde qui revit ici.
    Jean-Noël Robert, latiniste, historien de Rome, a déjà publié aux Belles Lettres plusieurs ouvrages dont Les Plaisirs à Rome, Éros romain et Rome, la gloire et la liberté. Aux sources de l'identité européenne. Il dirige en outre la collection « Realia » et celle des « Guides Belles Lettres des Civilisations » dans laquelle il a signé deux volumes, Rome et Les Étrusques. Grand voyageur, il a parcouru de nombreuses fois l'Asie centrale, la Chine et l'Asie du Sud-Est, périples dont il témoigne dans un livre plus personnel, L'Asie au coeur (publié aux Belles Lettres).
    Cet ouvrage a été traduit dans de nombreux pays, et notamment en Chine, au Japon et en Corée.

  • Considérer l'écriture et le lecteur, non pas dans l'abstrait, mais dans leur dimension sociale à l'aide de la relation triangulaire entre écrivain, livre et public, c'est le propos de cet ouvrage qui étudie la situation de l'auteur dans la société romaine du Ier siècle de notre ère, le mode de diffusion de ses oeuvres et les différents publics concernés, intellectuels ou populaires. À cause du rôle exceptionnel joué par la création littéraire au début de l'Empire, se développent à Rome des institutions originales comme les lectures publiques ou les grandes bibliothèques impériales. Production de l'imagination, le livre est en même temps bien de consommation, ce qui lui donne une place spécifique dans la société, puisqu'il doit répondre aussi bien à l'inspiration propre à chaque écrivain, aux goûts du public et aux impératifs commerciaux.

  • De ce pays si proche et en même temps si différent, les voyageurs français du XVIe au XVIIIe siècle ont laissé, à travers leurs récits et leur correspondance, de nombreux témoignages. Tous disent avec force la beauté et la magnificence des paysages, des villes et des oeuvres d'art.
    Mais seuls quelques-uns parlent des habitants, ces Italiens des temps baroques tels qu'ils les ont vus, approchés, fréquentés ; c'est donc à eux que s'attache cet ouvrage. Parce que ce sont les hommes et les portraits qu'ils en brossent, qui rendent si colorés les textes de ces voyageurs. Au-delà des stéréotypes et des préjugés, au-delà des conventions propres à ces récits, une Italie extrêmement vivante naît ainsi sous nos yeux. Des femmes et des hommes à la fois lointains et étonnamment familiers dans leur façon d'être et de vivre, piquent la curiosité des auteurs, qui nous les rapportent dans des narrations où le pittoresque, le trait littéraire et l'humour ne sont jamais absents. La vision globale d'un peuple est restituée, dans ses aspects physiques et son habillement, ses croyances et ses superstitions, comme dans la place si particulière de la femme au sein de la société. Défilent devant nous autant leurs coutumes - parfois bien surprenantes - que leur cuisine et leur langue ou, tout bonnement, leur amour de la vie dans ce qu'elle a de plus intense et de plus léger. Ils sont là, ces Italiens, plus que jamais présents - plus que jamais attachants.
    Docteur en Histoire de l'Art moderne (Paris IV Sorbonne) Laurent Bolard est spécialiste de la peinture italienne de la Renaissance et du XVIIe siècle. Auteur de nombreuses études sur l'Italie renaissante et baroque, il a publié un Caravage chez Fayard, et un Voyage des peintres en Italie au XVIIe siècle aux Belles Lettres.

  • Notre monde est confronté aujourd'hui aux pirates somaliens ou nigérians qui attaquent indifféremment les navires de plaisance ou les pétroliers. Les Romains ont connu eux aussi bien des difficultés avec le pirate, ennemi insaisissable dès qu'il était dans son élément, réfractaire à tout traité et que le peuple haïssait plus que tout. La fin de la République romaine permet d'observer un moment de l'histoire antique où deux formes de piraterie cohabitent. La petite piraterie, immémoriale, dérangeante, dangereuse pour ceux qui la subissent mais qui n'interfère pas outre mesure dans la conduite du monde. Autrement plus préoccupante est la grande piraterie car ce ne sont plus des individus isolés qui s'y livrent mais des peuples entiers, avec leurs villes, leurs ports, leurs arsenaux. Apparue sur les rivages désolés de l'Anatolie, en Cilicie, une forme particulièrement virulente de banditisme marin va gagner peu à peu le bassin méditerranéen, se combinant avec d'autres facteurs et d'autres pirateries localisées pour finalement gêner l'expansion souveraine de Rome. Cet ouvrage donne à comprendre comment ces forbans travaillaient, quels étaient leurs bateaux, leurs tactiques, leurs butins mais aussi quels efforts a dû déployer le Sénat romain pour réduire puis éliminer ces redoutables Ciliciens.

  • La Chine fut à de multiples reprises dirigée par de grandes souveraines, aussi capables sinon davantage que leurs homologues masculins.
    L'une d'elles, la célèbre Wu Zetian, est même allée jusqu'à se proclamer empereur et à fonder sa propre dynastie, devenant ainsi l'égale des hommes, tâche ô combien difficile dans une société traditionnellement polygame, où les femmes étaient le plus souvent réduites au statut d'épouse ou de mère. L'Empire du Milieu a connu, lui aussi, son lot de Messaline, de Théodora et d'affaires de la tour de Nesle, et sa riche histoire a été marquée par nombre d'histoires d'amour et d'intrigues de palais, où se sont croisés épouses naïves, impératrices arrogantes, douairières toutes puissantes, eunuques maléfiques et empereurs dissolus.

    Keith McMahon, érudit sinologue, retrace ici l'histoire des impératrices, des concubines et des favorites qui se sont illustrées dans l'histoire de la Chine, et qui ont, pour certaines d'entre elles, inspiré pendant des siècles les poètes, les romanciers, les dramaturges et, plus récemment, les cinéastes.

  • En 269 avant Jésus-Christ, les Romains ne craignent pas de s'embarquer sur des bateaux, qu'ils ne savent ni commander, ni manoeuvrer, pour attaquer la puissance maritime des Carthaginois. Devenus les maîtres de la Méditerranée, ils la débarrassèrent des pirates et y fondent même leur Empire, quand Octave met en fuite les navires d'Antoine et de Cléopâtre.
    Ils savent installer des chantiers navals, rénover les ports, entretenir une flotte militaire, favoriser l'essor de la pêche et des compagnies de navigation, développer jusqu'en Inde, en Chine et en Atlantique leurs grandes lignes maritimes.
    Pourtant terriens dans l'âme, ils cuisinent avec raffinement les poissons de mer, consommèrent les huîtres avec passion, raffolent des perles et de la pourpre nées des coquillages ils découvrent les plaisirs de la plaisance, les charmes de la plage et les bienfaits d'une certaine thalassothérapie.
    Les plus riches se font construire de magnifiques résidences en bord de mer, les plus savants réfléchissent aux questions que soulèvent les marées de l'Atlantique les poètes, les philosophes et les orateurs reprennent les thèmes du pirate, du pilote, de la tempête ou du voyage en mer.

  • Quiconque a rêvé dans les ruines du Palatin ou de la Villa Adriana s'est interrogé sur les travaux et les jours à la cour des Césars. Vous plonger dans l'intimité de cet état dans l'État qui a eu son propre mode de vie, ses moeurs, ses mentalités, ses pratiques, ses dévotions et aussi ses folies, tel est le sujet de ce livre qui s'appuie sur les témoignages des contemporains et de l'archéologie. Conçu pour informer, sans rien romancer de la grande ou de la petite histoire vécue durant trois siècles par les maîtres du monde méditerranéens et leur entourage, il s'adresse à tous ceux que passionne l'antiquité romaine.
    Avec Tacite, Suétone, Dion Cassius, Hérodien et l'Histoire Auguste, mais aussi avec la mémoire concrète des monuments construits, peints et sculptés, toujours présents à Rome, à Capri, à Tivoli ou dans les musées, vous revivrez dans leur disparité déconcertante, tragique ou pittoresque, les vies quotidiennes des quelque quarante empereurs qui ont tour à tour fait, défait ou refait la grandeur de l'Empire.

  • L'époque des Tang (618-907) a brillé en Chine d'un éclat inégalé, et le très long règne de l'Empereur Xuanzong, de 712 à 756, passe aux yeux de beaucoup pour un âge d'or. La généralisation du système des examens, destiné à recruter une élite sur une base assez large, a entraîné un brassage social inconnu auparavant. Elle a aussi permis à l'éducation de reposer sur un socle commun, par-delà les différences sociales, géographiques ou religieuses.
    Pour nous faire pénétrer dans cette société raffinée, Ivan P. Kamenarovic' met en scène la formation de trois garçons issus de milieux divers : l'un vient d'une famille de lettrés-fonctionnaires, l'autre est un jeune aristocrate, le troisième est socialement sans position. Ils n'ont évidemment pas les mêmes points de vue sur le monde qui les entoure, ni sur l'avenir qu'ils espèrent, mais ils s'initient ensemble au maniement de l'arc et aux subtilités du pinceau. À travers l'itinéraire de ces trois garçons depuis leur apprentissage de l'alphabet jusqu'à leur premier poste, l'auteur raconte la vie quotidienne d'une civilisation à son apogée, qui a essaimé notamment en Corée, au Viêt-Nam, au Japon et dont les traces ne s'effacèrent plus.

  • Le 29 mai 1453, Constantinople, la capitale de l'Empire romain d'Orient, tombe sous la coupe des Ottomans. Le sultan Mehmed II décide d'en faire le nouveau centre politique du monde musulman. Istanbul voit rapidement affluer les richesses, se couvrir de monuments somptueux, et devenir l'une des principales places commerciales de la Méditerranée.

    L'histoire du commerce d'Istanbul se confond alors avec celle de ses marchés et bazars. Son célèbre Grand Bazar forme avec le temps un véritable labyrinthe où s'amoncellent les marchandises les plus diverses et les plus précieuses: soieries, draps, étoffes brodées, bijoux, orfèvrerie, armes. Les caravansérails et ruelles alentour sont affectés à la confection de babouches et bottines, de caftans et de pelisses d'autres, à la fabrication d'objets et mobiliers en cuivre ou en bois d'autres, enfin, à la vente d'essences parfumées, d'onguents, d'électuaires, d'épices et de café du Yémen. Les sultans eux-mêmes aiment s'y promener incognito s'informant des prix, mais aussi pour surprendre les propos du peuple.
    Le nombre croissant d'habitants de la capitale pose toujours davantage de problèmes d'acheminement, de stockage et de distribution des denrées alimentaires et des matières premières destinées à l'industrie et à l'artisanat local. Ce sont là les défis quotidiens auxquels le gouvernement ottoman doit faire face.

    Frédéric Hitzel, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de l'histoire de l'Empire otoman, est l'auteur de divers ouvrages parmi lesquels Lempire ottoman, XVe-XVIIIe siècles.

  • Le sujet de cet ouvrage, peu abordé par les historiens mais fort moderne, passionnera tous les amoureux des animaux de compagnie.
    Les Romains ont en effet un goût très prononcé pour des commensaux très variés et membres à part entière de la "" famille "", On découvre ainsi que le chien parfumé, paré de colliers précieux et de bracelets aux pattes, dont on tire l'horoscope et dont on fête les anniversaires, n'est pas une nouveauté américaine. Les soins, la nourriture et l'éducation diffèrent parfois de nos habitudes, mais rejoignent souvent les méthodes de nos vétérinaires. Les singes (mode venue de Grèce), les chats (importés d'Egypte), et les perroquets (acheminés des Indes), restent des animaux de luxe. Mais les Romains savent aussi s'entourer, pour les faire "" parler "", d'une multitude d'oiseaux indigènes, sans oublier leur attirance pour les bêtes sauvages apprivoisées et les reptiles qui errent à table entre les coupes.
    Fondé essentiellement sur les textes des auteurs antiques ; un livre qui, pour la première fois, conduit son lecteur dans l'intimité du Romain ami des bêtes.

  • L'auteur s'intéresse ici à la personnalité de l'enfant romain: sa place réelle et symbolique dans l'histoire, ses rapports avec sa famille, avec le monde adulte, avec la cité et sa structure sociologique, sa vie enfin, de sa naissance à sa mort, en passant par son éducation et ses jeux. Mais la vie quotidienne n'est pas le propos central du livre elle participe à une confrontation entre les textes porteurs de discours et les réalités concrètes pour fonder une histoire de l'enfance qui, entre la fin de la République et la fin de l'Empire romain suit les étapes d'une découverte progressive de l'enfance et des sentiments qu'elle suscite. Cette démarche aboutit à une réflexion plus générale sur la perception de l'enfant dans la civilisation occidentale. Le livre analyse les questions que pose l'enfant au monde adulte: que signifie « aimer un enfant » ? Ou « aimer les enfants » ? Quelle part prennent dans cet amour l'érotisme, la passion, la volonté, l'égoïsme ou l'abnégation ?
    L'ouvrage est assombri par les violences subies par les enfants (infanticide, exposition, châtiments corporels), et illuminé par le sourire de l'enfant virgilien qui, dans les bras de sa mère semble préfigurer l'Enfant Jésus. Entre la lumière et l'ombre, il se présente comme « une oeuvre de sympathie et d'humilité qui cherche à faire réfléchir sur ce qu'est un enfant pour nous, pourquoi nous l'aimons et de quel amour, pourquoi sa mort nous accable, pourquoi nous avons des enfants ».
    Éminent spécialiste de la Rome antique, Jean-Pierre Néraudau (1940-1998) fut professeur à l'Université de Reims. Ancien directeur de la collection Realia, il a publié plusieurs essais historiques aux Belles Lettres : La Jeunesse romaine, Urbanisme et métamorphoses de la Rome antique, ainsi que deux romans, Les Louves du Palatin et Le Mystère du Jardin romain.

  • Miroir du monde, le temple « indien » est d'abord celui de l'Inde qui l'a créé et celui du cosmos où vivent ses dieux. À travers lui, architectes et sculpteurs inspirés par les théologiens ont su réinventer l'Espace et le Temps, les conjuguant dans un spectacle continu où la création toujours recommencée de l'univers est sans cesse réitérée par les cérémonies quotidiennes et les fêtes solennelles. Pour garantir la permanence du spectacle, ils l'ont pétrifié dans le décor du temple comme ils ont inscrit le cosmos et son agencement dans son architecture et le panthéon et sa mythologie dans les images de ses murs.
    Ce temple indien, comme l'église, la mosquée ou même le temple grec qu'il a parfois croisés d'ailleurs, a essaimé à travers le monde à la suite des doctrines qui l'ont suscité. Il est ainsi devenu le miroir des multiples cultures qui l'ont interprété chacune selon son génie mais toujours en lui conservant fidèlement ses traits essentiels qui, définis dans des traités d'architecture, permettent de retrouver son unité.
    À date ancienne, le temple, après s'être épanoui en Inde, passe en Asie du sud-est, en particulier au Cambodge et en Indonésie où il connaît certaines de ses plus somptueuses manifestations, ainsi Angkor Vat. Plus récemment, depuis près de deux siècles, c'est sur tous les continents que des Indiens le construisent.
    Le présent ouvrage veut réunir dans un même discours ces temples « indiens » de toutes origines et de toutes dates. S'attachant à cerner les apports réciproques des cultures en présence dans leur élaboration, il s'appuie sur une constante mise en parallèle des données théoriques et des monuments bien réels, des plus anciens à ceux d'aujourd'hui, dans la continuité et la vivacité des traditions indiennes dont ils témoignent.

  • La civilisation romaine est née avec la fondation de la ville de Rome. La postérité a surtout retenu l'extraordinaire extension d'une cité qui s'est imposée comme la maîtresse du monde antique. Et Rome fut, il est vrai, le phare de la Méditerranée. Le Forum symbolisait par excellence la scène de la politique mondiale. Mais c'est en coulisses qu'il faut aller chercher les racines de cette culture, jusque dans les bourgs obscurs de l'Italie. Avant d'être un citadin, le citoyen romain fut un paysan. Rome s'est fortifiée de la campagne, au physique comme au moral, et la plupart des grands noms qui ont tracé son destin ne sont souvent que des provinciaux montés pour réussir (ou échouer) dans la capitale.
    Mais que sait-on de ces hommes de la terre, des paysans libres comme des esclaves ruraux ? Que connaissons-nous de leur vie quotidienne au service de leurs champs ou de leurs troupeaux, de leurs soucis économiques, de leurs croyances religieuses ? L'auteur propose une plongée dans ce monde rural méconnu, à la rencontre de ceux qui ont oeuvré anonymement, et souvent douloureusement, pour que resplendisse la gloire de Rome. Il nous entraîne aussi à la découverte de ces domaines mythiques dans lesquels les grands du monde romain viennent se ressourcer et toucher un peu, en privé, à la magnificence des rois orientaux qu'ils ont réduits à merci.

  • Le concept de communication n'a pas été inventé par notre époque! Rome, avec des moyens techniques relativement limités, a rapidement dépassé la Grèce et atteint une efficacité remarquable en ce domaine, décloisonnant le monde antique et mettant en contact toutes les parties d'un empire immense. Guy Achard brosse ici un panorama complet et particulièrement vivant du développement de cette entreprise. Cet aspect de la civilisation romaine peut-il nous concerner, nous qui, grâce à des inventions remarquables, avons tissé un réseau d'information et de communication prodigieux qui permet presque à quiconque d'entrer sans délai en relation avec pratiquement quiconque dans le monde? Guy Achard répond à cette question en observant que Rome a placé l'homme au coeur des échanges et qu'elle a porté très haut l'art de parler, offrant ainsi des clefs précieuses non seulement pour comprendre la communication moderne, mais aussi peut-être pour déjouer ses ruses et ses habiletés.

  • L'amour n'a jamais connu de loi, chante la Carmen de Bizet. L'affirmation était particulièrement vraie aux temps de l'Espagne médiévale et aurait assurément été corroborée par les chrétiens, les juifs et les musulmans qui vivaient alors sur le territoire de l'ancienne Hispanie. Convaincus que la Création était bonne et avait été faite par Dieu pour que l'homme en jouisse, les Espagnols du Moyen Âge n'ont jamais considéré le sexe comme un péché, tout au plus comme une peccadille, et, appuyés en cela par les médecins, n'ont écouté ni les moralistes ni les hommes de loi à l'heure de donner libre court à leurs sentiments ou à leurs désirs.
    L'ouvrage propose une visite déconcertante dans ce labyrinthe des passions espagnoles depuis l'union mystique recherchée par Ibn Arabi et les kabbalistes aux bordels de Valence, en passant par l'exaltation de l'amitié, le mariage, l'homosexualité ou l'union libre.

  • L'Olympe du Roi-Soleil ou comment la mythologie et l'Antiquité furent mises au service de l'idéologie monarchique sous Louis XIV à travers la littérature, la peinture, la musique, les fêtes, la sculpture, l'architecture et les jardins, à Vaux-le-Vicomte, Meudon, St Cloud, Sceaux, Marly, St Germain et Versailles.
    ""Le savoir antique avait offert à la définition de la monarchie les prestiges d'un âge séculaire, qui ancraient le pouvoir royal dans l'éternité, et les enchantements profanes et sensuels d'un monde que seul le monarque sage et puissant pouvait recréer... La mythologie fut une pédagogie et une propédeutique qui devaient imposer à l'imaginaire les images transfigurées du roi, de son règne et de son royaume.""
    Jean-Pierre Néraudau a publié aux Belles Lettres une thèse sur La jeunesse romaine (1979). Il s'intéressa de plus à l'histoire de l'art et on lui doit un ""Que sais-je ?"" sur L'Art romain publié en 1978 et un Dictionnaire de l'histoire de l'art (1985). Il est l'auteur dans la collection Realia, en collaboration avec L. Duret, d'Urbanisme et métamorphoses de la Rome antique (1983) et d'Etre enfant à Rome (1984).

  • « N'est-il pas inévitable que dans une pareille cité l'esprit de liberté s'étende à tout ? Que le père s'accoutume à voir son fils comme son égal et à redouter ses enfants ? Le fils à être l'égal de son père et à n'avoir ni respect ni crainte pour ses parents, parce qu'il veut être libre ? »
    Non, ce n'est pas un écrivain moderne qui écrit cette phrase, c'est Platon. Les enfants grecs n'étaient peut-être pas si loin des nôtres...
    Pourtant, on relèvera sans doute ici des différences surprenantes. Un auteur de l'époque révèle d'étranges pratiques alimentaires du nourrisson : « Comme les nourrices, en mâchant sa nourriture, tu lui en mets un peu dans la bouche, mais toi-même tu en as déjà avalé le triple. » Que faudra-t-il enseigner à cet enfant ? « Je conseillerais aux jeunes gens, dit un autre, de consacrer un certain temps aux enseignements scientifiques, mais de ne pas laisser leurs dispositions naturelles se dessécher là-dessus. » Et que penser quand on voit le sage Socrate pousser vivement son voisin pour qu'un bel adolescent vienne s'asseoir près de lui ?
    Après le citoyen grec, puis la femme grecque, il était temps de s'intéresser à l'enfant grec. On découvrira ici sa vie depuis la naissance jusqu'à l'âge adulte, mais aussi le parcours du combattant de la future mère et les cas de conscience des pères ; et on révisera au passage bien des points qu'on croyait connaître, comme l'éducation et la pédérastie.

    Danielle Jouanna, helléniste et historienne, a déjà publié plusieurs essais : Aspasie de Milet (2005, prix Diane Potier-Boès de l'Académie Française), L'Europe est née en Grèce (2009), ainsi que, aux Belles Lettres, Les Grecs aux Enfers (2015) et Rire avec les Anciens (2016).

  • « Nous entendons la voix de Cicéron, nous découvrons les espérances et les ambitions de César (100-44 av. J.-C.), sur les lieux même où ils avaient parlé ou pensé. Il n'est pas sans importance de savoir quelles images offraient à leurs yeux la décoration des monuments qu'ils pouvaient voir, quelles images, aussi, ils avaient voulu proposer au regard de leurs concitoyens. Rome est un théâtre où le décor attend les acteurs. Ces acteurs que nous pouvons être nous-mêmes, lorsque grâce à des livres comme celui-ci, les pierres se mettent à parler. » - Pierre Grimal

  • L'étranger, à l'époque archaïque, n'a pour carte d'identité que ses propres paroles. Venant d'une cité, il tente tout d'abord de ne pas paraître « étrange » et recherche un hôte qui veuille bien lui expliquer les coutumes du pays. À l'époque classique, la Grèce s'ouvre au commerce et les contacts s'intensifient. Les notions modernes d'ambassadeur et de consul (proxène) apparaissent, et avec elles, une ébauche de droit international. Les premiers grands périples, les concours sportifs, les pèlerinages aux sanctuaires et les conflits sont autant de prétextes au contact et à la découverte de « l'Autre » et de son extrême culturel, le Barbare, avec son parfum d'exotisme. À l'époque hellénistique, les villes grossissent, les peuples se mêlent dans les rues des grandes capitales culturelles et commerciales. Les étrangers se retrouvent dans la noblesse des grandes cours, dans des clubs, des associations, des sociétés à succursales multiples et une législation est mise en place. On limite l'immigration, on évite la xénophobie et le racisme, on différencie l'étranger résidant (le métèque) du voyageur sans domicile fixe.
    L'expérience crée la loi et dans sa volonté de devenir le « citoyen du monde », le Grec tente de résoudre tout problème de relation entre les hommes. L'ouvrage met au clair les différentes notions en jeu, tout en proposant une plongée dans la vie quotidienne.

  • Le grand Scipion l'Africain, comme tous les Romains, porte la barbe. Un jour, en Sicile, au contact des moeurs grecques, il décide de se faire raser. Aussitôt, tout ce que Rome compte d'hommes jeunes et modernistes suit son exemple. La mode du visage glabre est lancée... Les tapis de Babylone font fureur au temps de Caton: ils s'arrachent 800 000 sesterces pièce quand un poulet, au marché, vaut 2 sesterces... L'esclave Roscius a du charme, et du talent. Son maître décide d'en faire une vedette de théâtre. En quelques années, il devient la coqueluche des Romains, et son nom reste comme celui d'un des plus grands du « star system »...
    À Rome, comme le montrent ces quelques exemples, la mode s'immisce autant dans les habitudes de vie - le vêtement, la nourriture, le cadre familier - que dans l'art ou la littérature où la notion d'imitation est centrale. Par la suite aussi, Rome demeure l'arbitre des élégances, en devenant un modèle de référence pour la culture et le goût européens.

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