Littérature générale

  • Lord Jim, le premier chef-d'oeuvre de Joseph Conrad, paraît en 1900, au début de notre siècle. D'un fait divers de désertion, l'auteur bâtit un roman d'aventures. Mais, au-delà, c'est une plongée éminemment moderne dans les tréfonds d'une conscience tourmentée. Jim, songeur glorieux, s'inscrit dans la lignée d'un Don Quichotte transposé à l'ère coloniale. Incarnation d'une jeunesse mythifiée, à la fois enviable et tristement vulnérable par son idéalisme, il se lance, rongé par la culpabilité, dans des combats douteux contre des réalités sombres : assauts imprévisibles de l'océan, agressions d'une humanité souvent veule ou féroce. Chemin faisant, éclatent les vérités profondes d'un moi reconnaissable : dans sa conscience torturée après la chute, ses espoirs de rachat, sa poursuite noble d'un rêve de pureté. Chacun peut dire que Jim est l'un des nôtres.

  • Jamais les conquêtes sociales inscrites dans la législation du travail, dans celle de la Sécurité Sociale, dans celle du logement social, n'ont depuis un quart de siècle, été aussi menacées. On assiste aujourd'hui à un freinage sans précédent de l'effort social. Le souci de limiter, sinon de réduire, les dépenses s'accompagne d'une volonté non moins déterminée de restaurer la discipline et de restituer au marché une large fraction des services collectifs. La politique sociale, de plus en plus captive d'un impératif économique démesurément grossi, est dès à présent interdite d'imagination.. Appuyée sur de très nombreux exemples, documents, voici la première tentative de synthèse, "lisible", sur les nouvelles donnes de la politique sociale. Elle souhaite provoquer un large débat sur un domaine trop souvent inaccessible, qui nous concerne pourtant tous, dans tous les champs de la vie quotidienne : santé, emploi, habitat, éducation...

  • Au coeur de notre mémoire et de nos curiosités présentes émergent des lieux uniques, symboles d'un art de vivre, bouillonnants d'images et d'émotions : des villes en Europe. Des villes, comme autant de coups de foudre, qui incitent au rêve, au voyage, aux aventures esthétiques et sentimentales. Conçus pour des voyageurs sensibles aux ambiances, à la séduction des lieux et des mots, ces guides intimes sur les villes les plus romantiques d'Europe veulent être de véritables compagnons de lecture et de découverte. Une "lecture", raffinée et pratique, de chaque ville avec : o l'invitation au voyage d'un écrivain contemporain qui raconte et met en scène "sa" ville ; o quelques courts textes de la littérature mondiale et des photographies qui nourrissent la connaissance et provoquent l'imaginaire ; o un guide concis, subjectif, de lieux utiles et charmants - hôtels, restaurants, bars, boutiques, rues, musées... - lieux où saisir un fragment de plaisir, de beauté.

  • Lisbonne, octobre 1502. En pleine fièvre des découvertes, dans un port envahi par l'or, les épices et les esclaves, éclate une étrange affaire d'espionnage. Un planisphère royal a disparu. Représentant, pour la première fois, les Indes atteintes par Vasco de Gama et le Brésil touché par Cabral, il est un véritable secret d'État. Il réapparaît, début 1503, en Italie du Nord, à la cour du Duc de Ferrare, Hercule d'Este. Transféré, en 1598, dans le château ducal de Modène, la carte de Cantino y passe deux siècles et demi, avant de disparaître à nouveau, mystérieusement, lors du soulèvement pour l'unité italienne en juin 1859. Un collectionneur la retrouve neuf ans plus tard au fond... d'une charcuterie de la ville ! Histoire vraie, dans toutes ses péripéties de Lisbonne à Ferrare, Gênes et Modène... mais où les détails manquent, permettant à l'auteur de bâtir, d'aventure en aventure, le roman d'histoire de la carte de Cantino.

  • Fascinante et terrorisante, Carmen, enfermée à tort dans la figure de la femme fatale, se révèle plus complexe et plus troublante. Au-delà de l'image attendue de la séductrice aux prises avec les hommes dans une histoire d'amour et de mort, Carmen revendique sa liberté, bouleverse l'ordre établi, incarne l'attrait de l'interdit et la promesse de transgression. Figure de l'ambivalence, elle franchit les limites du féminin, et même de l'humain. Entre l'homme et l'animal, Carmen se métamorphose, changeant de sexe et d'espèce, dévoilant sa masculinité et son animalité. Elle féminise les hommes par inversion des rôles, fait valoir sa force virile jusqu'à détruire l'identité masculine. Son combat final, métaphore de la corrida, l'identifie au taureau mis à mort. Figurant la belle et la bête, Carmen, dans sa lutte et son entêtement mâles, se laissera entraîner vers son destin fatal.

  • En juillet 1889, accompagné d'une jeune femme élégante et voilée, Freud se rend à Nancy afin d'améliorer sa technique hypnotique auprès de Bernheim et de Liébault. C'est le moment où à Nancy, Barrès mène une campagne électorale nationaliste et raciste.

  • Meilleur chevalier de la cour arthurienne, amoureux de la femme du roi, Lancelot se trouve à la jonction des deux grands mythes du Moyen Age que sont la quête du Graal et l'amour absolu dit courtois.

  • Des Évangiles à l'aube de la psychanalyse, en passant par les légendes médiévales et les peintures de la Renaissance, du rêve collectif aux paroles personnelles, des chefs-d'oeuvre aux productions commerciales, dont le nombre même est signifiant, des célébrations hallucinées à l'exorcisme cruel des parodies : chaque siècle apporte à la mince histoire originelle sa contribution, ses motivations psychologiques, sa collection d'objets symboliques, jusqu'à ce point de cristallisation des années 1890 où semble se figer l'image de Salomé. Ainsi se forme le mythe, enrichi des alluvions de l'imaginaire des hommes. Le banquet d'Hérode devient la scène où se jouent la tentation du sacrilège, la peur du désir, l'idée de la féminité et les enjeux mêmes de l'art.

  • L'amant de Lady Chatterley : roman réputé scandaleux, oeuvre considérée comme pornographique... l'ouvrage est mis à l'index pendant trente-deux ans. Image d'un couple briseur de tabous sexuels, hardiesses de langage et descriptions érotiques assurent la popularité et la (mauvaise) réputation d'une oeuvre méconnue. En 1960, un procès retentissant lève l'accusation de publication obscène et autorise l'édition. Limites et légitimité de la censure, sexe, littérature, différences de classe... autant de questions sensibles qui ne bouleverseront pourtant pas les mentalités. Repenser la sexualité, la relation entre les hommes et les femmes, tel est le combat de D.H. Lawrence : un amour sans inhibitions et véritablement tendre. Une passion entre une châtelaine, Constance Chatterley, et son garde-chasse, Mellors. Mais, surtout, la rencontre d'un être à la féminité inaccomplie, et d'un homme à la virilité écorchée... un éveil à la sexualité, une célébration de la vie. D.H. Lawrence, à travers Constance et Mellors, nouvelle Ève et nouvel Adam, prône un retour aux temps des origines, à l'innocence perdue, au couple d'avant la chute.

  • Jérusalem ! Guillaume Martin, apothicaire de Besançon, veut tremper sa foi en mettant ses pas dans ceux du Christ. Le voyage est une aventure, le pèlerinage, un enjeu spirituel. Mais, en 1565, quand la Réforme commence à ébranler la Chrétienté, quelle est la part des certitudes, quelle est la part des doutes ? De Venise au Saint-Sépulcre, le regard de Guillaume Martin se pose sur les villes, les sanctuaires, les hommes. Il interroge. Il nous éclaire. Quelle lumière vient-on chercher à Jérusalem, en ce temps-là ?

  • Tout le monde connaît Antigone, jeune fille intrépide attachée aux valeurs familiales, l'ensevelisseuse qui incarne les lois non écrites et le droit du sang, l'obstinée, la résistante, celle qui dit non au pouvoir établi. Ou plutôt, tout le monde croit la connaître. Car il y a des Antigones - pour reprendre la formule de George Steiner - multiples et paradoxales. Reflet de cette figure complexe, la littérature occidentale offre, depuis Sophocle, une multitude de versions, traductions et interprétations, penchant, tour à tour, pour une vision chrétienne, politique, féministe, psychanalytique... Prêtresse de l'amour pur, mais d'un amour extrême, presque absurde, Antigone est aussi la figure de la démesure et de la transgression, à la fois (trop) innocente et (pas assez) coupable. À cette folie de la démesure, la danse contemporaine de Mathilde Monnier donne corps et mouvement. Le désir absolu et mortifère - proche à s'y méprendre du désir de l'hystérique - et la faute tragique d'Antigone ne se résolvent que dans la mort. Une lumière d'Antigone, adaptée au monde mouvant d'aujourd'hui, nous souffle Henry Bauchau. Mais la lumière Antigone est parfois une lumière noire...

  • De l'"OEdipe-roi" de Sophocle au complexe d'OEdipe freudien, de multiples chemins d'enquête donnent à voir la complexité du personnage mythique et les traits majeurs de son évolution au cours des siècles. Le mythe d'OEdipe meurt et renaît sans cesse pour continuer à raconter l'histoire de cette recherche de soi.

  • Quand le père des philosophes boit la ciguë, en 399 av. J.-C., qui peut se vanter de l'avoir bien connu ? Ses amis, ses disciples ? Tous ces Athéniens qui l'ont admiré ? Ceux qui ont raillé ses traits disgracieux, et souri à son allure un peu trop débraillée ? Et que dire de ceux, qui, à travers Platon et Xénophon, ont désossé Socrate, en oubliant que ce penseur, d'abord, fut un grand homme ? Socrate n'a pas vécu entre ciel et terre, mais dans une cité qui, en l'espace d'un demi-siècle, passe de l'apogée aux troubles les plus graves. C'est dans l'Athènes de Périclès, d'Aspasie, d'Alcibiade, des Trente Tyrans, que la liberté insolente de ce maître de sagesse lui vaut d'être admiré, redouté - puis condamné. Socrate avait un démon, ce daïmôn qui, au fond de lui, est souvent la voix du doute... Une voix : en grec, Tisphoné. Face aux trois juges des Enfers, Tisphoné raconte Socrate. Car, mieux que personne, Tisphoné, son démon, lui, connaît Socrate, sa vie, son âme, et peut-être ses secrets.

  • Le corps était allongé sur la table en inox, dans une salle de découpe de l'institut médico-légal, place Mazas, dans le XIIe. Plutôt maigre. Dans cet amphithéâtre, la voix de l'assistant du médecin légiste portait bien. Il venait de dire qu'Élisabeth Chappe avait été opérée des végétations, n'avait jamais enfanté, avait souffert d'une légère anémie, et de décalcification. Martine Lewine voyait deux images en alternance : celle de la femme en tailleur de lin, collier de perles, sac noir et bombe de self-défense, celle de ce corps cireux et décharné. Il n'y avait que les cheveux courts pour faire le lien. Adieu Paris, rive noire, adieu Paris, rive glauque, voici qu'arrive, imprévisible et cruelle, la sombre rive chaude. Unique et sensuelle, elle se déhanche, car enfin a sonné l'heure du triomphe définitif et durable des femmes sur le polar.

  • Les homosexuels ont leur place dans notre société, comme les VRP ou les collectionneurs de timbres. Mieux encore, l'homo est perçu désormais comme une figure moderne, que l'on envie d'une certaine façon pour sa liberté et son aptitude au plaisir. Couple homo, couple hétéro, même combat... Est-ce bien sûr ? Hugo Marsan en doute, lui qui connaît si bien ce monde gay dont il fait complètement partie. Boîtes, bains turcs, petites annonces, solitudes provinciales, émois d'adolescents, conflits de famille, Marsan raconte et met en scène ces mille témoignages qu'il a recueillis depuis de nombreuses années. Mais ce n'est pas seulement à un voyage souterrain qu'il nous convie. Il montre aussi combien cette condition homosexuelle n'est pas vécue de façon uniforme. Que de différences, souvent, entre le branché parisien et le proscrit d'une petite ville de province, entre le jeune gay, élevé dans un climat permissif, et le quadragénaire qui peut enfin s'éclater sans retenue. Hugo Marsan pose enfin la question fondamentale de l'identité masculine, de la virilité, du rapport à une sexualité déchirée entre le plaisir de la déviance et l'exigence de l'universalité. Dominique Auffret apporte à ce long témoignage, le recul d'une réflexion d'un philosophe de moins de trente ans.

  • Notre modernité vieillit. Ce que l'Occident avait promis à l'humanité, la maîtrise de son destin par la connaissance et l'émancipation, n'est plus crédible. La révolution, nos idéologies de salut, n'apportent plus de réponse. Mélancoliques, nous prenons congé du passé de nos rêves. Notre modernité se transforme. Simultanément, en cette fin de siècle, une multitude d'applications - manipulations génétiques, images numériques, communications et détections à la vitesse lumière... - nées du développement de la technoscience, changent le contenu de notre savoir, bousculent les cadres de notre expérience, défient toutes les cultures. Ainsi baignons-nous dans l'immatériel des informations, des énergies, des situations inédites, sans référence possible à un ordre naturel. Nous ne sommes plus seuls maîtres à bord : nous pensons, nous sentons avec la technologie. Cet ouvrage pose la question essentielle de la nouvelle condition humaine. Des artistes, des hommes de science, des philosophes évoquent et analysent cette aventure de la postmodernité : ils rendent justice au monde qui naît et qui nous rend déjà autres.

  • Comment s'inculquent le bon et le mauvais, l'authentique et le faux, le "mangeable" et "l'immangeable", comment doit-on faire honneur à une table et comment, aussi, s'apprend, après l'abondance, la privation ? Mon grand-père Victor était cuisinier, artisan exemplaire, véritable artiste à son insu. Avec lui, notre ordinaire devenait exceptionnel. Nous nous régalions de ses plats avec un respect presque religieux et nos papilles atteignaient l'extase. Ma mère se mit en quatre toute sa vie pour être à la hauteur. Mon père jouait au gastronome distancié mais à cheval sur les principes, et moi, je faisais sans vergogne le "petit difficile". Tels étaient les principaux rôles de cette comédie de la sainte table et de la communion. Sans compter quelques comparses, pitoyables gâte-sauce, qui nous servaient de bouffons.

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