Christian Bourgois

  • Au terme d'un repas, un banquier démontre à son convive que ses convictions et ses actions en matière d'anarchisme n'ont rien à envier à celles des poseurs de bombe. Il déploie ainsi les trésors d'une rhétorique insidieuse au service de sa personne et s'installe dans de provocants paradoxes. Si ce banquier anarchiste nous enchante par son esprit retors, ses raisonnements par l'absurde et une mauvaise foi réjouissante, la véritable dimension du livre, cependant, n'est pas là : il s'agit en fait d'un pamphlet incendiaire contre la société bourgeoise, ses hypocrisies et ses mensonges. C'est aussi une dénonciation du pouvoir de l'argent, qui mine de l'intérieur le bien le plus précieux de l'homme : la liberté.
    Le Banquier anarchiste est l'unique oeuvre de fiction publiée du vivant de Pessoa et signée de son vrai nom. Un texte explosif, un véritable brûlot.

  • Fernando Pessoa a beaucoup écrit sur lui-même. Un singulier regard peut être vu comme un prélude à son oeuvre et le complément de son chef-d'oeuvre et livre total, Le Livre de l'intranquillité. Les textes qui composent le présent volume révèlent en effet des aspects méconnus de l'auteur à travers des textes et correspondances. Ils constituent un journal de sa vie intérieure, tout entière tournée vers l'auto-analyse.
    On trouvera dans cet autoportrait passionnant, souvent impitoyable, la lente progression d'une personnalité en pleine gestation, depuis une adolescence chaotique jusqu'à une maturité magistrale. Les écrits très intimes rassemblés ici montrent l'angoisse, la solitude et la lucidité de l'écrivain et la genèse de sa personnalité.

  • Le monde de Richard Brautigan est peuplé d'antihéros maladroits, d'oncles menteurs, d'après-midi de pêche à la truite, de méditations au bord de la rivière Long Tom, de parties de chasse en Oregon qui virent au tragique ou d'adolescents qui menacent de devenir de « dangereux criminels » s'ils n'obtiennent pas une nouvelle télévision... C'est l'Amérique du drame privé, de la catastrophe ordinaire racontée à travers ces récits très personnels et teintés d'humour.
    La Vengeance de la pelouse est aussi une plongée dans la période californienne de la vie de l'auteur, sans doute la figure la plus étrange et excentrique de la Beat Generation : on y aperçoit son sourire malicieux, sa mélancolie rieuse, son regard à la fois tendre et moqueur sur son époque.

  • « Ma fréquentation des chats m'a sauvé d'une ignorance crasse et incurable. »
    Dans cet opuscule, William S. Burroughs médite sur l'amitié mystérieuse entre les chats et leurs hôtes humains. Un petit traité amoureux sur les félins domestiques de sa vie qui n'aurait pas déplu à Colette ou Stéphane Mallarmé.
    « On dit que les chats sont les animaux les plus éloignés du modèle humain. Cela dépend du genre d'humain auquel vous vous référez, et bien entendu de quels chats. Je trouve parfois les chats incroyablement humains. »

  • « Ce livre concis et poétique sent la morille et le bois calciné. C'est une fable transpercée par les hurlements des loups et les jappements des coyotes en délire, un hymne à l'odeur âcre des épicéas géants que des bûcherons loqueteux débitent en billes, là-bas, au fin fond de l'Ouest américain, pour construire, au péril de leur vie, des ponts de chemin de fer en équilibre au-dessus des canyons. [...] Un roman qui vous emporte loin dans le silence et dans l'azur. »
    Florence Noiville, Le Monde des livres
    Au début du XXe siècle, Robert Grainier travaille à la construction des chemins de fer qui, très vite, parcourront l'Amérique. Un combat de l'homme contre la nature dans des paysages à l'immensité sauvage. Mais ce n'est pas le seul combat que mène Grainier : ébranlé par un drame personnel, il tente de donner un sens à un monde qui en a perdu, alors que son pays connaît des années décisives qui transforment profondément son identité.

  • Samuel Riba est l'éditeur talentueux d'un catalogue exigeant. Néanmoins, incapable de faire face à l'émergence des nouveaux médias et de concurrencer la vogue du roman gothique, il vient de faire faillite. Il sombre alors dans la dépression et le désoeuvrement. Pour y remédier, il entreprend un voyage à Dublin. L'accompagnent quelques amis écrivains avec qui il entend créer une sorte de confrérie littéraire. Cette visite de la capitale irlandaise à l'heure du Bloomsday se double d'une déambulation dans l'oeuvre de Joyce, qui conduira notre protagoniste - bien malgré lui - jusqu'au seuil d'un mystérieux pub.
    En explorant les facettes de ce personnage complexe - sous lequel se cache peut-être bien son alter ego -, Enrique Vila-Matas interroge la notion d'identité, de sujet, et décrit le cheminement qui a mené la littérature contemporaine d'une épiphanie (Joyce) à l'aphasie (Beckett).

  • Le bal des folles

    Copi

    C'est l'histoire d'un écrivain argentin qui aime à écrire dans des chambres d'hôtel sordides à Paris. D'un beau Romain qui souhaite devenir une belle Parisienne, d'un sosie de Marilyn Monroe tyrannique et envahissant, d'un éditeur qui aimerait que son auteur cesse de le prendre pour un micheton. D'une boulangère qui pratique la voyance, d'un hippie neurasthénique qui élève ses triplés à Ibiza de façon peu orthodoxe, d'une véritable amie - qui à défaut d'avoir l'heure a toujours une bonne bouteille et une astuce pour échapper à la police.
    D'un Paris interlope à une Rome fervente, en passant par le New York branché et l'Ibiza baba-cool, Copi nous immerge dans les années 1970 et leurs folles libertés. Amours purs, sexe débridé, crimes odieux : en fantasmant sa vie, Copi nous donne à lire un roman aussi drôle qu'épouvantable.

  • Sujet à une psychose brutale et non identifiée, le neurologue Camilo Escobedo est interné dans un hôpital psychiatrique. Du jour au lendemain, il se retrouve le patient de ses propres collègues et internes. Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il souffre d'une maladie auto-immune récemment découverte. Celle-là même qu'il a longtemps étudiée et qui l'a toujours fasciné : la maladie dont est atteinte la jeune fille dans L'Exorciste.
    Cette histoire, c'est celle, véridique, du docteur Escudero. En relatant la vie de ce neurologue, Gabi Martínez donne à lire le système de santé et la réalité sociale de Barcelone. C'est le combat singulier, dans un monde globalement corrompu, d'un personnage inoubliable.

  • Mer, sable, soleil et euphorie d'être légalement à moitié nu : la plage est le symbole des utopies hippies du retour à la nature. C'est le lieu du dévoilement démocratique des corps, un endroit où s'exercent les ravages du tourisme, mais aussi un lieu de rêverie enfantine et d'émerveillement, un lieu de drague ou de méditation.
    La Vie pieds nus explore toutes les significations que peuvent avoir pour nous les étendues de sable fin ; des significations historiques ou intimes, tant nos souvenirs logent parfois dans l'esprit des lieux. Entre autobiographie, souvenirs et analyse culturelle, Alan Pauls passe en revue les multiples visages d'un espace clé de la vie moderne. Et nous livre un texte d'une intelligence mélancolique sur un sujet qui n'était jusque là pas encore entré en littérature par la grande porte.

  • "Tanja Luci´c est devenue professeure de littérature à l'Université d'Amsterdam après avoir fui la guerre en ex-Yougoslavie. Là-bas, elle donne des cours à une classe composée de jeunes exilés yougoslaves dont la plupart gagnent leur vie en confectionnant des vêtements pour le « Ministère de la douleur », une boutique sadomasochiste. Tous vivent dans la « Yougonostalgie », un attachement sentimental à ce qu'était leur pays avant son éclatement. Pour soigner leur mélancolie, Tanja leur propose d'écrire le récit de leur vie et la façon dont ils ont vécu la désintégration physique et culturelle de cet État. Mais cette méthode pédagogique inhabituelle n'est pas sans conséquences : bientôt, elle s'attire les foudres des uns, et ravive les tensions entre les autres...
    Dans ce roman où l'ironie et l'humour noir sont rois, Dubravka Ugresi´c explore la douleur de la perte, l'isolement et la solitude auxquels ne saurait échapper aucun exilé. Que nous reste-t-il quand on a tout perdu - son pays, son foyer, et même sa langue ?"

  • En 1961 est mort Roland, l'éléphant de mer du zoo de Berlin. Au moment d'ouvrir son estomac, on découvrit à l'intérieur de l'animal une pléiade d'objets insolites : un fume-cigarette rose, quatre bâtonnets d'esquimaux, une broche, une épingle à cheveux...
    Le Musée des redditions sans condition est à l'image de ce trésor. Constitué d'une mosaïque de récits, d'anecdotes, de souvenirs, il raconte une histoire simple, faite de déplacements et de nostalgie : une mère, dans Zagreb assiégée, pense à sa fille exilée à Berlin. Celle-ci imagine à son tour la fuite de sa mère un demi-siècle plus tôt, de la Bulgarie vers la Yougoslavie. Comment rendre compte de l'exil et de ce qu'il représente pour ceux qui l'ont vécu, ceux dont la vie tient dans une valise pleine de souvenirs disparates, vieilles photos, journaux intimes, objets rescapés de l'enfance ?
    Tour à tour drôle, malicieux ou mélancolique, Le Musée des redditions sans condition retrace de façon lumineuse la vie de personnages partagés entre deux cultures.

  • Annabel

    Kathleen Winter

    En 1968 au Canada, dans un village reculé de la région du Labrador, un enfant voit le jour. Ni tout à fait homme ni tout à fait femme, il est les deux à la fois. Seules trois personnes partagent ce secret : les parents de l'enfant et Thomasina, une voisine de confiance. Ensemble, ces adultes prennent la difficile décision de faire opérer l'enfant et de l'élever comme un garçon, prénommé Wayne. Mais tandis que ce dernier grandit, son moi-secret - une fille qu'il appelle Annabel - ne disparaît jamais complètement...

    « Bien plus que des questions de chromosomes, Annabel traite du potentiel des humains pour la cruauté, le mépris et l'ignorance, tout autant que pour la tolérance, la générosité, la force. La réussite de Winter ici est tout aussi miraculeuse que la naissance de Wayne. » Christine Fischer, The Globe and Mail

    « Remarquable. Un texte profondément émouvant en même temps qu'un puissant cri de ralliement. » The Times

  • L'amant du volcan Nouv.

    En 1772, au pied d'un Vésuve toujours menaçant, Naples rayonne sur l'Europe. Le Cavaliere, ambassadeur britannique auprès du royaume des Deux-Siciles, s'y installe avec sa femme et s'adonne avec passion à son activité de collectionneur d'art. À la mort de son épouse, il fait la connaissance d'une jeune femme incroyablement belle et intelligente, bien que n'ayant reçu aucune instruction. Il devient son mentor, décidé à en faire une citoyenne du monde, et, au scandale de la bonne société napolitaine, la demande en mariage. Mais l'arrivée d'un jeune amiral britannique va bouleverser les sentiments de la nouvelle femme du Cavaliere.
    Inspiré des vies de Sir William Hamilton, de sa femme Emma et de Lord Nelson, L'Amant du volcan déploie une grande ingéniosité formelle et bouscule les conventions du roman historique en évoquant la Révolution, l'Opéra, la condition des femmes et l'amour.

  • Une ville qui n'existe pas, mais décrite par le menu, avec une précision (une joie, aussi) de maquettiste : rue par rue, lieu par lieu, avec ses grands passants, ses fantômes, son ton. Ville du bord de l'eau (comme si, entre la Garonne et la Loire, un autre fleuve et un autre estuaire avaient existé), ville où la donne de l'utopie a été plus généreuse qu'ailleurs, ville qui a donc beaucoup rêvé et qui, à son tour, fait rêver. Écrite à partir de son plan dessiné un jour de désoeuvrement, Olonne est devenue une sorte d'absolu de la fiction, une sorte de vertigineux « comme si », qui est aussi comme un roman. Description d'Olonne a obtenu le prix France Culture en 1992.

  • L'hymne ne désigne pas dans ce livre une forme poétique particulière mais l'ensemble des dispositifs que la modernité a dû abandonner pour se tendre. Le mouvement des essais qui le composent est celui d'une généalogie, moins au sens d'une perspective proprement historique qu'à celui d'une récapitulation faisant la part au caractère dispersé des indices. Les noms qui jalonnent cette recherche  Hlderlin, Büchner, Baudelaire, Leopardi, Stendhal ou, plus près de nous, Benjamin et Mandelstam définissent le réseau de sens où ces indices prennent consistance en se relançant les uns les autres. La Fin de l'hymne a précédemment paru dans la collection « Détroits » en 1991.

  • « Le Mal de Montano est une sorte d'ovni littéraire fascinant, rempli d'humour et d'un désespoir très pince-sans-rire. De transformations en disparitions, l'auteur parle d'un univers où l'extérieur finit par être phagocyté [...] par cette imagination contre laquelle, dit le narrateur, on ne peut pas lutter. Une planète étrange et instable, où le temps ne passe plus du tout comme dans le monde ordinaire et où les mots prennent une dimension formidable, deviennent aussi palpables qu'une table ou qu'une chaise.» (Raphaëlle Rérolle, Le Monde)

    « Avec un humour terrifiant et une intelligence électrique, Enrique Vila-Matas joue avec les mots en musicien du verbe. Il utilise tous les rythmes, toutes les harmonies, toutes les modifications mélodiques possibles. Tant d'inventivité, tant de fougue laissent pantois. » (Gérard de Cortanze, Le Magazine littéraire)

  • Ce livre est la réédition de l'ouvrage paru en 1976 dans la collection 10/18. Lequel chercha, plus qu'une anthologie, à être un feuilletage intensif du romantisme allemand et à donner, sur pièces, une idée de l'étendue et de la richesse du clavier de puissance sur lequel ce mouvement, qui inaugure la conscience de soi de la littérature, voulut jouer. Collection Détroits dirigée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe

  • « Thomas McGuane met en scène des hommes d'affaires et de jeunes flambeurs bourrés aux as qui viennent faire le plein de dolce vita dans un havre select du Michigan, au coeur des forêts. Des décors de rêve, où le cauchemar ne tardera pas à s'inviter lorsqu'un trublion débarquera pour transformer les lieux en poudrière, sous l'oeil d'aristos en pleine déroute. » (André Clavel, Lire)

  • « Nul autre que lui ne jette un regard aussi avisé et affûté sur la vie contemporaine. » William Boyd « Kureishi est au meilleur de sa forme, impitoyable dans ces histoires de pères, de fils et de fanatiques. Le ton est franc, souvent sévèrement autocritique, et pourtant empreint d'un certain espoir. [...] Kureishi n'a jamais eu peur des éléments sordides, ratés et ridicules de l'existence humaine. Mais si ses observations sont sans pitié, elles sont très souvent paradoxalement tendres. [...] Les nouvelles de ce recueil exceptionnel sont à lire et à relire. » Helen Dunmore, The Times « Cet écrivain a vraiment du talent. [...] Une humanité et une ironie incroyables dans la construction de ses personnages. » Nicolas Demorand, France Inter

  • Le communisme (son écroulement, sa disparition) et la guerre (son retour, sous le motif du « droit »), telles sont les sources de ce petit livre de questions. Ce qui est dit, c'est que l'humanité comparaît, qu'elle est la comparution - l'exposition de tous à la vérité la plus nue du politique, qui est d'être ce qui intéresse dans le « commun » chaque ponctualité d'existence. De ce qui a lieu entre les hommes, le communisme s'est voulu la résolution. Son échec comme le retour de la guerre nous exposent à l'inconnu. Autrement dit, à la tâche de déterminer à nouveau cet espace entre les hommes (inter-esse, voisinage de tous avec tous) où reposent (en brûlant) le jeu et l'enjeu, la possibilité même de ce qui, par-delà la clôture des prophéties et la nostalgie des entités perdues, ferait événement pour la communauté des hommes : la communauté de l'existence reçue comme partage. Collection « Détroits » dirigée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe

  • Londres, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Lady Sophia Garfield rêve de devenir une belle espionne. Ne pouvant cependant passer son temps à démasquer des ennemis, Sophia exerce son sens patriotique dans les bureaux de l'hôpital Ste Anne... tout en conservant ses loisirs aristocratiques. Elle va ainsi régulièrement prendre le thé au Ritz, échafaude avec malice des plans pour séduire le fringant Rudolph Jocelyn et en éloigner sa rivale, la princesse Olga Gogothsky.

    Dans la lignée de Charivari, Nancy Mitford déploie un humour décalé et percutant, qu'elle distille savamment tout au long de cette fantaisie loufoque, qui accorde aussi toute sa place aux développements politiques internationaux cruciaux de l'époque.

  • « J'attends la fin de l'impossible. » C'est ce que faisait dire Romain Gary, sous le nom d'Émile Ajar, au héros de Gros-Câlin. Dans cette nouvelle édition de La Fin de l'impossible, complétée de trois essais, pour la plupart inédits, Paul Audi s'interroge sur l'importance qu'il convient d'accorder à cette « attente », à cette « vive espérance », déjà en elle-même impossible, qui soutient de part en part l'oeuvre de Gary comme elle soutient peut-être aussi l'existence de tout être humain. Pour ce faire, il ne tente pas seulement de dégager, parmi toutes les idées que Gary a cherché à défendre, celles qui lui paraissent urgent d'entendre dans le contexte actuel de la culture, qui fait désormais le moins de place possible à une éthique de la réjouissance, mais il plaide aussi la cause d'une véritable « contre-sagesse ».

  • Qu'un piano soit criblé de chevrotine par un enfant embusqué dans un arbre, et c'est l'harmonie du monde qui vole en éclats. Mais que cet enfant, le nez plongé dans les entrailles de l'instrument, l'imagine chargé d'épices et voguant intact sur l'océan, et c'est l'imaginaire qui ordonne le chaos. Sous le double signe d'un désordre échevelé, burlesque et jubilatoire, et du pouvoir de l'imagination - de la littérature-, Thomas McGuane reprend à son compte la tradition picaresque de Don Quichotte en la transposant dans l'espace américain des années 70.
    Son jeune héros, Nicholas Payne, successivement routard paumé, amoureux transi, cow-boy dérisoire, bâtisseur de chauves-souricières pour le compte d'un inénarrable amputé multiple, nous entraîne dans d'invraisemblables aventures, dont la plus vertigineuse est sans doute celle d'une écriture éblouissante, qui oscille constamment entre ordre et chaos, tradition et parodie, burlesque et poésie.

  • L'amitié littéraire entre Alain Robbe-Grillet et Roland Barthes a duré vingt-cinq ans. Tout témoigne de leur profonde et mutuelle estime intellectuelle : leur correspondance privée, leurs textes publiés comme les propos qu'ils ont tenus - notamment dans le fameux dialogue qui donne son titre à cet ouvrage. Si Robbe-Grillet disait volontiers n'avoir eu que très peu de véritables amis, il citait toujours, aux côtés de Jérôme Lindon, le nom de Roland Barthes. En 1980, il écrit son « J'aime, je n'aime pas », publié ici pour la première fois, en pensant à son ami. En 1985, il pronostique : « C'est son oeuvre d'écrivain qui précisément restera ». Dix ans plus tard, en 1995, il l'imagine en romancier impatient, allègre, s'amusant à récrire, « dans l'euphorie, avec un inépuisable bonheur », Les Souffrances du jeune Werther... Ces textes de Robbe-Grillet sont comme l'écho différé de ceux que Roland Barthes lui a consacré dans ses Essais critiques en 1964.

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