• Il semble clair que Shakespeare a véritablement et consciemment conçu ses oeuvres comme les vecteurs de sa sagesse politique - ses pièces historiques en fournissent la preuve. Shakespeare a cherché à y développer un point de vue raisonnable sur la nature du régime anglais et sur la façon dont il devait être accepté et révéré par les générations ultérieures d'Anglais. Il a réussi dans son entreprise, car les Anglais, à bien des égards, comprennent véritablement leur histoire de la façon dont il l'a dépeinte. Sur ce point, son dessein était clairement politique. C'est en se référant d'abord aux préoccupations de la société civile qu'il a compris ce qui pouvait éblouir et passionner son public.
    Est-il vraisemblable que ce ne fût là rien de plus qu'une série d'histoires bonnes pour le théâtre ? Peut-on raisonnablement prétendre que Shakespeare s'est jeté précipitamment dans la composition de pièces historiques parce qu'il avait besoin d'argent, ou encore qu'il ignorait les faits les plus importants de l'histoire anglaise parce qu'il n'avait jamais fait d'études ? Ce serait comme dire que Jefferson, sans s'intéresser vraiment aux principes politiques, a écrit la Déclaration d'indépendance parce qu'il voulait être célèbre, et que le succès de cette déclaration tient au fait qu'elle fournit un excellent discours de 4 juillet...

  • Les six essais qui composent cet ouvrage concernent tous, centralement ou de façon plus marginale, le problème de la narration de fiction, envisagé d'un point de vue linguistique. Ces textes interrogent aussi bien les fondements linguistiques de certaines théories de la narration existantes que la place que pourrait avoir une théorie descriptivement plus adéquate de la narration de fiction dans une théorie générale de l'usage du langage. La plupart des essais ont été écrits et publiés dans la décennie 1970. Ils doivent, bien sûr, être lus et replacés dans leur temps, dans la conjoncture intellectuelle qui leur est propre. On peut néanmoins leur reconnaître une importance fondamentale dans le contexte de la réflexion actuelle.
    Ces essais résument et synthétisent la nature et la force de l'oeuvre de Kuroda comme une sorte de synecdoque. On y retrouve des idées et des principes que Kuroda partage avec les autres membres de sa communauté de travail et de recherche : l'autonomie et le primat de la syntaxe, le recours aux jugements des locuteurs, l'opposition entre la compétence et la performance linguistiques, le mentalisme ; mais aussi un certain nombre de traits qui contribuent puissamment à son originalité : le primat du japonais, l'intérêt constant pour la sémantique, l'inflexion philosophique de la linguistique, donnée notamment par la philosophie
    du langage européenne.
    S.-Y. Kuroda (1934-2009) a été l'un des plus grands linguistes de sa génération. Il a étudié les mathématiques et la linguistique à l'université de Tokyo (Japon), puis au Massachussetts Institute of Technology (Cambridge, Mass., États-Unis), où il a fait sa thèse sous la direction de Noam Chomsky. Il a été professeur à l'université de Californie à San Diego et a également enseigné en tant que professeur invité à l'université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis dès l'année de sa fondation.
    Sylvie Patron est maître de conférences en langue et littérature françaises à l'université Paris Diderot-Paris 7. Elle est membre du Centre d'études et de recherches interdisciplinaires de l'UFR de lettres, arts, cinéma (CÉRILAC, Université Paris Diderot) et participe au programme HERMÈS, financé par l'Agence nationale pour la recherche (ANR), qui soutiennent l'un et l'autre la publication de cet ouvrage.
    Essais de S.-Y. Kuroda, traduits de l'anglais (États-Unis) par Cassian Braconnier, Tiên Fauconnier et Sylvie Patron.

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