Religion & Esotérisme

  • C'est le livre de bonne foi d'un incroyant qui cherche à comprendre comment le christianisme, ce chef-d'oeuvre de création religieuse, a pu, entre 300 et 400, s'imposer à tout l'Occident À sa manière inimitable, érudite et impertinente, Paul Veyne retient trois raisons :
    * Un empereur romain, Constantin, maître de cet Occident, converti sincèrement au christianisme, veut christianiser le monde pour le sauver.
    * Il s'est converti parce qu'à ce grand empereur il fallait une grande religion. Or, face aux dieux païens, le christianisme, bien que secte très minoritaire, était la religion d'avant-garde qui ne ressemblait à rien de connu.
    * Constantin s'est borné à aider les chrétiens à mettre en place leur Église, ce réseau d'évêchés tissé sur l'immense empire romain. Lentement, avec docilité, les foules païennes se sont fait un christianisme à elles.
    Cette christianisation de cent millions de personnes n'a pas fait de martyrs.
    Au passage, Paul Veyne évoque d'autres questions : D'où vient le monothéisme ?
    Faut-il parler ici d'idéologie ? La religion a-t-elle des racines psychologiques ? Avons-nous des origines chrétiennes ?Professeur honoraire au Collège de France, Paul Veyne a notamment publié Le Pain et le Cirque (1976), Comment on écrit l'histoire (1971), L'Empire gréco-romain (2005), René Char en ses poèmes (1990).

  • L'Église a peiné à avoir des Pères, quand il lui a suffi d'une seconde d'Annonciation pour avoir une Mère : six siècles de paternité, et à peine commencée que déjà partagée entre Orient et Occident ! Le (saint) esprit de contradiction qui a régi l'économie de son engendrement et fait de la Vierge la fille de son fils, et de notre Mère l'Église la fille de ses Pères a inspiré à son tour les premiers efforts de christianisation de la pensée. Pour retracer les conditions paradoxales de cette genèse, cet essai propose quelques portraits des "Pères de leur Mère" en tâchant de montrer comment des obsessions individuelles ont pu être érigées en normes universelles : l'impatience (Tertullien), la dépression (Grégoire de Nazianze), la traduction ou la minceur (Jérôme), mais aussi l'économie (Cyrille d'Alexandrie), le salut (Grégoire de Nysse) et l'antisémitisme (Chrysostome), ou encore la castration (Origène), la fornication et l'adultère (Augustin). En relisant les écrits des Pères de l'Église, Pierre-Emmanuel Dauzat tente de retrouver les contradictions de la pensée chrétienne naissante. Dire de Dieu une chose et son contraire, c'est encore dire Dieu, et la mauvaise foi des Pères est encore la foi.

  • L'Islam, contrairement à l'image de repli doctrinal qu'il donne aujourd'hui, a connu de manière précoce l'apparition d'un esprit critique. Dès l'époque classique, divers penseurs de langue arabe, musulmans, chrétiens et juifs, se sont livrés à l'analyse interne du phénomène religieux.
    Dominique Urvoy, professeur d'islamologie à l'université de Toulouse-Le-Mirail, a voulu suivre les itinéraires de ces « Pascal » d'Orient souvent rejetés comme hérétiques ou impies par les milieux orthodoxes, et trop oubliés des historiens. Sans être les précurseurs des Lumières ou les ancêtres de la libre pensée, ils sont parvenus à établir les prémisses d'une véritable anthropologie de la croyance qui surprend par son caractère inédit. La fécondité de la pensée de al-Warrâq, celle de Ibn Ishâq ou encore celle de Ibn Kammûna et de l'ensemble des auteurs étudiés dans ce livre, un temps écrasée sous les coups de l'apologétique, dessine une image du monde arabe ouvert à la liberté de l'esprit et sensible aux questions face auxquelles l'intelligence depuis toujours achoppe.

  • Dans le Deutéronome, consacré à l'enseignement de la loi juive, on trouve une référence brève mais claire à l'origine et à l'histoire du peuple hébreu. Errance, esclavage en Égypte, installation dans le pays de Canaan en constituent les trois phases. Si les données géographiques nous sont à peu près connues, les époques où sont censés se dérouler ces événements sont beaucoup plus difficiles à définir. En mettant délibérément de côté les contraintes de l'interprétation littérale, Javier Teixidor montre qu'il y a dans ce récit un dynamisme bien précis, celui des tribus qui, de semi-nomades, deviennent sédentaires. Les trois épisodes, un raccourci frappant de l'histoire des Hébreux, acquièrent la dimension d'une épopée : l'épopée des patriarches bibliques. Nous découvrons ainsi comment les anciens intellectuels juifs se sont représenté le parcours suivi par une population araméenne qui deviendra le peuple juif après l'Exil. Ce n'est qu'à ce moment qu'apparaît la nouvelle communauté religieuse qui allait marquer l'histoire de l'Occident.

  • Face aux événements tumultueux qui secouent le monde, et particulièrement le monde islamique, Qu'est-ce qu'une révolution religieuse ? propose une autre lecture que celle de la simple géopolitique. Il met en relief les structures millénaires de la vision traditionnelle du monde et explique leur éclatement face à l'avènement de la modernité.
    Pour ce faire, le recours à de multiples niveaux de représentation, religieux, philosophique et sociologique, et à de nouveaux outils de conceptualisation comme la double illusion, la brèche fondamentale, l'occidentalisation inconsciente ou l'idéologisation de la tradition, n'est pas seulement utile mais nécessaire si l'on veut saisir des phénomènes qui ne s'identifient pas uniquement aux conflits opposant le Nord et le Sud mais s'inscrivent dans l'histoire douloureuse des consciences.
    Sans la connaissance de ce qui fonde les systèmes de pensée occidental et oriental, le chevauchement de ces deux ordres, leur évolution et leurs déchirures, nous met en garde Daryush Shayegan, « nous resterons rivés aux stéréotypes et aux clichés qui peuplent le panthéon creux de l'homme moderne ».
    Daryush Shayegan, qui fut professeur de philosophie comparée à l'université de Téhéran, a notamment publié Le Regard mutilé, Schizophrénie culturelle : pays traditionnels face à la modernité, aux Editions Albin Michel. De par sa double culture orientale et occidentale, il poursuit un travail de mise en valeur des structures des sociétés traditionnelles, doublé d'un regard critique sur l'état actuel de ces civilisations.

  • Le thème du « retour du religieux » tant à l'honneur de nos jours correspond-il vraiment à une résurgence de la foi ? N'est-il pas plutôt à mettre en relation avec l'effondrement des idéologies et du communisme en particulier, et à analyser dans le cadre global d'un mouvement de réarticulation du rapport au sens, dont un discours et une pratique politiques en décalage avec le réel ne parviennent pas à rendre compte ?
    Pour aborder ce phénomène aussi présent à l'Est qu'en Occident, Patrick Michel inverse la procédure d'analyse habituelle, qui consiste à expliquer le religieux par le politique. Il montre comment la « crise du politique » aussi bien que le recours au religieux sont les symptômes d'une mutation générale du « croire », qui marque notre entrée dans l'ère du relatif. Les Eglises, investies d'une demande croissante de sens qui s'exprime notamment dans une quête éthique, sont elles-mêmes frappées de plein fouet par un refus général de la pensée normative.
    Penser le relatif, tel est donc le pari de notre fin de siècle, qui implique de le distinguer du relativisme, caractérisé par l'indifférence à l'autre et la prééminence du moi. La pensée du relatif, au contraire, ne peut émerger et se définir que comme une pensée de l'échange, de la circulation et du partage.
    Patrick Michel, chercheur au CNRS, enseigne entre autres à l'EHESS, à VINALCO et au Centre Sèvres de Paris. Il a publié plusieurs ouvrages sur les relations entre politique et religion en Europe de l'Est.

  • L'ouvrage reprend l'ensemble de huit conférences données en français à Paris à l'IMA (Institut du monde arabe) en 1992. Oleg Grabar pose trois questions de fond : y a-t-il un art islamique et s'il existe, comment expliquer sa spécificité et son unité à travers les aires d'Islam et les époques ?La religion, et en particulier l'interdit de l'image, peuvent-ils rendre compte de cet art ? Enfin est-il possible, dans le passé et aujourd'hui, de parler d'un art islamique ou faut-il décrire un art iranien, arabe, syrien, maghrébin ?La première partie, Les contraintes, examine les sources d'inspiration ou freins. La deuxième partie, Les créations, expose les grands thèmes des arts des pays d'Islam.Selon l'auteur, au lieu de se référer à des généralisations abusives sur « l'art islamique » comme le font les Occidentaux ou les musulmans intégristes, il faudrait traiter l'art des pays musulmans en grands ensembles régionaux.

  • Consacré à une idéologie qui suscite traditionnellement des réactions passionnées, qui vont de l'enthousiasme inconditionnel à l'anathème visant à la disqualifier comme un discours raciste, cet ouvrage voudrait contribuer à une réflexion plus sereine sur le sionisme.Du fait des enjeux politiques liés au conflit israélo-arabe et qui demeurent encore d'actualité tant qu'un règlement honorable et juste entre les deux parties n'aura pas couronné les efforts entrepris depuis la convocation de la conférence de Madrid le 30 octobre 1991 et, en particulier, depuis la signature de la déclaration de principes d'Oslo, le 13 septembre 1993, la possibilité de mener en France avec le détachement nécessaire une étude scientifique et intellectuelle à ce sujet a été, jusqu'à ce jour, extrêmement limitée.Les conditions étaient d'autant moins propices que, pour susciter et alimenter un tel débat, pour connaître, comprendre et juger le sens et les raisons de cette histoire, le public de langue française n'avait à sa disposition que quelques traductions d'écrits sionistes fondamentaux.Mis à part Moses Hess, Theodor Herzl, Martin Buber et David Ben Gourion, et, pour la période récente, A.B. Yehoschua, Amos Oz et Yeshayahou Leibovitch, l'accès aux sources était barré. Cette anthologie vient réparer cette lacune en offrant au lecteur des textes reflétant les présupposés philosophiques, les théories, les questions de doctrine et de méthode, les finalités, les stratégies, les politiques élaborés et adoptés par le(s) sionisme(s) au cours du siècle écoulé. Ainsi, la liberté de jugement de chacun ne sera pas seulement respectée ; elle trouvera matière à s'exercer pleinement par la lecture de ces documents pour la plupart inédits.

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