Théâtre

  • La gloire d'Edmond Rostand est inimaginable aujourd'hui. Ses contemporains le tiennent pour le plus grand écrivain de tous les temps. Cyrano de Bergerac suscite une véritable adoration, indéfiniment renouvelée. On devrait encore savoir par coeur ces vers piaffants, cliquetants, étourdissants, à l'image de ce héros romantique et baroque, de ce d'Artagnan amoureux.
    Savant fou tombé de la lune ou ferrailleur étourdissant, si tous les Français se reconnaissent en lui, s'il nous arrache des larmes, c'est parce qu'il est vrai, d'une profonde vérité humaine. C'est lui que Roxane aimait, son intelligence, son esprit, et non le beau et ennuyeux Christian. Cyrano est une part de nous-mêmes, le vengeur des humiliés et des offensés, des timides et des ratés de l'amour. À la fin de l'envoi, c'est toujours lui qui gagne.

  • Le Tartuffe

    Molière

    Jusqu'à sa rencontre avec " l'Imposteur ", le grand bourgeois Orgon était un homme intelligent, raisonnable et naïf. Mais ce prêtre hypocrite et vulgaire qui envahit sa maison l'hypnotise. En vain le supplie-t-on de chasser ce parfait scélérat, cet escroc qui tente de séduire sa délicieuse femme, de faire le malheur de ses enfants, de spolier ses biens. Mais Orgon reste aveugle.
    Défier le tout-puissant parti des bien-pensants et des dévots était une folie. On prévient Molière qu'il risque l'excommunication, le bûcher ou la mort. Mais au bout de cinq ans, il finit par imposer son Tartuffe. La pièce soulève les passions, mais la machine de guerre est lancée. Molière, comme toujours, aura le dernier mot.

  • L'École des Femmes

    Molière

    À quarante ans, Molière commet la plus grande folie de sa vie, dont naîtra l'une de ses plus belles pièces. Il épouse Armande Béjart, une gamine qui va le tromper et l'outrager publiquement, comme Agnès va anéantir l'homme qui voulait faire d'elle sa prisonnière, lui interdire le monde, les pensées, les sentiments. Cet Arnolphe bouffon et pitoyable, aveugle et fou c'est Molière, et c'est l'amoureux de tous les temps ensorcelé par une femme-enfant insensible et féroce.
    " Chose étrange d'aimer, et que pour ces traîtresses, les hommes soient sujets à de telles faiblesses... " Les posséder ? C'est impossible. Les laisser vivre ? Insupportable. L'École des femmes est une farce et une tragédie. Un conte éternel. Arnolphe, bourreau de lui-même et Agnès, l'innocente perverse, sont des énigmes, de celles que nous ne résoudrons jamais.

  • L'avare

    Molière

    Harpagon n'a jamais quitté l'affiche. Il a endossé tous les costumes, pris les traits les plus divers, changé d'emploi bien souvent. On l'a vu pathétique, bouffon, tragique, méchant, shakespearien, halluciné, délirant, clownesque, victime parfois. Au prodigieux spectacle de ce bourgeois et affairiste richissime, de cet usurier possédé tyrannisant une famille charmante, faut-il rire ou pleurer ? Faut-il plaindre ou haïr ce forcené qui enterre son or et ne donne jamais mais " prête " le bonjour ?
    Molière était le meilleur, le plus aimable et généreux des hommes. Son public lui réclamait des farces et des bouffonneries. Mais son génie comique cachait mal un des auteurs les plus noirs et les plus féroces de tous les temps, l'inventeur de ces monstres d'égoïsme, de ces névrosés d'Alceste, Don Juan, Arnolphe, et de cet Harpagon, nos semblables, nos frères.

  • Le Cid

    Pierre Corneille

    Dans une Espagne médiévale, héroïque, éclatante, deux jeunes gens se déchirent et s'adorent. Pour laver un affront, Rodrigue tue le père de Chimène. L'honneur et le devoir exigent la vengeance et la haine, mais elle aime éperdument cet assassin.
    Une comédie, une tragédie ? Cette pièce, tout le monde le pressent, est le plus beau, le plus vivant, le plus jeune des drames romanesques. C'est un poème amoureux où les sentiments l'emportent sur les convenances et la loi, un chant de désespoir et de révolte.
    À la création du Cid, le succès fut tel qu'il fallut ajouter des chaises sur la scène.
    Depuis plus de trois siècles, il fait salle comble.
    Le théâtre de Corneille est fait de tendresse, d'inattendu, de folie.
    On commence tout juste à le comprendre aujourd'hui.

  • Parce que le public de 1666 ne comprend pas Le Misanthrope, Molière doit lui adjoindre une comédie - un chef-d'oeuvre de plus - dont la verve et la finesse nous enchantent encore.
    Le sujet du Médecin malgré lui vient d'un conte du lointain Moyen Âge. Une femme se venge de son ivrogne de mari en prétendant qu'il est médecin, ce qu'il n'avoue que sous les coups de bâtons.
    Ce mauvais mari contraint de guérir une fausse muette, c'est Sganarelle. Non plus le Sganarelle ridicule des premières farces, mais un paysan rusé, un peu instruit et beau parleur, effronté comme pas un. Sa lâcheté, sa paresse, sa paillardise : on lui pardonne tout. Il est si pittoresque et si drôle !
    /> Lire Molière, c'est rire avec le plus illustre et le plus aimé des génies français.

  • On siffle sa première pièce ? Musset s'en moque, il publiera les autres pour son seul plaisir, insouciant d'aucune règle, sauf celle de ses caprices et de sa fantaisie douloureuse et si légère. Ce sera son " spectacle dans un fauteuil ". C'est pourquoi on ne cessera jamais de jouer ses comédies et proverbes. Dans quel rêve, quel château, quel parc mélancolique sommes-nous ? Le jeune seigneur Perdican devrait y épouser sa cousine Camille, mais en un instant, il décide d'aimer une jeune bergère. Soudain dédaignée, Camille, qui ne croyait pas à l'amour, connaît le dépit, la jalousie, l'égoïsme de la passion. Autour d'eux, s'agitent des personnages fantoches d'une cocasserie irrésistible.
    Dans ce théâtre féerique, on se croise, on se déchire, on s'ennuie, on croit que tout est vain, on triche, on se désire, on souffre jusqu'à en mourir. Comme dans la vie.

  • Le charme de Marivaux réside dans une alliance unique de cruauté et de grâce, de tristesse et de gaieté profondes. Mais le marivaudage, qui évoque le badinage, le duel amoureux pour rire, le ballet sentimental, n'existe dans aucune de ses pièces. Rien de plus précis, inflexible, réaliste, que son regard sur les mouvements et les intermittences du coeur humain et de l'amour, dont il connaît tous les sentiers, toutes les méprises, toutes les ruses.
    À vrai dire, le hasard tient peu de place dans cette comédie où Silvia, pour éprouver la sincérité de son fiancé Dorante, se fait passer pour sa servante Lisette, tandis que Dorante fait de même avec son valet Arlequin. Et voilà l'amour à l'épreuve de la méfiance, du préjugé social, de la timidité, de l'hésitation, du sourire et des larmes. Rien n'a changé.

  • La scène est quelque part en Touraine, dans la grotte du magicien Alcandre, qu'un père vient consulter sur le sort de son fils disparu. La grotte se métamorphose alors en théâtre et le jeune homme apparaît, sous l'habit de comédien, en serviteur rusé du bouillant capitaine Matamore... La fantasmagorie commence, pièce follement originale toute en reflets et jeux de miroir que Corneille lui-même qualifiait d'" étrange monstre " et d'" extravagante galanterie ".
    Après quelques comédies à succès, l'avocat rouennais écrit le chef-d'oeuvre de sa période baroque. Depuis cette année 1636, L'Illusion comique résume en deux heures tout le mystère et tout le miracle du théâtre, sa magie et ses artifices. Entre la farce et le drame, la réalité et la féerie, elle en révèle toute la mécanique émotionnelle dans un climat de rêve et d'éclatante poésie.

  • Ruy Blas

    Victor Hugo

    En 1838, en moins d'un mois, Victor Hugo écrit un drame étincelant, flamboyant d'audace, de fantaisie, de ravissements sentimentaux, de fureur politique et de grandeur. Depuis lors, le coeur et la bravoure de Ruy Blas enthousiasment les générations.
    C'est au XVIIe siècle, à la cour d'Espagne, dans les ruines d'un empire qui s'écroule. Pour se venger de sa disgrâce, un ministre incite son valet à séduire la reine. Et nul n'ignore que le " ver de terre " va tomber amoureux de " l'étoile ", que celle-ci va l'aimer follement et faire de lui un premier ministre se prenant au jeu avec un courage et une droiture exemplaires.
    Hugo savait tout de la mort des empires, de l'attrait des reines pour les domestiques, de la rapacité des gouvernants, de la dignité de l'être humain. Et de la magnifique symphonie de la langue française.


  • LES GRANDS TEXTES DU XIXe SIÈCLE

    La belle Marianne plaît aux hommes et s'en félicite. Déjà mariée, elle continue à être courtisée comme une jeune fille. Libre de ses sentiments et de son corps, elle ne répugne pas à l'idée de prendre un amant. Coelio, timide jeune homme, compte bien tenter sa chance mais sa gaucherie l'en empêche. Il demande alors conseil à son ami Octave, séducteur endurci, lequel va tâcher d'interférer. Sa démarche portera-t-elle ses fruits ?
    Dans une Naples de fantaisie, une tragicomédie se joue, et nul ne peut dire jusqu'à la dernière minute si elle s'achèvera dans les rires ou les larmes.

  • Lucrèce Borgia

    Victor Hugo

    Indifférente à la haine de l'Italie entière, Lucrèce Borgia parade au carnaval de Venise. Qui pourrait inquiéter cette femme de pouvoir qui baigne dans l'adultère, l'inceste et le crime ? Elle a peur cependant, et tremble pour un simple capitaine qu'elle cherche parmi la foule. Il se nomme Gennaro. Il est amoureux d'elle, lui qui tient les Borgia en aversion et insulte leur blason. Or Gennaro n'est autre que son fils, né de ses amours incestueuses avec son propre frère, et le jeune homme ignore tout de son passé et de ses origines. Lucrèce est un monstre, mais aussi une femme et une mère. Comment protéger son enfant, comment le soustraire à la fureur d'un mari qui le croit son amant ?
    En 1833, ce mélodrame tragique surpasse tous les triomphes de Victor Hugo.

  • Dès sa deuxième représentation, Le Barbier de Séville étourdit Paris de jeunesse et de gaieté. Un vieux tuteur difficile à duper, une pupille fine mouche, un aristocrate prétentieux et, pour mener la danse, le valet le plus insolent, rusé et spirituel de notre répertoire. Un provocateur qui ose demander, en 1775, combien de maîtres seraient capables d'être domestiques !
    On peut donc s'amuser au théâtre, et ce Figaro ferait presque oublier Molière et Marivaux. Avec une intrigue italienne, des couleurs espagnoles, des souvenirs de Renart, Pathelin ou Scapin, Beaumarchais fabrique un héros national immortel, éclatant d'intelligence et de malice, dont l'impertinence reste à ce jour inégalée. Il ne faut jamais oublier Figaro, qui nous ordonne de rire, de danser, de vivre et d'être heureux.

  • Élevé général des armées vénitiennes, Othello a épousé Desdémone : beauté noble, blanche, et dévouée. Un triomphe pour ce Maure affranchi, au beau verbe, admirable, mais loin d'être admiré de tous... Lago, officier perfide, le hait. Distillant le mensonge à la façon d'un venin, celui-ci tissera un stratagème machiavélique pour faire chuter son maître. Le destin sera vicié, les coeurs purs périront. Quant à Othello, manipulé, aveuglé par la jalousie - ce " monstre aux yeux verts " -, il commettra l'irréparable.
    Histoire de peau, conte violent de l'amour trahi et tragédie du soupçon : immense classique, ce drame aussi noir que poignant exalte tout le génie de Shakespeare, dont le théâtre scrute avec une fascinante acuité le vertige des passions.

  • " C'est une femme qui raconte sa vie... "
    Comment Marianne, jeune orpheline rescapée d'une attaque de bandits, est devenue la comtesse de ***, nous ne l'apprendrons jamais. Marianne, cependant, était déjà Marianne. Jolie et pleine d'esprit, raisonnable et lucide, la " belle enfant " voit tout, sait tout, déjà, de l'ambivalence des bienfaits et des inconstances de l'amour - assez pour dépasser sa condition et proposer, sous la plume du divin Marivaux, le plus badin, pénétrant, spontané des romans de son siècle.
    Également chez Pocket :
    L'Ile des esclaves et
    Le Jeu de l'amour et du hasard.Texte intégral

  • En novembre 1659, l'énorme succès des Précieuses ridicules surprend Molière. Le public plébiscite son génie comique. Il découvre alors que son théâtre dispose d'une matière inépuisable : la satire des moeurs de l'époque, ses excès, ses vices, ses ridicules qui sont d'ailleurs intemporels. Mais il ne sait pas encore que les manières prétentieuses de Cathos et Magdelon, ces deux êtres dévorés de snobisme et de mondanité, ne quitteront jamais le répertoire. La farce joue aujourd'hui encore de ses stratagèmes et de ses déguisements, et s'incarne dans des gens que l'on croise tous les jours.

  • Édition présentée et commentée par Jacqueline Sudaka-Bénazéraf, professeur au lycée Buffon (Paris).
    Infortuné Monsieur Jourdain, égaré par son absurde vanité, sa prétention, son snobisme dévorant. Moqué, berné, il s'est livré à ses maîtres d'armes, de danse ou de philosophie... Des canailles ! Au grand désespoir de sa femme, il affole ses gens par ses déguisements, s'entiche d'une comtesse, refuse un charmant roturier à sa fille car il rêve de la donner en mariage au grand Turc...
    Le miracle est que le génie de Molière transforme en chef-d'oeuvre cette comédie-ballet écrite à la diable et Monsieur Jourdain en figure éternellement vivante.
    Lire avec le texte intégral et la préface

    Comprendre avec Les clés de l'oeuvre

    22 pages pour aller à l'essentiel

    47 pages pour approfondir

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