Éditions de l´IHEAL

  • Des rythmes du candomblé aux avant-gardes esthétiques les plus radicales, la culture joue un rôle central dans l'émergence du Brésil contemporain. Issu du dialogue entre historiens français et brésiliens, cet ouvrage parcourt des domaines variés, de la littérature romantique à la musique populaire en passant par le théâtre et le cinéma, la mise en scène des corps, la mémoire et la fabrique de héros culturels. Les constructions identitaires, les politiques culturelles, les phénomènes d'emprunts et de métissage sont au coeur de la réflexion. Quatre décennies après l'émergence de l'histoire culturelle, cet ouvrage dresse un bilan d'étape et pointe les tendances actuelles de la recherche. Au fil des treize essais qui le composent, il donne à voir, à lire et à entendre la diversité brésilienne dans la perspective d'une histoire culturelle transnationale, loin de toute tentation exotique.

  • Les théâtres communautaires réunissent les habitants d'un quartier ou d'un village. Ces troupes de voisins créent collectivement des pièces qui interrogent l'histoire et l'identité de leur territoire, de leur pays. Elles expérimentent de nouveaux rapports sociaux et modes d'organisation et encouragent la participation à l'échelle locale. S'appuyant sur une solide expérience de terrain, Lucie Elgoyhen retrace le développement et l'action des théâtres communautaires en Argentine depuis la naissance du mouvement en 1983. Témoins des bouleversements qui ont ébranlé le pays, de la dictature militaire à la crise de 2001, ces théâtres de proximité ont contribué à la réorganisation de l'identité sociale des classes moyennes et au renouvellement de leur action collective. Étude pionnière en France, Le Théâtre communautaire argentin livre une analyse passionnante et documentée sur le sujet et donne un éclairage instructif sur la culture communautaire. Préface de Sébastien Velut, géographe, directeur délégué aux relations internationales de l'université Sorbonne-Paris-Cité et professeur à l'IHEAL.

  • Après la microéconomie et la macroéconomie, voilà la mésoéconomie, « l'économie de branche ». Elle s'est beaucoup développée ces dernières années en France et hors de France, tant dans le domaine de l'analyse économique de l'actualité que dans celui de l'histoire économique. À l'intérieur de l'équipe de recherche de Frédéric Mauro, le groupe de travail de Soline Alemany a su réunir une série d'études sur les transports et leurs liens avec le commerce en Amérique latine aux XIXe et XXe siècles. La vision qui en résulte est celle des observateurs venus de l'extérieur : essentiellement française et nord-américaine. On remarquera l'importance des chemins de fer et des ports, les deux instruments de la révolution industrielle et de ses prolongements dans la moitié méridionale du Nouveau Monde. On sera aussi frappé par le problème de l'investissement, le premier qui se pose dans cette grande aventure. Problème d'actualité, lié aujourd'hui à celui de la dette externe...

  • Ex-ouvrier métallurgiste, leader syndical et fondateur du Parti des Travailleurs - la plus grande formation de gauche d'Amérique latine -, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva n'a jamais eu de relations faciles avec la presse de son pays. Cette dernière a en effet appuyé, en grande majorité, le coup d'État qui a mené à la dictature militaire (1964-1985), et mis, depuis le rétablissement de la démocratie, toute son énergie au service des candidats conservateurs. Cela n'a pas empêché finalement Lula de l'emporter en 2002, et d'être réélu en 2006, les deux fois avec un nombre record de suffrages. Cet ouvrage met l'accent sur le rôle d'acteur politique que joue la presse au Brésil, avec ses intérêts propres, y compris économiques, même lorsqu'ils sont dissimulés sous le manteau des grands principes démocratiques (« l'indépendance du quatrième pouvoir », « l'intérêt public », etc.). Publiant des témoignages inédits provenant des coulisses du gouvernement et des rédactions, Giancarlo Summa montre comment un leader charismatique, qui gouverne au nom des intérêts matériels et symboliques de la majorité défavorisée de la population, parvient à rompre le blocus des médias traditionnels. Le choix du président d'une communication directe (meetings, messages télévisés, Internet, recours à la presse locale et aux radios communautaires, etc.) lui a permis assurément de contourner le monopole médiatique des grands groupes commerciaux. Cependant Lula a renoncé à mettre sur pied une véritable politique de communication susceptible de remettre en question les intérêts structurels de ces grandes compagnies et de favoriser la création de médias alternatifs d'importance. Tels sont les constats formulés par un auteur qui, outre ses sources personnelles, s'appuie sur une documentation historique et statistique considérable.

  • Dès les années 1920, le Brésil élabore les outils d'une diplomatie culturelle, suivant ainsi de près la France et devançant bien des pays dont les États-Unis. Il le fait notamment par le biais de l'Institut International de Coopération Intellectuelle, ancêtre de l'UNESCO créé sous les auspices de la Société des Nations. Le présent ouvrage étudie les modalités de cette participation, ainsi que ses motivations. On découvre un Brésil soucieux de son image à l'extérieur, désireux de briser le cliché d'un pays encore « dans l'enfance de la civilisation ». On retrouve là les termes du débat sur l'identité brésilienne qui agite les milieux intellectuels brésiliens dans l'entre-deux-guerres, désireux de briser l'hégémonie du « modèle » culturel européen. Plus pragmatiquement, l'élaboration d'une image positive à destination de l'extérieur - clé de voûte du soft power - doit permettre à ce pays, secondaire sur la scène internationale, de servir son ambition d'y jouer un rôle plus conséquent, mais aussi de favoriser les intérêts économiques mis à l'honneur par le projet de développement national de Getúlio Vargas à partir de 1930. La participation du Brésil aux travaux de l'Institut est également pour celui-ci un moyen de ne pas être totalement absent de la scène européenne, malgré son départ de la SDN en 1926. Cela lui permet, d'une part, de garder une certaine autonomie vis-à-vis des États- Unis et, d'autre part, d'offrir des garanties aux démocraties soucieuses de voir le plus grand pays d'Amérique latine développer ses relations avec les régimes d'inspiration fasciste. La collaboration du Brésil avec l'Institut peut donc être comprise comme une illustration de l'« équidistance pragmatique » qui caractérise alors la politique extérieure brésilienne ; mais cette politique est également destinée à acquérir le prestige international nécessaire au leadership régional, dans le cadre des relations interaméricaines.

  • Pourquoi le Mexique a-t-il représenté durant près d'un siècle un modèle pour le « développement » ? Comment expliquer que les populations et les territoires de ce pays aient été mis en scène avant tout par des anthropologues ? Dans quelle mesure, en France, les géographes ont-ils été les principaux organisateurs de la recherche sur l'Amérique latine depuis le milieu du XXesiècle ? Comment, dans le Nouveau Monde, les sciences sociales s'agencent-elles entre elles autrement qu'en Europe ? Que signifie la production de données sur les sociétés des pays latino-américains et comment les transforme-t-on en panoramas organisés ? Autant de questions auxquelles ce livre tente de proposer des réponses, en retraçant la trajectoire universitaire et intellectuelle de l'un des latino-américanistes français les plus féconds des dernières décennies. À partir de souvenirs personnels, de témoignages de collègues et d'amis, d'archives publiques ou privées et de publications diverses, Claude Bataillon dresse pour la seconde moitié du XXe siècle le panorama d'un latino-américanisme auquel il a participé de multiples façons. Si cet ouvrage retrace avant tout un itinéraire personnel, il propose également l'histoire d'une collectivité faite à la fois d'individus et d'institutions. Ces dernières constituent les meilleurs traceurs des évolutions intellectuelles, les meilleurs révélateurs des regards que les latino-américanistes ont échangés avec les Latino-Américains depuis la Seconde Guerre mondiale.

  • Les villes de la colonisation espagnole représentent la réalisation d'un projet d'ordre urbain et de prise de contr ôle de l'espace et des hommes. Cette histoire commune marque encore fortement les tissus urbains : une grande partie des villes ont été tracées selon un plan en damier régulier autour d'une place centrale et la répartition des fonctions traditionnelles a suivi un même modèle de structuration de l'espace intra-urbain. Le modèle de centralité et le tracé colonial, qui donnaient une certaine homogénéité au fonctionnement des villes mexicaines, sont, depuis plusieurs décennies déjà, remis en cause par la pression de la croissance urbaine, la dynamique des marchés du logement et l'éclatement des fonctions centrales. Dans la ville contemporaine, la politique du patrimoine a permis l'individualisation d'un sous-espace urbain central, qualifié de « centre historique ». La pratique mexicaine de protection du patrimoine apparaît comme une des rares tentatives systématiques de protection de l'intégralité des espaces urbains de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. L'intégration des quartiers populaires centraux au sein de zones de protection a sanctionné la fin des grands programmes de rénovation sans toutefois permettre la mise en place de politiques de réhabilitation. Alors que les villes latino-américaines sont souvent caractérisées par la déficience des politiques publiques, par des dynamiques issues du libre jeu d'acteurs individuels dans le cadre de stratégies d'investissement, de spéculation ou de survie, ce travail prend comme objet le rôle des politiques d'aménagement urbain. Les actions des pouvoirs publics et les relations des acteurs privés aux normes et réglementations conditionnent, autant que les héritages historiques et les dynamiques économiques, les évolutions des espaces centraux. L'étude de la spécificité des espaces centraux des villes mexicaines et l'analyse des dynamiques à l'oeuvre dans les quatre principales métropoles (Mexico, Monterrey, Guadalajara et Puebla) permet de rendre compte d'une forme particulière du rapport de la société mexicaine à son historicité et à son devenir.

  • Cette publication est l'occasion, pour l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine (IHEAL) et pour le CREDAL (Centre de Recherche et de Documentation sur l'Amérique latine), de faire connaître à un public élargi des travaux de recherche menés sur le thème « la géographie humaine des littoraux maritimes » par plusieurs de leurs membres. Il s'agit de proposer aux spécialistes un ouvrage permettant de réfléchir à la fois sur l'organisation spatiale, le poids économique et l'avenir de ces régions littorales qui, malgré tout leur intérêt, occupent une place encore trop réduite dans la littérature scientifique consacrée à l'Amérique latine.

  • Dans les années 1990 au Brésil, les territoires des populations traditionnelles amazoniennes sont, pour la première fois, reconnus par la loi. Le risque est clairement exposé : si l'accès aux ressources naturelles leur est coupé, ces peuples seront menacés de disparition. À partir de l'étude de cinq sites, une équipe de sociologues, géographes et anthropologues s'est efforcée de dégager les enjeux sociaux et spatiaux des populations traditionnelles. Ils ont, pour cela, minutieusement collecté et analysé des informations issues de données GPS, d'entretiens ou de rapports statistiques. Qu'entend-on par l'expression « populations traditionnelles » ? Quels rapports ces sociétés entretiennent-elles avec leur espace ? Comment le savoir territorial, qui fait leur originalité, se transmet-il des anciennes aux nouvelles générations ? Autant de questions auxquelles répond cet ouvrage ambitieux et richement illustré.

  • Faire du conflit le centre de la vie politique est un pari multiple de ce livre. Le conflit définit d'abord une diagonale d'entrée à la connaissance de la vie en commun, car la politique vit en ce qu'elle a d'indéterminé. La présence du conflit apparaît ensuite comme une condition de la démocratie. Mais le conflit définit ici d'autres « diagonales » : entre la France et l'Argentine, entre l'Amérique latine et l'Europe, entre le français et l'espagnol. Après une précieuse série d'articles sur la vie politique des deux côtés de l'Atlantique, ce livre complète sa proposition avec un surprenant vocabulaire de la vie politique fait à partir des mésententes résultant des discussions et des débats entre les chercheurs, lorsque les auteurs ont compris que, souvent, les mots de la politique ne signifient pas pareil : citoyenneté n'est pas ciudadanía, tout comme peuple n'est pas pueblo, république república... Ce livre offre une série de grappes ou de constellations de vocables construits par des chercheurs bilingues. Il en résulte un formidable outil de recherche et de compréhension biculturel de la politique contemporaine. Un livre fait de philosophie, d'anthropologie et de sociologie où l'intelligence que ces disciplines offrent de la démocratie est aussi mise en tension, comme une autre manifestation de la vie démocratique dans le conflit.

  • En 2005, les principales organisations sociales boliviennes portaient Evo Morales au pouvoir par les urnes, après plusieurs années de mobilisation contre les politiques dites « néo-libérales ». Cette élection marquait alors un tournant dans ce pays considéré comme le plus pauvre et le plus « autochtone » d'Amérique du Sud, ouvrant la voie à une plus grande souveraineté nationale sur le territoire et à de nouvelles perspectives sociales et économiques pour ses habitants. Qu'en est-il aujourd'hui ? En s'appuyant sur plus de dix années de recherche en Bolivie, les sociologues Laurent Lacroix et Claude Le Gouill retracent le contexte de l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales et analysent les principales politiques gouvernementales, les tensions sociales qui ont accompagné la construction de l'État « plurinational », ainsi que la nouvelle place du pays à l'international dans le contexte de ce qui a été nommé le « virage à gauche » de l'Amérique du Sud.

  • Les Lacandons, groupe indigène du Mexique méridional, sont considérés parmi les derniers survivants de la civilisation maya. Si les archéologues, ethnologues, peintres ou photographes n'ont jamais cessé d'être présents auprès de ce groupe depuis le début du XXe siècle, la découverte des ruines de Bonampak en 1946, qui recèlent les peintures murales les mieux conservées du monde maya, a considérablement accru cet intérêt et entraîné un véritable tournant dans l'histoire récente des Lacandons. En s'appuyant sur la notion de « société ethnologisée » forgée par l'anthropologue Anne Doquet dans son étude sur les Dogons du Mali, Julie Liard analyse les multiples enquêtes et missions réalisées auprès des Lacandons et en évalue l'impact sur un groupe qui a considérablement évolué au contact de la discipline ethnologique. Puisant dans un riche corpus bibliographique et dans un travail de terrain qui l'a conduite durant plusieurs mois dans l'État du Chiapas, l'auteure met notamment l'accent sur le rôle des sciences sociales dans la construction de l'imagerie occidentale, sur le processus de transformation des ruines en patrimoine et sur la mise en place d'un tourisme qui apparaît davantage comme la matrice d'une reformulation de l'identité des Lacandons que comme une machine à broyer les cultures.

  • Le 10 décembre 2014 à Brasília, la Commission nationale de la vérité (CNV) remettait son rapport à la présidente Dilma Rousseff. Pendant deux ans, la CNV s'est consacrée à ouvrir et organiser les archives de la répression intervenue pendant la période autoritaire, à établir les faits relatifs aux violations graves des droits humains et à en identifier les responsables. Ses travaux ont suscité de larges controverses au Brésil, où la mémoire de la dictature révèle de profonds clivages. À la lumière de cas situés en Colombie, en Argentine, au Chili, à Cuba, en Côte d'Ivoire et en Europe de l'Est, et en faisant le pari d'une approche pluridisciplinaire, cet ouvrage met le cas du Brésil en perspective pour interroger la production de la connaissance et de la mémoire sur les régimes d'exception du passé. Quel rôle pour les universitaires ? Dans quelles conditions conserver et rendre accessibles les archives des régimes d'exception ? Quel statut donner aux connaissances produites par les commissions de vérité et par les processus judiciaires relatifs aux violations des droits humains ? Historiens, politistes et juristes, les auteurs dressent les contours des enjeux démocratiques représentés par les usages conflictuels des références aux passés autoritaires, les politiques de mémoire et la conservation des archives.

  • Le déplacement forcé en Colombie touche une majorité de femmes et d'enfants qui, pour fuir un conflit armé ravageant leurs campagnes natales, se réfugient dans l'anonymat des périphéries urbaines. Ce travail de recherche, réalisé auprès d'une association de femmes déplacées à Bogotá, s'attache à souligner la manière dont une organisation sociale destinée à faire face à l'exil peut se convertir en espace d'interactions au sein duquel les femmes redéfinissent leur position dans la société. L'étude du collectif Yo Mujer (Moi Femme) et des trajectoires individuelles de ses membres révèle un processus d'insertion urbaine singulier. En dépit de l'expérience traumatique de l'exil, l'environnement urbain et la participation associative sont propices à une forme d'émancipation de ces femmes déplacées. Mobilisant un panel de stratégies innovantes face à l'épreuve traversée, elles se posent en actrices de la reconstruction. L'interpénétration du discours collectif et des expériences individuelles favorise le développement d'une conscience de genre et l'apprentissage de la citoyenneté. Les exilées peuvent alors revoir leur statut au sein de la famille et dans la sphère publique. Ainsi, l'expérience du déplacement est à envisager au-delà de la migration forcée. On découvre des femmes qui, dotées de mémoire et de valeurs sociales acquises lors des différentes étapes de socialisation, de victimes deviennent des sujets actifs, et qui aspirent à maîtriser le cours de leur vie et à être elles-mêmes. « Déplacés », ces destins le sont donc au-delà de la dimension géographique du terme et laissent place à de nouvelles perspectives, à des « futurs éclairés » reposant sur la (re)connaissance de soi, des autres, de ses droits.

  • Les migrations des pays du Sud vers les pays du Nord constituent un enjeu majeur de l'ère globale, marqué par une profonde contradiction entre les logiques des migrants et celles des États qui, refusant de les recevoir, luttent activement contre ces flux. Toutefois ces mesures paraissent peu efficaces car elles ignorent les forces et les réseaux sociaux qui sous-tendent la migration. La migration centraméricaine vers les États-Unis en est un exemple flagrant. Partant de ce constat et s'appuyant à la fois sur un riche corpus bibliographique et sur des enquêtes de terrain durant lesquelles il a suivi un groupe de migrants depuis le Guatemala jusqu'en Floride, l'auteur analyse les effets du décalage entre les logiques des migrants et celles des politiques migratoires et montre comment les obstacles à la migration renforcent les réseaux en générant une structure sociale formée de liens de réciprocité qui permettent d'accomplir la migration. Cet ouvrage est une analyse des politiques migratoires contemporaines et du lien social qui relie les acteurs au sein des réseaux de migrants.

  • Après 25 ans de politiques néolibérales, l'Argentine a traversé au début des années 2000 une crise sociale et politique majeure. Pendant plusieurs mois et dans le contexte d'une économie exsangue, piqueteros, assemblées de quartiers et entreprises « récupérées » par les salariés ont été les protagonistes de mobilisations massives et largement médiatisées. Dix ans plus tard, seules ces « récupérations » ont perduré. S'opposant à la fermeture de leur établissement, près de 10 000 travailleurs ont occupé leur lieu de travail pour le transformer en coopératives, devenant ainsi des icônes de l'altermondialisme. Entre 2003 et 2010, Maxime Quijoux a enquêté dans deux usines de Buenos Aires en mêlant entretiens et observations de terrain. Loin des imaginaires généralement véhiculés par ces luttes, il observe des ambiances de travail souvent contradictoires où se côtoient pratiques horizontales de démocratie ouvrière et conduites concurrentielles ou individualistes. Il découvre aussi des histoires salariales improbables au regard des mobilisations : sans expérience politique, ces salariés se distinguent en effet par une forte proximité avec le patron et ses politiques. Quelles sont alors les raisons qui poussent ces ouvriers modèles à se révolter contre leur employeur ? Comment vont-ils organiser leur lutte et se donner les moyens de poursuivre la production ? À partir de l'expérience argentine, ce livre se propose non seulement de redécouvrir l'autogestion à l'ère du néolibéralisme, mais aussi d'interroger la centralité culturelle du travail dans les sociétés contemporaines au travers du prisme du « travailleur zélé ».

  • Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d'Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle. Cet épisode opposa l'État aux maoïstes du Sentier lumineux et creusa de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l'usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours - à vingt ans de la fin officielle du conflit - un pouvoir performatif sur l'identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre ? Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s'est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas, les plus éprouvées par la guerre, d'évoquer la violence. Influencées à la fois par un discours hérité de la Commission de la vérité, mais aussi par l'imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d'un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées sont peu visibles dans l'espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d'anthropologie des mémoires de guerres civiles.

  • La conjoncture, telle que nous proposons de l'entendre, serait, donc, une méthode qui permettrait de révéler le plus de corrélations possibles entre les séries apparemment les plus éloignées. Mais cette méthode n'entend pas saisir seulement ce qui se prête au chiffre, à la série, elle vise à y incorporer le maximum d'humain que les documents expriment. Elle s'efforce, en tissant le plus de fils possibles, sur la trame des fluctuations du trafic, de donner un relief et un sens à ce qui risquait, hors de son contexte, de n'être plus qu'accidentel. La conjoncture est, ici, en l'occurrence, une méthode par laquelle on tend à tout intégrer de la réalité humaine connue dans l'unité de temps, à tout mener de front et à reconstituer, ainsi, le climat économique le plus largement entendu de l'Atlantique espagnol, résolu non plus spatialement, mais temporellement. Loin d'être le domaine de l'événementiel et par conséquent de l'accidentel, par opposition au continu et au logique du structurel, la conjoncture tenterait, au contraire, si la chose est possible, de reculer le domaine de l'accidentel et d'introduire des liens logiques dans des secteurs abandonnés, jusqu'alors, à l'aberrant.

  • Paradoxes de l'histoire mexicaine, le même pays qui a connu, à partir de 1910, la première révolution du XXe siècle, possède depuis cinquante ans l'un des régimes les plus stables du monde. Le même phénomène s'était déjà produit au XIXe siècle : à soixante-cinq ans d'insurrections, de guerres civiles et de pronunciamientos avait succédé un régime des plus stables et des plus modernisateurs : celui du général Porfirio Díaz (1876-1911) Dépassant les approches habituelles, F.-X. Guerra place le cas mexicain dans le cadre plus général du passage des sociétés traditionnelles - ou d'Ancien Régime - à la modernité. Le Mexique contemporain apparaît alors comme un champ privilégié pour observer les traumatismes que d'élites participant aux mutations culturelles de l'Europe. L'analyse du cas mexicain aboutit ainsi à la construction d'un modèle explicatif qui éclaire l'évolution du monde contemporain non européen. Et qui, par la même, jette un regard nouveau sur bien des aspects de l'histoire européenne du XIXe siècle. Ce premier volume analyse et réinterprète la période de troubles du XIXe siècle et le régime de compromis qu'est la dictature de Porfirio Diaz.

  • Peu d'ouvrages sont consacrés à la coopération scientifique, technique et technologique. Pourtant son rôle est considérable : elle contribue à la fois au progrès de la connaissance et au développement des nations. La coopération franco-brésilienne constitue un cas exemplaire et significatif. Plusieurs milliers de chercheurs, ingénieurs et techniciens, souvent parmi les plus renommés, en ont été les acteurs. Ils ont connu ainsi une aventure exceptionnelle qui a marqué profondément leur vie. Afin d'illustrer cette coopération entre la France et le Brésil, les deux coordonnateurs de cet ouvrage (un diplomate et un universitaire) ont sollicité le témoignage de quinze chercheurs et ont rassemblé les contributions d'une trentaine d'institutions et organismes des deux pays. De l'archéologie préhistorique à la physique nucléaire, de l'ethnologie et l'histoire aux biotechnologies et à la géologie, de l'astronomie et des activités aéronautiques et spatiales à l'informatique, à la chimie des nouveaux matériaux et aux services postaux, de la géographie, de l'économie et des sciences politiques aux sciences de la vie, à la recherche et à l'exploitation de la mer et des ressources hydrauliques ou forestières..., les multiples facettes d'une recherche en coopération se trouvent ainsi décrites et livrées au public. Cet ouvrage aspire à faire davantage comprendre les enjeux que représente la coopération entre deux pays. Il est publié simultanément en France et au Brésil.

  • Assistera-on à une « latinisation » des États-Unis au XXIe siècle ? Qui sont ces Latinos - Mexicains, Caribéens, Centro-américains et Sud-américains - dont la présence est toujours plus nombreuse sur le territoire états-unien ? En quoi les flux migratoires d'aujourd'hui sont-ils fondamentalement différents de ceux du passé ? De quels changements culturels, linguistiques, politiques les Latinos sont-ils porteurs ? Pourraient-ils aller jusqu'à provoquer une métamorphose des structures sociales et des logiques d'intégration en vigueur aux États-Unis ? Quelle importance attribuer à la thèse du politologue conservateur Samuel Huntington, selon laquelle les Latinos vont fatalement provoquer un conflit, « langue contre langue » et « culture contre culture », au sein de la nation états-unienne ? Quels arguments lui opposent les partisans d'une intégration réussie ? Que peut-on d'ailleurs entendre par ce terme dans le contexte états-unien et dans le nouveau contexte transnational au sein des Amériques ? Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, cet ouvrage tente de répondre à ces questions et à d'autres qui surgissent du débat public et des recherches universitaires. Il est le premier dans l'espace francophone à les approcher de façon résolument pluri et inter-disciplinaire : parmi les collaborateurs du volume on trouve des politologues, des sociologues, des spécialistes de langue, de littérature et de création culturelle. Parmi eux, trois chercheurs mexicains (l'un vivant en France, l'autre au Mexique, le troisième aux États-Unis), un Mexicain Américain né aux États-Unis, trois Françaises et un États-Unien vivant en France. Tous ont participé à Biarritz, en septembre-octobre 2003, au Forum « Les Latinos aux USA » organisé par l'IHEAL (Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine/Sorbonne Nouvelle), avec le concours du Ministère des Affaires Étrangères, dans le cadre de La Cita, 12e festival des cinémas et des cultures d'Amérique latine.

  • Le Brésil semble avoir définitivement pris le chemin d'une certaine modernité, mais les problèmes de violence dans les favelas continuent d'alarmer l'opinion et les spécialistes de sciences sociales. Si la scolarisation des adolescents pauvres est apparue aux autorités comme l`une des manières de traiter le problème, les objectifs quantitatifs priment sur la qualité de l'enseignement et les niveaux de maîtrise des savoirs demeurent très faibles. Comment le passage à l'école est-il vécu par ces adolescents ? Quels sont les conditions et les effets de cette scolarisation populaire ? À partir d'une enquête par observation participante dans une favela de Rio de Janeiro, l'auteur étudie le quotidien des adolescents pauvres dans leur quartier et dans les classes. Cette approche permet de constater que les jeunes favelados ne sont pas du tout hostiles à l'école qui contribue à meubler les journées, mais qu'ils ne sont pas disposés à effectuer les efforts nécessaires à la réussite scolaire. Dans un contexte qui demande aux enseignants d'insister sur la « citoyenneté », de ne pas « exclure » et de limiter les redoublements, l'école publique est devenue pour ses élèves un lieu social dénué de contraintes. Les établissements sont ainsi des lieux de distraction et de socialisation ludique pour des élèves qui ont compris que l'institution voulait les retenir afin de les éloigner de la rue. Pour les enseignants, ce nouveau visage de l'école publique se traduit par des tensions croissantes et une pénibilité accrue du métier. Ce livre pose la question des effets à moyen terme de cette forme de traitement de la « question sociale » au Brésil. En l'absence d'une amélioration de la situation économique des classes populaires, comment l'institution scolaire peut-elle, à elle seule, résoudre à la fois les problèmes de chômage, de pauvreté et de délinquance ?

  • Si l'histoire du développement en Amérique latine - dont la rapide croissance urbaine constitua l'un des aspects - n'est pas au coeur de cet ouvrage, les stigmates du sous-développement dans les villes en constituent la principale toile de fond dans la mesure où ils demeurent très visibles, voire structurants, en ce début du XXIe siècle. C'est pourquoi les volets sociaux et économiques du développement durable constituent des préalables essentiels, invoqués par tous les gouvernements nationaux et locaux, à la mise en application de mesures de protection de l'environnement, et plus particulièrement de l'environnement urbain soumis aux spectres de risques aussi divers que la pollution, la violence ou l'extrême précarité. Ainsi, les centres des grandes villes apparaissent aujourd'hui comme de véritables laboratoires sur lesquels l'action publique et l'action privée sont susceptibles d'intervenir ensemble pour créer les conditions du développement durable ou d'une requalification « soutenable ». En proposant un bilan des politiques urbaines récemment mises en oeuvre en Amérique latine, ce livre en révèle aussi l'ampleur des contradictions et dresse un tableau suggestif des défis auxquels sont confrontés actuellement les acteurs de la ville.

  • Terre d'accueil de nombreux immigrés européens au Mexique et berceau d'un folklore local jaloux de sa richesse, Guadalajara voit se méler durant le Porfiriat (1877-1910) cultures européennes et mexicaine, voyageurs et tapatíos, revendication d'une culture régionale originale et regard sur l'Europe. À l'image du reste du pays, la capitale du Jalisco est ainsi confrontée à une européanisation des modes de vie, de consommation ou de divertissement qu'un regard superficiel pourrait résumer par la classique europhilie des élites porfiriennes. Or, une analyse détaillée du discours des élites jalisciences dans le journal satirique Juan Panadero montre que ce rapport à l'Europe est plus complexe qu'il n'y paraît. Tantôt critique, tantôt admiratif, et bien souvent ironique, cette publication se fait porte-parole d'une société pour qui le rapport à l'Europe, plus que synonyme de modernité, constitue le principal argument d'un rapport de force avec le pouvoir central et México. Le Juan Panadero renvoie alors l'image vivante d'une société qui se cherche, se contredit et se raconte, donnant à voir l'une des grandes contradictions du Mexique porfirien qui se heurte à de fortes résistances régionales dans le processus de mise en place du fédéralisme.

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