FeniXX réédition numérique (François Maspero)

  • La guerre de libération du Bengale avait la vocation des guerres révolutionnaires classiques. Une guerre du peuple s'est engagée, avec les maoïstes en première ligne. Le nationalisme se radicalisait et se combinait à un socialisme diffus. L'agitation menaçait de s'étendre et d'enflammer l'ensemble de la région. Et le processus s'est mystérieusement enrayé ; le Bengale rouge a avorté sous l'effet d'une étrange machination. Révolution avortée, mais exemplaire pourtant... Qu'est-ce qu'une société militaire et quelle est la fonction de son appareil d'Etat ? Qu'est-ce que le colonialisme interne et que devient la vieille « question nationale » ? Pourquoi l'échec des communistes et pourquoi la faillite du marxisme ? Quelle peut être, quelle est, la structure de classe des mouvements nationalitaires aujourd'hui ? Autant de questions politiques qui se sont, cristallisées en un faisceau unique sur la crise du Bangla Desh, qui intéressent en vérité, sous une forme ou sous une autre, l'ensemble des mouvements populaires du tiers monde et qui sont l'objet ici d'une ébauche de traitement théorique.

  • Certains des textes présentés ici exposent la pensée monétaire de Marx en la situant par rapport aux idées dominantes du XIXe siècle et aux thèses contemporaines d'économistes néo-classiques et néo-keynésiens. D'autres appliquent la critique marxiste à des questions concrètes, histoire monétaire, réformes de la monnaie, crise et inflation, telles que celles-ci sont couramment traitées. Dans le cas de l'argent, une double mystification est possible. La première consiste à traiter le pouvoir du capital, exercé seulement par quelques-uns, comme le pouvoir d'achat d'une monnaie dont tous sont en possession : ici, le capital disparaît derrière l'argent. La seconde consiste à dire que l'argent, c'est le capital : celui-ci apparaît comme un pouvoir économique et social qui s'impose directement et totalement à travers l'usage de monnaie, le règne du capital étant celui de l'argent. La première de ces positions antagonistes et complémentaires, se trouve chez les économistes classiques, la seconde chez les socialistes qui préconisent le remplacement de la monnaie par des bons de travail. La théorie marxiste de la marchandise et de l'argent ouvre une autre voie, qui n'est pas celle de l'économie politique ni de « l'anti-économique », mais celle de la critique théorique et politique du capital. De la marchandise à la monnaie ; du système monétaire et du capital au crédit et aux banques ; de la circulation aux conditions marchandes des crises capitalistes, telle est la méthode qui permet d'analyser certaines modalités du fonctionnement capitaliste. L'état des idées aujourd'hui en rend l'usage nécessaire. Est-ce là céder au fétichisme de l'argent, en délaissant le terrain de la production ? Longtemps, la monnaie fut le territoire de la droite. Mais les mouvements de l'argent, objet des discussions théoriques, sont un des enjeux des luttes sociales : il n'est qu'à voir l'explication courante de l'inflation par une émission excessive de monnaie. La théorie de l'équivalent général ne suffit certes pas pour y répondre, mais elle est un chaînon indispensable. La crise du dollar est-elle l'expression d'une crise des relations marchandes, d'une crise du capitalisme mondial ? Là encore, l'analyse ne peut se contenter des notions marxistes de la marchandise et de l'argent, mais elle ne peut s'en passer si elle veut avancer dans l'étude concrète de la situation actuelle.

  • A la fin de 1960, Ahmed Ben Salah est nommé secrétaire d'Etat au Plan. Quelques mois plus tard paraissent les Perspectives décennales de développement. Ce texte allait droit à l'essentiel : « Le but premier de fonctionnement de toute économie est la lutte contre la rareté des ressources en vue de la satisfaction des besoins - au moins des besoins fondamentaux - de l'homme. Si un système économique - quel qu'il soit - n'arrive pas à atteindre ce but, à remplir cette fonction, il doit être changé. » C'était la condamnation du capitalisme tel qu'il s'était concrétisé en Tunisie, c'est-à-dire la colonisation économique, même après l'indépendance politique. Suivait le projet : « Par-delà la consolidation des libertés politiques et à travers même la restauration de la liberté humaine et de la justice sociale, l'objectif de la planification est donc la promotion de l'homme, la défense de ses libertés concrètes, en un mot, l'humanisation de la société. » Ministre du Plan, des Finances et de l'Economie nationale de 1961 à 1969, Ahmed Ben Salah tente d'impulser la politique qu'il préconisait dans ses écrits. Pari impossible ? Illusion réformiste ? Le 25 mai 1970, il est condamné à dix ans de travaux forcés pour « haute trahison » et, en juin 1973, à cinq années et demie supplémentaires pour évasion. Marc Nerfin, ami et partisan, s'explique avec Ben Salah, il explique le « cas Ben Salah ».

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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