Langue française

  • Sur les rives du Zali, le commissaire Doré Dynamite coule ses journées à bâfrer des bananes plantain, à roupiller et à baffer la multitude de piéteurs de sa ville dans l'espoir d'un aveu encore plus menteur que la vérité. Mais que pèse-t-il dans les tours de passe-passe orchestrés par les multinationales et les politiques de ce pays béni des dieux, aux sous-sols plus que riches de minerais nécessaires à son développement ?· ·

    Entre torpeur et brèves de maquis au détour d'une bière frelatée, entre complots cossus dans les salons des puissants et sordides assassinats dans les ruelles démocratiques, Sunjata signe ici un premier polar drôle, grinçant, acerbe sur un pays pris dans la nasse de la Françafrique, entre les petits vols des moins que rien et les scandales inépuisables des « affaires africaines ».

  • Baho !

    Roland Rugero

    Dans une vie d'entre-deux-guerres, un village au travail voit ses peurs et ses rancoeurs révélées par un fait divers anecdotique et presque drôle : un muet pris d'une envie soudaine de déféquer (était-ce l'eau saumâtre du matin ?) demande à une jeune fille par des gestes explicites les latrines les plus proches. Seulement, dans un monde où la violence a formé les âmes simples, les gestes les plus anodins peuvent être interprétés comme des agressions réelles. Cette jeune fille, se croyant ainsi l'objet d'une tentative de viol, hurle, crie, alerte. Le pauvre hère, comprenant la méprise, croit que courir le sauvera. Pourtant, cela devient un véritable aveu de culpabilité et le conduit inexorablement au gibet, où la vindicte populaire pourra montrer l'étendue de ses peurs. Petit à petit, à travers les passés traumatisés des acteurs de cette histoire, on assiste aux interrogations de tout un peuple sur ce que sont la justice et la difficulté d'être ensemble... À force d'évoquer l'inavouable, celui-ci s'est produit !

  • D'éclairs de pensée. Point. Ni même plus d'étonnement. Si point de rêves. Point de pensées. Plus d'Utopia. C'est l'avènement de l'esprit fatigué. Dans un décor de fin du monde, entre le feu et le vent,· le cri et le silence, des jeunes gens, enfants de la réparation, enfants de la préparation, immobiles au-dessus du morne, refusent de jeter ne serait-ce qu'un seul regard à la ville en proie aux flammes, ils sont là, ils sont plongés dans leurs livres, plongés dans la mémoire des aïeux qui ont fait cette ville, qui ont vécu ce que vit le coeur de cette ville, une perpétuelle violence, cyclique, transmise de génération en génération, le feu est habituel, les cris font partie de la vie, ils étudient. Mais bientôt le chaos va les rejoindre, une foule, hagarde, hallucinée, ils lèveront les yeux et verront... Dans un chant ininterrompu, Guy Régis, avec ce roman sensible, tout de voix et d'échos, fait une peinture hallucinée de son tiers d'île, où l'homme, entraîné dans une spirale d'autodestruction, s'avère être le fossoyeur de ses propres utopies.

  • Serge Amisi n'a pas dix ans quand il est enlevé par les soldats de Kabila. Conditionné, drogué, n'ayant pour père et mère que la kalachnikov, il sera, comme ses compagnons d'armes, acteur et témoin d'une des plus grandes guerres qu'ait connues l'humanité depuis 1945, celle du Congo.

    Mais l'enfant, arme de guerre redoutable quand les adultes ont perdu toute humanité, ne cesse de s'interroger, ne cesse de vouloir retrouver sa place d'enfant, juste sa part d'enfance.
    Ce récit de Serge Amisi, au-delà du témoignage d'un enfant-soldat, crée un univers saisissant. Écrit dans une langue musicale, lancinante, d'une extrême sensibilité et d'une grande finesse, il est bouleversant. Impossible de le lire sans trouble, sans remettre profondément en cause nos perceptions, nos rapports avec le monde. Un livre fort, indispensable.

  • Roman d'une traversée, La Bâtarde du Rhin retrace l'histoire d'une jeune fille, Kozima, née d'un amour interdit. Son père est un soldat stationné en Rhénanie et originaire d'une colonie française, La Réunion. Sa mère est une jeune pianiste allemande amoureuse. Le soldat quitte ­l'Allemagne et malgré le mariage de sa mère et l'adoption par son beau-père, Kozima sera qualifiée de « bâtarde » sous le nazisme. Menacée de stérilisation par un médecin fou, elle s'enfuit, survit à la guerre et retrouvera son père adoptif.
    Après la mort de celui-ci, la recherche de son vrai père devient une nécessité. Elle prend le bateau pour retrouver son autre famille, celle de La Réunion.
    L'accueil de la grand-mère, Eugénie, est glacial, la jeune fille dérange. Son arrivée ouvre une blessure à peine cicatrisée, ravive la jalousie et remet en lumière une histoire familiale enfouie.
    Ce roman de pure fiction est profondément ancré dans l'histoire, l'histoire des années 1930 et 1940 en Allemagne, abordant la honte noire et le Lebensborn (projet des nazis d'accélérer la reproduction de la race aryenne) puis à La Réunion, société de toutes les hiérarchies où se cristallisent les non-dits.

  • Un cri Lola... un homme, dans sa chambre, dans la ville parfois, fugitivement, entre en nonchalance et paresse, regarde vivre sa belle Lola, s'y accroche et s'y laisse aller. L'angoisse et le désir, la solitude indéfinissable viennent lui rendre visite, il les accueille en musique. Dans les rêves et les mondes des Coltrane, des Coleman Hawkins, de Lester Young... Il se lève, à la suite de Lola. Il marche, tel un Giacometti. Traversée de la ville, dans les rires de Lola. Traversées des cris, des cris qui le submergent. Du plus profond des mémoires et des ressacs qui s'abattent sur lui, sur la ville encore. Il médite. Il revient à un cri Lola...


    Un roman tout en musique et en réflexion : du jazz à la fugue, du parler au chant, de l'étonnement à la rage. C'est une partition de cri et de murmure. C'est un roman d'amour. Pour une femme. Pour une ville. Pour une mémoire. Bonel Auguste se fait funambule ici, funambule des mots, sur le fil des sonorités et des ambiances troublantes d'une île qui ne cesse de sourdre ses cris...

  • Il y a Nathy, il y a Sofia, il y a Magali et Ibrahima, et d'autres fêlures qui barrent nos regards, qui rasent les murs, traînent dans les rues et y projettent sans le savoir, sans le vouloir, incidemment, leurs récits visibles ou invisibles. Anges. Fêlées. De passage. Parmi nous. Elles/Ils sont comme des ombres de poussière, à Marseille ou sur les bords du Djoliba, ici et ailleurs. Dans les perditions qui délimitent les ruelles et les vies. Près des frontières identitaires qui ne se nomment pas. Dans les colères. Dans les cris rentrés. Dans les espérances et les désillusions. Et la bête qui s'installe. Dans l'esprit. Comme une folie, une vague ombreuse que personne ne voit venir, une dépression, une tempête sourde dans une société qui s'empresse de tout lisser, de tout effacer. Comment arriver à faire ressentir, comprendre ce que l'autre éprouve ? Ne serait-ce qu'un moment ? La sensation de prononcer pour l'autre des mots inaudibles. Il faut donc juste se taire et partir ? Nathy, Sofia, Magali, puis Ibrahima, et les autres, tenu(e)s au sol par on ne sait quel fil... elles/ils essaient tous de partir, mais la bête joue, on ne part pas comme ça, il faut subir la violence d'être d'ici et de là-bas, on ne s'arrache pas d'une terre quand on n'a pas de racines. Anges fêlées est le roman d'un silence, de plusieurs voix, de l'impossibilité à dire, quand de la fêlure de l'être s'échappent les voix qui fissurent l'édifice identitaire.

empty