UPPR Editions

  • Réputé difficile d'accès voire inintelligible, l'art contemporain, qui succède à l'art dit « moderne », soulève soit l'enthousiasme des initiés, soit l'indignation de ceux pour qui il reste hermétique. Pour certains, il manifeste la négation même de l'idée de Beauté, ou une sorte de nihilisme esthétique. Qu'en est-il réellement ?
    Le 3 avril 1997, le quotidien Le Monde publiait un important article du célèbre critique d´art Jean-Luc Chalumeau sous le titre Mauvaise querelle sur l´art contemporain. L´auteur intervenait dans une polémique, qui faisait rage alors, en renvoyant dos à dos les contempteurs de l´art dit « contemporain » récusé en bloc et ses défenseurs inconditionnels, aveugles à certaines impostures. Dix-sept ans plus tard, la situation, loin de s´être apaisée, paraît plus explosive encore, comme en témoigne le film récent « La ruée vers l´art ». C´est pourquoi le livre en ligne L´art contemporain que Jean-Luc Chalumeau signe aujourd´hui propose une vue d´ensemble aussi équilibrée et documentée que possible en 40 pages. Après avoir défini ce qu´il faut entendre par « art contemporain », il aborde le problème en quatre parties : 1. Comment est né et s´est épanoui l´art contemporain. 2. Comment les puissances d´argent ont pris le pouvoir. 3. Quels sont les arguments des protagonistes de la polémique. 4. Qui sont les principaux artistes contemporains, répartis en une brève typologie.
    L'auteur nous propose donc, dans cet ouvrage remarquable de clarté, de mieux comprendre les origines et les enjeux de cet art qui, quoi qu'on en pense, fait partie intégrante de notre temps.

  • Souhaitant rompre avec l'agriculture intensive et industrielle, l'agriculture biologique veut s'inscrire dans une démarche de respect de la nature et de ses cycles. Son ambition affichée est, en assumant l'héritage des techniques agricoles traditionnelles, de préserver la biodiversité et les cycles biologiques des sols, en refusant d'utiliser les produits de synthèse. Les techniques modernes ne peuvent-elles pas résoudre des problèmes que l'agriculture traditionnelle est incapable de surmonter ? Mais à quel prix ?
    Alors que les publications sur l´agriculture biologique sont de plus en plus nombreuses, il est toujours aussi difficile de se forger une opinion à son sujet tant ces publications tendent à se répartir en deux catégories : celles qui la rejettent et celles qui en font l´apologie. Dans les premières, la bio est présentée comme un retour en arrière, une « agriculture du refus » qui serait bien incapable de nourrir le monde si elle sortait de la place marginale qu´elle occupe aujourd´hui. Dans les secondes, au contraire, elle représente la seule solution possible pour une agriculture et une alimentation mondiale durables. En considérant, pour les uns, qu´elle devra se contenter de satisfaire le marché de niche qui est le sien tant que durera l´effet de mode qui le porte aujourd´hui, et pour les autres qu´elle devra s´étendre, à terme, à l´ensemble de l´agriculture mondiale, ces deux positions éludent l´une comme l´autre une question pourtant centrale : quelle devra être la place de la bio dans l´agriculture du futur, en France comme dans le monde ?
    Dans ce livre dont la profondeur d'analyse n'a d'égale que la clarté, l'auteur met au jour les tenants et les aboutissants de cette pensée et des bénéfices réels de ses applications, mais aussi de leurs limites.

  • Voilà bien longtemps que l'élite ne désigne plus cette individualité exemplaire, cette autorité morale et spirituelle qu'elle était à l'origine, dans l'Athènes de Périclès. De nos jours, d'ailleurs, la sociologie étudie les élites, cette formule distinguant un ou plusieurs groupes dominants en lutte pour le pouvoir économique, politique ou militaire, suggérant une position de supériorité vis-à-vis de la classe populaire. Dans l'inconscient collectif, nourri par l'ambiance égalitariste actuelle, les élites sont considérées comme une sorte de caste parfois auréolée de mystère, à la fois enviée et méprisée. Pourtant, de qui et de quoi parlons-nous ? D'abord, que signifie ce mot, et quelle est son histoire ? Et que sont les élites en ce début de XXIème siècle ?
    Cet ouvrage, en déjouant les pièges des idées convenues pour se consacrer aux réalités d'une partie de la population moins connue qu'on le croit, éclaire un aspect capital de notre société, déterminant pour notre avenir commun...

  • En cette vie, que cherchons-nous ? Nous avons tous en nous la nostalgie du bonheur et, au fond, nous agissons toujours en vue d'atteindre ou de retrouver une forme de paix et de joie, et ce même lorsque nous nous trompons et que nos choix nous conduisent à souffrir davantage. C'est en acceptant de nous voir tels que nous sommes que nous pouvons espérer comprendre comment nous fonctionnons, et dans quelle mesure nous sommes prisonniers de nos peurs et de nos attentes. Connaître notre prison, c'est nous donner les moyens de nous en libérer, pour atteindre cette autonomie sereine à laquelle nous aspirons.
    Or, contrairement à ce que prétendent aujourd´hui nombre de marchands de prêt à penser et à vivre, il n´existe pas de formule pour être heureux. Ce texte n´est donc pas un recueil de « recettes » visant au bien être ; plutôt un petit traité de pratique spirituelle. Gilles Farcet s´appuie ici sur son parcours et sa longue expérience d´une voie pour tenter de dissiper quelques illusions, proposer de nouveaux positionnements intérieurs et surtout montrer ce qui nous exile du simple sentiment : ici et maintenant, je me sens ouvert, positif et content.

  • L´islam paraît avoir un rapport contradictoire avec la démocratie. D´un côté, l´appel à la volonté populaire s´exprime avec insistance dans les pays musulmans. Simultanément le pluralisme démocratique peine à y prendre racine. Au-delà des vicissitudes de l´histoire, un rapport au monde marqué par la fascination pour l´unité et la certitude, alimente ce double rapport à la démocratie. Déjà présent dans le Coran, on le retrouve dans la philosophie islamique et la conception du pouvoir qui la marque.
    Comment l'islam, en dépassant les réductions des discours juridiques et sans trahir son expérience intérieure, peut-il prendre part à la culture occidentale, dans l'esprit des Lumières ? L'auteur nous convie ici à partager, soutenue par une prose claire et dense, une réflexion et des analyses décisives sur ce thème dont les enjeux sont déterminants pour l'avenir de notre civilisation.
    Philippe d´Iribarne est directeur de recherche au CNRS. Ses travaux, situés à la jonction de la sociologie, de l´ethnologie et de la philosophie politique, portent sur la diversité des manières de s´organiser pour vivre et travailler ensemble que l´on rencontre sur la surface de la planète. Ils ont donné une place essentielle à la diversité des cultures politiques, et l´ont conduit notamment à comparer les conceptions de la démocratie que l´on trouve dans les univers anglo-saxon, germanique et français. Ses dernières recherches ont porté l´influence des cultures religieuses sur l´organisation de la cité.
    Il est l´auteur de quinze ouvrages dont La logique de l´honneur (Seuil, 1989, traduit en allemand, arabe, chinois, espagnol et néerlandais), Penser la diversité du monde (Seuil, 2008, traduit en arabe, en cours de traduction en anglais), L´épreuve des différences (Seuil, 2009, traduit en anglais et en chinois), L´islam devant la démocratie (Gallimard, 2013 traduit en arabe, en cours de traduction en espagnol).

  • Extrait
    Introduction
    La ville et l’agriculture se sont durant des siècles installées sur des territoires distincts. Séparées par cet espace de transition qu’était la ceinture maraîchère, elles restaient éloignées l’une de l’autre par une distance géographique qu’accentuait la mauvaise qualité des voies de communication et aussi par une grande distance culturelle. Consécutivement, les spécialistes de l’agriculture, les agronomes, ne se sont guère intéressés à la ville, tandis que les spécialistes de la ville, les architectes et les urbanistes, ne se sont guère intéressés à ce qui se passait dans le monde agricole. Alors pourquoi vouloir rassembler en un même terme ces deux domaines qui semblent si étrangers l’un à l’autre ?
    C’est cette question que soulevait l’agronome André Fleury, en 2000, lorsqu’il proposait pour la première fois au monde scientifique d’adopter ce mot d’agriurbanisme pour qualifier ce qu’il définissait d’abord comme un nouveau champ de compétence réunissant les savoirs et savoir-faire de ces deux domaines. Car les villes dont nous héritons aujourd’hui ont connu depuis deux siècles des mutations profondes qui changent radicalement leur relation avec les espaces qui les entourent, et notamment ceux de l’agriculture. La cohabitation entre ces deux mondes se passe maintenant aux franges des villes en expansion dans des conditions qui peuvent aussi bien exacerber les tensions engendrées par des nuisances réciproques que construire, au contraire, de nouvelles relations bénéfiques à la ville comme à l’agriculture.
    C’est à construire ces nouvelles relations que se propose d’être utile l’agriurbanisme, en comprenant bien que le monde d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier et que les solutions à inventer doivent prendre leurs distances avec la nostalgie que l’on nourrit parfois envers un passé idéalisé d’autant plus facilement qu’on le connaît mal.
    La première partie de cet ouvrage reviendra donc en quelques pages sur cette longue histoire de l’agriculture et de la ville pour mieux mettre en relief la brutale accélération qu’elle a connue à partir du XIXe siècle, et mettre en évidence l’aspect inédit de la situation que l’on connaît aujourd’hui. La deuxième partie traitera des attentes que la société contemporaine porte maintenant sur les espaces agricoles, sur ce désir de « campagne » davantage définie par le regard des citadins que par la pratique de ceux qui y travaillent. Dans la troisième partie, enfin, on tentera d’esquisser quelques idées qui permettraient d’aménager cette interface entre les deux mondes d’une façon plus durable que cet étalement de plus en plus tentaculaire et émietté que connaissent les villes d’aujourd’hui.

  • Extrait
    Prologue
    Le Chef : Que sont les crises ?
    Soldat 1 : Des gros problèmes à gérer.
    Soldat 2 : Des solutions.
    Le chef : Tout dépend de l’enjeu et des risques de la guerre.
    Soldat 1 : Que doit-on faire ?
    Le Chef : Vous adapter.
    Soldat 2 : Que dois-je faire ?
    Le Chef : Inventez-nous la paix.
    Soldats 1 et 2 : Et vous, chef, qu’allez-vous faire ?
    Le Chef : M’adapter à la paix.
    Nous traversons une séquence paradoxale, en France en particulier. Jamais, sans doute, n’aurons-nous vécu autant de sentiments forts et contradictoires, individuellement et collectivement, en si peu de temps.
    De telles amplitudes de marées psycho-sociologiques sont, de manière générale, réservées aux périodes de guerre.
    Alors, au fond, serions-nous en guerre ? Oui, vous avez bien lu. Osons la question. Bien sûr, on pourrait dire révolution, mais ne serait-ce pas une insulte pour ceux qui en ont été des acteurs dans des réelles situations ? D’autant que nous ne sommes nullement prêts à abandonner nos rentes.
    Cette société, après avoir déstabilisé toutes les autorités, ne sait plus à qui se confier.
    Cette période a accompagné l’avènement du numérique, du temps réel, du Web. Les réseaux sociaux créent des amis partout, mais de la chair, de la substance, nulle part. Sans faire de lien de causalité simpliste, retenons la concomitance.
    L’homme libéral a des soucis à se faire. C’est pourtant à ce moment que le déploiement de ces nouveaux marchés économiques, en particulier autour des applications du numérique, se met en quête d’un nouveau citoyen plus réconcilié avec le collectif, moins individualiste et narcissique. On peut rêver.
    Toutefois, cette quête fait mouche car elle croise une attente non formulée de protection. Qui peut nier cette division du sujet ? Entre aspirations à la satisfaction autorisées par la société de l’horizontalité, débarrassée des autorités contraignantes et légitimée dans sa revendication ou sa plainte, et l’inquiétude devenant angoisse devant les fissures qui s’élargissent dans le mur de nos réassurances.
    Période faste pour les prophètes. Mais qu’ils prennent vite leurs marges, car tout cela ne peut pas durer.
    A côté des prophètes se positionnent des visionnaires, souvent plus honnêtes, parfois naïfs, peut-être aussi chevaux de Troie d’enjeux économiques. Gardons la générosité pour ne pas désespérer La Défense ! (oui, Billancourt, c’est fermé, pas seulement le dimanche !).
    Survient la république des co-, la société du partage, etc… Ne boudons pas l’espoir. Mais, instruits par les illusions de l’utopie de la communication qui nous poursuit depuis les années cinquante, ne relâchons pas notre attention devant ce qui pourrait devenir un déterminisme prédictif inédit dont nous serions collectivement complices, co-constructeurs.
    Ceci porte des noms connus. Cela s’appelle politique, République, laïcité. Cet essai va donc à contre-courant en soutenant que les citoyens ont tout intérêt à ne pas rejeter la politique, mais en exigeant qu’une relation nouvelle passe par une méfiance qui n’empêche pas pour autant une implication loyale.
    La République a besoin d’un congé sabbatique de reconstruction. Donnons-lui ce temps et cette confiance.
    Nous construisons dans cet essai une proposition simple, ou de bon sens, sur deux notions, le pacte d’économie cohésive et l’horizontalisme.

  • Marguerite Duras et le cinéma ont eu une très longue histoire ensemble. Par différentes voies et à différentes époques, son oeuvre a rencontré le cinéma. Cinéma et écriture vont pendant toute sa carrière sous-tendre avec plus ou moins de force la problématique de ce qui est dit, écrit, filmé et de ce qui en négatif n'est pas dit, écrit, filmé. Tour à tour son attirance pour le cinéma passera de la passion à la méfiance et de la méfiance à la passion. Par moments, elle pourra dire que « le film frappe de mort l'écrit » ; et pendant une dizaine d'années elle ne sera pourtant occupée qu´à réaliser des films, tout en publiant comme des livres les textes-scénarios correspondants. Pour Duras, cet amour de l'impossible entre elle et le cinéma, son cinéma, ne rejoint-il pas ces amours ou passions impossibles et infernales qui lient ses propres personnages entre eux ?
    Bernard Sarrut Écrivain généreux, Bernard Sarrut a publié dans des revues de cinémas de nombreux articles consacrés à Hitchcock, Tourneur, Duras, ou Straub/Huillet, ainsi que des nouvelles (Un voyage en hiver, Éditions L'échappée belle, 2014), des poèmes, scénarios, et autres pièces de théâtre, sans oublier un essai poétique intitulé Musique sans cesse et table rase. Il a également réalisé quelques courts métrages de cinéma expérimental, tous axés sur le texte ou la musique.Très proche de Marguerite Duras avec qui il a entretenu une relation amicale pendant ses vingt dernières années, il est non seulement un témoin privilégié mais aussi un des plus subtils analystes de son oeuvre. De cette rencontre est née un livre, Marguerite Duras à contre jour (Éditions Complicités, 2004).

  • Extrait
    Avant-propos
    Notre époque aime changer, innover, transformer, dépasser une limite jusqu’à participer avec jubilation à la « course au changement », ou à la course à l’innovation, célébrées par les slogans économiques, publicitaires voire politiques. Cette gamme de vocables positifs s’applique à des données quantitatives (« toujours plus ») comme qualitatives (« toujours mieux »), qui sont censés refléter une amélioration des choses. Nous sommes à la recherche des dernières améliorations techniques de transport, de soin, de formation, de communication, de divertissement, etc. D’où l’adage « On n’arrête pas le progrès », qui fait de cette course ou fuite en avant, à la fois un puissant désir subjectif de perfectionnement, contrastant avec tout conservatisme stérilisant, et une impérieuse nécessité historique et morale de rendre meilleurs le monde et l’humanité. Entraînés par la ronde des changements, impulsée par une économie capitaliste qui a besoin de renouveler son offre, nous sommes sensibles à toute justification fondée sur l’amélioration, qui nous conforte dans l’idée d’un progrès. Pour les modernes, le changement est devenu résolument positif, connotant la nouveauté, l’innovation, l’amélioration des choses. Nous sommes d’ailleurs toujours en quête de signes, de critères, d’indicateurs des changements, qui sont d’emblée associés, par synonymie voire par tautologie, à de « bons » changements, car les mauvais sont généralement nommés autrement, catastrophe, décadence, crise, régression, recul, etc.
    Pourtant depuis la fin du XXème siècle cette croyance commence à s’affaiblir, à susciter le doute, voire à être traitée d’illusion dangereuse. Pour une grande partie de l’opinion publique du monde développé le monde va plutôt mal : violence, injustice, catastrophes naturelles et industrielles, démesure scientifique s’amoncellent, se multiplient, semant l’inquiétude voire l’angoisse. Alors que l’on annonçait que l’humanité allait continuer à progresser, des signes de plus en plus nombreux font croire que le prix à payer est trop lourd, que les résultats ne sont pas toujours conformes aux espérances, que le développement engagé est devenu aberrant ou insupportable. Au point que certains annoncent la «fin de l’histoire», voire même l’abolition du futur (no future, slogan des Années 1980). Le désenchantement entraîné par les grandes catastrophes du XXème siècle (totalitarismes, génocides, bombe atomique, etc.) nous a certes ouvert un peu les yeux. Nombreux sont nos contemporains qui ne croient plus au « Progrès », aux lendemains qui chantent, qui ne croient même plus que toute transformation aboutisse à une amélioration des choses.
    À vrai dire, notre croyance au progrès, aujourd’hui en crise, qui a traversé les derniers siècles du développement de l’Occident n’est ni si ancienne, ni vraiment universelle. Dans les sociétés traditionnelles, précolombiennes, égyptiennes pharaoniques, gréco-latines, le terme de changement a été tenu plutôt pour négatif, péjoratif, car seul ce qui se maintient en place, en ordre, est digne d’éloge. Les sociétés asiatiques n’ont jamais, avant le contact avec l’Occident, pensé le monde comme une histoire en progrès, mais plutôt comme fait de cycles de dysharmonie et d’harmonie. Pour les anciens grecs, comme Platon, le devenir du monde et des sociétés les condamnait à une décadence, de sorte que tout projet de réforme comme celui de La République de Platon, devait porter sur les moyens de freiner ou de stabiliser cette chute.
    À la réflexion, nous savons bien nous-mêmes que tout changement n’est pas forcément positif, bénéfique, salutaire. Changer pour changer n’est pas toujours source d’effets heureux, n’est pas toujours une progression ni surtout un progrès. Ce hiatus entre un changement dû aux modifications aléatoires et ce qui est un progrès véritable est souvent difficile à établir, à comprendre et à accepter. Notre modernité a espéré, en se référant à quelque sens de l’histoire cachée, à quelque Providence laïcisée, d’inspiration biblique, que l’évolution des choses la menait inéluctablement vers un état meilleur, peut-être continuellement meilleur, jusqu’à une perfection ultime attendue. Le monothéisme juif et chrétien avait commencé à appréhender l’Histoire comme une chute suivie d’un salut. Les philosophies européennes de l’Histoire, culminant avec Hegel et Marx, se représentent le temps de l’Histoire comme une irrésistible marche en avant destinée à actualiser à la fin une rationalité absolue.
    Rendus méfiants par l’expérience, devenus plus critiques dans nos représentations et jugements, nous sommes peut-être à nouveau en position de nous demander vraiment quelles sont les conditions d’une amélioration de l’humanité, qui n’est plus garantie à l’avance parce qu’écrite dans un plan de l’Histoire, et qui ne passe plus par une course frénétique et inconditionnelle vers la nouveauté. La question devient incontournable. Le monde va-t-il continuer sa frénétique course en avant, avec son cortège d’aventures, d’excès, de méfaits, à côté d’innovations impressionnantes ou au contraire stagner, régresser, disparaître ? Comment dès lors penser et agir dans un monde qui ne serait plus voué à progresser ?
    Nous nous voyons donc contraints dans l’urgence à reconsidérer notre socle de croyances en l’histoire de l’humanité, à vérifier si la promesse de changements destinés à améliorer la vie des hommes sur terre est vraiment réalisée et correspond de fait aux énoncés proférés. D’où vient d’ailleurs cette croyance ? Que renferme-t-elle authentiquement comme contenus ? Est-elle vraiment source d’améliorations et en quoi ? Que signifie le « méliorisme », cette conviction que les choses doivent être toujours meilleures qualitativement, moralement, qu’auparavant ?
    Une fois établie l’intelligence de la notion de progrès, quels sont de nos jours les arguments précis pour le soutenir, le contester, le dénoncer ? Si tout n’est pas voué à s’améliorer, faut-il renoncer à l’idée de progrès ? Quelles distinctions faudrait-il faire pour mieux discriminer amélioration et progrès ? Faut-il même y renoncer, mais par quoi le remplacer ?
    Les débats sur l’écologie, la paix internationale, les avancées des techniques constituent des points critiques qui permettent d’engager l’évaluation. Les débats actuels montrent de plus en plus un affrontement entre une tendance pessimiste, voire désespérée, et une autre qui réinvestit à nouveaux frais la perspective du progrès. Comment s’orienter dans ces antagonismes souvent vifs et radicaux ? Faut-il vraiment choisir entre un camp ou l’autre ?
    Il s’agit donc de se demander : que tenons-nous pour vraiment meilleur que ce qui est ? Comment valider et concrétiser notre représentation du meilleur, voire du parfait ? Et si le projet d’amélioration de la condition humaine rencontre d’abord la question des moyens, elle ne peut échapper à celle des fins. Qu’est-ce qui peut être tenu pour un idéal souhaitable à réaliser ? Ne confondons-nous pas souvent ce qui est bien en soi et bien pour nous, ce qui rend meilleur et ce qui seulement nous comble de plaisirs et de bonheur ? Sur quels modèles, étalons, prototypes nous régler pour changer l’homme en bien, en mieux ?
    S’il existe incontestablement des progrès, sériels et localisés, dans un domaine donné (par exemple, dans le domaine des communications par transport physique ou par télécommunication ou de l’alimentation diversifiée et conditionnée), chaque progrès est-il vraiment une amélioration, ne cache-t-il pas des effets néfastes, pervers et entraîne-t-il avec lui un perfectionnement d’ensemble ?
    D’ailleurs, toutes choses peuvent-elles progresser, l’humanité en elle-même peut-elle être perfectionnée et pas seulement ses milieux et ses techniques ? En d’autres termes, y a-t-il en fin de compte un progrès matériel et moral, peut-on extrapoler de certaines avancées partielles et souvent intermittentes l’avènement d’un « nouvel homme » ? On le voit, sous l’évidence d’un désir indiscutable, celui d’améliorer notre sort et notre nature, se cachent des questions complexes, aux enjeux redoutables.

  • La misanthropie, ou haine des hommes - de tous les hommes, ceux d'hier, d'aujourd'hui et de demain, des prochains et des lointains ! -, pose naturellement la question de sa légitimité : qu'ont donc les hommes de si haïssable ? Et s'ils le sont vraiment, pourquoi ne pas simplement les fuir, plutôt que de continuer à subir leur compagnie ? Pour répondre à ces questions, Tayeb Ainseba interroge la littérature, cherchant dans sa longue histoire les matériaux anthropologiques et scientifiques propres à alimenter sa réflexion et son effort conceptuel. En effet, véritable laboratoire de la pensée, la littérature propose un espace imaginaire propre à nourrir, en retour, notre compréhension du monde : c'est dans les romans dystopiques (c'est-à-dire le contraire d'utopiques) que Tayeb Ainseba ira puiser l'essentiel de ses analyses - chez Orwell, Boye, Zamiatine, Huxley, Levin, Tevis, mais aussi chez Shakespeare... Ainsi la mise en évidence des caractéristiques de la misanthropie dans le roman (fonctionnement en miroir, communisme sexuel, infantilisme, uniformisation des masses, etc.) permettent d'élargir et d'affiner notre compréhension de la misanthropie en tant que telle, qui, nous le découvrons ici, se dissimule sous de fort nombreux visages. Finalement, Tayeb Ainseba montre avec force dans quelle mesure la misanthropie nous oblige à interroger le mystère de ce qui fait de nous des êtres humains...
    Tayeb Ainseba Tayeb Ainseba est né en 1980 à Valenciennes. Athée, docteur en Littérature comparée, il est aussi diplômé en Philosophie et en F.L.E. (Français Langue Étrangère). Sa thèse, Entre littérature et philosophie : L´Homme est-il un animal politique ? Physique de la misanthropie, a été publiée chez L´Harmattan en 2014. Ses recherches portent sur les relations entre philosophie et littérature et sur le concept de misanthropie appliqué au roman dystopique et à la littérature concentrationnaire. Il a enseigné la littérature et la philosophie dans le secondaire, notamment en Z.E.P. (Zone d´Éducation Prioritaire). Il prépare une seconde thèse en sciences politiques intitulée La littérature politique de la misologie.

  • Mieux vaut une connerie d'avance qu'une information en retard : c'est sans détour qu'Hubert Huertas énonce le principe qui régit l'Information en continu, ce monstre familier devenu aussi indispensable qu'insupportable. Nous voilà donc prévenus - et comblés : malgré la sensibilité du sujet, la démarche sera franche et l'auteur n'avancera pas masqué. Pour autant, Hubert Huertas ne se positionne pas en redresseur de torts ; car si le propos est manifestement critique et engagé, il est également nuancé, le journaliste n'hésitant pas à reconnaître le talent et la compétence lorsqu'ils sont évidents. Plutôt donc que de mener un réquisitoire caricatural et inutilement passionné, il nous convie à une réflexion d'envergure touchant de multiples domaines : la déontologie naturellement, mais aussi l'histoire de la presse, la politique et ses communicants, le tempo et la mise en scène de l'information,... Ses analyses, soutenues à l'occasion par un humour décapant, sont toujours accompagnées d'exemples qui font sens - les événements tragiques de Charlie Hebdo, l'annonce erronée de la mort de Martin Bouygues et autres illustrations tirées en toute honnêteté de son expérience personnelle. Hubert Huertas met ainsi magistralement en relief les enjeux de la "bfmisation de la société", montrant finalement qu'elle aboutit à la désagrégation du Politique. Un essai indispensable et décisif.
    Hubert Huertas Journaliste, écrivain et essayiste, Hubert Huertas commence sa carrière au milieu des années 1970 : d'abord reporter politique au Provençal et correspondant pour divers hebdomadaires nationaux, il se rapproche de Radio France où, de 1983 à 1997, il devient Rédacteur en Chef de Radio France Vaucluse, puis de Radio France Provence, avant d´être nommé Grand Reporter à France Inter et France Info. Parallèlement, il enseigne le journalisme au Centre de Formation et de Perfection des Journalistes (CFPJ) dont il sera le Directeur pendant trois ans. En 2006, il est nommé Chef du Service politique de la Rédaction de France Culture et anime chaque matin l'émission d'interview politique « En toute franchise ». Ses chroniques, très écrites et particulièrement soignées, témoignent de sa liberté et de son indépendance, mais aussi d'une acuité intellectuelle et d'une intégrité exemplaires ; à la fois profond, précis et vaste, son regard met alors quotidiennement en lumière les problématiques de l'actualité politique. Il quitte ce poste en janvier 2014 pour rejoindre l'équipe de Mediapart où, au fil de ses articles, il continue d'éclairer notre temps.
    Ses publications : FN Made in France, essai sur le Front National (Éditions Autres temps, 1997), Nous jouerons quand même ensemble (Presses de la Cité, 2000), La Passagère de la Struma (Presses de la Cité, 2001), L'orque de Magellan (Presses de la cité, 2004), Terminus Pondichéry (Presses de la cité, 2006), La petite fille qui venait d´Alger (Presses de la cité 2010), La guerre des deux Droites (L´Archipel, 2012).

  • Machiavel : ce nom semble maudit, tant il évoque la manipulation, le mensonge, la cruauté, la violence, la jouissance du pouvoir, les machinations, l'absence de scrupule et le cynisme de la bonne conscience. C'est surtout son ouvrage le Prince, véritable apologie du mal, qui symbolise ces attitudes diaboliques : se fondant sur une connaissance neutre de la nature humaine, Machiavel expose en effet dans ce livre, et de façon froidement méthodique, le principe créateur de l'efficacité et de l'ordre politique. Autrement dit : comment imposer durablement sa puissance de faire obéir d'autres hommes, quitte à sacrifier sa propre humanité et assumer la nécessité de fonder les lois et les vertus sur un mal... Après de nombreux siècles de débats sur cette oeuvre provocatrice qui a fait exploser la philosophie politique, Robert Damien propose ici des interprétations décisives pour nous aider à mieux comprendre cette pensée réputée aussi "saisissante qu'insaisissable", comme le dit Louis Althusser.
    Une mise au point magistrale, qui met en évidence notre obligation de réexaminer à neuf les conditions effectives d'une moralité publique capable de nous gouverner selon des lois communes, reconnues et efficaces - ce qui nous amène tout droit à la question peut-être la plus sensible : quel en est le prix à payer ?
    Robert Damien Professeur émérite des universités (Paris Ouest Nanterre), conseiller scientifique du Labex Passés dans le présent, Robert Damien est l'auteur de Bibliothèque et État, naissance d´une raison politique (PUF 1995), de La grâce de l'auteur (Encre marine, 2001) et de Le conseiller du prince de Machiavel à nos jours, genèse d'une matrice démocratique (PUF, 2004). Il a publié en 2010 une réédition critique de Qu´est-ce que la propriété ? de Proudhon (Livre de poche). Son dernier livre, Éloge de l´autorité, généalogie d´une (dé)raison politique, est paru en 2013 chez Armand Collin.
    En août 2014, La Bibliothèque nationale de France a consacré une journée d'étude à sa pensée, rendant par là hommage à ce « philosophe dont l'esprit vif et généreux s´attache, sans jargon et sans facilité, à mettre au jour les logiques de la politique et des sciences humaines et sociales ».

  • À première vue, tout le monde croit comprendre ce que signifie « bioéthique ». On pense en effet aussitôt à une éthique spécialisée dans les problèmes « bios ». Et l'on ne se trompe pas si l'on désigne par là un champ nouveau de l'action humaine. Il a fait son apparition à cause de l'irruption du progrès scientifique et technique dans des pratiques inédites, tant médicales qu'extra-médicales, mais qui concernent toutes ce que l'on peut et ce que l'on veut faire de l'homme. Mais est-ce une raison nécessaire et suffisante pour se charger d'un mot nouveau, susceptible de faire double emploi avec celui d'« éthique » ? Car enfin, qu'a fait l'éthique depuis qu'elle existe, sinon se préoccuper de la vie (bios) ? Comme l'a suggéré France Quéré, viserait-on un quelconque effet marketing, dans le but de vendre de l'éthique aux Américains ? Ou bien cherche-t-on à remplacer l'éthique par un dispositif chargé de promouvoir un nouveau projet sur l'homme ? Dans cet essai décisif, Dominique Folscheid examine à la loupe les origines et les fondements problématiques de la bioéthique, en mesure les enjeux, en révèle les ambiguïtés, en dévoile les leurres et met en évidence les collusions qu'elle nourrit entre liberté, utilitarisme, religiosité et fascination pour la Technique.
    Dominique Folscheid Dominique Folscheid, né en 1944, est professeur émérite de philosophie morale et politique à l'Université Paris-Est. Depuis plus de quinze ans, il se consacre à des enseignements de philosophie pratique (éthique médicale et hospitalière) en partenariat avec le Centre de formation du personnel hospitalier de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, formations représentées par un Master et un doctorat de philosophie pratique. Il a publié de nombreux ouvrages, dont : Les grandes philosophies (PUF, coll. « Que sais-je ? ») ; Méthodologie philosophique (coll.) (PUF, coll. « Quadrige ») ; Philosophie, éthique et droit de la médecine (D. Folscheid, B. Feuillet-Le Mintier, J.-F. Mattéi) (PUF, coll. « Thémis », 1997 - ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques) ; Sexe mécanique. La crise de la sexualité contemporaine (La Table Ronde, 2002) ; L'esprit de l'athéisme et son destin (La Table Ronde, 2003). Son dernier article paru : « Virilité, virilités ? », Journal des psychologues, n° 308, juin 2013.

  • En Occident, l'homme est défini selon un modèle limité à deux dimensions : il est corps et âme. Michel Fromaget montre ici, conformément aux enseignements du Nouveau Testament, de l'hindouisme, du bouddhisme, du taoïsme et à la suite des anciens égyptiens, des Présocratiques, de la tradition philosophique antique, des Pères de l´Église - et, plus récemment de Nicolas Berdiaev et de Maurice Zundel, que l'esprit est une composante oubliée, et pourtant essentielle, de cette conception de l'être humain. Et c'est précisément la conception dualiste de l'homme comme seulement corps et âme qui, en tant que présupposé qui conditionne et limite notre façon de vivre et de penser, nous empêche de concevoir l'homme en trois dimensions - comme « corps, âme, esprit ».
    Dans cet essai, Michel Fromaget, nous invite à (re)découvrir cette dimension spirituelle en nous : il nous guide progressivement vers l'actualisation de cette « seconde naissance », naissance à la totalité de soi-même qui scelle la vocation de l'homme achevé.
    Un tel ouvrage n'est pas anodin : sa portée et son enjeu sont d'une gravité extrême puisqu'ils renvoient à la question de l'acceptation ou non des conditions de notre vie et de notre mort - ou de notre éternité.
    Michel Fromaget Michel Fromaget, anthropologue social, est Maître de Conférence honoraire à l'Université de Caen Basse-Normandie. En 1981, il soutient à la Sorbonne une thèse de Doctorat ès Lettres et Sciences humaines intitulée : Individuation et idée de mort. Essai d'anthropologie de l'imaginaire. Auteur de nombreuses études de thanatologie et d'anthropologie spirituelle et en particulier de Corps, Âme, Esprit. Introduction à l'anthropologie ternaire (Albin Michel, 1991), il consacre l'essentiel de ses recherches à l'anthropologie du christianisme ancien, ainsi qu'à celles de Nicolas Berdiaev et Maurice Zundel. Il est, entre autres ouvrages, l'auteur de : Majestas Domini (Brépols, 2003), Naître et Mourir. Anthropologie spirituelle et accompagnement des mourrants (F.X. de Guibert, 2007), Eros, Philia, Agape. Nouveaux essais d'anthropologie spirituelle (Éditions Romaines, 2008), La drachme perdue. Anthropologie « Corps, Âme, Esprit » expliquée (Éditions Grégoriennes, 2010), Mort et émerveillement dans la pensée de Maurice Zundel (Lethielleux, 2011), Un joyaux dans la nuit. Introduction à la vie spirituelle d'Etty Hillesum (DDB, 2014).

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