Tallandier

  • Robert Badinter occupe une place aussi singulière qu'importante au sein de la société française. Un homme juste. Celui qui a aboli la peine de mort et qui, à ce titre, figure déjà dans les livres d'histoire.

    Avocat, professeur d'université, ministre de la Justice, président du Conseil constitutionnel, sénateur, essayiste, Robert Badinter s'est toujours refusé à écrire ses mémoires, lui qui aime tant cultiver le secret. Qui sait que son destin s'est joué un jour de février 1943 quand, à Lyon, la Gestapo a arrêté son père ? Qui connaît la véritable nature de sa longue amitié avec François Mitterrand ? D'où vient cette volonté tenace de combattre l'injustice ? Comment devient-on la dernière icône de la gauche française ?
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    Robert Badinter s'est confié aux auteurs, l'une historienne, l'autre journaliste, expliquant en particulier ses combats. Répondait-il à toutes leurs questions ? À sa façon. D'où ce portrait, cet essai biographique à la fois fouillé et critique d'un personnage hors du commun.

  • Violoniste virtuose, Niccolò Paganini (1782-1840) est la première rock star de la musique classique. Séducteur, compositeur et interprète au grand coeur, l'incandescent Paganini déplace les foules lors d'interminables tournées, de Milan à Paris, de Berlin à Londres.

    Tout commence lorsqu'il est recruté à la cour d'Élisa Bonaparte, la soeur de Napoléon. Il donne à ses concerts une dimension théâtrale et révolutionne la manière de jouer du violon. Victor Hugo, Chopin ou encore le peintre Delacroix ont tous assisté à un concert du virtuose. « J'ai entendu chanter un ange ! » s'exclame Schubert.

    La complexité de ses oeuvres est, aujourd'hui encore, un défi pour les musiciens. Paganini serait capable de produire 2 272 notes en trois minutes seulement. Quel est son secret ? Il y a bien le syndrome de Marfan dont il est atteint et qui rend ses doigts élastiques. Mais cela n'explique pas tout. Paganini a suscité beaucoup d'interrogations, jusque dans son apparence : longs cheveux noirs qui lui tombent sur le visage, pâleur cadavérique, extrême maigreur, yeux perçants. Beaucoup sont persuadés que le violoniste est le diable en personne ou qu'il a pactisé avec lui en échange de pouvoirs musicaux inouïs. Plus qu'une simple rumeur, cette idée le poursuivra jusqu'à sa mort et bien au-delà.

  • Héros méconnu de l'épopée napoléonienne, Eugène de Beauharnais (1781-1824) est né du premier mariage de l'impératrice Joséphine avec le général de Beauharnais, guillotiné sous la Terreur. Fils adoptif de Napoléon, vice-roi d'Italie, chef d'armée, prince allemand, il occupe une place centrale et originale dans l'univers impérial.

    La rencontre de sa mère avec Bonaparte détermine son existence. Napoléon voue à Eugène une grande affection, l'éduque, le forme à la guerre et à la politique, le marie à la fille du roi de Bavière et l'adopte solennellement en 1806. Il le prépare à lui succéder en lui déléguant le gouvernement de l'Italie comme vice-roi et en lui confiant des armées. Eugène fait alors ses preuves et paraît appelé à gouverner un jour l'Empire ou à en assurer la régence pour le roi de Rome. Le destin en décida autrement après le divorce de Napoléon, son remariage avec Marie-Louise et la naissance de l'Aiglon.

    Eugène de Beauharnais fut le seul de la famille impériale à répondre parfaitement à l'idéal napoléonien de fusion sociale et d'intégration européenne. Très populaire, il laisse une image associant le sérieux de l'homme d'État en Italie et la bravoure du soldat français en Russie, à la gaieté, la jeunesse, l'amour aussi, très romanesque, avec sa jeune épouse. Sa descendance nombreuse a fait d'Eugène l'ancêtre de presque tous les souverains européens.

  • De Philippe d'Orléans (1674-1723), régent de France à la mort de son oncle Louis XIV, Montesquieu a écrit qu'il était « indéfinissable ». Il semble en effet s'être ingénié à brouiller les cartes et à défier ses biographes.
    Dans la mémoire collective, le prince demeure le libertin qui n'aimait rien tant qu'organiser des « petits soupers » et qui incarne à lui seul cette époque festive et insouciante que fut la Régence. Loué pour ses talents militaires et sa bravoure sur les champs de bataille, il suscita l'admiration de la Cour avant que ses provocations et ses excès ne finissent par lasser jusqu'au Roi-Soleil.
    Promis à rien, petit-fils de France condamné à contempler ses collections et à errer dans les splendeurs de Saint-Cloud et du Palais-Royal, il gouverna pourtant la France durant huit ans, de 1715 à 1723, après la mort de Louis XIV. À la tête de l'État, il mit en chantier de nombreuses réformes, dont certaines, novatrices, comme la polysynodie et le système de Law, ont marqué les esprits. Pour assurer la paix extérieure, il n'hésita pas à s'allier avec l'Angleterre, remettant en cause la politique étrangère menée par Louis XIV. Il n'eut pourtant d'autres ambitions que d'assurer la paix du royaume et de préserver le pouvoir absolu du jeune roi Louis XV. Loin d'être un prince libéral, annonciateur du siècle des Lumières, Philippe d'Orléans fut en vérité le digne héritier du Roi-Soleil.
    En s'appuyant sur les dernières avancées de la recherche, Alexandre Dupilet propose un portrait profondément renouvelé de ce prince qui marqua tant l'époque de son empreinte qu'il est désormais devenu pour l'Histoire, le Régent.

  • Le 11 mars 1820 paraît en librairie un mince recueil de poèmes, sans nom d'auteur, intitulé Méditations poétiques. Son succès est immédiat et fulgurant. La France de la Restauration découvre, fascinée, des accents jusqu'ici inconnus, des harmonies enchanteresses, des émotions palpitantes. Elle tient son barde et ne va plus le lâcher de longtemps. Pendant près d'un demi-siècle, la plume alerte et jamais en repos d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) scande la vie littéraire puis politique de son temps. Tout en demeurant attaché à son Mâconnais natal, le poète devenu diplomate, député, chef du gouvernement provisoire de la république - un cas unique dans l'histoire de France - a inlassablement, du haut d'un exceptionnel talent oratoire, milité contre la peine de mort, plaidé pour l'abolition de l'esclavage, défendu la liberté de la presse, préconisé le suffrage universel, favorisé la concorde européenne, oeuvré pour la protection des travailleurs les plus modestes et incité à une réduction des inégalités de fortune. Mais les soubresauts de la révolution de 1848 puis le coup d'État du futur Napoléon III l'évincent de la vie publique. Il doit affronter des difficultés financières croissantes, des deuils en grand nombre - notamment celui de sa fille adorée Julia - et la désaffection du public. Passé de mode, il tombe dans l'oubli, puis son oeuvre refait surface, enseignée aux lycéens, décortiquée par les chercheurs, méditée par les hommes politiques. Chantre du désespoir nourrissant une vision poétique de la politique et une conception politique de la poésie, Alphonse de Lamartine n'a jamais cessé de se porter au secours de ses semblables.

  • À cent ans, Noëlla Rouget accepte de se raconter. Son enfance à Angers, son rôle dans la Résistance, sa déportation, sa douloureuse reconstruction. Le plus incroyable, c'est le combat qu'elle a mené pour sauver celui qui l'a arrêtée. Une leçon d'humanité.

    Noëlla Rouget s'engage à vingt ans dans la Résistance. Elle transporte tracts et journaux sur son vélo. Mais le 7 juin 1943, tout bascule : son fiancé Adrien est arrêté, et elle le sera deux semaines après, par un Français, Jacques Vasseur, collaborateur zélé nommé à la tête de la section de la Gestapo d'Angers. Noëlla croise dans les couloirs de la prison son fiancé, torturé, et fusillé quelques jours plus tard. Déportée au camp de Ravensbrück en janvier 1944, elle se lie d'amitié avec Geneviève de Gaulle.

    Quand Jacques Vasseur est enfin retrouvé et jugé en 1965, Noëlla demande au général de Gaulle sa grâce, et l'obtient. La rescapée des camps veut croire à la rédemption de son bourreau, avec qui elle entreprend une correspondance jusqu'à ce qu'il sorte de prison.

  • Femmes de fer nous plonge dans une saga féminine de plus de trois siècles en suivant les parcours de femmes ayant appartenu à la célèbre famille lorraine des Wendel.

    L'aventure entrepreneuriale et industrielle des Wendel commence en 1704 en Lorraine avec l'acquisition des forges d'Hayange, et se poursuit jusqu'à nos jours. Une longévité et une renommée que l'on doit à neuf générations de chefs d'entreprise, dont les fameux « maîtres de forges », mais aussi à des femmes hors du commun qui, loin des clichés attachés à leur milieu social, ont été des « féministes » avant l'heure : Madame d'Hayange et son héroïque obstination à maintenir l'entreprise debout durant la Terreur ; Joséphine, qui dirigea la Maison de Wendel au xixe siècle et y initia un programme social novateur ; Andrée, qui fit briller le nom des maîtres de forges dans le Paris des Années folles ; Thérèse, la maréchale Leclerc, qui fut la mère de la 2e DB ; ou encore Élisabeth et ses trois filles, qui s'engagèrent dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale...

    De la Révolution à la Ve République, cet ouvrage retrace l'épopée d'une famille emblématique de notre histoire industrielle à travers le destin de quinze femmes d'exception, de véritables « femmes de fer ».

  • Jamais une First Lady n'a été aussi populaire qu'Eleanor Roosevelt. Née en 1884 dans une famille de l'aristocratie américaine protestante, elle épouse à vingt-deux ans, un cousin éloigné, Franklin Delano Roosevelt, futur président des États-Unis, l'homme du New Deal et de Yalta. À ses côtés, elle fait campagne pour défendre ses réformes, en le poussant parfois à aller plus loin. Pour la première fois, elle donne une dimension politique au rôle d'hôtesse de la Maison Blanche en défendant sans relâche les plus démunis, les femmes, les pauvres et les Noirs. Mère de six enfants, partenaire fidèle de son mari, elle mène en parallèle une vie indépendante, parfois choquante, souvent surprenante.

    Grâce à des témoignages inédits, Claude-Catherine Kiejman nous brosse le portrait d'une femme altière, engagée, passionnée, critiquée, mais toujours étroitement associée à la destinée de son pays. Au fil de cette biographie, on suit pas à pas le destin singulier d'une femme de tête dont la vie se confond avec l'histoire des États-Unis.

  • Dimanche 28 juin 1914 : l'archiduc François-Ferdinand, en visite officielle à Saravejo, est abattu d'un coup de feu. L'assassinat de l'héritier du trône d'Autriche-Hongrie par un nationaliste serbe, prêt à tout pour déstabiliser la région, ne tarde pas à embraser le monde ; 34 jours plus tard, l'Europe entre en guerre.
    François-Ferdinand est devenu l'héritier de François-Joseph, sans y avoir été préparé, en quelque sorte par accident ou plus exactement dans des circonstances dramatiques : la mort de son cousin Rodolphe à Mayerling en 1889, puis celle de son père en 1896.
    Mort sans avoir eu l'occasion de donner sa mesure et de régner, François-Ferdinand se révèle une personnalité plus complexe qu'il n'y paraît. Connu pour ses coups de sang, l'homme est doté d'une incroyable énergie, affectionnant la vie familiale - il s'est en outre mis au ban de la dynastie en épousant une jeune femme bien au-dessous de sa condition. Catholique conservateur, méfiant à l'égard des Hongrois et des Italiens, il s'est souvent prononcé en faveur de la paix, a tâché de moderniser l'armée et a suivi avec sympathie le renouveau artistique de l'époque. Enfin, il est convaincu de la nécessité de réformer la monarchie : François-Ferdinand, « l'homme qui aurait pu sauver l'Autriche » ?
    De multiples sources inédites ou mal connues du public français nourrissent ce portrait nuancé et équilibré dressé par Jean-Paul Bled, spécialiste incontesté des Habsbourg et de l'Autriche-Hongrie.

  • Précepteur et éminence grise du régent Philippe d'Orléans, secrétaire d'État des Affaires étrangères, archevêque de Cambrai, Premier ministre de Louis XV, le cardinal Dubois (1656-1723) est le génie politique de la Régence. Pourtant, le personnage peine à être reconnu. Présenté comme un ambitieux machiavélique, raillé pour ses escapades amoureuses et vilipendé pour son impiété, Dubois apparaît comme un libertin sans vergogne. Machiavélique et ambitieux, Dubois le fut assurément, sinon comment aurait-il pu réussir le tour de force de devenir cardinal et Premier ministre de Louis XV, lui, le modeste fils d'un apothicaire de Brive ? Dubois est surtout le plus grand stratège politique de son temps. En réussissant à imposer l'alliance avec l'ennemi de toujours, l'Angleterre, il devient le principal architecte de la paix européenne. Sur le plan intérieur, en tant que Premier ministre, digne héritier de Richelieu et de Mazarin, il réussit à apaiser les divisions qui ont gangrené le royaume durant la sombre fin de règne de Louis XIV. Audacieux, curieux et toujours prêt à tenter des nouvelles réformes, Dubois marque de son empreinte son époque, à l'aube du siècle des Lumières. C'est cette trajectoire fulgurante qu'Alexandre Dupilet retrace dans cette biographie d'un personnage au destin hors du commun.

  • Thomas More

    Bernard Cottret

    6 juillet 1535, Thomas More monte sur l'échafaud. Décapité pour sa fidélité à la papauté, le conseiller d'Henri VIII reste un personnage énigmatique, à la confluence de la religion et de la politique, de la raison et du sentiment, de la critique sociale et du conservatisme.
    D'où le caractère déconcertant de l'individu. Ce bourgeois de Londres mena en parallèle plusieurs carrières. Juriste d'affaires et défenseur des intérêts commerciaux de son pays, il se mit au service de son roi, dont il devint le lord chancelier, avant d'être disgracié, emprisonné et mis à mort. Ami d'Érasme et homme de lettres, il rédigea, en 1515-1516, l'Utopie, chef-d'oeuvre de la renaissance. Homme d'État et homme d'étude, canonisé au XXe siècle, Thomas More fut un saint laïc, vivant « dans le monde » - un homme de son temps, celui de l'Angleterre du XVIe siècle, dont il contribua au rayonnement intellectuel. 
    Comment a-t-on pu se révéler persécuteur et persécuté, pour finir saint et martyr ? Dans cette biographie enlevée, Bernard Cottret explore minutieusement les mille facettes de ce personnage complexe, en restituant les grandeurs et les ambigüités de cet homme attaché à sa famille et à son roi, Henri VIII, dont on découvre ici la face cachée...

  • Madame Élisabeth, soeur cadette de Louis XVI, meurt à trente ans sur l'échafaud le 10 mai 1794. Dans ce portrait absolument neuf, elle apparaît plus résolue et déterminée que son frère dans le tumulte de la Révolution - preuve qu'elle était dotée d'un véritable sens politique.

    Très jolie, remarquablement intelligente, mathématicienne de haut niveau, dotée d'un caractère affirmé, Élisabeth, après l'échec de plusieurs projets de mariage, décide de vivre à sa guise parmi un cercle choisi partageant son goût de la retraite et de l'action caritative, sans pour autant, comme on l'affirmera, nourrir une vocation religieuse contrariée. Critique muette des manières de la reine, ce choix l'isole au sein de la Cour, et même de la famille royale. Lorsque la Révolution éclate, elle choisit pourtant de rester près de Louis XVI, qu'elle juge trop faible. Elle est aussi sans illusion sur sa propre influence, contrecarrée par la jalousie de Marie-Antoinette.

    Au coeur d'un réseau de renseignement contre-révolutionnaire, elle essaie d'empêcher la catastrophe. Elle vit alors une histoire d'amour impossible avec un roturier et subit une campagne de presse diffamatoire de la part des autorités révolutionnaires.

    En s'appuyant sur la correspondance de la princesse, celle de ses amis, les mémoires du temps, Anne Bernet débarrasse, pour la première fois, Madame Élisabeth de l'imagerie pieuse qui occulta sa personnalité.

  • Ministre de Louis XIV, grand rival de Colbert, Louvois (1641-1691) est l'homme de confiance et le collaborateur le plus intime du Roi-Soleil. Son caractère brutal et autoritaire, son implication dans certains épisodes peu glorieux du Grand Siècle - l'affaire des Poisons, la révocation de l'édit de Nantes, le ravage du Palatinat -, nourrissent très tôt une légende noire. Grâce à une approche profondément renouvelée, Jean-Philippe Cénat nous livre ici un bilan plus nuancé de l'action de Louvois et révèle la personnalité de l'homme derrière le mythe. Programmé pour succéder à son père Michel Le Tellier à la tête du département de la Guerre, Louvois est un gestionnaire et logisticien hors pair, qui fait de l'armée française la première d'Europe. Entouré de conseillers efficaces et dévoués, comme Vauban, le ministre cherche également à imposer une nouvelle conception de la guerre, plus rationnelle et moins risquée, notamment par la pratique controversée de la « stratégie de cabinet ». Homme le plus puissant de France après Louis XIV, à la tête d'une vaste clientèle, d'une fortune considérable et d'un immense empire administratif comprenant la Guerre, les Postes, puis la surintendance des Bâtiments, il ne cesse d'empiéter sur les attributions de ses collègues et exerce une puissante influence sur la politique étrangère de la France à l'apogée du règne.

  • Passée à la postérité sous le nom de Bloody Mary, ou Marie la Sanglante, Marie Tudor fait figure de reine mal-aimée. De son règne bref (1553-1558) sont le plus souvent mis en exergue les innombrables buchers de Londres, l'intolérance religieuse et la rudesse de cette reine catholique. Et les griefs contre la première reine d'Angleterre ne semblent pas manquer : >, selon le mot de Victor Hugo, elle est encore accusée d'avoir appauvri l'Angleterre tant économiquement que spirituellement.
    Si cette légende noire est tenace, il faut bien admettre qu'une partie de son bilan ne joue pas en sa faveur : le supplice de quelque trois cents protestants - brules vifs pour leur foi - et l'alliance avec l'Espagne, qui devaient ramener par la force le pays dans le giron catholique, une infécondité tragique et la prise de Calais par les Français en 1558 permirent aisément de stigmatiser son action.
    Au-delà de la comparaison avec sa soeur, Elisabeth Ire qui lui succéda, lui opposant l'éclat et le faste d'un règne long, Isabelle Fernandes se propose de brosser un portrait plus juste et nuance de Marie Ire d'Angleterre - reine méconnue et figure d'exception dans l'histoire anglaise.

  • Kellermann

    René Reiss

    La victoire de Valmy, le 20 septembre 1792, fait de François Christophe Kellermann (1735-1820) le général de la liberté. Cette bataille, modeste affrontement mais triomphe mythique des bataillons révolutionnaires, est devenue le symbole de la Ire République française, proclamée le lendemain. Pourtant, dans la galerie des vingt-six maréchaux de Napoléon, la personne de Kellermann présente un bel exemple d'exceptions contrastées. Seul parmi eux à avoir fait une longue carrière sous l'Ancien Régime, promu général avant 1789, il est le grand aîné des chefs militaires révolutionnaires. Distingué par l'Empereur, il fut président du Sénat en 1801, maréchal en 1804 et duc de Valmy en 1808. Napoléon eut à son égard un sentiment mitigé, regrettant peut-être l'attribution de ce titre mythique car, déclara-t-il, « je n'ai jamais remporté une victoire ayant sauvé la France ». Son fils, François Étienne, dont la carrière se déroule à la même époque, a également infléchi le cours de l'histoire. Acteur décisif de la victoire de Marengo, ce général de division permit à Napoléon d'affermir le Consulat. Il n'en récoltera que rancoeur et, pour amer corollaire, un record de stagnation au même grade. Avec une maîtrise superbe, René Reiss nous conduit dans le dédale de cette famille alsacienne, entraînant le lecteur dans la comédie humaine des Kellermann cachée derrière la patriotique silhouette de l'aïeul. L'auteur dépasse alors la figure figée du vieux général de Valmy pour montrer à travers lui la continuité du haut commandement militaire de l'Ancien Régime et de la Révolution, introduisant subtilement dans le récit de cette carrière celle de son fils et les multiples malheurs de sa descendance, livrant ainsi une surprenante saga familiale.

  • « Toute l'Europe est Corse ». Ainsi s'exclame Voltaire, ému, fasciné même par l'héroïsme de Pascal Paoli dont la légende, de son vivant, passionne l'Europe des Lumières. Héros de l'indépendance de la Corse, Paoli s'employa sa vie durant à faire de son peuple une nation et de son île un Etat, avec sa constitution (pour laquelle Jean-Jacques Rousseau proposa sa plume), son armée, sa monnaie, son université. Né en 1725, il combattit contre l'occupant génois, puis contre les Français, et multiplia les alliances, notamment avec l'Angleterre qui lui offrit un temps sa protection, avant qu'il ne s'y exile, pour toujours. République autonome qui inspira de nombreux pays (dont l'Amérique) puis royaume sous contrôle britannique, la Corse s'affirme alors dans un esprit d'indépendance que n'affaiblira pas son rattachement à la France en 1796. Mais parler de Paoli c'est aussi évoquer sa rencontre avec Boswell, le célèbre mémorialiste écossais qui donna aux Corses une aura de champions de la liberté et à Paoli la stature d'un héros. Parler de Paoli c'est enfin se pencher sur le mythe qu'il incarna. Au cours des années 1760, livres, gazettes, correspondances abondent en éloges, dictés quelquefois par des intérêts nationaux ou privés, le plus souvent par l'enthousiasme. De Catherine de Russie à Frédéric II, l'Europe des Lumières communie alors dans une admiration qui culminera après la défaite de Ponte Novu contre les Français... Fut-il un « législateur démocrate » ou un « despote éclairé » ? La réalité est sans doute plus complexe et fait de Paoli le « père de la patrie corse », en même temps qu'une figure majeure de l'histoire de la liberté.

  • Depuis les combats de la Libération, dans une impressionnante fresque historique, la vie de Jean Lartéguy épouse étroitement tous les cahots de la seconde partie du XX

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