Tête première

  • Sans son chien, la vieille n'irait plus nulle part. D'ailleurs, elle ne va plus très loin, sinon à l'épicerie et au parc. Notre vielle mérite bien qu'on la laisse se reposer, ne serait-ce qu'un jour, son dernier... Mais...

    La vielle à Pitou nous est raconté par un narrateur qui semble venir du futur, Il observe cette vieille rendue au terme de sa vie et ses voisins avec lesquels elle n'a pas de contact : l'homme né avec un marteau dans les mains et sa Carpe Méchante, l'Artiste et son affriolante petite maîtresse d'Auburn, les cols bleus municipaux qui creusent des trous, monsieur Jean-Sébaptiste Brillant, Juste Saint-Jean, juste la société...

    Quant à Pitou, c'est un chien sous contrat comme il en existe des milliers. Il a été élevé pour accomplir une tâche spécifique : aider la vieille dans ses derniers jours. Et Pitou accomplit sa tâche avec professionnalisme.

    La vieille à Pitou est un roman qui fait du bruit. Les éléments trouvent leurs onomatopées et la mouvance de l'histoire est marquée de grincements, de heurts et de déraison. Même la calligraphie en prend pour son rhum.

    La vieille à Pitou, un peu d'espoir pour le monde moderne et la possibilité d'en rire tout de suite.

  • Cest lhistoire dun homme, Alexi, qui écrit une lettre.

    Il écrit parce que Mian la laissé tombé, parce que Yvonne le fait marcher, parce quAngi naligne jamais plus de deux phrases à la fois, et parce que lui et son frère Adrien ne se parlent plus.

    Il écrit pour donner un sens à toutes ces attaches Il écrit parce quil vit à limparfait, et parce que le passé nest jamais simple.

  • Manu Camacho n'a pas l'habitude des émotions fortes.
    Sa vie, il la mène tranquillement, à réparer des guitares pour son gros patron bavard, à dormir une ou deux fois par semaine chez son amie Lou ou à faire du vélo comme si sa vie en dépendait.
    C'est bien malgré lui qu'il fait la rencontre de Paré, l'homme par qui tous les problèmes arrivent. Un grand imbécile irresponsable, inconséquent et. attachant. En un temps record, Paré entraîne Manu et Lou sur la piste de sa malchance, au travers de passages à tabac, d'histoires de drogue et de soirées bien arrosées.
    Au courant d'un été, Manu fera le constat qu'il n'est pas si mal après tout de se mouiller et de sauter tête première pour changer l'ordre des choses. Il lui faudra seulement accepter que les changements qui s'opèrent ne naissent pas toujours de sa propre volonté.

  • Des criminels, des danseuses à gogo, des ivrognes, des perdus, des suicidés et un pédophile : nous sommes sur le Plateau Mont-Royal des années soixante-dix.

    Cest dans cet univers que naît Jeanne Fournier, pour le meilleur et pour le reste.

    À sept ans et avec un humour qui signore, Jeanne prend la plume et commence à vomir sa vie dans des cahiers lignés. Tout y passe, sa vie familiale disjonctée, ses modèles parfois douteux, son séjour en centre daccueil.

    Jeanne chez les Autres, cest une série de tableaux qui dresse avec affection et sans concession le portrait dune famille parfaitement dysfonctionnelle. Mais souvent attachante. Et drôle

  • Les fleurs carnivores, un roman intime et poignant qui donne à découvrir des personnages dans la lignée directe de ceux auxquels Marie-Chantale Gariépy nous a habitués, tant dans Gina (Coups de tête, 2009) que dans Dredio et Sparadrap (Marchand de feuilles). L'auteur y retrouve ses thèmes chers.

    À quoi ressemble la folie. Par quoi peut-elle être nourrie ? Par l'amour, le désir, l'isolement ?

    Les fleurs carnivores est une exploration, une incursion fictive dans les méandres d'une folie. Les mystères persistent dans ce voyage momentané dans les univers, fragiles et bancals des personnages.

    Un roman sombre et coloré à la fois, où une femme se fait empoisonner à petit feu par son mari, où un ramasseur de cadavres d'animaux tués sur la route vit seul et sans amour, où une vieille Russe ne cesse de revenir sur son passé, et où tout finit par se croiser...

  • Panik

    Geneviève Drolet

    Dehors, toundra. Blanche. Toute blanche. La terre, le ciel. Pas d'horizon. Impossible de fixer quoi que ce soit. Les muscles oculaires ne savent plus. L'aveuglement, le grand. Le blanc. Dans le Grand Nord du nord, dans le froid et le blanc de partout, Dorothée va vivre avec le Yéti, rencontrer des enfants et des adultes, des Inuit et des Blancs du Sud. Sa vie deviendra un long crissement de bottes dans la neige, quand les pierres veulent fendre et les doigts tomber. Dorothée va devoir se trouver et s'apprendre. Entre le western nordique et le roman d'intrigue, Panik est une fable polaire qui met en scène le Nunavut, une contrée méconnue, un endroit où la réalité dépasse la fiction. Geneviève Drolet signe ici son oeuvre la plus achevée, un des plus beaux romans du Nord et du Froid qu'il nous ait été donnée de lire. Avec ce roman d'une beauté et d'une force inouïes, elle nous montre l'étendue de son immense talent.

  • Ovni de la contre-culture québécoise des années 1960 et 1970, Emmanuel Cocke s'éteint en Inde, en 1973, à l'âge de 28 ans, laissant derrière lui une oeuvre littéraire comportant quatre romans et un recueil de nouvelles de science-fiction érotico-psychédélique. Cinéaste, romancier, journaliste et musicien, Cocke demeurera toutefois méconnu après son décès prématuré.

    À travers des témoignages, photos et extraits d'articles et de documents inédits, C'est complet au royaume des morts retrace l'époque et la vie de ce cascadeur de l'esprit arrivé au Québec en 1965, obsédé par la mort et fanatique de Mailer, Vian, Burroughs, Fellini, Gauvreau et Charlebois.

  • C'est l'histoire d'un gars qui passe beaucoup de temps sur son balcon, avec la ruelle comme le décor d'une pièce en représentation continuelle. C'est la vie à Montréal par la porte d'en arrière, dans le grondement bienveillant des avions, avec l'autoroute à un jet de pierre. Par la force des choses, ça devient aussi l'histoire de Rose, la vieille voisine/pilier qui donne le ton et la saveur au quartier. Puis le gars déménage à deux rues de là et le rôle de Rose est repris par Rosa. L'histoire continue. C'est comme ça, ça ne s'invente pas.

    De Rose à Rosa, c'est le feuilleton que Michel-Olivier Gasse nous a fait découvrir sur Voir.ca, dont les textes et quelques inédits sont réunis ici en un récit témoin d'une époque, d'un quartier et des gens qui l'habitent.

    On y retrouve bien sûr la plume singulière de Gasse, mais surtout ce regard aigre-doux sur la vie, qui ne peut naître que lorsqu'on prend le temps de la regarder passer.

  • Enfants des années 80, adolescents du nouveau millénaire, adultes d'une hypermodernité revendicatrice et décomplexée.

    Avoir trente ans aujourd'hui, c'est avoir vécu la moitié d'une vie au XXe siècle et l'autre, au XXIe siècle. C'est être à cheval sur deux époques : n'appartenir ni tout à fait l'une, ni tout à fait l'autre.

    Dix auteurs de la relève, dont les styles sont tout aussi variés qure le rythme effréné de cette «ère-seconde» dans laquelle elle vit.

    Guillaume LAMBERT spécule sur la prise de parole, un jour de canicule;
    Frédérick LAVOIE explore les amours utopiques dans un monde qui ne sait plus l'être;
    Caroline ROY-ÉLÉMENT trace le parcours qui mène à l'abandon de la maîtrise;
    Alexandre SOUBLIÈRE scrute les lieux de l'appartenance, matériels et affectifs;
    Mélissa VERREAULT témoigne de l'attente insoutenable du premier baiser;
    Sophie DUPUIS prône les vertus du câble à la maison;
    Mathieu VÉZINA expose la fougue d'un usager compulsif des réseaux sociaux;
    Ralph ELAWANI raconte une famille accro à la technologie, le soir de Noël;
    Philippe BOUTIN plonge dans les bas-fonds du coup de foudre
    Rébecca DÉRASPE sonde la trop grande innocence qui précède la trentaine.

  • Abba bear

    Philippe Girard

    Dans son premier roman pour adultes Philippe Girard met en scène une partie de chasse à l'ours où l'Ours n'est pas la proie; où les Américains viennent dans Charlevoix pour affronter les démons de leur passé, où les jeunes garçons apprennent à devenir des hommes.

  • Emelyne parcourt le nord de l'Europe en quête du sauna ultime, spirituel, salvateur. Finlande, Estonie, Allemagne; loin de sa fille, loin de Benoît et de toutes ses Elles. Loin d'elle-même. À la recherche de tendresse maternelle, de la violence du chaud et du froid, le coeur d'Emelyne livre un combat constant dans un sifflement d'eau versée sur les pierres brûlantes. Le Guide des Saunas Nordiques, un livre à fleur de peau et viscéral sur la douceur et la rugosité, sur la brûlure et le gel, sur l'amour et le désir.

  • Gabriel, la tête maintenue fermement dans le fond de la cuvette des toilettes de son école secondaire se demande s'il s'arrêtera de respirer, finalement. Comme sa mère, suicidée dix ans auparavant, comme son père, bien vivant mais pourtant éteint et inutile : mendiant mensuellement. Gabriel, en proie à une poursuite automobile aux bords de la route du Sud, se demande si Mathieu et ses sbires le traqueront jusque dans les bois enneigés pour le battre, avant qu'il ne finisse glacé, cassé. Puis, entre deux séances d'enfer scolaire, la vie, un fragment à la fois : les amitiés nouvelles, les livres grappillés à la bibliothèque, le cinéma et, à l'écran, Russell : beau. «Beau comme un homme dont on a envie qu'il nous étreigne avec sa force tranquille, avec sa charpente d'arbre dont on devine qu'il continuera de pousser droit et fort. Un gars comme ça.»

  • Dans Mes chères petites ombres, le narrateur, un artiste haïtien hésitant entre son pays d'origine et sa Suisse adoptive, se rend dans une rencontre d'anciens étudiants. Or dans ce groupe, on retrouve le récent Président de la République, fatigué, sous pression constante, tanné de devoir porter tout le poids de sa nation sur ses épaules. Pour bien faire comprendre à ses anciens collègues de classe tout le poids de sa charge, et aussi pour tenter de réfléchir le pays autrement. « Sans une définition de la ligne idéologique, sans énoncer les grands points des termes de référence à venir, sans attendre la réaction de ses condisciples pris de court, le président propose de mettre en place le pouvoir du peuple, un gouvernement de l'ombre pour l'aider à sauver ce qui peut être sauvé. Un shadow power avec des vieux amis de trente ans. Ici et cette nuit. » Mes chères petites ombres est le cinquième roman de Jean-Euphèle Milcé, son premier depuis la parution de son étonnant, Les jardins naissent (Coups de tête, 2011), le premier roman haïtien post-séisme.

  • Vingt femmes couchent sur papier leurs déboires amoureux. Elles sont écrivaines, poétesses, scénaristes, dramaturges, journalistes. Elles ont l'écriture dans le sang, et le sang qui s'enflamme pour des amours foutues d'avance.

    Larguer les amours, ce sont des variations sur le thème de la rupture, l'exploration de cet instant cru, brutal, fou, de cette fois où elles ont planté quelqu'un là, de cette impulsion saine ou salope, douce ou violente, de cette décision irrémédiable, ou non...

  • Après Parti pour Croatan, Michel Vézina poursuit sa réflexion sur la littérature : son rôle, ses enjeux, mais aussi ses contradictions, qui se mêlent à celles de l'homme, tantôt l'Écrivain, tantôt le Clown, deux entités difficiles à conjuguer. Il relate par le fait même la genèse du projet Le Buvard, ce camion-librairie qui parcourt les routes du Québec depuis déjà deux ans. Cet ouvrage unique et hybride - entre roman, essai, récit et poésie - questionne les nouvelles formes de description du réel et cherche, au fil même de ses pages, à «[...] trouver un engagement au texte qui permettrait d'inventer de décrire et de documenter dans un seul élan, une seule forme. Et par le fait même, arriver à me-je-tu-la raconter. »

  • Quand la trotteuse de ma vie s'est superposée à la grande aiguille de la tienne, nos minuteries ont fait BOUM! Le temps s'est arrêté, du moins c'est ce que j'ai cru. «Détrompe-toi, m'as-tu affirmé alors, le temps ne s'interrompt jamais.»

    Marie-Chantale Gariépy s'est laissé imposer des sujets par la clientèle d'un café montréalais aux moyens d'une petite boîte destinée à cet effet. La quarantaine de textes qui en découlent, toujours très brefs, saisissent sur le vif l'être humain dans toute sa complexité et les denses imbrications du monde qu'il habite. La romancière et nouvelliste prouve une fois de plus un talent indéniable à mettre quelques mots sur des sujets complexes et vibrants d'une émotion pure. Avec un regard tantôt tragique, tantôt amusé, mais toujours précis et incisif, les textes de ce recueil sont autant de fenêtres sur l'autre.

  • L'Ordre du Méchoui

    Lionel Noel

    Au sein d'une mystérieuse confrérie dédiée à la cuisine sur broche, des apprentis sont formés, deviennent eux-mêmes maîtres, et la tradition se poursuit depuis des siècles.

    L'enseignement est transmis par des hommes et des femmes pittoresques, de toutes les origines et de toutes les spécialités culinaires - marinades méditerranéennes, asado argentin, wagyu japonais, lama des Andes au chimichurri -, non sans le caractère épicurien avide de plaisirs sous toutes ses formes.

    De la Belgique de la fin du XIXe jusqu'à Montréal, en 1962, Sans Loi, le narrateur, retrace son parcours au sein de l'Ordre du Méchoui, un récit dans lequel se fond l'histoire du vingtième siècle, mais qui reflète aussi ses grands enjeux; une modernisation inévitable et les divisions qu'elle entraine entre conservateurs et réformistes.

  • Chérie

    Cynthia Masse

    Premier roman de l'autrice Cynthia Massé, Chérie explore la compétition entre femmes passant par la concurrence envers une figure fantomatique. Ce récit intime, au ton franc et à l'humour incisif, offre une réflexion sur le rapport au corps, sur la performance de la féminité et sur les relations amoureuses. Composé par fragments comme autant d'îlots identitaires, il accorde une importance aux territoires et aux espaces à conquérir pour prendre la place de la femme précédente, qui n'a pas manqué de laisser sa marque dans la vie de l'homme désiré. La narratrice de ce roman se voit ainsi aspirée par le souvenir de l'autre femme et par le désir de la remplacer. Mais peut-ont réellement supplanter la toute-puissance d'une disparue ?

  • Les personnages féminins sont rarement de mauvaise foi, et lorsqu'ils le sont, c'est toujours pour une bonne raison. Ce collectif de nouvelles, réunissant dix autrices et auteurs aux genres et aux voix variés, plonge dans la cruauté non négociée ou excusée des femmes.

    En explorant de manière audacieuse les différentes manifestations de la méchanceté (physique, psychologique, morale), les onze textes du recueil de nouvelles Cruelles mettent en scène d'odieuses amies, d'impitoyables mères et d'inquiétantes soeurs. Des femmes irrémédiablement cupides, perverses, et surtout, non-repentantes.

  • Mars

    Marie-Jeanne Berard

    Anaïs souhaiterait ne plus être Anaïs. Se départir de sa personne, se dissoudre dans l'universel. Ce qu'elle ignore, c'est le prix exorbitant à payer pour réaliser son désir. Prisonnière d'un mois de mars insurpassable, elle doit affronter ses démons qui prennent, sous ses yeux, des incarnations troublantes.

    Abordant les questions de la réappropriation de l'animalité et de l'embrassement de la mort, ce roman devient l'occasion d'un rite initiatique, d'un réapprentissage de la condition humaine, dans toute son horreur et sa sublimité.

  • Le lendemain d'une nuit d'amour fusionnel, Rosi et Laurier se réveillent dans le corps de l'autre, du cou aux orteils. Cette étrange transformation terrifie, inquiète, surprend, puis mystifie le couple qui devra désormais trouver les façons de se fondre en société avec ces enveloppes corporelles inconnues et ces allures discordantes.

    En parallèle, une gamine née par jour de déluge vit sous le joug d'un garçon sadique et manipulateur, dans un hameau de Toscane, au milieu des années 1970. Entre le Québec et l'Italie, les histoires depuis longtemps enfouies font surface, et permettent de mieux comprendre le présent.

    Après L'humain de trop (Coups de tête, 2010) la scientifique de formation Dominique Nantel revient avec un roman savamment construit, dont les récits en parallèle s'amalgament dans une suite étonnante et prennent la forme d'une enquête dans laquelle se mêlent une affaire judiciaire non résolue, une oeuvre d'art mythique sauvée de l'inondation, et la fugue d'une enfant qui rêvait d'être une étrangère. Un thriller psychanalitique qui transporte son lecteur.

  • L'étrange décès en 1991 d'Alix Thériault et de Raymond Savard, deux habitants du village de Saint-Sieur-des-Quatre-Cascades crée l'émoi dans la région, puis bascule dans l'oubli, jusqu'à ce que Jonathan, 20 ans plus tard, après une discussion avec un ancien habitant de son Rimouski natal, soit pris par l'urgente nécessité d'en apprendre plus sur les causes de l'événement.
    Jonathan entreprend ses recherches et comprend rapidement qu'une grande injustice fut commise et que «Celui qui reste», caché depuis des années dans les bois, en souffre encore. Il entreprendra donc de fouiller le passé sombre de la petite municipalité et d'en faire le sujet de son deuxième roman : Le récit fantastique de l'épidémie ayant provoqué la transformation de certains hommes et certaines femmes de Saint-Sieur en oiseaux.

    Pour ce deuxième ouvrage, Jonathan joue d'une habile mise en abîme pour explorer les possibilités et les limites du récit à travers l'écriture. L'auteur se met littéralement en scène et se commet en tant qu'écrivain au service de l'histoire à raconter.

  • Une jeune femme née dans d'étranges circonstances doit se rendre avec sa mère sur les lieux de sa conception. Suite au décès de la grand-mère, les seules «survivantes» d'une secte qui a beaucoup fait parler d'elle à Rivière-aux-Hiboux et dont la plupart des membres sont morts plusieurs années auparavant dans un suicide collectif sont les héritiers de la maison où tout a commencé.

    En ces bois profonds est une descente infernale dans les méandres de la folie, de laquelle cette jeune narratrice cherchera à tout prix à trouver le sens. Ainsi se dévoileront les détails d'une histoire familiale où les croyances l'ont emporté sur la raison, ponctuée de la légende autochtone du lac Misiginebig et des aspirations messianique d'un certain Nicolas Jones, guérisseur patenté et gourou. Investie d'une quête, l'adolescente ne pourra que plonger elle aussi dans cette folie qui, après tout, coule dans son sang...


    François Lévesque poursuit la même recherche stylistique expérimentée dans En attendant Russell (jeux sur la répétition, phrases courtes et scindées, aux limites de la poésie), mais dans un récit des plus noirs, un thriller rural aux atmosphères inquiétantes et aux retournements sinistres, et qui se veut également une forme d'hommage à celles qu'il nomme ses «marraines gothiques»; Marie-Claire Blais et Anne Hébert. L'auteur prouve une fois de plus sa grande maîtrise de l'écriture des ambiances et de l'environnement dans un récit bien ficelé qui trace les minces lignes de la limite entre lucidité et démence.

  • «Partout, les gens dorment, dans les avions, les trains, les hôtels; sur le dos, le ventre, ronflant, rêvant, tous endormis, les amoureux, les bébés, les grands-mères, les divorcés et les nouveaux mariés. Loin des rêves polychromes de mes semblables, ma nuit est blanche.»

    Blanches et longues, les nuits de l'insomniaque sont aussi ponctuées de discussions avec Guy, ce hamster déjanté qui ne rate pas une occasion de s'enquérir du sens de la vie, de la fidélité dans le couple, de la ride du lion...

    Dans cet entretien avec une conscience qui revêt des airs de rongeur effronté, surgit aussi la douce extase des jours heureux : des enfants lumineux, des amies merveilleuses, une crêpe qui sent bon la vraie vie et, de temps en temps, une bouteille qui fait pop!

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