Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • Les combats pour la liberté de la presse sont vieux comme le monde - comme la presse, en tout cas. Mais qu'est-ce que la liberté de la presse, sinon la liberté des propriétaires de journaux ? Et qu'est-ce qu'un propriétaire de journal, dans bien des cas, sinon le représentant d'un groupe d'affaires dont les intérêts ou les opinions peuvent différer, pour un temps, de ceux du pouvoir, mais dont les conflits avec le gouvernement n'intéressent pas forcément l'intérêt général ou les libertés publiques ? Au-delà de cette liberté abstraite aux yeux du plus grand nombre, il y a celle, plus concrète, qu'exercent ou que devraient exercer les journalistes - de la presse écrite, de la radio, de la télévision. Plus encore que de liberté, c'est de dignité qu'il s'agit alors. Tel est le sujet de ce livre de Jean Schwoebel, fondateur de la fédération des Sociétés de rédacteurs qui prétendent assainir la presse et les divers moyens d'information, en assurant à ceux qui la font un droit de regard et de contrôle sur l'entreprise. A un moment critique, l'action des rédacteurs du Monde a permis de sauvegarder l'indépendance et la qualité de ce journal ; les droits qui ont été reconnus depuis lors à leur Société, que préside l'auteur de ce livre, lui permettent de contribuer efficacement au maintien de cette indépendance. La dignité de la presse, c'est la dignité du public, des citoyens, la vôtre, qu'elle concerne : si le journaliste n'est pas toujours « l'instituteur des temps modernes » que déclarait être l'un d'eux, votre journal quotidien est votre fenêtre sur le monde. Ce livre s'efforce de montrer comment on peut en rendre la vitre plus claire...

  • Avec ses 33 millions d'habitants et ses immenses richesses naturelles, l'Afrique du Sud dispose, pour son développement, d'atouts inégalés sur le continent noir. Le système d'apartheid, mis en oeuvre depuis 1948, a, au contraire, précipité le pays dans la crise. Le pouvoir exclusif de la minorité blanche et le système de lois - unique au monde - basé sur la ségrégation raciale suscitent une résistance de plus en plus vive de la part de la majorité noire. Depuis Sharpeville en 1960 ou Soweto en 1976, le gouvernement sud-africain n'hésite plus à faire usage de la force pour étouffer la révolte. Aujourd'hui, le pays de l'apartheid se retrouve plongé dans la violence, et le monde extérieur s'interroge sur ses possibilités d'intervention. Les racines historiques du conflit ; le système d'apartheid, ses rouages et son évolution ; la minorité blanche, ses dirigeants, ses atouts et ses divisions ; la majorité noire, l'histoire de la résistance, ses tendances rivales ; le contexte régional et international... voici quelques-unes des questions étudiées en détail ici. Les clés indispensables pour comprendre pourquoi, dans ce pays, menace de se produire, selon une mission d'enquête du Commonwealth, le plus grand bain de sang depuis la Seconde Guerre mondiale.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • La France se pique d'avoir appris au monde les droits de l'homme et du citoyen. Paris est la capitale de la France, et beaucoup plus encore : le symbole et le coeur et centre nerveux du pays. Mais Paris est la ville de France, et peut-être de cette part du monde où subsiste une démocratie formelle, la plus privée de citoyens. En fait Paris, cité qui a forgé l'essentiel de l'histoire nationale en l'imposant souvent à la province, est de toutes les cités françaises la plus aliénée, la plus colonisée par le pouvoir central. Des Capétiens à Pompidou, il n'est pas d'initiative, pas de sursaut parisien, pas de tentative d'organiser à la fois, une autonomie et une démocratie parisienne qui n'aient été l'occasion pour le pouvoir d'alourdir la mainmise sur la ville-capitale : Étienne Marcel, les Frondeurs, les Sans-Culotte, les Communards, tous tentent de faire des Parisiens des citoyens et tous sont écrasés et transformés en figurants du pouvoir central, tout juste bons à faire la haie pour applaudir les souverains en visite et payer les travaux du baron Haussmann. Toutes les franchises locales abattues, toutes les séquelles de la démocratie parisienne abolies, la capitale muette, violée, livrée par les assemblées fantomatiques à l'arbitraire des bureaucrates, à la voracité de l'argent-roi et du promoteur tout-puissant, n'est plus qu'un objet désarticulé. A qui appartient Paris ? Pour l'heure à un régime d'affairistes et de technocrates. Et demain ?

  • Depuis le 6 octobre 1973, le monde s'interroge sur « ce qui a changé chez les Arabes ». Est-ce l'aptitude à combattre ? Personne ne pouvait douter du courage d'un peuple qui, une fois, a conquis le monde connu. Est-ce la capacité de manipuler les instruments de la technologie avancée ? Chacun savait que les fellahs du Nil sauraient un jour créer leur Novosibirsk. Ce qui a changé, n'est-ce pas plutôt l'aptitude à mesurer le réel, à s'inscrire dans le possible, à substituer à l'âge de la prédication, de l'invective et de l'épopée celui de la politique, de la stratégie et mieux encore de l'analyse ? De cette maturation, rien ne témoigne mieux que le livre de Mahmoud Hussein. A propos d'un événement de l'histoire du monde arabe qui en d'autres temps aurait suscité des torrents de lyrisme, il garde le ton de l'analyse politique et de la critique historique. Ayant, sur le champ de bataille, perdu l'obsession de la défaite, les Arabes sont-ils prêts à aborder un règlement de paix durable avec Israël ? Pour cela, répond Mahmoud Hussein, il faudrait qu'Israël, restituant les territoires conquis sept ans plus tôt, se réconcilie avec une Palestine arabe enfin arrachée à l'exil et à l'oubli, et opte pour la fusion avec l'Orient plutôt que pour la croisade aux côtés de l'Occident.

  • À peine arraché à un tiers de siècle d'interventions étrangères et de luttes pour la décolonisation, le Viêtnam reste déchiré par une manière de guerre civile. Mais il affirme, à travers les épreuves qui auraient abattu ou laminé tout autre peuple, une inlassable puissance de renouveau. Pourquoi se battent aujourd'hui, dans les rizières et les montagnes, les hommes qui ont fini par chasser l'étranger pour imposer au monde l'idée de leur indépendance, sinon de la fondamentale unité ? Pourquoi, les Français partis, les Américains mal camouflés mais privés des moyens qui ont fait d'eux pendant vingt ans les maîtres de Saigon, les Vietnamiens poursuivent-ils cet implacable combat ? Il y a bien des façons d'être vietnamien, le fût-on, de part et d'autre, avec rage. Ces façons, Jean-Claude Pomonti, qui rend compte depuis sept ans pour le Monde de la vie de l'Indochine et du Sud-Est asiatique, est mieux placé que personne pour les décrire, en un livre tout frémissant de sensibilité, ruisselant de justes sensations, de notations pénétrantes. Sous la plume fervente et précise de Pomonti, c'est le Viêtnam souffrant et renaissant, divisé et indomptable qui vit, dans sa grâce fluette et sa puissante vitalité. Des maquisards à Thieu, des politiciens d'opposition aux petits marchands, des lycéennes graciles aux policiers de Cholon, un pays frémit là sous nos yeux, un pays qui a fait l'histoire et cherche à faire enfin sa vie.

  • La gauche est défaite. Après avoir subi bien d'autres échecs, elle vient de perdre la première bataille de l'après-gaullisme. Jamais le pouvoir n'a semblé aussi loin de son atteinte. Jamais, non plus, la gauche n'a été à ce point inattentive aux changements de la société qu'elle voudrait transformer. Evaluant mal les contraintes qu'imposent notre environnement international et notre héritage historique, analysant mal le réseau des pouvoirs qui régissent notre pays, la gauche, trop souvent, gesticule en croyant agir. La première étape de sa rénovation est donc de mieux comprendre la société où elle vit. Mais une seconde étape est tout aussi nécessaire : c'est d'inventer un nouveau comportement politique dans lequel le projet l'emportera sur le discours et le contrat sur la « tactique ». Comme il montre que ces deux étapes peuvent être rapidement parcourues, ce livre est un livre optimiste. Il n'apportera, certes, aucune consolation à ceux qui s'obstinent à préparer le Front Populaire ou la Révolution de 1917. Mais, à tous les hommes de gauche qui veulent agir dans - et sur - la France des années 1970, il propose plus qu'un espoir : une méthode.

  • Pendant trente ans, le Viêt Nam fut le foyer principal des luttes anti-colonialistes, le champ clos où s'affrontèrent par les armes le socialisme léniniste et le système colonial français, puis l'empire américain. Le 30 avril 1975, cette interminable guerre idéologique s'est achevée avec l'entrée à Saigon de l'armée révolutionnaire - fer de lance d'une résistance qui l'emportait parce qu'elle rassemblait les plus acharnés, les mieux organisés et surtout les plus viêtnamiens. Viêt Nam la mot !, le Viêt Nam est un. Ce slogan qui s'étale sur tous les murs, du Nord au Sud, exprime une vérité profonde. Mais si cette unité est, du point de vue historique, sociologique et culturel, évidente, il reste à la faire sur les plans politique, psychologique et moral. Qui a pu, comme les auteurs de ce livre, Simonne et Jean Lacouture - qui faisait son onzième séjour en trente ans - passer quelques semaines au Viêt Nam, en avril et mai 1976, sait que le plus difficile, pour les responsables de la patrie commune, reste à obtenir : l'adhésion d'une société vaincue - ou qui se perçoit dans sa majorité comme telle - à une autorité victorieuse. Les dirigeants révolutionnaires de Hanoi et des maquis ont su épargner à leur peuple, après trente ans d'une affreuse guerre civile, le bain de sang que prévoyaient leurs ennemis. Il leur reste à arracher ce peuple indomptable à la pénurie, et à bâtir, sous le signe du socialisme, un État organisant le rassemblement volontaire des énergies créatrices.

  • Peut-on encore être gaulliste, et « gaulliste d'espoir », en 1976 ? Peut-on encore fonder une action continue, créatrice, collective sur une référence historique, sur la vision du monde héritée d'un personnage qui se voulut et fut avant tout un stratège des circonstances ? Oui, répond Jean Charbonnel qui, issu d'un milieu traditionaliste de catholiques limousins, formé à l'École normale, puis à l'ENA, où Péguy et la démocratie chrétienne le disputaient à Barrès et à Michel Debré, historien de formation, homme public de vocation, élu de Brive, compagnon et rival de Jacques Chirac en Corrèze, a gravi presque tous les échelons des honneurs et des responsabilités sous la Ve République. C'est de l'intérieur qu'il a vu le régime s'infléchir vers le conservatisme, et de crise de l'énergie en affaire Lip, laisser s'affirmer les tendances qu'incarne brillamment Valéry Giscard d'Estaing. Ainsi ces mémoires d'un « premier de la classe » se muent-ils progressivement en réflexions d'un mal-pensant. Il se déclare persuadé que seule une opposition raisonnée au système giscardien du « libéralisme avancé » permettra de réconcilier les valeurs profondes du gaullisme avec la jeunesse et les forces productives du pays.

  • L'Algérie indépendante a bientôt quinze ans, celle du redressement proclamé par le président Boumediene, plus de dix. Elle est à coup sûr indépendante. Est-elle redressée ? À la fin de la guerre, en 1962, une Algérie n'était plus ; mais l'autre n'était pas encore. La formidable détermination des combattants des djebels et des politiques de l'extérieur avait détruit un système centenaire. Il lui restait à bâtir une collectivité créatrice à partir d'une immense protestation nationale. Aujourd'hui, le pouvoir d'Alger tente d'imposer à son peuple une modernisation rapide, avec l'industrie lourde et la révolution agraire. Pour cela, les élites technocratiques et les couches qui gravitent autour d'elles, ont repris le vieux schéma républicain de l'ascension par l'école, tout en faisant appel à un certain unanimitarisme musulman, négateur des luttes de classes. Qui possède le pouvoir en Algérie ? Les arabisants attachés à l'authenticité ou les technocrates européocentristes ? Y a-t-il une chance de coopération durable et positive entre ceux qui ont le savoir traditionnel et ceux qui disposent du pouvoir de décision ? Ou bien verra-t-on s'accomplir l'élimination des couches traditionnelles par l'État centralisateur ? L'auteur, fort d'une connaissance profonde de l'Algérie et de ses dirigeants, acquise au cours d'un long séjour voué à l'enseignement des jeunes élites algériennes, et d'une sympathie non dénuée d'esprit critique pour ce pays et ce peuple, tente de répondre aux multiples questions que se posent tous ceux pour qui l'Algérie reste un État pilote.

  • Le 22 octobre 1976, six mille exemplaires d'un livre intitulé Prison d'Afrique sont saisis à la sortie de l'imprimerie sur l'ordre de M. Michel Poniatowski. L'auteur, Jean-Paul Alata, Français d'origine, est resté en Guinée lorsque ce pays, en 1958, a choisi l'indépendance, et s'est vu retirer alors la nationalité française. Conseiller du président Sékou Touré, il occupe de hautes fonctions dans l'administration. En 1971, il est arrêté, emprisonné, accusé d'avoir comploté contre le régime. Affreusement torturé, il avoue. Après cinquante-quatre mois d'incarcération inhumaine, il est libéré sur intervention du gouvernement français. De retour dans notre pays, il entreprend de raconter ce qu'il a vécu : le camp, les sévices, la souffrance, l'humiliation. Le pouvoir ne tolère pourtant pas que l'opinion française sache. Pourquoi cette inacceptable atteinte à la liberté d'expression ? Pourquoi un ministre de l'Intérieur interdit-il un livre, écrit en français, sur le territoire français, imprimé et édité en France, en utilisant une loi de 1881 qui vise les ouvrages de provenance étrangère ? Pourquoi cette incroyable décision ? Raison d'État ? Intérêts économiques ? Politiques ? Stratégiques ? C'est à ces questions que répondent les auteurs, Hervé Hamon et Patrick Rotman, journalistes à Politique Hebdo. Leurs découvertes éclairent brutalement la collusion entre les grands intérêts du capitalisme international et certains régimes qui se prétendent, comme celui de Sékou Touré, révolutionnaires...

  • Longtemps négligée par le continent ou, ce qui est pire, objet d'une curiosité goguenarde venue de l'hexagone, la Corse, soudain, ne fait plus sourire. D'un plasticage à l'autre, de colère en colère, l'évidence a fini par s'imposer après le drame d'Aléria en août 1975 : le malaise corse ne doit rien au folklore. La brutale émergence du mouvement autonomiste après le traumatisme d'une mise en valeur maladroite, sa radicalisation ultérieure et les tentations armées d'aujourd'hui ont troublé l'opinion et le gouvernement. Une vraie guérilla s'installera-t-elle demain entre Bastia et Propriano ? Comment cela a-t-il été possible ? Enverra-t-on un jour des troupes de combat sur ce rocher national ? Sur place, cette explosion a quelque peu pris au dépourvu une gauche officielle embarrassée par la vigueur de certaines revendications qualitatives. Sur le continent, en revanche, la fascination qu'exerce l'idée autonomiste sur les intellectuels, ne va pas sans complaisance ni irresponsabilité. Le pouvoir,quant à lui, fait alterner crispations absurdes et reculades précipitées. Île à la dérive, poudrière inquiétante : ceux qui savent ne minimisent pas en tout cas la gravité de la situation. Les autonomistes, aujourd'hui en perte de vitesse, ont porté témoignage d'une crise indiscutable. Ce fut leur mérite. Ils n'ont pas, pour autant, le monopole de la lucidité, et leur projet demeure passablement confus. Pouvait-on examiner froidement le dossier corse ; dénoncer l'incroyable gâchis de la politique officielle et l'injustice imposée à un peuple aujourd'hui dépossédé de lui-même, tout en disant leur fait aux exaltés ? C'est le pari que tient ici Antoine Ottavi, linguiste averti, historien militant, très écouté en Corse, L'avenir de l'île, selon lui, n'est pas séparable de celui du continent. Son analyse ne ménage ni le pouvoir ni les autonomistes. Elle dérangera donc. C'est bon signe.

  • Le régime, hypertendu et lourd, vise les siècles. Il entasse ses pyramidaux anniversaires : cinquantenaire, soixantenaire, soixante-cinquième anniversaire d'octobre. Essoufflé, interminablement gâteux et d'autant plus sûr d'y parvenir. Il lui faut le siècle. Le siècle est magique : quand on l'a, il ne peut plus rien vous arriver, on aura tous les suivants. Niez l'histoire pendant un siècle, noyez-la, elle ne reprendra pas souffle. Le régime mange du temps, comme tout vivant. Et il ne recrache derrière lui rien d'autre que lui-même, son antiquité, sa durée qui obstrue. Régime égyptien (mausolée, marmoréen métro, colonnes auprès desquelles les passants sont fourmis). Dans ses colonnes, dans son marbre, la puissance s'entasse, pèse sur les morts.

  • Le 27 juillet 1978, un intellectuel viêtnamien francophone quittait définitivement Hô-Chi-Minh-Ville et choisissait l'exil avec ses quatorze enfants. Avant lui et après lui, des milliers de Viêtnamiens du Sud ont préféré fuir, le plus souvent dans des conditions dramatiques, une patrie et un système dans lesquels ils ne se reconnaissaient plus. Après trente années de guerre et d'héroïsme, ce terrifiant exode a profondément troublé tous ceux qui, en Occident, avaient soutenu le Viêt Nam dans son combat libérateur. Des polémiques sont nées chez nous, souvent simplificatrices et rarement innocentes. La mauvaise conscience n'est pas bonne conseillère... Viet Tran, en effet, n'était pas de ceux qu'une quelconque compromission avec les dictatures pro-américaines de Saigon incitait spontanément à partir. Patriote convaincu, proche des maquisards du FNL depuis des années, tout en refusant le dogme marxiste léniniste, il n'avait pas pleuré, loin s'en faut, à la chute de Saigon en avril 1975. Il avait cru y voir, avant tout et comme beaucoup de ses compatriotes, un triomphe du patriotisme viêtnamien. Il se disposait donc à participer à la reconstruction de son pays et pensait pouvoir s'intégrer, tant bien que mal, au nouveau système. Une douzaine de mois ont suffi à ruiner ses illusions. Le régime brutal, corrompu, oublieux de toutes les promesses passées qui a progressivement pris en main les destinées d'un Sud meurtri et méfiant, ne lui laissait d'autre choix que de partir. Avant de quitter Hô-Chi-Minh-Ville, Viet Tran a discuté pourtant des soirées entières avec des camarades maquisards, retrouvés trente ans après et devenus les cadres politiques du nouveau Viêt Nam. Son histoire est d'abord celle d'une grande occasion manquée. Son témoignage, dans sa modération même, dérangera beaucoup.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Depuis la mort de Mao et le grand virage chinois, un seul pays au monde se réclame ouvertement du stalinisme : l'Albanie. Grande comme trois départements français, peuplée d'à peine deux millions et demi d'habitants, cette sentinelle impavide, ayant rompu successivement avec Belgrade, Moscou et Pékin représente, sur la scène internationale de 1979, une fascinante énigme. Rares en effet sont les observateurs admis dans cette citadelle et capables d'expliquer les ressorts de cette fidélité têtue à un système considéré, à travers le monde, comme une monstrueuse perversion totalitaire. Jean Bertolino, grand reporter que poussa vers Tirana une curiosité chaleureuse pour la vaillance historique du peuple albanais, fut, à plusieurs reprises, l'un des très rares témoins de cette singulière aventure idéologique. Longtemps compagnon de route des dirigeants de Tirana, il retourna en Albanie en 1977 pour y tourner un long métrage. La grande brouille avec Pékin s'amorçait alors, enjeu d'une lutte farouche au sein du PC albanais. L'heure était au raidissement, aux liquidations et aux purges, tandis que les frontières du pays se hérissaient de fortifications militaires. Stalinienne jusqu'à la caricature, l'Albanie s'enfonçait dans la nuit totalitaire. Douloureusement, Jean Bertolino ouvrit les yeux et s'interrogea sur son propre itinéraire - sur ses naïvetés ? - tandis que le tournage du film réaliste, surveillé par de tatillons censeurs, tournait à la farce lugubre. Révolté, déçu, ayant finalement choisi de parler, il livre ici un témoignage exceptionnel. Reportage brillant, chronique historique et essai politique, c'est aussi l'itinéraire d'un journaliste passionnément fidèle à l'amitié. Mais d'abord à la vérité.

  • En 1830, il y a autant de crasse aux godillots des croisés de Charles X qui libèrent l'Algérie du joug turc, qu'il y aura de misère aux croquenots des premiers occupants civils de cette colonie dépotoir : ouvriers des ex-ateliers nationaux, agités de la Commune, Alsaciens-Lorrains en mal de nationalité française, viticulteurs du Midi victime du phylloxéra, chômeurs de tous poils. Bref, les pieds-noirs. Ils s'échineront longtemps à déblayer le terrain aux gros propriétaires qui, d'emblée, auront les moyens de profiter du pactole. Aux indigènes, les bienfaits de l'oeuvre civilisatrice... En 1962, tandis que le gros colonat trouve sans peine à s'enrichir ailleurs, les descendants des exclus de la métropole connaîtront, après un siècle de très relative prospérité, le déchirement d'un nouvel exil, l'amertume des retrouvailles avec une mère patrie souvent bien ingrate. Daniel Leconte, qui retrace pour nous, sans manichéisme, cette histoire qui tourne au drame, a également enquêté sur les pieds-noirs de 1980. Une communauté dont il faudrait retenir autre chose que les odeurs de merguez, un accent caricaturé, les excès d'un tempérament qui cachent d'inquiétantes amertumes, de douloureuses nostalgies, de fervents espoirs. Qui étaient vraiment, qui sont aujourd'hui, ces pieds-noirs du petit peuple dont l'Histoire fit injustement les boucs émissaires d'une mauvaise politique ? Le temps est venu de poser la question.

  • Lorsqu'en 1975 les troupes cubaines, appuyées par la logistique soviétique, interviennent en Angola, les données stratégiques basculent en Afrique : autrefois chasse gardée des États occidentaux, le continent devient l'un des tout premiers enjeux de la confrontation entre les puissances industrielles. Et en Afrique australe, dans la Corne orientale, au Sahara occidental, les conflits se font plus âpres. Que se passe-t-il en Afrique ? Les informations ne manquent pas, qui signalent ici un nouveau coup d'État, là une intervention de militaires étrangers, ailleurs le déclenchement d'une guerre civile ou la destitution d'un tyran sanguinaire. Les alliances se nouent et se dénouent, la logique froide des États défie les idéologies. Les événements se bousculent sans que l'on parvienne toujours à en saisir la cohérence. Les clefs permettant de décoder ces informations fragmentées et de saisir le sens des événements existent pourtant. Gérard Chaliand nous les livre ici. Son approche, en termes de géostratégie, éclaire un tableau synthétique et lucide de la situation sur le continent, et dégage les lignes de force qui feront l'Afrique de demain.

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  • Le samedi 18 septembre 1982, l'opinion publique israélienne - et avec elle le reste du monde - apprend avec stupeur qu'un massacre vient d'être commis dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, à Beyrouth. Trois jours auparavant, à l'issue d'un siège de plusieurs mois, l'armée israélienne a pris le contrôle de cette partie ouest de la capitale libanaise où se trouvent les camps. Immédiatement, la question de la responsabilité directe ou indirecte d'Israël dans ce massacre est posée. De virulentes polémiques vont agiter, les jours suivants, l'opinion internationale et déchirer la diaspora. En Israël, la presse et une partie importante de la population exigent des explications et finissent par imposer, après des manifestations de rues sans précédent, la création d'une commission d'enquête que le premier ministre, Menahem Begin, avait d'abord refusée. Mais les journaux israéliens n'avaient pas attendu pour apporter leurs témoignages, fournir des informations et récuser les premières dénégations officielles. Le scénario précis de ces journées tragiques n'avait cependant jamais été reconstitué. C'est ce qu'a entrepris de faire Amnon Kapeliouk, né à Jérusalem, journaliste et arabisant, membre du comité de rédaction du New Outlook de Tel-Aviv et collaborateur du Monde. Après une minutieuse enquête, menée tant en Israël qu'au Liban, s'appuyant sur de très nombreux documents, exclusivement soucieux des faits, il retrace ici, heure par heure, ce qui s'est réellement passé à Beyrouth entre l'assassjnat de Bechir Gemayel et la découverte, quatre jours plus tard, de centaines de corps dans les ruines de Sabra et Chatila. Qui sont les assassins ? Quelles sont les responsabilités d'Israël ?

  • Du Congrès d'Épinay au triomphe du 10 mai 1981, voici le roman d'une double conquête : celle de la vieille SFIO redevenue, grâce à François Mitterrand, le premier parti de France ; celle du pouvoir dans une France encore abasourdie d'être désormais socialiste. Menées tambour battant, ces deux victoires, bientôt confondues, ont compté assez de péripéties secrètes, de rendez-vous cachés et de coups de théâtre pour constituer une de ces aventures qu'Alexandre Dumas aurait aimées. Il n'y manque d'ailleurs ni les capes ni les épées. Albert du Roy et Robert Schneider, en journalistes familiers des coulisses, retracent sans complaisance cette histoire, ses épisodes souvent ignorés, l'itinéraire de ses protagonistes dont certains sortent d'un tout récent anonymat. De la conjuration d'Épinay à la signature du Programme commun, du cruel échec de 1974 au combat des chefs, autant d'étapes qui mènent au Printemps rose, autant de révélations qui, jamais néanmoins, ne cherchent à réduire la politique, les idées ou les hommes à l'anecdote.

  • J'ai en mémoire ce que de bons auteurs ont écrit sur le syndicalisme paysan et la "révolution silencieuse". Je lisais leurs textes au fil des années avec étonnement d'abord, irritation ensuite, indifférence les années passant. Le vent emporte davantage les sottises que les efforts vrais. Pourtant, j'ai peur aujourd'hui de la présentation caricaturale, voire orientée, de ce travail de trente ans. D'où ce livre qui veut raconter une histoire, établir un bilan et montrer aux gens des villes et des bourgs qu'il y a un trésor national caché derrière ces haies, ces champs désormais larges ; bref, que ce jardin - la "campagne française" - qu'ils regardent à peine est devenu une carte économique maîtresse pour la France menacée par la crise. Mais d'où viennent-ils, ces quelque deux millions de paysans ? Directement du Moyen Age. La plupart y vivaient encore il y a trente ans. A l'époque où Charlot faisait rire le monde en décrivant les Temps modernes, nous travaillions encore avec nos bras. Le blé coupé avec la faucille, les charrues traînées : par les chevaux et les boeufs ; la venue de la batteuse était l'un des grands événements annuels. Nous étions en retard d'un siècle ou de dix, va savoir. Aujourd'hui, le dernier carré des paysans français semble une tout autre race : montés sur leurs énormes machines, ils inquiètent les gouvernements aujourd'hui socialistes, intéressent les spécialistes américains, suivent dans les journaux le cours des matières premières et constituent sans doute pour le Tiers Monde le seul modèle de développement que l'Occident puisse lui offrir. Il était temps de s'expliquer clairement sur notre "projet paysan". Chaque Français est plus concerné par lui qu'il ne le croit. Michel Debatisse

  • Euphorie économique ou panique financière ? Sommes-nous à l'aube d'un nouveau boom de l'économie mondiale ou à la veille d'un nouveau krach financier ? Sur cette question capitale, les hommes politiques se taisent, les experts marmonnent, les citoyens s'y perdent. Michel Albert et Jean Boissonnat ont voulu en avoir le coeur net. Ils ont mené l'enquête, échangé leurs sentiments et ils concluent : après la crise, tout est prêt pour le boom mais, si nous ne changeons pas, nous irons vers le krach. Ce n'est pas le choc boursier du 19 octobre 1987 qui menace l'équilibre du monde. C'est le déséquilibre du monde qui provoque des chocs financiers. Nous sommes victimes d'un fantastique krach de la communication. On sait exactement ce qu'il faut faire pour aller vers une nouvelle croissance. Nous n'y allons pas parce que les économistes ne communiquent pas avec les politiques et parce que les peuples ne communiquent pas entre eux. Troubles monétaires, inadéquation de l'épargne et de l'investissement, chômage, déficits, tous nos maux viennent d'une seule cause : nous n'avons pas créé les institutions d'une économie désormais planétaire. Au passage, l'échéance 92 en Europe subit un sévère décapage. Ce livre bouscule les schémas habituels, ne s'encombre pas de technique et va à l'essentiel : pas de nouvelle économie sans de nouvelles institutions.

  • Le plus grand journal du monde - l'Asahi, 9 millions d'exemplaires - le plus gigantesque haut-fourneau, le plus énorme cargo - 300 000 tonnes - le train le plus rapide - Tokyo-Osaka, 200 km/h de moyenne - les appareils électroniques les plus parfaitement miniaturisés, les investissements les plus audacieux : on n'en finirait pas de citer les « records » japonais, exemples d'un développement technique auprès duquel ceux des États-Unis et de l'Allemagne paraissent timorés. Le Japon a décuplé en seize ans son revenu national brut : dix milliards de dollars en 1950, 100 milliards en 1966. En 1960, son premier ministre lui annonçait qu'il allait doubler ce chiffre dans les dix années à venir : qui doute aujourd'hui que ce fabuleux pari sera tenu, et que le Japon est désormais solidement installé dans sa position de seconde puissance du monde non-communiste, de « troisième grand » de l'économie mondiale ? De l'économie... Car non seulement les dirigeants de Tokyo, mais l'opinion publique, les leaders politiques et le peuple japonais semblent avoir choisi, pour longtemps, de s'en tenir à deux impératifs : la production et les échanges. Une ligne de conduite que l'on peut résumer en cette formule : la grandeur sans la bombe. Les démons d'un militarisme aujourd'hui détesté paraissent conjurés, mais au prix d'un oubli si manifeste et si minutieux de la politique qu'elle risque de prendre tôt ou tard sa revanche. Un grand peuple peut-il vivre seulement pour les taux de production, le rythme de croissance et les triomphes de la technologie ? Robert Guillain, qui a longtemps et attentivement partagé les expériences et les épreuves du peuple japonais, ne se contente pas de dresser le prodigieux bilan de son expansion : il en mesure, en expert et en ami, les risques et les chances d'avenir.

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