Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • Les combats pour la liberté de la presse sont vieux comme le monde - comme la presse, en tout cas. Mais qu'est-ce que la liberté de la presse, sinon la liberté des propriétaires de journaux ? Et qu'est-ce qu'un propriétaire de journal, dans bien des cas, sinon le représentant d'un groupe d'affaires dont les intérêts ou les opinions peuvent différer, pour un temps, de ceux du pouvoir, mais dont les conflits avec le gouvernement n'intéressent pas forcément l'intérêt général ou les libertés publiques ? Au-delà de cette liberté abstraite aux yeux du plus grand nombre, il y a celle, plus concrète, qu'exercent ou que devraient exercer les journalistes - de la presse écrite, de la radio, de la télévision. Plus encore que de liberté, c'est de dignité qu'il s'agit alors. Tel est le sujet de ce livre de Jean Schwoebel, fondateur de la fédération des Sociétés de rédacteurs qui prétendent assainir la presse et les divers moyens d'information, en assurant à ceux qui la font un droit de regard et de contrôle sur l'entreprise. A un moment critique, l'action des rédacteurs du Monde a permis de sauvegarder l'indépendance et la qualité de ce journal ; les droits qui ont été reconnus depuis lors à leur Société, que préside l'auteur de ce livre, lui permettent de contribuer efficacement au maintien de cette indépendance. La dignité de la presse, c'est la dignité du public, des citoyens, la vôtre, qu'elle concerne : si le journaliste n'est pas toujours « l'instituteur des temps modernes » que déclarait être l'un d'eux, votre journal quotidien est votre fenêtre sur le monde. Ce livre s'efforce de montrer comment on peut en rendre la vitre plus claire...

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Peut-on encore être gaulliste, et « gaulliste d'espoir », en 1976 ? Peut-on encore fonder une action continue, créatrice, collective sur une référence historique, sur la vision du monde héritée d'un personnage qui se voulut et fut avant tout un stratège des circonstances ? Oui, répond Jean Charbonnel qui, issu d'un milieu traditionaliste de catholiques limousins, formé à l'École normale, puis à l'ENA, où Péguy et la démocratie chrétienne le disputaient à Barrès et à Michel Debré, historien de formation, homme public de vocation, élu de Brive, compagnon et rival de Jacques Chirac en Corrèze, a gravi presque tous les échelons des honneurs et des responsabilités sous la Ve République. C'est de l'intérieur qu'il a vu le régime s'infléchir vers le conservatisme, et de crise de l'énergie en affaire Lip, laisser s'affirmer les tendances qu'incarne brillamment Valéry Giscard d'Estaing. Ainsi ces mémoires d'un « premier de la classe » se muent-ils progressivement en réflexions d'un mal-pensant. Il se déclare persuadé que seule une opposition raisonnée au système giscardien du « libéralisme avancé » permettra de réconcilier les valeurs profondes du gaullisme avec la jeunesse et les forces productives du pays.

  • Le plus grand journal du monde - l'Asahi, 9 millions d'exemplaires - le plus gigantesque haut-fourneau, le plus énorme cargo - 300 000 tonnes - le train le plus rapide - Tokyo-Osaka, 200 km/h de moyenne - les appareils électroniques les plus parfaitement miniaturisés, les investissements les plus audacieux : on n'en finirait pas de citer les « records » japonais, exemples d'un développement technique auprès duquel ceux des États-Unis et de l'Allemagne paraissent timorés. Le Japon a décuplé en seize ans son revenu national brut : dix milliards de dollars en 1950, 100 milliards en 1966. En 1960, son premier ministre lui annonçait qu'il allait doubler ce chiffre dans les dix années à venir : qui doute aujourd'hui que ce fabuleux pari sera tenu, et que le Japon est désormais solidement installé dans sa position de seconde puissance du monde non-communiste, de « troisième grand » de l'économie mondiale ? De l'économie... Car non seulement les dirigeants de Tokyo, mais l'opinion publique, les leaders politiques et le peuple japonais semblent avoir choisi, pour longtemps, de s'en tenir à deux impératifs : la production et les échanges. Une ligne de conduite que l'on peut résumer en cette formule : la grandeur sans la bombe. Les démons d'un militarisme aujourd'hui détesté paraissent conjurés, mais au prix d'un oubli si manifeste et si minutieux de la politique qu'elle risque de prendre tôt ou tard sa revanche. Un grand peuple peut-il vivre seulement pour les taux de production, le rythme de croissance et les triomphes de la technologie ? Robert Guillain, qui a longtemps et attentivement partagé les expériences et les épreuves du peuple japonais, ne se contente pas de dresser le prodigieux bilan de son expansion : il en mesure, en expert et en ami, les risques et les chances d'avenir.

  • Peut-on encore être gaulliste, et « gaulliste d'espoir », en 1976 ? Peut-on encore fonder une action continue, créatrice, collective sur une référence historique, sur la vision du monde héritée d'un personnage qui se voulut et fut avant tout un stratège des circonstances ? Oui, répond Jean Charbonnel qui, issu d'un milieu traditionaliste de catholiques limousins, formé à l'École normale, puis à l'ENA, où Péguy et la démocratie chrétienne le disputaient à Barrès et à Michel Debré, historien de formation, homme public de vocation, élu de Brive, compagnon et rival de Jacques Chirac en Corrèze, a gravi presque tous les échelons des honneurs et des responsabilités sous la Ve République. C'est de l'intérieur qu'il a vu le régime s'infléchir vers le conservatisme, et de crise de l'énergie en affaire Lip, laisser s'affirmer les tendances qu'incarne brillamment Valéry Giscard d'Estaing. Ainsi ces mémoires d'un « premier de la classe » se muent-ils progressivement en réflexions d'un mal-pensant. Il se déclare persuadé que seule une opposition raisonnée au système giscardien du « libéralisme avancé » permettra de réconcilier les valeurs profondes du gaullisme avec la jeunesse et les forces productives du pays.

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  • Qu'est-ce qu'un maire ? Qu'est-ce qu'une commune ? En vertu de quels pouvoirs agit l'un ? De quelles ressources dispose l'autre ? De la Provence à la Bretagne, du Pays Basque à l'Alsace, nous votons pour des personnages dont nous ne connaissons ni les devoirs ni les charges, à peine le nom, mal les idées, et pas du tout les méthodes de travail. Comme tant de nos concitoyens, Jacques Kryn n'avait pendant quarante ans prêté aucune attention particulière à la gestion des communes ni au rôle des maires. Devenu conseiller municipal, puis maire d'un charmant village provençal, il a progressivement découvert l'importance de la commune dans la vie quotidienne de chacun, et combien un maire a de responsabilités de toutes sortes. Et il en entretient depuis lors les lecteurs de Perspectives et de l'Action municipale. Ces très simples lettres, vivant reflet d'une expérience quotidienne, en apprennent beaucoup plus sur l'aspect le plus profondément démocratique de notre vie collective que tous les traités spécialisés. Que l'on ne cherche ici ni Daudet ni « Clochemerle ». Il est question simplement de la gestion de nos 38.000 communes, c'est-à-dire de notre vie en société.

  • La France se pique d'avoir appris au monde les droits de l'homme et du citoyen. Paris est la capitale de la France, et beaucoup plus encore : le symbole et le coeur et centre nerveux du pays. Mais Paris est la ville de France, et peut-être de cette part du monde où subsiste une démocratie formelle, la plus privée de citoyens. En fait Paris, cité qui a forgé l'essentiel de l'histoire nationale en l'imposant souvent à la province, est de toutes les cités françaises la plus aliénée, la plus colonisée par le pouvoir central. Des Capétiens à Pompidou, il n'est pas d'initiative, pas de sursaut parisien, pas de tentative d'organiser à la fois, une autonomie et une démocratie parisienne qui n'aient été l'occasion pour le pouvoir d'alourdir la mainmise sur la ville-capitale : Étienne Marcel, les Frondeurs, les Sans-Culotte, les Communards, tous tentent de faire des Parisiens des citoyens et tous sont écrasés et transformés en figurants du pouvoir central, tout juste bons à faire la haie pour applaudir les souverains en visite et payer les travaux du baron Haussmann. Toutes les franchises locales abattues, toutes les séquelles de la démocratie parisienne abolies, la capitale muette, violée, livrée par les assemblées fantomatiques à l'arbitraire des bureaucrates, à la voracité de l'argent-roi et du promoteur tout-puissant, n'est plus qu'un objet désarticulé. A qui appartient Paris ? Pour l'heure à un régime d'affairistes et de technocrates. Et demain ?

  • La polémique est vaine, si elle consiste à pousser un "coup de gueule" au hasard. Mais les lecteurs du "Canard enchaîné" sont assez fidèles à leur journal et à Morvan Lebesque pour estimer qu'une autre polémique, à la fois ardente et lucide, est plus que jamais nécessaire. Contre la guerre et le racisme, la confusion des mots et des valeurs, les médiocrités de la fausse grandeur et les hypocrisies du dogmatisme, contre tous les Picrochole et tous les Tartuffe, Morvan Lebesque mène un combat qui prend chaque semaine dans "le Canard" la forme d'une chronique hérissée, chaleureuse. Il ne s'agit peut-être pas de mourir de colère, comme disait Léon Bloy. Mais assurément de ne pas mourir sans avoir dénoncé le monde qu'on nous fait. Pour le transformer ? Peut-être... On trouvera ici, non seulement ces pages qui brûlent et dérangent, mais aussi un long texte inédit qui propose une "clé" pour Morvan Lebesque. Qu'est-ce donc qui l'agite si fort, et que réclame-t-il ? La loi. L'application de la loi. Singulier idéal pour un révolté ? Non, quand cette loi est celle pour laquelle meurt Antigone : la vérité éternelle de l'homme en face des systèmes incertains et meurtriers.

  • Les combats pour la liberté de la presse sont vieux comme le monde - comme la presse, en tout cas. Mais qu'est-ce que la liberté de la presse, sinon la liberté des propriétaires de journaux ? Et qu'est-ce qu'un propriétaire de journal, dans bien des cas, sinon le représentant d'un groupe d'affaires dont les intérêts ou les opinions peuvent différer, pour un temps, de ceux du pouvoir, mais dont les conflits avec le gouvernement n'intéressent pas forcément l'intérêt général ou les libertés publiques ? Au-delà de cette liberté abstraite aux yeux du plus grand nombre, il y a celle, plus concrète, qu'exercent ou que devraient exercer les journalistes - de la presse écrite, de la radio, de la télévision. Plus encore que de liberté, c'est de dignité qu'il s'agit alors. Tel est le sujet de ce livre de Jean Schwoebel, fondateur de la fédération des Sociétés de rédacteurs qui prétendent assainir la presse et les divers moyens d'information, en assurant à ceux qui la font un droit de regard et de contrôle sur l'entreprise. A un moment critique, l'action des rédacteurs du Monde a permis de sauvegarder l'indépendance et la qualité de ce journal ; les droits qui ont été reconnus depuis lors à leur Société, que préside l'auteur de ce livre, lui permettent de contribuer efficacement au maintien de cette indépendance. La dignité de la presse, c'est la dignité du public, des citoyens, la vôtre, qu'elle concerne : si le journaliste n'est pas toujours « l'instituteur des temps modernes » que déclarait être l'un d'eux, votre journal quotidien est votre fenêtre sur le monde. Ce livre s'efforce de montrer comment on peut en rendre la vitre plus claire...

  • À peine arraché à un tiers de siècle d'interventions étrangères et de luttes pour la décolonisation, le Viêtnam reste déchiré par une manière de guerre civile. Mais il affirme, à travers les épreuves qui auraient abattu ou laminé tout autre peuple, une inlassable puissance de renouveau. Pourquoi se battent aujourd'hui, dans les rizières et les montagnes, les hommes qui ont fini par chasser l'étranger pour imposer au monde l'idée de leur indépendance, sinon de la fondamentale unité ? Pourquoi, les Français partis, les Américains mal camouflés mais privés des moyens qui ont fait d'eux pendant vingt ans les maîtres de Saigon, les Vietnamiens poursuivent-ils cet implacable combat ? Il y a bien des façons d'être vietnamien, le fût-on, de part et d'autre, avec rage. Ces façons, Jean-Claude Pomonti, qui rend compte depuis sept ans pour le Monde de la vie de l'Indochine et du Sud-Est asiatique, est mieux placé que personne pour les décrire, en un livre tout frémissant de sensibilité, ruisselant de justes sensations, de notations pénétrantes. Sous la plume fervente et précise de Pomonti, c'est le Viêtnam souffrant et renaissant, divisé et indomptable qui vit, dans sa grâce fluette et sa puissante vitalité. Des maquisards à Thieu, des politiciens d'opposition aux petits marchands, des lycéennes graciles aux policiers de Cholon, un pays frémit là sous nos yeux, un pays qui a fait l'histoire et cherche à faire enfin sa vie.

  • Du 16 septembre au 15 décembre 1981, pendant trois mois, Simonne Lacouture et moi avons fait le tour de France, de Boulogne à Strasbourg, de Marseille à Saint-Brieuc, différents des "compagnons" de jadis et d'aujourd'hui en ce que nous n'allions pas à pied mais le plus souvent en train et ne visions point à réaliser un "chef-d'oeuvre", mais simplement à en rapporter un livre en forme de journal de voyage. Nous espérions y voir ainsi plus clair dans les affaires de ce pays dont nous nous sentions un peu plus responsables depuis que des hommes et des femmes que nous avions appelés de nos voeux y exercent les responsabilités les plus hautes. Notre premier objectif était de mesurer ce "changement" que la majorité issue des urnes du printemps 81 s'est donné pour tâche d'accomplir. A tous, travailleurs, chômeurs, ministres, syndicalistes, patrons, élus, journalistes, prêtres, médecins nous avons posé la question : en quoi la césure politique provoquée par ces élections modifie-t-elle la vie des Français ? Nous avons obtenu des réponses positives ici et, là, négatives, mais presque toujours inspirées d'un esprit critique libéré des fanatismes de tous bords. Très vite nous avons constaté que c'était moins en quête d'une problématique mutation que nous étions, que sur les traces d'une réalité : celle d'un pays que, journaliste longtemps confrontés aux crises de l'Asie et de l'Afrique, nous connaissions mal. J.L

  • Le mouvement de la négritude été l'expression littéraire de l'élan qui a porté, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les peuples noirs à s'affranchir de la tutelle européenne. Entreprise de réhabilitation des valeurs africaines niées par le colonisateur, la négritude a cependant débordé largement le cadre de la seule littérature pour embrasser l'histoire, l'ethnologie, la religion, l'économie et la politique. C'est l'inventaire des écrits de l'intelligentsia noire avant l'indépendance qu'avait dressé la première édition de cet ouvrage : de la poésie de Senghor, avocat du métissage des cultures, aux romans dénonciateurs de l'apartheid de Peter Abrahams, de l'analyse exaltée des coutumes tribales par Jomo Kenyatta aux thèses de Cheikh Anta Diop sur l'Égypte nègre, des essais marxistes de Sékou Touré aux « pierres d'attente » du christianisme découvertes dans l'ontologie bantoue par l'abbé Vincent Mulago. La seconde édition de ce livre y ajoutait l'étude des oeuvres de la génération d'après l'indépendance, qui traduisent l'exaspération ou le désenchantement devant les espérances trahies par le nouveau pouvoir africain et la récurrence des néo-colonialismes. Car les écrivains noirs de cette nouvelle vague, illustrée entre autres par Wole Soyinka, ont à leur tour choisi les risques d'un engagement qu'ils ont souvent payé de l'exil ou de la prison. Pour cette troisième édition,. la partie de l'ouvrage consacrée à la littérature africaine d'avant l'indépendance a été réduite par un allègement des citations. En revanche, une place plus importante a été faite aux auteurs africains d'expression portugaise, ainsi qu'aux romanciers et poètes d'Afrique du Sud.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Dix ans ont passé depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il a aujourd'hui soixante-dix-sept ans. Il est donc normal qu'une question obsède ses partisans et hante ses adversaires, conditionne notre vie politique et oriente à l'extérieur tous les calculs concernant la France : après de Gaulle, qui ? Ce livre ne prétend pas fournir, en guise de réponse, un nom, ni même une liste exhaustive et définitive. Il propose simplement au lecteur une manière de catalogue dans lequel le destin et les hommes feront leur choix. Il offre surtout des éléments d'information, de débat, voire de réflexion : les portraits des trois principaux prétendants à la magistrature suprême, le « dauphin » Georges Pompidou, le « challenger » François Mitterrand, l'« outsider » Valéry Giscard d'Estaing, un bilan de leurs atouts et une description de leur entourage ; puis les silhouettes de quelques suppléants éventuels et des « caciques » des formations politiques ; enfin des croquis de personnages qui, à des titres et des degrés divers, peuvent peser sur la succession, orienter les électeurs, et compter dans l'après-gaullisme. Certes, notre histoire n'est pas faite seulement par les hommes : des forces moins visibles agissent en profondeur. Mais le style politique de la Ve République et le nouveau système de scrutin présidentiel tendent à la personnaliser comme une compétition sportive. Pierre Viansson-Ponté, qui de son poste d'observation du Monde, jette un regard attentif et sans complaisance sur les princes du régime et leurs adversaires, était bien placé pour écrire cette histoire de demain.

  • La Chine semblait se rassembler, silencieuse et tendue, toute à son effort de correction des expériences de 1958 à 1964. En cinq ans, le nombre des bouches à nourrir avait cru de 80 millions, sans qu'augmente beaucoup le revenu national. A la fin de 1965, il n'y avait plus place, en apparence, que pour l'effort aride, la mise en valeur rationnelle, les comptes et la discipline. Soudain éclata cette « Révolution Culturelle » qui, selon Lénine, a pour objectif de donner au prolétariat le contrôle des institutions sociales. Ceux qui provoquèrent, déclenchèrent, entretinrent, théorisèrent ce prodigieux bond en avant historique, étaient, autour de Mao Tse-tung, une minorité. Mais cette minorité l'emportait par la conviction que la transformation totale des relations de production est le premier devoir des révolutionnaires, que le parti ne saurait être un simple agent de transmission d'une autorité centrale et a une tâche primordiale : apprendre au peuple à être responsable. Négligeant le pittoresque et les aspects théâtraux de la révolution exploités par la presse occidentale, Jean Esmein, que sa connaissance du chinois aida à en suivre, à Pékin, les diverses péripéties, étudie tour à tour le rôle joué par les cadres politiques et militaires, par les paysans et les ouvriers, par les intellectuels, les étudiants, les gauchistes - car la « Révolution Culturelle » elle-même eut les siens... C'est en plongeant au plus profond de cet océan de contradictions sociales, économiques, idéologiques, que l'auteur retrouve, avec une sorte de simplicité sereine, la rationalité d'une Chine beaucoup plus proche de nous que le veut la légende.

  • Depuis le 6 octobre 1973, le monde s'interroge sur « ce qui a changé chez les Arabes ». Est-ce l'aptitude à combattre ? Personne ne pouvait douter du courage d'un peuple qui, une fois, a conquis le monde connu. Est-ce la capacité de manipuler les instruments de la technologie avancée ? Chacun savait que les fellahs du Nil sauraient un jour créer leur Novosibirsk. Ce qui a changé, n'est-ce pas plutôt l'aptitude à mesurer le réel, à s'inscrire dans le possible, à substituer à l'âge de la prédication, de l'invective et de l'épopée celui de la politique, de la stratégie et mieux encore de l'analyse ? De cette maturation, rien ne témoigne mieux que le livre de Mahmoud Hussein. A propos d'un événement de l'histoire du monde arabe qui en d'autres temps aurait suscité des torrents de lyrisme, il garde le ton de l'analyse politique et de la critique historique. Ayant, sur le champ de bataille, perdu l'obsession de la défaite, les Arabes sont-ils prêts à aborder un règlement de paix durable avec Israël ? Pour cela, répond Mahmoud Hussein, il faudrait qu'Israël, restituant les territoires conquis sept ans plus tôt, se réconcilie avec une Palestine arabe enfin arrachée à l'exil et à l'oubli, et opte pour la fusion avec l'Orient plutôt que pour la croisade aux côtés de l'Occident.

  • Le fascisme ne s'est pas imposé à la France comme à l'Allemagne et à l'Italie - ou, sous des formes bâtardes, à l'Espagne ou au Portugal. Il lui a fallu l'occupation allemande pour se saisir par effraction d'une partie du pouvoir. Mais il n'a presque jamais cessé depuis quarante ans de faire peser sur notre vie publique la menace obsédante de la violence suicidaire et de l'intoxication collective : faisceau, cagoule, croix celtique, plastiquages... Qu'est-ce donc, en France, que le fascisme ? Une invention des antifascistes en quête de thèmes de regroupement pour un front populaire ? L'exacerbation d'un nationalisme découvrant des alliés et des thèmes d'inspiration dans la classe ouvrière ? La perversion d'un socialisme cabré contre le machiavélisme soviétique ? L'aventure de quelques écrivains assoiffés de délires communautaires ? De Georges Valois à Marcel Déat, de Doriot à Bardèche, de Drieu La Rochelle à Susini et aux hommes de l'O.A.S., Jean Plumyène et Raymond Lasierra recensent, à travers un demi-siècle d'histoire de France, les effectifs, les techniques et les thèmes du fascisme français. Sans céder aux commodités du conformisme antifasciste ils décrivent ici les avatars d'une idéologie.

  • La France sera-t-elle la dernière puissance coloniale du monde occidental ? La question peut faire sursauter bien des Français de bonne foi, pour qui, après l'indépendance de l'Algérie et des pays d'Afrique noire, le « dossier colonial » français est refermé depuis longtemps. Et pourtant ! De la Réunion aux archipels polynésiens, de Nouméa à Cayenne, ces « poussières d'îles » et de territoires sont-elles autre chose que de vieilles colonies héritées du siècle dernier, en dépit du langage officiel - DOM-TOM - (département d'outre-mer, territoire d'outre-mer) ? Aujourd'hui la plupart des puissances occidentales présentes, comme la France, dans le Pacifique, l'Océan Indien ou en Afrique, achèvent leur désengagement. La France, nostalgique de l'Empire, souhaite-t-elle demeurer sur ces confettis oubliés ? Paris aurait-il une politique outre-mer ? Ce n'est pas sûr. Une France répressive, crispée sur une volonté dominatrice et dérisoire maintient sous sa tutelle quelques millions de personnes dont on se soucie fort peu à Paris. Un grand voyage autour du monde permet de découvrir le singulier visage qu'affiche encore la France outre-mer. Il permet surtout de vérifier la faillite d'une politique. Et de poser quelques questions urgentes.

  • Entre arabisme et sionisme, l'affrontement de juin 1967 dont la phase militaire se prolonge en permanents défis, ne fut que l'un des épisodes d'une histoire ouverte à la fin du siècle dernier quand apparurent presque simultanément le sionisme politique et le nationalisme arabe moderne. Dès lors que, pour rebâtir le peuple juif, les inventeurs du nouveau mouvement lui donnaient pour foyer le territoire où la Bible situe l'histoire des Hébreux, cette Palestine que les Arabes tenaient pour partie intégrante de leur nation, la longue coexistence des « cousins » sémites se muait en intolérance, puis en hostilité. La création de l'État juif par la communauté internationale, en mai 1948, exacerba le sentiment de frustration qui hantait déjà les Arabes et les rejeta dans un refus indigné, qu'ont encore accru les victoires israéliennes de 1956 et 1967. Pour les uns nécessité vitale, exigence historique et miracle technique, pour les autres simple phénomène colonial, Israël poursuit une vie triomphante et précaire au coeur d'un monde hostile où chacune de ses victoires avive un appétit de revanche que le socialisme même ne parvient guère à muer en ferveur révolutionnaire. Maxime Rodinson, qui enseigne l'ethnologie du Proche-Orient et s'est imposé comme un des analystes les plus pénétrants du monde musulman, décrit ici les mécanismes d'un conflit d'autant plus tragique qu'il oppose deux droits ressentis comme inaliénables et intéresse une terre et des peuples d'où a surgi notre civilisation.

  • Un demi-siècle après la fondation du premier État prolétarien, où en est l'Union soviétique ? Du stalinisme au khrouchtchévisme, du socialisme caporalisé au "communisme du goulash", c'est à coup de mutations brutales que se sont façonnés un pouvoir, un système de production et un type de société qui gardent, en dépit du schisme chinois, leur valeur d'exemple. Après celles que Lénine, puis Staline, puis Khrouchtchev dominèrent de leurs personnalités contrastées, une quatrième phase de l'histoire de l'URSS se déroule, marquée par une démultiplication apparente de l'autorité, par une certaine libéralisation de l'économie, par une timide intervention de l'opinion publique. Mais pour s'être dilué, le pouvoir ne tend pas encore à ce dépérissement que faisait prévoir Marx. Liberman peut ressusciter la notion de profit, Jouline suggérer le retour à une certaine appropriation paysanne de la terre, Soljenitsine et Voznessensky dénoncer les méthodes policières qui régissent encore la vie culturelle, le dégel n'est pas pour autant accompli. Serge Romensky, qui fut pendant trois ans correspondant de l'agence France-Presse à Moscou, décrit ici l'évolution de l'Union soviétique depuis la chute de "M.K." et fait le point de la situation à l'heure du cinquantenaire. Pour lui, les débats entre les conservateurs du stalinisme et les révisionnistes qui tentent de tirer toutes les conséquences de la déstalinisation, et notamment de substituer l'intérêt à la contrainte comme moteur de la production, n'ont encore abouti qu'à un système d'équilibre, celui qu'ont instauré les "révisionnistes conservateurs". Mais les mécanismes de plus en plus complexes du système de production n'entraînent-ils pas une transformation du pouvoir dans le sens du pluralisme ?

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