Séguier

  • « Écrit le jour où l'on a brûlé mes livres en Allemagne. » Ainsi commence Le Livre de l'hirondelle d'Ernst Toller. Pour tenter de comprendre comment un tel événement a pu se produire, il entreprend alors de raconter, telles qu'il les a vécues, les années qui menèrent jusqu'à ce tragique autodafé de 1933 : son enfance dans une famille juive de Prusse orientale, puis la Grande Guerre, l'échec fracassant du spartakisme ainsi que la fin d'une révolution qu'il voulait pacifiste. Ensuite vinrent les années de prison où, telles ces hirondelles qui s'obstinaient à lui rendre visite dans sa cellule, Toller continua de rêver à une Europe réconciliée en écrivant des poèmes imprégnés d'espoir. Mais à quelques kilomètres de là, dans une autre prison, Adolf Hitler dictait un autre genre de livre.

    Comme Stefan Zweig, Walter Benjamin et Klaus Mann, Ernst Toller (1893-1939) appartient à la génération des écrivains juifs de langue allemande contraints de s'exiler à l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Militant révolutionnaire et pacifiste, il est l'auteur d'oeuvres théâtrales traduites en 27 langues. Désespéré par le triomphe du nazisme et du franquisme, accablé par les difficultés financières, artistiques et amoureuses, il se donne la mort à New York à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.

  • Dans la nuit du 1er novembre 1970, en Isère, 146 jeunes gens meurent brûlés vifs dans l'incendie du 5-7, le club où ils s'étaient rassemblés pour assister à un concert de rock. Tous, ou presque, ont moins de 25 ans. Michel Mancielli, un jeune musicien qui devait se trouver parmi eux ce soir-là, échappe de justesse à la catastrophe. Mais comment continuer à vivre entre la culpabilité du rescapé et les ombres des disparus ? Et puis il y a ce désir de justice et de vengeance qui vous prend aux tripes... À partir d'un fait divers parmi les plus dramatiques de notre histoire récente, Jean-Pierre Montal imagine un roman tour à tour nerveux et mélancolique pour raconter cette France de l'après-1968 qui aura vu se consumer, dans un même brasier, sa jeunesse et ses rêves de changement.

    Né en 1971, Jean-Pierre Montal est le co-fondateur des éditions Rue Fromentin, ainsi que l'auteur de plusieurs romans et essais. Il a publié en 2013 Maurice Ronet. Les vies du feu follet, en 2015 Les Années Foch et en 2017 Les Leçons du vertige (éditions Guillaume de Roux). En 2018, il a fait paraître, avec Jean Christophe Napias, 100 courts chefs-d'oeuvre aux Éditions de la Table ronde.

  • Dans les années 1960, Eugène Saccomano, alors journaliste au Provençal, a mené l'enquête sur l'âge d'or de la pègre marseillaise. Il en est résulté Bandits à Marseille, un livre inclassable qui rencontra un véritable succès en librairie et au cinéma (le film Borsalino en est partiellement adapté) mais qui valut aussi à son auteur des menaces jugées assez sérieuses pour qu'il déménage en urgence à Paris... Des Carbone & Spirito au clan Guérini, la saga des parrains de la cité phocéenne ressemble à une « histoire marseillaise », tant elle paraît mêler la réalité à la fiction, le fait divers au roman. Dans ces pages ruisselantes de sang, on croise des voyous hauts en couleur, des responsables politiques, des hommes d'affaires et des policiers... bien loin des clichés romantiques sur le milieu.

    Eugène Saccomano (1936-2019) fut d'abord la voix la plus célèbre de la radio et du football français (RTL, Europe 1). Mais le résumer à ses envolées lyriques de commentateur sportif serait injuste pour cet homme épris de culture, de théâtre, amoureux fou de Céline et de Giono - auxquels il a consacré plusieurs ouvrages (Giono, le vrai du faux, Le Castor astral, 2014 ; Céline coupé en deux, Le Castor astral, 2012 ; Goncourt 32, Flammarion, 1999).

  • David Carr, journaliste au New York Times, cocaïnomane pendant plus de vingt ans, prend conscience que ses souvenirs de cette période ont été altérés par la drogue : certains sont flous - d'autres erronés. Pour se réapproprier ce passé qui lui échappe, il décide de faire de sa propre vie son prochain sujet d'investigation. Commence alors une enquête de trois ans au service de laquelle il met toute son expertise de grand reporter, accumulant plus de 60 témoignages de proches, policiers, médecins et avocats, réalisant des heures d'entretiens filmés. Son livre est le récit de cette histoire vraie : à la fois un témoignage captivant sur les paradis artificiels, une enquête de fond sur le trafic de stupéfiants, et une recherche du temps perdu, aux confins de la mémoire et de la folie.

  • Vagabondages

    Lajos Kassak

    Qui n'a jamais rêvé de tout plaquer pour prendre la route ? À 22 ans, Lajos Kassák a plus d'une raison de passer à l'acte. D'atelier en atelier, dans le Budapest industriel de 1900, le jeune Hongrois s'épuise au travail. Les perspectives d'avenir sembleraient bien ternes s'il n'y avait cette effervescence révolutionnaire et artistique qui s'est emparée de l'Europe. Quand on n'a pas grand-chose à perdre et qu'on s'est reconnu une vocation de poète, il ne reste qu'un espoir de salut en ce début de XXe siècle : se rendre à Paris. C'est le point de départ d'une odyssée picaresque et libertaire qui entraînera Kassák dans une traversée du continent. Un road-trip où les clochards n'ont rien de céleste, à mi-chemin entre les films de Chaplin et le Jack London des Vagabonds du rail.

    Peintre, poète, romancier et théoricien hongrois, Lajos Kassák (1887-1967) fut aussi le fondateur de plusieurs revues d'avant-garde (A Tett, MA, Dokumentum, Munkal). En 1909, cet autodidacte qui se revendiquera toute sa vie comme un artiste prolétaire décide de quitter Budapest pour gagner Paris à pied. Le récit de ce périple, Vagabondages, fut initialement publié en 1927, et paraît aujourd'hui en France pour la première fois.

  • 13 juillet 1963, Aix-en-Provence. Charles Trenet déjeune, comme à son habitude, en compagnie de beaux garçons dans la vingtaine. Vers midi, le silence et la gloire se déchirent. Trenet est inculpé pour « attentats aux moeurs sur mineurs du même sexe » : on l'accuse d'avoir employé un rabatteur dans le but d'organiser des « ballets bleus », soit des parties fines avec des hommes trop jeunes.
    Pourquoi cette arrestation ? À l'époque, le statut des homosexuels échappe au droit commun et leur majorité sexuelle est fixée à 21 ans (contre 15 pour les hétérosexuels).
    Dans ce roman écrit à la première personne du singulier, résultat d'une longue enquête, Olivier Charneux utilise le séjour en prison de l'artiste comme le lieu et le moment d'une incontournable introspection.

    Olivier Charneux a publié son premier roman, La Grande Vie, chez Stock en 1995, à 32 ans. Suivront sept livres en majorité autobiographiques publiés aux éditions Stock et au Seuil. Tant que je serai en vie paraît en 2014 chez Grasset et son dernier livre, Les guérir, est publié en 2016 aux Éditions Robert Laffont.

  • « Abigail s'avançait le long du boulevard quand elle devina devant elle, comme découpées dans le noir, les formes à la fois franches et imaginaires d'un château. »
    Los Angeles, été 1958. Abigail Fairchild, ancienne directrice du Chateau Marmont, décide soudainement d'y reparaître après des années de retrait et de solitude. Un lieu hors du temps que cet hôtel baroque et licencieux, élégant et libertaire, construit à une époque où les abords de Sunset Boulevard étaient encore colonisés par les coyotes. Pourquoi Abigail, qui fut aussi une star du cinéma muet, revient-elle au Chateau ? Serait-elle poussée par un élan nostalgique ? Un désir de revanche ? Il est vrai que sa rencontre accidentelle avec le jeune Wayne Cornwall vient de lui redonner le goût d'une vie oubliée. Ce beau vagabond surgi des collines de Hollywood prend peu à peu une place essentielle dans son existence, de même qu'il se révèle plus complexe que son air réservé ne le laissait penser. Avertie de la cruauté de Hollywood, Abigail compte bien l'éduquer et le préparer aux nombreux dangers qui menacent. L'usine à rêves n'a rien d'une Arcadie et il arrive que les candidats au succès finissent au fond d'un bar ou d'un canyon...
    Un récit imprégné de cinéma, de musique et de Californie, où la fiction se mêle à des épisodes réels. Les prestigieux pensionnaires du Chateau défilent, de James Dean à Robert De Niro, de Duke Ellington à Jim Morrison, cherchant là une inspiration, une planque, une récréation... parfois au mépris de la loi.
    Olivier Minne vit entre Los Angeles et Paris ; il est animateur de télévision, journaliste et producteur. En 2017, il a publié une biographie consacrée à Louis Jourdan aux Éditions Séguier qui fut très appréciée de la critique comme du public. Un château pour Hollywood est son premier roman.

    Vedette du petit écran, Olivier Minne a animé de nombreuses émissions à succès. Ce que l'on connaît moins, c'est sa vie artistique cachée : passionné de théâtre et de cinéma, il part à Los Angeles en 2002 pour suivre les cours de l'Actor Studio et continue d'y vivre la moitié du temps. En 2017, il a fait paraître chez Séguier Louis Jourdan, le dernier French Lover d'Hollywood, une biographie née de sa rencontre personnelle avec l'acteur, saluée par le public ET la critique.

  • Un tueur fou suit le fil de ses angoisses métaphysiques en semant des cadavres sur son passage. Archibald Rapoport est un révolutionnaire, un gangster, un Juif hanté par la Shoah, un (dés)agrégé de philosophie, un érotomane, un excentrique... Mais au fond, qu'est-ce qui a fait de lui un assassin ? Peut-être, tout simplement, le désir d'écrire... Un texte iconoclaste, un chef-d'oeuvre d'humour noir qui évoque le comique de l'absurde de Ionesco, ou encore le Thomas de Quincey de L'assassinat considéré comme un des beaux-arts. Paru pour la première fois en 1977, ce roman sulfureux était devenu introuvable. Quarante ans plus tard, il est temps de le relire pour ce qu'il est avant tout : un grand texte littéraire.

    Intellectuel engagé, héros et martyr pour certains, ennemi public et criminel pour d'autres, Pierre Goldman (1944-1979) reste, quarante ans après son assassinat, l'une des icônes les plus polémiques de la gauche française des années 1970. Il est l'auteur de deux ouvrages, Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France (Le Seuil, 1975) et L'Ordinaire Mésaventure d'Archibald Rapoport.

  • L'épopée tragique et visionnaire de l'anti-Schwarzenegger... et du rêve américain.

    « Il se demandait à quoi devait ressembler un roman du bodybuilding ? À quoi ressemblerait une prose sous stéroïdes ? Gonflée, boursouflée, hypertrophiée ?
    À la fois ronde et tendue, symétrique et structurée ? Ou bien répétitive et crescendo ? Toute en puissance lourde ou à l'inverse, en mouvements rapides et légers, contrôlés ? Nue ?
    Après avoir fait un texte de son corps, écrit avec ses muscles et sa chair un poème de la force virile, il lui fallait trouver le langage qui écrirait le roman du corps. »

    Entre 1975 et 1985, dans le monde entier, Mike Mentzer incarna l'homme idéal - un corps spectaculaire, en ce qu'il joignait la perfection des formes classiques et la promesse d'une surhumanité nouvelle.
    Il fut l'un des monstres sacrés d'une jeune discipline, le bodybuilding. Avec cette faculté inédite d'être aussi écrivain, théoricien et philosophe. Aujourd'hui encore, ils sont des milliers à tenter de percer son énigme, à vouloir comprendre pourquoi Arnold Schwarzenegger jura sa perte - et même, s'il en fut la cause.
    Monsieur Amérique nous fait entrer dans la peau de ce personnage hors du commun pour conter son épopée et celle d'un pays en crise. C'est un roman du masculin, construit et déconstruit, de la chair et de la fonte, un roman du rêve américain et du crépuscule qu'il portait, peut-être, déjà, en germe.
    Nicolas Chemla a publié Luxifer, pourquoi le luxe nous possède (Séguier, 2014) et Anthropologie du boubour (Lemieux éditeur, 2016).

    Nicolas Chemla, diplômé d'HEC et d'un master d'anthropologie sociale du développement, est consultant et spécialiste du luxe. Il est l'auteur de deux essais : Luxifer. Pourquoi le luxe nous possède (Séguier, 2014), et Anthropologie du boubour (Lemieux, 2016). Passionné de romantisme noir et de cinéma transgressif, il aime créer des ponts entre les cultures, les sujets et les points de vue et déplacer les frontières des genres.

  • Je suis L'Autre raconte une histoire vraie et pourtant in-croyable: celle de José Sáez « El Otro », un matador au physique si similaire à celui du plus célèbre torero du XXe siècle, Manuel Benítez « El Cordobés », qu'il se fit passer pour lui pendant de nombreuses années. Et s'il est plutôt aisé de doubler un acteur ou de jouer le sosie d'un chanteur, il est un peu plus risqué de descendre dans l'arène dans la peau d'un faussaire. Mais en Doppelgänger scrupuleux, José mit tout en oeuvre pour devenir L'Autre, au prix de sa propre identité et de sa propre existence. Entre gloire et misère, ambition et désillusion, le récit de cette imposture longtemps restée secrète nous livre une réflexion sur l'identité mais aussi sur le succès, sa construction médiatique et son impact sur l'existence.

  • Paris, début des années 1970. Nous faisons la connaissance d'une famille de la haute bourgeoisie où Mathilde, la cadette, cherche à tromper son ennui. Ainsi promène-t-elle son spleen dans les fameux « rallyes », fait l'école buissonnière, couche avec son cousin Franz, en attendant l'événement qui devrait tout changer : le bal de ses dix-huit ans. Quelle déception : au lendemain de la fête, la vie reprend son cours entre les immeubles haussmanniens, routinière et absurde. Mathilde voudrait ne plus avoir à vivre, elle tombe dans l'anorexie... Mais dans un « certain milieu », on ne met pas fin à ses jours : on est d'abord soigné dans une clinique ruineuse, puis on se marie. Mathilde n'a guère de prétendant ? En guise d'époux, sa mère va lui trouver un veuf, russe, de vingt ans son aîné, seul rescapé d'une famille juive déportée sous l'Occupation. L'homme, désargenté, violent, a des fréquentations louches, mais aussi une énergie tonitruante qui fascine Mathilde. Au son des airs slaves qu'il joue si bien, la vie pourra-t-elle recommencer ?
    L'auteur réalise une galerie de portraits et de personnages qui, savoureux ou détestables, sont à la fois littéraires et vrais. Un roman - une autofiction ? - entre deux tons, deux religions, deux mondes, qui parvient à construire des ponts inattendus.

    Gouverneur de l'Université hébraïque de Jérusalem, Anne-Marie Mitterrand est l'auteur d'une dizaine de romans, dont Un nom dur à porter (éditions du Rocher, 2003). Dans ce nouvel ouvrage, elle nous offre une tranche de vie singulière, captivante et souvent drôle, inspirée de sa propre histoire.

empty