Robert Laffont

  • De la Première Guerre mondiale à aujourd'hui, le premier essai destiné au grand public sur l'importance stratégique des ressources en eau dans la conduite de la guerre.
    Des premiers combats de 1914 à l'engagement actuel des armées françaises dans la bande saharo-sahélienne, l'eau est une composante stratégique des opérations militaires. Sa maîtrise a ainsi influencé le sort de plus d'une bataille de la Première Guerre mondiale. Elle fut également un enjeu crucial de la guerre du Désert durant la Seconde et au centre de la planification du Débarquement en 1944. Après 1945, les ressources en eau sont devenues progressivement des cibles et des armes de destruction dans de multiples conflits, jusqu'aux affrontements récents avec Daesh en Irak et en Syrie.Aujourd'hui, sur fond de bouleversement climatique, de pression démographique et d'explosion de la demande, certaines régions du monde sont confrontées à une rareté grandissante des ressources disponibles. Cela pose des questions essentielles en matière de sécurité hydrique, alimentaire, énergétique et environnementale. L'eau est ainsi devenue un enjeu de sécurité collective.Prenant appui sur des archives militaires et sur des sources diplomatiques inédites, cet essai offre à la fois un éclairage nouveau sur les conflits qui ont traversé et traversent notre monde et une meilleure compréhension des enjeux géopolitiques que portent les ressources naturelles.

  • Un demi-siècle autour du monde par l'un des plus grands géographes français.
    Riche de ses voyages dans quelque cent vingt-cinq pays - les deux tiers des États membres des Nations unies -, Michel Foucher explore ici les voies d'une géographie vécue comme active et engagée : en chercheur et cartographe, consultant et diplomate, analyste et témoin impliqué.Enquêtes de terrain et entretiens forment, pour ce grand spécialiste des frontières, la matière première de la géographie - une géographie débouchant sur une géopolitique appliquée. Car Michel Foucher en est convaincu : il est souvent possible d'anticiper les tensions si l'on donne aux représentations spatiales leur juste place dans l'imaginaire des peuples et des acteurs publics.Après une longue carrière, le temps était venu pour lui de procéder à ce que les officiers de l'armée de terre nomment un " retour d'expérience ", ou " retex " - analyse sans concession des succès et des échecs. Confrontant les passés étudiés aux présents observés, ces Mémoires dessinent une carte passionnante des enjeux du monde contemporain.

  • Sur la question de la radicalisation du religieux, les salafistes djihadistes concentrent toute notre attention. Or ils ne sont pas les seuls à constituer une menace : il faut aussi s'intéresser aux téléprédicateurs du Conseil évangélique de Trump, aux juifs radicaux du " Grand Israël ", aux extrémistes bouddhistes et hindouistes... Dans notre monde globalisé, on doit en réalité parler des radicalismes religieux au pluriel.Tous reposent sur le même triptyque d'intolérance : une foi, une terre, un peuple, s'appuyant sur une réécriture victimaire de l'Histoire et légitimant une violence vengeresse " sanctifiante " - à l'instar des kamikazes salafistes qui se croient promis au paradis ou de ces pasteurs et prêtres américains justifiant le meurtre de médecins avorteurs.S'ils partagent de nombreux points communs, tous ne visent pas un objectif planétaire. Mais tous redessinent la géopolitique moderne, tandis qu'au sein des sociétés, les poussées radicales sapent chaque jour un peu plus l'égalité entre les hommes, les droits des femmes, des minorités, excluant l'" Autre " du champ politique quand il ne s'agit pas purement et simplement d'épuration ethnique...Face à ces dangers, il est temps de cesser de traiter les religions sous l'angle de la liberté de conscience et de les considérer en termes politiques. Les mêmes appels à l'exclusion proférés par des néonazis ou des suprémacistes seraient immédiatement condamnés : pourquoi faudrait-il les tolérer quand ils sont tenus par des religieux, quelle que soit leur " chapelle " ?

  • Déclin des systèmes et des partis classiques, mise en cause de la représentation politique, montée du populisme et des nationalismes, emprise des fake news, tentation de la violence... : force est de constater la fragilité, aujourd'hui, de la démocratie. Alors que soufflent les vents mauvais de l'extrémisme, de l'autoritarisme, du racisme, de l'antisémitisme, du terrorisme, comment défendre ce bien commun qui nous semblait acquis mais ne l'est pas ?Face à ces maux qui minent nos sociétés et qu'il décrypte en profondeur, Michel Wieviorka interroge la place et le rôle des sciences humaines et sociales. Il y invite le meilleur de sa discipline - la raison, la connaissance de l'histoire, l'imagination sociologique, l'esprit critique - à se mettre (se remettre ?) au service de l'idéal démocratique.Pour une démocratie de combat est un ouvrage pionnier qui conjugue une orientation authentiquement citoyenne, des propositions théoriques et méthodologiques exigeantes et des pistes concrètes pour une démocratie vivante et active. Indispensable en ces temps de perte de repères, de fureur et de démoralisation : à coup sûr un livre de référence.

  • L'esthétique, avant d'être le caractère propre de l'art, est une donnée fondamentale de la sensibilité humaine. Le sentiment esthétique est un sentiment de plaisir, qui peut s'intensifier en émerveillement et bonheur. Il peut être suscité par un spectacle naturel, une oeuvre d'art, mais aussi par des objets ou des oeuvres que nous esthétisons. D'où vient la créativité artistique ? Qu'appelle-t-on inspiration ou génie ? De la transe du chaman à celle du poète, de la mimesis de l'écrivain à celle du comédien, quelle est l'expérience in vivo de l'artiste ? De Lascaux à Beethoven, de Dostoïevski à Orson Welles, Edgar Morin convoque les oeuvres et les artistes qui l'ont marqué et accompagné pour démontrer la profondeur de l'expérience esthétique. Les grandes oeuvres ne sont pas que " divertissements " : elles nous donnent compréhension de la condition humaine, dans ses comédies et ses tragédies.

  • Une étude exceptionnelle sur les dessous du royaume le plus puissant et le plus secret au monde. La diplomatie religieuse de l'Arabie saoudite constitue un étrange trou noir dans l'analyse du radicalisme qui affecte l'islam aujourd'hui. Pourquoi le salafisme, mouvance la plus intolérante et sectaire de l'islam, est-il devenu si conquérant ? Parce que parmi tous les radicalismes religieux qui pourrissent la planète, il est le seul à bénéficier d'un appui constant de la part d'un pays doté d'immenses moyens : le royaume saoudien. Cette étude, dont les collaborateurs ont souhaité conserver l'anonymat, révèle comment ce royaume aux deux visages, celui conciliant de la dynastie Saoud et celui plus agressif du salafisme, propagandiste du djihad, a depuis des décennies développé une stratégie religieuse pour conquérir la communauté musulmane, mais aussi l'Occident, sans apparaître comme un ennemi grâce à un soft power original, hybride des systèmes américain et soviétique. Aujourd'hui, ce pays longtemps protégé se retrouve menacé sur son propre territoire par le salafisme djihadiste qu'il a propagé ailleurs.

  • Le Noir, le Rouge, le Jaune, le communiste, le barbu... : quand Hollywood fabrique des ennemis, ce n'est pas que du cinéma.
    Hollywood est une usine à rêves mais aussi une formidable machine à créer des méchants. À chaque époque sa cible. D'abord incarné par le Noir, représenté comme un illettré, un paresseux obsédé par la femme blanche, l'ennemi a ensuite pris les traits de l'Indien, sauvage et agressif, puis du Chinois cruel, du basané - bandit mexicain, gras et transpirant, ou trafiquant colombien -, du nazi ou du communiste... Plus récemment, lors de la deuxième guerre du Golfe, c'est le " Frenchie " qui a cristallisé la rancoeur des États-Unis, avant qu'il soit remplacé par l'Arabo-Irano-terroristo-musulman. Pour mener l'enquête, l'auteur a passé au crible plus de trois mille films, le plus souvent des objets cinématographiques de consommation courante, ceux qui forgent l'opinion publique bien plus que les chefs-d'oeuvre. De manière implacable, il démontre comment Hollywood, en jouant de la confusion entre fiction et réalité, cinéma et géopolitique, est devenu une arme de propagande massive, capable de transformer les ennemis des États-Unis en menaces planétaires.

  • Comment les hommes en viennent-ils à se massacrer légalement ? "Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d'ennemi !" avait prédit en 1989 Arbatov, conseiller diplomatique de Gorbatchev. L'ennemi soviétique avait toutes les qualités d'un "bon" ennemi : solide, constant, cohérent. Sa disparition a en effet entamé la cohésion de l'Occident et rendu plus vaine sa puissance. L'ennemi est-il une nécessité ? Il est très utile en tout cas pour souder une nation, asseoir sa puissance et occuper son secteur militaro-industriel. C'est pourquoi les États, les services de renseignements, les think tanks stratégiques et autres faiseurs d'opinion "fabriquent" consciencieusement de l'ennemi, qu'il soit rival planétaire (Chine), ennemi proche (Inde-Pakistan), ennemi intime (Rwanda), Mal absolu, ennemi conceptuel ou médiatique. Certains ennemis sont bien réels, d'autres, cependant, analysés avec le recul du temps, se révèlent étonnamment artificiels. Conséquence : si l'ennemi est une construction, pour le vaincre, il faut non pas le battre, mais le déconstruire. Il s'agit moins au final d'une affaire militaire que d'une question politique.

  • " Il y en a qui veulent faire tout comme la chanteuse Rihanna, eh bien moi, je veux tout faire comme Merah. " Une jeune jihadiste.
    Le jihadisme est un fait social total, résultant de facteurs urbains, sociaux, anthropologiques, politiques, mais aussi psychopathologiques. De l'Europe à l'Amérique du Nord, en passant par l'Australie et l'Afrique du Nord, Farhad Khosrokhavar a analysé les situations " jihadogènes " qui favorisent la radicalisation. Son enquête au coeur des cellules terroristes, dans les villes et les banlieues, révèle les points communs entre ces candidats occidentaux au jihad - adolescentes et adolescents, jeunes à problèmes psychosociaux, convertis et recruteurs - mais aussi leur incroyable diversité... Dans cet état des lieux complet, fruit de dix ans de recherche, l'auteur décrypte l'environnement et le profil de plus d'une centaine de jihadistes occidentaux pour comprendre l'origine de leur haine et le moteur de leur passage à l'acte. De cette formidable somme de faits et de témoignages ressort un constat sans appel : le succès du jihad chez les jeunes met en lumière la crise de nos démocraties, en quête de sens et de savoir-vivre ensemble. Cette crise est profonde, ses conséquences risquent d'être durables.

  • En France, les juifs sont inquiets, ils constatent que l'antisémitisme dans le pays s'étend et revêt un tour meurtrier. Les musulmans, eux, sont soupçonnés de passivité ou de compréhension pour le djihadisme, leur intégration bute sur le racisme et les discriminations, et leur seule existence sur notre territoire a relancé les passions relatives à la laïcité. Enfin, notre république est en crise, impuissante bien souvent à se conformer à son propre idéal d'égalité et de fraternité. Il est temps de transformer cette crise en débat et de repenser le vivre-ensemble. C'est ce que propose ce livre, à partir d'une hypothèse originale : les juifs et les musulmans, au-delà de ce qui les sépare, ne sont-ils pas les mieux placés pour réfléchir à l'aggiornamento du modèle républicain français ? Pour permettre à la France de mieux affronter les grands périls actuels - le terrorisme, le racisme, la haine et l'intolérance - et pour préciser les contours d'un nouveau modèle à même de conjuguer les valeurs démocratiques et le respect ou la reconnaissance des particularismes ? Farhad Khosrokhavar est spécialiste de la question de l'islam et de la radicalisation, Michel Wieviorka de la violence et de l'antisémitisme. Tous deux montrent par l'exemple comment musulmans et juifs peuvent contribuer à rebâtir activement notre république.

  • " D'immenses transformations modifient la planète, et les outils disponibles pour penser ces phénomènes évoluent à grande vitesse. En quelques années, ma génération de chercheurs en sciences sociales a vécu l'effondrement du fonctionnalisme, le triomphe, puis le déclin du structuralisme, l'apogée, puis l'affaiblissement du marxisme, les succès de l'interactionnisme symbolique, la montée en puissance de diverses variantes de l'individualisme méthodologique, le retour du thème du Sujet, etc. Il y a là non pas une crise, mais une mutation dans nos façons de réfléchir et d'aborder un monde en changement. Cette mutation concerne toutes les disciplines du savoir, et pas seulement les sciences sociales, mais celles-ci sont en première ligne, et appelées à jouer un rôle central. L'objectif de ce livre est d'abord de mettre en valeur les instruments d'analyse les plus prometteurs. Il est ensuite d'étudier à leur lumière des phénomènes tels que les mouvements sociaux, la diversité, la mémoire, la violence, le terrorisme ou encore le racisme, afin d'appréhender dans toute son épaisseur le monde dans lequel nous vivons. " M. W.

  • Les enquêtes par sondage livrent une image morcelée des Français. Elles analysent les caractéristiques individuelles une par une : catégorie sociale, âge, sexe, niveau d'éducation, activité, origine, lieu de résidence... Mais une personne n'est pas successivement un ouvrier, un homme, un jeune, un titulaire du bac, un actif et un habitant de la capitale né en Bretagne. Elle est tout cela à la fois, et bien plus encore. Pour saisir le comportement de nos concitoyens, cet ouvrage recolle ces divers morceaux de leur personne et les réinsère dans leur environnement - couple, foyer, parentèle, lieu de résidence... - qui les définit autant sinon plus que leurs particularités individuelles. Cela est rendu possible par les big data du recensement national, qui décrivent la composition exacte de plus de dix millions de ménages.Cette enquête exceptionnelle, illustrée par une cartographie riche et inédite, révolutionne notre conception des comportements sociaux et économiques des Français.

  • Violence, radicalisation, déshumanisation... Qu'est-ce que la prison dit de notre société ? Cette enquête exceptionnelle menée dans quatre grandes prisons françaises - Fleury-Mérogis, Fresnes, Lille-Sequedin et Saint-Maur - dresse un état des lieux inédit et alarmant du milieu carcéral de notre pays. De la fouille à la promenade, du mitard à la salle de sport, le quotidien pénitentiaire est raconté par ceux qui le vivent. Petits délinquants, dangereux criminels, voyous radicalisés, " fous ", surveillants, médecins, directeurs d'établissements : à tous, l'auteur donne pour la première fois la parole. Aux problèmes récurrents de surpopulation, violence, trafics en tout genre et conditions de vie dégradantes, est venu s'ajouter celui de la radicalisation. Le sociologue montre comment la prison constitue un terreau fertile pour les apprentis djihadistes et un vivier de recrutement pour les plus radicalisés. Analysant avec finesse et rigueur cet univers habituellement inaccessible, il livre une réflexion plus que jamais nécessaire sur l'enfermement et ses conséquences psychiques et sociales.

  • Nos connaissances sur l'humain, sur la vie, sur l'univers, sont en pleine expansion. Elles sont aussi séparées et dispersées. Comment les relier ? Comment affronter des problèmes qui sont tout à la fois complexes, fondamentaux, intellectuels et vitaux ? Comment nous situer dans l'aventure de la vie et dans celle de l'univers, en tenant compte du fait que l'humain est intérieur à l'univers et que l'univers est intérieur à l'humain ? La réponse d'Edgar Morin, avec ce livre, est lumineuse d'intelligence et accessible à tous. L'auteur nous invite, à sa façon, à penser global, c'est-à-dire à considérer l'humanité dans sa nature " trinitaire ", puisque chacun est à la fois un individu, un être social et une partie de l'espèce humaine. L'humanité est emportée dans la course effrénée de la mondialisation : la réflexion d'Edgar Morin nous propose de scruter son avenir et son devenir sans céder aux facilités de l'air du temps ni aux injonctions de l'actualité.

  • De la Terre de Feu à la Californie, la première étude globale de la question indienne aujourd'hui. Les Indiens qui sont au coeur de ce livre démontrent que la montée en puissance des questions culturelles, identitaires et religieuses ne s'accompagne pas nécessairement de nouvelles violences. L'émergence indienne, phénomène majeur des dernières décennies, a transformé l'image d'une Amérique latine encore trop souvent identifiée avec les dictatures et les guérillas révolutionnaires. Elle exprime une demande de démocratie qui, bien au-delà des changements de régime politique, s'enracine dans le rejet d'un racisme hérité de la Conquête et de la Colonie. Dans le nord de l'hémisphère, le combat de Martin Luther King pour les droits civiques vient de connaître un prolongement inespéré avec l'élection de Barack Obama. En Amérique latine, la longue marche indienne, discrète et fragmentée, se donne à voir dans des figures intermittentes (Rigoberta Menchú, les zapatistes, Evo Morales...). Mais elle est constituée par une multitude d'acteurs, souvent des femmes qui, en luttant pour leur émancipation, contribuent à produire une planète multiculturelle, où l'hégémonie blanche n'est plus aussi assurée.

  • Notre monde va très mal, va trop vite ? L'injustice et la violence règnent sans partage ? Pourtant, il n'y a aucune fatalité, ni naturelle ni divine, qui mène nécessairement au pire, au déficit de repères, à l'incapacité de nous projeter vers le futur. L'histoire est ce qu'en font les hommes ! D'où l'importance qu'il y a à redonner aux valeurs universelles la place centrale qu'elles méritent, à embrasser dans un même mouvement de pensée la globalité du monde et la subjectivité individuelle. D'où la nécessité aussi de renouveler nos idées et nos concepts et de transformer la crise en débats et conflits producteurs de sens.Un éclairage stimulant sur la vie intellectuelle contemporaine, une pensée profonde tendue vers l'avenir.

  • Heureux au travail ? Une enquête exceptionnelle dans le quotidien de l'entreprise. Le travail est-il un instrument d'aliénation ou de progrès ? Dans un contexte de crise permanente, dont les grands marqueurs sont le chômage de masse, la pénibilité et la perte de sens, le travail peut-il encore être une expérience heureuse ? Tandis que s'effacent les repères de l'ère industrielle (organisation " scientifique " de la production, poids politique de la classe ouvrière), Travailler au XXIe siècle donne la parole aux salariés et revisite le concept classique de reconnaissance. Comment le travail, au-delà de sa dimension lucrative, peut-il être source de prestige et de gratification personnelle ? Forts de trois ans d'enquête et d'entretiens avec des salariés, des syndicalistes et des cadres dirigeants, les auteurs explorent la réalité complexe du monde de l'entreprise aujourd'hui en France et montrent les vertus de la reconnaissance au travail.

  • " La société nous repousse. C'est comme dans les ghettos américains. En France, on a parqué tout le monde d'origine dans les quartiers. " (Adil, 26 ans, employé) Ni assimilé ni étranger, l'habitant du ghetto vit dans un entre-deux, un espace particulier qui n'est pas totalement hors de la société mais qui n'en fait pas partie non plus. Il a le sentiment que la société dont il partage les valeurs l'empêche d'avancer comme de revenir en arrière. Le ghetto urbain est à la fois une cage et un cocon. Les habitants qui y sont relégués ont élaboré en ses murs un mode de vie particulier, un contre-monde qui les protège collectivement de la société extérieure mais qui constitue un handicap pour chacun. Ensemble, ils travaillent à la fabrication d'un univers auquel individuellement ils tentent d'échapper. Renforcement de la ségrégation urbaine et de la discrimination raciale, accroissement considérable du chômage et de la pauvreté, organisation sociale spécifique aux quartiers ségrégés, rupture de la communication entre les sexes et usage endémique de la violence: le ghetto est bel et bien devenu une réalité française. Didier Lapeyronnie en fait l'indiscutable démonstration.

  • Les armes biologiques, particulièrement dangereuses, exigent des États qui les produisent la plus grande discrétion - pour ne pas dire le mensonge et la désinformation. Le secret qui les entoure permet tout : l'éthique est bafouée au nom de l'efficacité, des expérimentations humaines sont réalisées sous couvert de raison d'État. Des premiers pas de la recherche biologique française pendant la Première Guerre mondiale aux attaques à l'anthrax de 2001, du " cocktail diabolique " américain en pleine Guerre froide aux armes biolétales soviétiques, des cobayes humains du Dr Ishii dans les années 1930 aux armes " ethniques " visant spécifiquement les populations noires d'Afrique du Sud durant l'apartheid, L'Histoire secrète des guerres biologiques brosse de notre siècle une fresque d'épouvante. Savants fous, médecins tortionnaires ou chefs militaires mégalomanes sont les personnages de ce récit horrifiant... dans lequel tout est vrai. Patrick Berche, membre du Conseil scientifique de défense, révèle des scandales que politiques et militaires ont soigneusement enfouis.

  • " Le IIIe millénaire s'est-il engagé sous le signe de l'antipolitique ? La question mérite assurément d'être posée, tant semble primer, à tous les niveaux, le contraire du politique : la violence et la guerre ; les tendances au repli communautaire, nationaliste, religieux ; l'incapacité de faire progresser la construction de vastes ensembles régionaux ; l'unilatéralisme des puissants, auquel ne peut que répondre l'extrémisme des plus faibles ; le capitalisme débridé et, finalement, le désenchantement de ceux qui, désabusés, s'éloignent purement et simplement de la politique, et s'abstiennent comme citoyens. " M. W. Le politique, ébranlé, est sommé de se transformer. Il doit à la fois s'efforcer de se rapprocher des citoyens et s'adapter aux nouveaux enjeux de la mondialisation, dans le respect des valeurs universelles et la reconnaissance des particularismes. C'est ainsi, en circulant constamment du " global " au " local ", que de prestigieux intellectuels venus de huit pays confrontent leurs points de vue sur la crise et la renaissance du politique.

  • La bioéthique est affaire d'hommes et de femmes, d'histoires singulières, plutôt que de principes désincarnés. Vouloir un enfant alors que l'on est stérile, malade ou mourant, vouloir sauver la vie de celui que l'on aime au risque de perdre la sienne, vouloir être un homme quand on est né femme ou l'inverse sont autant d'épreuves de vie qui façonnent, au sens où elles détruisent mais construisent à la fois les individus qui les affrontent. Les histoires racontées ici ont été recueillies par le Centre d'éthique clinique de l'hôpital Cochin à Paris, où docteurs, philosophes, juristes et sociologues accompagnent patients et médecins dans leurs interrogations, jusqu'à ce que soit prise la moins mauvaise des décisions. C'est une plongée passionnante dans le concret de la médecine, au carrefour entre progrès scientifique et lutte pour la vie. Ces histoires véhiculent aussi des dilemmes éthiques dramatiques qui remettent en cause nos certitudes morales. Certains dénoncent le " bazar bioéthique " qui pourrait s'ensuivre. Pour Véronique Fournier, c'est en osant au contraire se porter solidaire de ces hommes et ces femmes que l'on pourra dessiner les voies d'une nouvelle bioéthique.

  • Depuis une vingtaine d'années, le CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, se trouve régulièrement au coeur d'une actualité passionnelle et polémique. Qu'il s'agisse du conflit israélo-arabe, de l'antisémitisme, de la politique étrangère française au Moyen-Orient, du communautarisme ou de l'histoire et la mémoire de la Shoah, rares sont les débats dont il est absent. Devenu partie intégrante du paysage politique et médiatique français, notamment à travers son célèbre dîner annuel, le CRIF reste pourtant très mal connu. Quelle est son histoire et comment s'inscrit-elle dans les évolutions du judaïsme français ? Qui sont ses dirigeants ? Quels sont ses réels moyens d'influence sur les pouvoirs publics ? Quelles sont ses stratégies et ses orientations sur la scène politique française mais aussi en lien avec Israël ? En retraçant, à travers ses moments clés, l'histoire de cette organisation depuis sa fondation en 1943, ce livre répond à ces questions. Nourrie d'archives inédites et de nombreux entretiens, cette histoire du CRIF dessine en creux un portrait fouillé et paradoxal de la France de ces soixante dernières années. À l'heure où le pays s'interroge sur la représentation de ses minorités, il n'est pas superflu de situer et de comprendre l'un de ses exemples les plus emblématiques, entre épouvantail communautariste et " top model " républicain.

  • Les sciences humaines et sociales peuvent-elles aider à dessiner les contours de la prochaine gauche - une gauche de gouvernement porteuse d'un projet en phase avec les aspirations de la société ? Telle est la question à laquelle Michel Wieviorka se propose de répondre en intellectuel soucieux de concilier approche sociologique et orientations politiques de gauche. Le monde réel est en mouvement, mais aussi le monde des idées et des analyses. Nation, droits de l'homme et éthique, multiculturalisme, laïcité, " statistiques ethniques "... Michel Wieviorka en appelle à repenser les catégories et les outils conceptuels. Dans un contexte marqué par la globalisation, il en décrypte les enjeux et bat en brèche les idées reçues - relatives par exemple aux migrations, à l'intégration ou encore à l'islam. Ce faisant, il jette les bases d'un programme exigeant et ambitieux pour la prochaine gauche. Articuler logiques locales, nationales et supranationales, conjuguer respect des valeurs universelles et reconnaissance des particularismes, favoriser la diversité ou le droit à la mobilité, agir contre le repli identitaire sans pour autant disqualifier les différences, permettre à chacun de se prendre en charge : Michel Wieviorka, sur fond d'analyses concrètes, exhorte la prochaine gauche - républicaine, européenne et réformatrice, solidaire, laïque et humaniste - à affirmer haut et fort les valeurs qui sont les siennes, et à les transcrire en action politique.

  • De 1956 à 1962, en Algérie, par obligation légale, sans avoir bénéficié d'une préparation adaptée à leur mission, environ un million et demi de jeunes Français ont vécu une situation dramatiquement exceptionnelle. Comment certains de ces hommes " ordinaires " d'à peine vingt ans, appelés du contingent, en sont venus à commettre l'intolérable ou à être les protagonistes passifs d'exactions diverses, allant jusqu'à la torture ou l'exécution sommaire ? Sur la base de lettres et de témoignages saisissants, inédits ou clandestins, Claude Juin, qui fut lui aussi soldat en Algérie, démonte les mécanismes tortionnaires. Pour ces hommes, pourtant forgés aux valeurs républicaines des Droits de l'homme et de l'esprit de la Résistance, la haine viscérale de l'Autre, la soumission aux ordres, la peur, la vengeance, la frustration furent autant de prétextes pour justifier l'intolérable, pour faire taire les consciences. " Les jeunes soldats, écrit Claude Juin, parce qu'ils vivaient un évènement hors du commun, ont pu devenir cruels, tout en restant des gens ordinaires de la condition humaine. J'ai vécu au milieu d'eux, ils étaient parmi nous. Dans l'abomination, ils demeuraient des hommes. "

empty