Publie.net

  •  Roman carrefour, roman indémodable, à la transition du symbolisme vers le moderne, expérimentation essentielle à l´aube du XXe siècle, on n´en pas fini avec Les Faux-Monnayeurs. Récit proliférant, greffe de personnages, fiction par ellipse, mises en abîme, tout ce qu´on décrypte ici vaut pour l´expérience d´écrire aujourd´hui. Sous la direction d´Hélène Baty-Delalande (Paris VII/Cerilac), huit chercheurs en explorent la poétique et les signes, enfin la figure même d´André Gide parmi nous.

  • Qu'est-ce qui fait que la littérature déborde ses mots et ses histoires, et devient expérience humaine ? C'est peut-être l'idée la plus centrale que met ici en travail Olivier Rolin, repassant par Barthes (La préparation du roman et Le plaisir du texte), mais allant sur les pistes sombres de Lowry, Dostoïvski ou Vassili Grossmann.

    C'est dans le travail du style - étymologie bien plus ancienne que le "style" à inciser des romains. Et Olivier Rolin quatre fois entrecroise ses traces dans la même énigme, dont une étude qui renouvelle notre compréhension de Marcel Proust.
    On croisera Chateaubriand, Tolstoï, Miller, Ponge mais aussi Pessoa, Faulkner ou Claude Simon. Surtout, on tient un fil : l´imaginaire du roman, la difficulté du travail de fiction, et que cela passe par l´anatomie du style, la forge des étymologies. La littérature ne participe pas d´une génération spontanée : dans ces quatre essais, revenant à quelques notions centrales, c´est l´art de lire d´Olivier Rolin, la façon dont on grimpe sur l´épaule des géants, qui devient véritable école.
    Vraiment très fier d´avoir à mettre à la disposition de qui veut un matériau aussi libre, mais qui nous approche de façon aussi radicale de ce point de fusion où écrire et lire participent du même geste, du même inconnu.

    FB

  • "Chantier Gauguin" est un triptyque, où deux études de fond sur Gauguin, l'une plutôt génétique et sur le rapport oeuvre et biographie, l'autre constituée de deux lectures d´images, encadrent un texte utilisant la fiction (au départ, un feuilleton radiophonique en 12 épisodes) pour approcher « Les derniers jours de Paul Gauguin ».

    Chaque auteur a dans son atelier ces chantiers au long cours, sur des artistes ou personnages dont les affinités électives avec notre propre travail ne peuvent éventuellement se révéler qu'à condition de porter sur eux l´écriture.
    Parce que la condition est peut-être que l'interrogation vaille d´abord pour celui qui écrit, et vaille au présent : que cela parte de ce qui relie la littérature au monde. Bertrand Leclair place au centre de sa démarche la relation de Gauguin lui-même à l´écriture : que nous enseigne, pour notre rapport à la langue, l´usage qu'en font ceux de l´image ? Question centrale au moins depuis Van Gogh, le suicidé de la société d´Antonin Artaud.

    Ici, trois strates simultanément développées d´un même chantier, qui ne se résout pas à la démarche critique, mais s´ancre sur l´atelier symétrique de celui qu'on convoque.

    FB Romancier, essayiste, Bertrand Leclair est également l´auteur d´une dizaine de pièces ou de feuilletons radiophoniques (créés sur France Culture ou France Inter).
    Longtemps critique littéraire pour des journaux aussi différents que InfoMatin, Les inrockuptibles (dont il a démissionné à l´automne 2000) ou La Quinzaine littéraire, collaborateur irrégulier de Remue.net, il travaille actuellement, grâce à une aide à la création de la Région Ile-de-France, à un ambitieux projet théâtral mêlant l´écriture dramatique et la langue des signes au sein de l´International Visual Theater, que dirige Emmanuelle Laborit, à Paris.

  • Comment aborder une oeuvre qui rassemble, en trois tomes Pléiade, presque soixante-dix ans de publications imbriquées, se refusant, entre la poésie, le fantastique, les expériences sur le rêve et la drogue, à tout enfermement de genre ? Que Michaux lui-même est une énigme, construisant sa vie avec la même précision qu´il écrit ou dessine ?
    Et oeuvre qui nous est si vitalement nécessaire, encore plus maintenant qu´on peut l´appréhender dans sa globalité, sa complexité, ses déchirements...
    Pascal Gibourg a ce chic, élégance près de son modèle, de nous emmener voisiner les zones les plus névralgiques. On n´aborde pas Michaux en théoricien, en poseur d´étiquettes, mais par des traversées obliques, toutes orientées pourtant par les lignes de force propres à l´oeuvre, qu´on découvre soudain nous entourant de partout, mais fièrement, proche et terrifique à la fois.
    Voyager le monde... Hindouisme, bouddhisme, tao... La langue des autres... Magicien et sorcier... Exorciser son nom... Non pas deux mais mille bras... Le corps en morceaux... Visages de la drogue... Le bonheur dans la chute... Jeux...., voilà les dix figures qui servent d´incise à Pascal Gibourg pour appréhender Michaux.
    Non pas Michaux disséqué, écartelé, vu depuis l´univers des lettres ou traité en tant que poète : mais Michaux là où surgit l´écriture, quand surgit de l´expérience, ou des apories de la vie, une figure qui appelle le langage.
    Alors presque un portrait puzzle, la façon de Michaux de se porter aux limites, et forcément la rencontre des noeuds essentiels de son écriture, de son parcours, presque une prise de repère, où les noms qui le croisent, d´Octavio Paz au début de l´essai à François Cheng tout à la fin sont aussi une rupture avec le poète statufié.
    Michaux a une importance considérable pour nous tous. Qu´il soit présent dans publie.net est nécessaire, et favorable - et merci à Pascal Gibourd de nous y conduire en voyage : on y regarde, vous verrez, les puits de très près.

    FB Sur Pascal Gibourg :
     bio & biblio, et notamment son Rêve d´épingles  son blog Paix dans les brisements  Il a aussi publié Nouvelles de l´autochtone en 2005 chez Filigranes.... A lire aussi, plus ancien, un texte de Pascal Gibourg sur Le neutre chez Blanchot.

  • Le point de départ d´un texte philosophique sur l´écriture de Guyotat pourrait être la question de l´illisibilité de cette oeuvre, avec tout ce que cela implique comme attention à porter notamment sur le « dehors » du texte. L´illisibilité des textes de Guyotat fait se porter l´attention en creux sur tout le dispositif d´écriture-lecture qui borde cette écriture : en effet, étant donné que les « trames narratives » sont sapées, tout autant que la « psychologie des personnages » et que la plupart des autres caractéristiques qui font d´un roman un texte analysable, il n´y a pas d´autre choix que de s´interroger sur la façon dont ces textes en sont venus à exister. S´interroger sur l´existence de ces textes revient en quelque sorte à s´interroger sur leur matérialité, leur « vie », leur corps, leur manière de « faire corps » avec le corps de leur auteur au moment de l´écriture puis la façon dont s´opère la rupture d´avec ce corps lors de l´édition, pour enfin en arriver à une attention portée à l´acte de leur lecture, à la passivité réceptive que celui-ci implique tout autant qu´un engagement « corporel » du lecteur dans cette matière verbale rendue illisible notamment par l´excès d´affects qui la travaille.
    L´hypothèse de travail de l´approche philosophique de l´illisibilité à l´oeuvre dans l´écriture de Guyotat qui sera tentée ici est que cette illisibilité entretiendrait des liens étroits avec diverses problématiques que l´on pourrait regrouper sous la question du toucher. En effet si un texte est délibérément fait pour que son « contenu » ne soit pas maîtrisable, si ce qu´il inscrit ne fait pas sens, ne fournit pas de signification clairement identifiable, clairement « visible », en somme, pourrait se poser la question de savoir à quoi ce texte « touche ».
    Prendre la question du toucher comme fil conducteur de cette approche de l´écriture de Pierre Guyotat devrait permettre de penser la langue du point de vue de ce qui en trace les limites : il s´agira de voir en quoi l´écriture de Guyotat « touche » aux limites de la langue, et en quoi ce « toucher » est un acte, une action. Approcher l´écriture de Guyotat en tant qu´action (action de toucher), en tant que performativité (performativité de l´illisible, donc), devrait alors permettre de dégager des enjeux éthiques qui seraient communs tant à cette pratique de l´écriture qu´à ce que l´on appelle le toucher.
    Dans un premier temps il s´agira donc, après avoir introduit à l´oeuvre de Pierre Guyotat, de s´intéresser à diverses problématiques liées à la question du toucher, puisque c´est cette question du toucher qui servira de fil conducteur tout au long de l´approche de cette oeuvre. Pour ce faire, une lecture des parties du Péri Psychès d´Aristote traitant de la question du toucher servira de point de départ pour s´intéresser à certaines problématiques ouvertes par Jean-Luc Nancy et par Jacques Derrida, toujours à propos de cette problématique du toucher.
    Dégager ces problématiques générales concernant le toucher permettra alors de s´interroger plus spécifiquement sur certains aspects de la pratique d´écriture de Pierre Guyotat, tels que son rapport à l´abjection et son rapport à soi. Il s´agira alors de relier ces deux problématiques par le biais d´une approche du rire souverain tel qu´il est thématisé par Bataille, puis de voir comment il est possible d´articuler ce rire avec une approche de la caresse telle que proposée par Levinas dans Totalité et Infini.
    Cette approche du rire souverain et de la caresse devraient permettre à la fois d´approfondir les enjeux du toucher à l´oeuvre dans l´écriture de Pierre Guyotat, et d´ouvrir la problématique vers ses enjeux plus spécifiquement éthiques.
    Antoine Boute Antoine Boute vit à Bruxelles, est bilingue et propose ses lectures performances dans les deux langues française et flamande. Il a publié : aux éditions Mix (Paris) :
    « Cavales » (2005), « Blanche » (2004) et « Terrasses » (2004) ; aux éditions de l´Ane qui butine (Lille-Mouscron) : « retirer la sonde » (2007) ; aux éditions du Quartanier (Montréal) : une co-écriture avec

  • Dominique Viart a écrit sur Claude Simon (La mémoire inquiète), a proposé un tableau critique d´ensemble du champ contemporain (avec Bruno Vercier : La littérature française au présent, 2006). Il a aussi fondé ou participé à de nombreuses revues, dont Ecritures contemporaines. Et récemment publié le Folio avec dossier critique des Vies minuscules de Pierre Michon.
    Mais il est aussi professeur, et a su faire de Lille 3, avec son équipe, un lieu étonnant de recherches et de débats théoriques, nous sommes pas mal d´écrivains à y avoir été plancher et pouvoir en témoigner. Quelques anciens textes sur remue.net.
    Enfin, il y a que c´est Dominique Viart : depuis des années, et tout simplement aussi par la confiance et l´amitié qui s´établissent si vite avec lui, sa capacité d´écoute, sa façon de renvoyer la balle, il est reçu par ses collègues "vingtièmistes" du monde entier. Nous en sommes les premiers bénéficiaires, dotés maintenant d´amitiés et de contacts tout autour du monde (n´est-ce pas, Michael Sheringham et les autres...). Pourra en témoigner cet enregistrement proposé par Patrick Rebollar.
    L´an dernier, au CIEREC de Saint-Etienne, c´était mon tour, après Echenoz et Michon, d´être l´invité du colloque préparé par lui-même et Jean-Bernard Vray (et comme j´aurais aimé que mes amis universitaires - alors même que j´ai dans mon ordinateur toutes leurs interventions, polémiques, digressions, fassent choix d´une publication électronique...).
    Dès lancé ce projet publie.net, la présence de Dominique Viart était pour moi symbolique et importante. Pas seulement produire des textes, mais déchiffrer dans quel champ ils s´installent, et comment ils le travaillent.
    Dominique répond par un texte d´écart, et je vois bien un petit sourire ironique en cliquant sur envoi... Sommes-nous, côté écriture, fiction, en possession de projet ? Il ne parle pas d´oeuvre, et pas non plus d´enjeu, ou perspective. Mais bien de construction qu´on oriente, avec intention et volonté.
    Dans ce texte, on retrouvera les tentatives de la Nouvelle fiction, se démarquant mais mimant le Nouveau Roman, qui hante le fond de cette étude : la notion d´avant-garde vaut-elle pour nous autres, ou bien les auteurs plus jeunes que nous souhaitons accueillir ici ?
    On retrouvera un flash-back sur une tentative qui nous hante tous, et à laquelle j´ai énormément pensé en lançant ce projet : les 2 numéros de la Revue de littérature générale d´Olivier Cadiot et Pierre Alferi chez POL.
    On y trouvera Michel Deguy, Jean-Marie Gleize forcément (et son utlisation du terme manifeste, on y parlera du lyrisme critique de Jean-Michel Maulpoix, bien trop discret ces temps-ci.
    On parlera enfin, ou aussi, de Pascal Quignard et de Pierre Michon : et si le "non-projet" était la condition même de l´avancée contemporaine ?
    Avec Projet, nous souhaitons compléter notre rubrique voix critiques par des ensembles ouvrant à débat et recherches...

    FB

  • Troisième réimpression ce début octobre 2008, à un mois de sa parution, pour les 1200 pages du Conte-Jour de Pynchon : et le traducteur n´y serait pour rien ? Lire Claro dans le tourbillon Pynchon. Et l´occasion d´approfondir avec ces trois incises, comment Claro parle lui-même de son travail....

  • Pendant 2 ans, de 2003 à 2005, j´ai eu le privilège de proposer, à l´Ecole des Beaux Arts de Paris, l´UV littérature. En complément, pas mal de temps passé avec les étudiants, y compris pour les faire écrire. Toujours malheureux d´ailleurs que la direction de l´école n´ait pas compris l´urgence et le besoin de cette démarche :
    Rien que pour cela, lire Jérémy Liron donne le chemin de crête.
    J.L. n´a pas assisté à ces 2 ans d´atelier en petit groupe, et plusieurs sont devenus des amis, des travaux qui me sont proches, ou dont je suis à distance le chemin. Si j´ai littéralement percuté dans la peinture de Jérémy Liron, c´est probablement à cause d´un seul mot, la notion de présence.
    Une présence évidemment liée à la ville, et évidemment tissée à même le quotidien. Un banal bâtiment de trois étages en béton, un carrefour de périphérie et voilà. Mais sans qu´on sache. A l´arrangement des signes, aux géométries.
    Hopper nous a appris à venir là. Mais il y a tant de démarches qui recommencent Hopper, avec les yeux tout ronds devant le moindre pignon d´immeuble. Le risque que prenait Jérémy Liron, c´était de s´en prendre à cette peau même, là où plus rien ne peut conférer ce signe minimum, qui organise par exemple la toile chez Hopper.
    La démarche de Jérémy n´est pas isolée. J´ai connu un Julien qui s´en allait dessiner en banlieue les différentes faces des carrefours et ronds-points, ou la totalité de leurs détails, que ses dessins ne recomposaient pas. Ou Nicolas Dion explorant avec photo et dessin le point exact où, vers Roissy, se dissolvait à son avis la ville. Ou Assaf Gruber, l´Israélien, cherchant à Tel Aviv, Berlin et New York le même arrangement simple de ciment, nous forçant à nous écarter de l´espace comme singularité.
    Et pas plus que nous autres, côté plume, ne pouvons nous dispenser de l´image pour documenter le réel, eux ne peuvent se dispenser d´une pratique intentionnelle de la langue. Et ils l´agrandissent, cette langue, par leur précision de regard sur le réel, et leur techné dans la construction de ses représentations (je repense à l´instant à celui qui, pour son diplôme de fin d´étude, avait repris l´idée de Koltès d´un lieu clos suffisamment grand pour tenir l´humanité tout entière :
    Gigantesque stade modèle réduit avec 6 milliards de places répertoriées).
    Pour Jérémy Liron, il y deux autres dimensions.
    La première tient à ce que, son diplôme acquis, il a voulu s´accrocher à sa discipline : ça semble facile, quand on se souvient des ateliers de peintre au 19ème siècle. La peinture exige qu´on s´y consacre en entier. Il y a l´équivalent pour l´écriture, d´ailleurs, et pour cela que je suis un peu interloqué de voir que les nouveaux arrivants dans la littérature, si souvent, désormais, gardent leur métier d´origine. Mais les locataires des immeubles que peint Jérémy ne lui achèteraient pas ses toiles, comme Hopper vendait aux bourgeois le tableau de leur villa. Alors, depuis 3 ans, le voilà itinérant, de Valenciennes à Montluçon. Logé précairement, avec des ateliers jeunes publics, il a bénéficié de plusieurs résidences : gloire et honneur à ces villes qui les accueillent, ces jeunes plasticiens, avec 500 euros par mois, une liste d´interventions scolaires et un deux pièces avec Butagaz.
    La seconde tient à Internet. D´expo en expo, il grimpe, Liron, même si c´est aussi rude que les hivers à Montluçon. Mais, d´une expo à l´autre, c´est par le blog qu´on le suit au travers des jours. Le blog, c´est de l´écriture : et, le langage mis en réflexion du monde, ça s´appelle littérature.
    Qu´est-ce que la littérature version Jérémy Liron ? Je ne sais pas. Ce que je vois, c´est le combat d´un regard et du réel.
    Et que là, dans cette tension, viennent les livres, viennent les mots.
    Il y a assez, dans les 21 pages ci-dessus, pour que vous découvriez ce qui se joue dans ce journal. Si vous voulez lui mettre un mot, passez par son blog. Cette section de son journal fait 42 pages : on la télécharge pour le prix d´un café au comptoir. Offrez-le lui, ce café ? Un petit geste fraternel, ça ne fait pas de mal, dans les temps qui

  • De ce qui se passe quand on écrit, bien sûr on ne sait rien, mais on consacre une quantité infinie de forces, de mécaniques, à essayer d´appréhender et ce vide, et ce vertige.
    Et ceux qui nous y emmènent le plus près, sont seulement ceux qui sont le plus apte à nous le dire en tant que vertige, à le questionner en tant qu´obscur.
    Les trois textes ici rassemblés de Pascal Gibourg sont trois figures de la même approche : pour l´écrivain, écrire est forcément une obsession, commence-t-il dans le troisième texte.
    C´est cette obsession qu´on accepte, et qui nous requiert alors sans reste.
    A chacun sa grille et ses outils pour appréhender la question unique. Pascal Gibourg l´a éduquée et formée dans Blanchot. Sur publie.net, nous accueillons déjà un texte qui est aussi cette approche, mais cette fois creusant l´invention de Michaux, le fantastique et le corps : Facultés de Michaux.
    Et, si Proust n´est pas nommé, comment ne pas lire dans le magnifique premier texte une approche du temps particulièrement active pour penser l´invention de la Recherche ?
    Nous souhaitons privilégier, dans publie.net, cette approche réflexive de la littérature par ceux qui l´écrivent. On pourra être en complet désaccord avec l´approche violente de Pascal Gibourg concernant La maladie et la mort de Marguerite Duras qui fait le centre de cette étude. C´est bien de réouvrir l´approche aujourd´hui de ce qu´est écrire qui compte, aux temps du consensus marchand : que le débat advienne, il y a la place ici pour accepter d´autres ouvertures, d´autres réflexions.
    Néanmoins, ce qui ici travaille, c´est la langue :
    Comment elle se forme, comment elle se risque. Merci à Pascal Gibourg de bien vouloir le mettre en partage.

    FB On recommande aussi, parmi les récentes interventions de Pascal Gibourg sur Inventaire/Invention, cet entretien avec Jean Rolin, ou cette lecture de La puissance de la pensée de Giorgio Agamben.

  • La ville est un concept omniprésent : elle nous entoure, c'est aussi bien nos circulations, nos modes d'accès à la culture ou la consommation, mais d'abord la relation aux autres. Et la ville, c'est un mouvement : nous les avons vu se construire, nous assistons à l'enfoncement des architectures mortes trop vite. Nous sommes conscients de toutes les urgences que la ville catalyse, et nous n'avons jamais abandonné les vieilles utopies : elles s'enracinent bien trop loin dans le passé, il n'y a qu'à voir les peintres.

    C'est à cela que Jean Rouaud s'affronte, figure complexe, qu'il démêle en 10 incises successives. On commence avec une déclaration de François Mitterrand, Le socialisme c'est la ville, pour s'en aller voir en cours de routes les villes nouvelles :
    La ville n'existe tellement plus que lorsqu'on se propose d'en bâtir une nouvelle, on se lamente qu'elle ne ressemble pas à une ville.

    Et de là on arrivera à cette nouvelle idée de la ville qu'est Internet. Mais c'est aussi le destin des villes de province. Et ce qu'on a tenté de reconstruire après guerre, comment cela conditionne en partie le destin présent. Jean Rouaud est d'Ouest, on parle de Nantes, Saint-Nazaire et Brest.

    Et la ville est toujours la somme de toutes les villes, celles des voyages, des explorations, du rêve même de la ville : on arpentera la Place Rouge de Moscou, on croisera Ground Zero, pour finir au destin centrifuge de l'hyper-métropole qu'est Paris, sans oublier au passage ces bizarres terminologies du genre communauté d'agglo.
    Quant à partager les mêmes intérêts, pour les fondre dans une histoire commune, ça impliquerait de lancer un zoom arrière très puissant sur Google Earth où, du fin fond de la galaxie, on pourrait effectivement penser que tous ces groupes sont embarqués sur la même planète et qu'ils y forment en somme une agglomération de communautés, ou plutôt une agglo de com, en langage communicant. Il y a une bonne distance cependant dans ce jeu de réglage vu du ciel, mais qu'on ne franchit jamais, où l'on remarque par exemple que la porte d'Auteuil n'est qu'à une encablure du périphérique et de ses villages de cartons et de bâches en plastique. Éclairez-nous, petit Robert, pouvons-nous encore parler de communauté ?

    En décomposant figure après figure l'idée de ville, Jean Rouaud nous propose non pas ses options personnelles : elles sont présentes, on ne les partage pas pour autant, il ne nous les impose pas. Ce qu'il nous présente, c'est le prisme pour appréhender ce jeu complexe et en mouvement, de façon extrêmement précise.

    Est-elle dissoute, la ville, lorsque les SDF plantent leurs tentes place de la Bourse, et pourquoi garde-t-on comme repères ses plus honorifiques les hommages aux bouchers tel que l'Arc de triomphe ?

    F.B

  • J´ai découvert Christian Ruby en lisant en 2002 Les résistances à l´art contemporain publié aux éditions Labor. Explorant les enjeux de l´art à partir de la question du spectateur, Christian Ruby explique déjà que le rapport à l´oeuvre contemporaine est une confrontation corporelle, une polémique sociale et un exercice esthétique.
    Triple exigence donc : immanence du regardeur, enjeu politique et « exercice » à comprendre comme pratique philosophique, engageant, par ailleurs, les deux précédents aspects. C´est ce mouvement général qui caractérise la pensée de ce philosophe qui ne cesse de penser notre contemporain, notre devenir contemporain, notre rapport aux oeuvres d´art... et donc notre rapport au monde (Voir Devenir contemporain ? La couleur du temps au prisme de l´art, paru aux éditions du Félin en 2007). S´il relit Schiller, c´est pour penser notre rapport à la culture et à l´esthétique d´aujourd´hui (voir ses Nouvelles lettres sur l´éducation esthétique de l´homme publiées à La Lettre volée en 2007, ainsi que son Apostille). S´il s´intéresse aux questions du public et du spectateur, ce n´est pas seulement pour en montrer le fonctionnement, c´est également pour souligner les déplacements d´enjeux et rappeler le coeur politique et social de toute pensée du spectateur, de toute proposition d´éducation esthétique (Voir L´âge du public et du spectateur, Essai sur les dispositions esthétiques et politiques du public moderne paru à La Lettre volée en 2006).
    Bref, à rebours de la généralisation des pratiques culturelles actuelles qui chiffrent leur efficacité, Christian Ruby propose une pensée critique. Pour publie.net, Christian Ruby vient fait état de son chantier de travail du moment, l´état de sa recherche, les pistes ouvertes, les perspectives à venir. Ses « Notes sur le travail du spectateur et le sur spectateur au travail de soi » s´articulent à l´ensemble de sa réflexion qui propose de penser le rapport du spectateur aux arts en affirmant la nécessité d´une distance critique et d´une conscience politique et sociale.
    On attend également avec impatience son prochain livre L´interruption, Jacques Rancière et la politique à paraître début 2009 aux éditions de La Fabrique.

    SR Bibliographie Christian Ruby, docteur en philosophie, enseignant (Paris). Derniers ouvrages publiés : Devenir contemporain ? La couleur du temps au prisme de l´art, Paris, Editions Le Félin, 2007 ; L´âge du public et du spectateur, Essai sur les dispositions esthétiques et politiques du public moderne, Bruxelles, La Lettre volée, 2006 ; Schiller ou l´esthétique culturelle. Apostille aux Nouvelles lettres sur l´éducation esthétique de l´homme, Bruxelles, La Lettre volée, 2006 ; Nouvelles Lettres sur l´éducation esthétique de l´homme, Bruxelles, La Lettre volée, 2005.

  • Cela joue de partout !


    On glisse, on bascule...


    Dans quoi ?


    La ludique.


    Jean-Paul Galibert retourne un présupposé : un philosophe va nécessairement avoir un regard réprobateur sur un tel sujet.


    Or, Jean-Paul Galibert est philosophe.

  • Quand on commence à s´intéresser à des artistes comme Marcel Duchamp ou Francis Picabia, difficile ensuite de décrocher. Leurs oeuvres sont addictives. Et c´est sans modération. Au début des années 1990, j´ai eu la chance de travailler sur leurs écrits, sur proposition de Martine Courtois (Merci à elle). Depuis le compagnonnage n´a cessé. Avec ses hauts et ses bas, vous savez ce que c´est... mais avec une indéfectible fidélité. Alors quand Carole Boulbès publie en 1998 Picabia, le saint masqué chez Jean-Michel Place, on n´est pas indifférent. Mais surtout, c´est elle qui reprend en 2002 et en 2005 à Mémoire du livre l´édition des Poèmes et des Ecrits critiques de Picabia (je me souviens d´avoir travaillé sur le papier épais blanc cassé de la première édition Belfond, celle du regretté Olivier Revault d´Allonnes). Carole Boulbès est historienne et critique d´art.
    Spécialiste de Dada, elle écrit également sur les artistes contemporains. Plutôt que de me proposer une série d´articles, ou le fruit d´une réflexion en cours, Carole Boulbès a tenté autre chose. Une petite fiction théorique pour décrire quelques problèmes de méthodologie de recherche. Le voyage à Syracuse s´enroule autour d´un cahier, d´une recherche, se perd dans l´incertitude, butte contre son propre question et tente de trouver une réponse.
    La recherche est dans la tentative, la tentation.

  • « Depuis que les poètes ont disparu »... « Le cercle » des lecteurs va aussi disparaissant. Un adjoint « culturel » de la Mairie de Paris déclarait récemment (en voix off) : « le livre n´est pas sexy ! ». Et si le livre n´est pas sexy « en général », que dire du livre-de-poèmes (en quoi consiste le plus communément « la poésie ») ?
    Tellement peu sexy qu´il est retiré de la consommation comme anérotique en général, quelque excitants ou obscènes que puissent être ses efforts de séduction : d´une part donc avalé, enrôlé, assimilé, recruté dans la sphère « économique » du culturel parmi les innombrables et variées prestations « culturelles » ; d´autre part, en petites transactions à la marge, voire au rebut, dans l´économie du lisible, du livresque, du graphique ou grammatologique.

    L´oeuvre philosophique et poétique de Michel Deguy est immense...
    Il faudrait d´ailleurs toujours éviter de distinguer ou séparer le poétique du philosophique car l´écriture de Michel Deguy explore la relation, le lien, la tension d´une poétique pensive.
    L´admiration est grande. Alors quand l´auteur de Donnant Donnant me confie ce texte pour publie.net, la fierté est grande.
    Intensité de la lecture quand on ouvre ce texte, De l´illisibilité. Ici Michel Deguy nous offre une pensée dans son déferlement, faisant claquer les tensions du langage et permettant de saisir les torsions du sens.

    Sébastien Rongier Je rappelle également le dossier Michel Deguy sur remue.net.

  • La présence de Jacques Ancet dans publie.net va bien au-delà de la simple mise à disposition de textes importants.
    Auteur décisif, nous sommes quelques-uns à le savoir. Le non renoncement dans la part lyrique de la langue, l´implication poétique de la prose, ou, symétriquement, que la poésie ait encore à faire avec nos temps mornes, pourvu - se rapprochant de la dureté et de la violence du réel - qu´elle continue à s´en remettre au récit et aux voix... On le sait en littérature depuis L´Incessant, et c´est avec fierté qu´on accueille, de Jacques Ancet, le Silence des chiens.
    Mais Jacques Ancet c´est aussi une voix ouverte, sans jeu de mots. Qui s´offre aux grandes et extrêmes explorations de Jean de la Croix, de Jose Angel Valente, ou en ce moment de Borges, et que le traducteur doit s´y faire écrivain ou poète comme celui dont il reçoit les pages. Alors dialogue ouvert, toute une vie, avec ceux qui portent la langue dans cet extrême : Bonnefoy, Jaccottet, Bernard Noël...
    Avec le numérique, une nouvelle possibilité de permettre la circulation de cette réflexion, ouvrant vers ceux qu´elle commente, nous guidant vers des lectures neuves.
    L´autre cohérence de ce très vaste ensemble, deux fois 300 pages, c´est que le premier s´enracine plus dans les voix du passé, depuis la figure immense et emblématique de Don Quichotte, puis, via Quevedo ou Saint-Jean de la Croix, jusqu´à Cortazar, Maria Zambrano ou Claude Simon, tandis que le second suit cette même exigence découvreuse de l´écriture dans les chemins escarpés du contemporain, de Valente ou Castaneda vers Jacques Roubaud, Henri Meschonnic ou Claude Louis-Combet.
    Très fier donc, avec une matière aussi lourdement belle, de contribuer à la présence et la visibilité sur Internet de ceux qui ont porté la littérature dans ces chemins d´exigence. Et Jacques Ancet nous y appelle, nous aide à franchir le rebord...

    FB Les textes ici réunis sont de plusieurs ordres : des essais, des préfaces à des traductions, et de simples notes de lecture. Ces notes, j´ai beaucoup hésité à les faire figurer dans cet ensemble. Si je me suis décidé c´est que, malgré leurs limitations évidentes (elles ne portent souvent que sur un livre et parfois sur des écrivains ou des poètes un peu oubliés), et à côté d´études plus générales et d´une plus grande extension, elles témoignent d´un itinéraire de lecteur guidé surtout par les circonstances et un plaisir ou une émotion que j´espère pouvoir encore faire partager. Qu´on ne voie donc là aucun panorama ou palmarès mais, plutôt, une géographie de préférences personnelles qui s´étend sur près de quarante ans. Les voix dont il est question dans le titre viennent d´époques et d´horizons différents avec, bien sûr, une dominante franco-hispanique où se confond ma double activité d´écrivain et de traducteur.
    Mais pourquoi avoir entrepris ce travail ? Peut-être, d´abord, afin de mettre de l´ordre là où il n´existe que le désordre du devenir qui emporte, qui efface tout. Autrement dit, pour garder une trace. Avec cet étonnement de voir, au fil du temps, se dessiner un chemin qui n´existait pas au moment où je le parcourais. Un chemin ou une cohérence qui tient à un questionnement insistant déjà au centre d´un précédent recueil d´essais : qu´en est-il des rapports de l´écriture et du réel - de la littérature et de la vie ? C´est pourquoi ce livre ne pouvait s´ouvrir que par une réflexion sur Don Quichotte qui est, sans doute, la tentative la plus profonde jamais menée pour répondre à cette question. Et c´est, peut-être ce qui réunit les auteurs ici présents. Avec aussi le cours d´une existence habitée par l´amitié de ces voix qui, toutes, ponctuellement ou plus durablement, m´ont accompagné au long des années. C´est ainsi que, tout autant que réflexion au sens spéculatif, ces textes le sont au sens spéculaire du terme : ils réfléchissent une clarté - une échappée - qui a souvent éclairé ma lecture et ma vie et dont, depuis longtemps, je voulais témoigner.
    L´ordre choisi n´est, tout simplement, que l´ordre chronologique, mais l´abondance de la matière m´a conduit à

  • La présence de Jacques Ancet dans publie.net va bien au-delà de la simple mise à disposition de textes importants.
    Auteur décisif, nous sommes quelques-uns à le savoir. Le non renoncement dans la part lyrique de la langue, l´implication poétique de la prose, ou, symétriquement, que la poésie ait encore à faire avec nos temps mornes, pourvu - se rapprochant de la dureté et de la violence du réel - qu'elle continue à s´en remettre au récit et aux voix... On le sait en littérature depuis L'Incessant, et c´est avec fierté qu'on accueille, de Jacques Ancet, le Silence des chiens.
    Mais Jacques Ancet c´est aussi une voix ouverte, sans jeu de mots. Qui s'offre aux grandes et extrêmes explorations de Jean de la Croix, de Jose Angel Valente, ou en ce moment de Borges, et que le traducteur doit s´y faire écrivain ou poète comme celui dont il reçoit les pages. Alors dialogue ouvert, toute une vie, avec ceux qui portent la langue dans cet extrême : Bonnefoy, Jaccottet, Bernard Noël...
    Avec le numérique, une nouvelle possibilité de permettre la circulation de cette réflexion, ouvrant vers ceux qu'elle commente, nous guidant vers des lectures neuves.
    L´autre cohérence de ce très vaste ensemble, deux fois 300 pages, c´est que le premier s´enracine plus dans les voix du passé, depuis la figure immense et emblématique de Don Quichotte, puis, via Quevedo ou Saint-Jean de la Croix, jusqu'à Cortazar, Maria Zambrano ou Claude Simon, tandis que le second suit cette même exigence découvreuse de l´écriture dans les chemins escarpés du contemporain, de Valente ou Castaneda vers Jacques Roubaud, Henri Meschonnic ou Claude Louis-Combet.
    Très fier donc, avec une matière aussi lourdement belle, de contribuer à la présence et la visibilité sur Internet de ceux qui ont porté la littérature dans ces chemins d´exigence. Et Jacques Ancet nous y appelle, nous aide à franchir le rebord...

    FB

  • L'oeuvre de Pascal Quignard, après presque 30 ans de recherche et d´explorations continuelles, avec les larges échappées de l´oeuvre narrative, peut sembler trop complexe, trop diverse pour être abordée globalement.
    Et son plus récent développement, la quête et les infinies variations du très riche projet Dernier Royaume, dont un livre de plus paraît ces jours-ci, n´est-il pas une sorte de somme qui la rassemble et la résume ?
    Mais pour chacun de nous, et la dette que nous avons à Pascal Quignard, n´est-il pas temps de faire le point, tenter non pas d´enfermer l´oeuvre dans une construction globale, mais l´appréhender dans ses mouvements de naissance, ses contraintes et nécessités, et ces quelques racines résistantes qui donnent à l´ensemble une si rare cohérence ?
    La force du travail de Benoît Vincent, c´est d´abord une relecture serrée, attentive, de l´ensemble des 40 Petits traités. Moi-même, et qu'est-ce qu'il compte, Pascal Quignard, dans mes lectures, je les avais lus de façon dispersée, au gré des rencontres, des accumulations. J´avais négligé aussi qu'après son Prix Goncourt Gallimard avait accepté de les rassembler en deux gros tomes Folio, en permettant la lecture unique, la construction d´un seul ouvrage, ce qui était de toute façon le projet initial...
    Alors, ces dernières semaines, au long de la préparation de cette étude de Benoît Vincent pour l´édition numérique, j´ai effectué moi aussi cette lecture globale, continue des Petits traités... Toutes les figures de l'oeuvre sont là, elles y sont en germe, comme ne figures parfaitement tracées, et l´art de Quignard, lorsqu'il part en roman ou reprend d´autres figures, est souvent de simplement greffer ce germe ou cette figure.
    Alors, toutes ces figures de l´effroi, du ventre et du sexe, de la notion de mythe, ou celle de maison, ou de l´eau, ou du froid, viennent peu à peu s´assembler, donnant comme une vision en relief de l'oeuvre, un large mouvement de gestation, parce que l´exigence, elle, est unique.
    Mais, dans les Petits traités, ce qui concerne le livre, la bibliothèque, la page, l´étude, et jusqu'à la lettre même (le e, le z), le fait même de parler ou d´écrire (dans le rapport à la voix, à la mort), la mémoire et le risque, sont l´arborescence principale.
    Même, ce qui ne regarde en rien Pascal Quignard, alors que nous abordons une phase essentielle de secousse globale de tous ces mots, dans la mutation Internet, l´urgence de lire ces Traités pour refonder ces mots dans leur propre origine, leur complexité.
    Le parcours de Benoît Vincent est exemplaire, en ce qu´il redouble dans son rapport à l'oeuvre en développement de Pascal Quignard le rapport que lui-même entretient à ces étranges textes qu'il nous fait revivre, plaçant en avant l´énigme de la langue.
    A lire en continu ce voyage de 300 pages dans l'oeuvre de Pascal Quignard, c´est à la fois mettre à jour et scruter la part essentielle d´invention qui gît dans la structure même, mais c´est la plus belle introduction à tous les chatoiements et bifurcations d´un travail continu, qui ne s´est jamais interdit les traversées les plus brutales, les plus surprenantes.
    Bien sûr, en double cliquant sur l´icône ci-dessus, nous vous proposons de visualiser un extrait de 50 pages. Mais lire ce texte en version intégrale sur notre feuilletoir, c´est avoir accès à la recherche plein texte qui peut faire de l´étude de Benoît Vincent un outil fabuleux pour tous les quignardiens : une recherche thématique pour n´importe quel concept vous permettra de remonter aux textes de Pascal Quignard qui les utilisent.
    En mettant en ligne cette étude, les remerciements iraient à la fois à Benoît Vincent et à Pascal Quignard lui-même.

    FB

  • Pas besoin de revenir sur le fait que l´oeuvre (principalement signée sous le nom) d´Antoine Volodine est une des plus centrales du paysage contemporain.
    Et d´abord pour le plaisir âpre de lecture qu´on y a : la langue qui y sonne, la violence et le rauque, la prise parfaite des narrations avec les énigmes et les angoisses de notre monde dur, ses fissures, dérives, fractures. Et cette transposition d´une fiction par strates multipliées, jouant de - et absorbant - le personnage même de l´auteur (voir Lutz Bassmann), proposant son propre système d´interprétation, mais lui aussi miroir fuyant et ajoutant plutôt des dimensions au mystère (le Post-Exotisme en 10 leçons).
    Elle attire les travaux, pourquoi : parce qu´elle fait résonner et met en mouvement notre propre relation de la fiction au monde, son rôle, son intervention. Et que l´auteur publiant sous le nom de Volodine s´en est, lui, parti plus loin.
    De précédentes approches : celle de Lionel Ruffel, et la présence de Volodine dans les différents sommaires de chaoid.
    Des travaux d´Anne Roche, la très singulière entrée de Patrick Rebollar : Le langage du rêve chez Antoine Volodine. Pierre Ouellet aussi, et d´autres probablement.
    L´originalité de l´approche de Pascal Gibourg, c´est d´interroger le travail de Volodine depuis sa mise en écriture, sa cristallisation dans le fantastique, à partir de quoi laisser résonner les implications politiques, les stratégies complices de personnage, ou ce rapport avec un projet énoncé pour être mieux détourné.
    Ce texte porte comme sous-titre : essai sur les fables de Volodine. Pascal Gibourg nous mène au lieu où Volodine raconte, construit un univers qui n´existe que par notre accord préalable de lecteur.
    Nous conduisant dans les arcanes les plus centrales du travail d´Antoine Volodine, ce texte a le double mérite de nous le faire apparaître dans sa perspective, son organisation, nous donner les premières pistes pour s´y aventure, comme, pour les déjà volodiniens, de présenter - comme Pascal Gibourg l´avait fait pour Facultés de Michaux - une réflexion sur l´art d´écrire, vue du point de vue de l´auteur. Là où Volodine interroge la littérature elle-même.

    FB Sur Pascal Gibourg :
     bio & biblio, et notamment son Rêve d´épingles  son blog Paix dans les brisements

  • On le sait, dans nos rencontres d´auteur : ce n´est pas des analyses savantes de nos livres, qu´on échange, et même pas des compliments. Ce qui compte, d´un à l´autre, c´est cette suite de petites choses essentielles : on s´arrange comment, avec la vie, pour écrire ?
    C´est du matin, ou du soir ? En lisant quels livres, ou en ne lisant plus du tout ? Et la relation aux éditeurs et faire qu´il soit reçu ou, comme le dit Annie Mignard : "qu´est-ce qui légitime un écrivain ?".
    Depuis le début, je souhaite que publie.net soit un voyage dans l´atelier des auteurs. Là, justement, où on parle du travail. Annie Mignard interroge d´abord le corps. Puis l´inconscient. Elle décortique, dans le troisième texte, la relation à la fois symbolique et commerciale qui lit l´auteur à son éditeur.
    On peut prendre connaissance du travail d´Annie Mignard via son site anniemignard.com, où on retrouvera - avec bien sûr biographie et bibliographie, d´autres entretiens ou interventions.
    Prendre conscience, avec elle, que le combat avec les pages sans doute ne cesse pas une fois le texte terminé. Et que, de la table d´écrivain comme sur la table du libraire, le lien de l´auteur au monde réel n´est jamais suspendu ou aboli. Les perspectives que cela change sont infiniment concrètes : dans L´Amour de la langue, notamment, l´enjeu pour un écrivain d´intervenir à l´école, et l´enjeu pour l´école de les recevoir - et pourquoi cela passe aussi par les ateliers d´écriture, et à quelles conditions ceux-ci ramènent à la littérature.
    Très fier d´accueillir Annie Mignard sur publie.net : les questions évoquées ici, page après page, sont au plus près de ce qu´il est de notre responsabilité de faire circuler, et cela façon permanente, au nom même de la liberté d´écrire, et que cela puisse respirer, être accueilli, transmis.

    FB Photographie CC Thomas Leuthard

  •  Quiconque voyage sait comme l'écart est favorable. Ville neuve, langue décalée, la requête qu'on fait de soi-même s'aiguise, on se lit, on se cherche autrement.  Il ne s'agit pas ici d'un voyage au Liban. Il s'agit de rencontres. Pour ma part, c'était tout simplement dans les bureaux de mon éditeur, Albin-Michel. Georgia Makhlouf sollicite ces rencontres pour un magazine culturel libanais, L'Orient littéraire, et c'est cela qui change tout. Ce qu'on va dire s'imprimera là-bas, dans une réalité différente. Cela tient aussi à l'approche et aux questions : Georgia Makhlouf est elle-même écrivain - et l'approche qu'elle a choisie via son titre Les écouter écrire, fait que c'est comme de s'asseoir ensemble à la table de travail de chacun.  Dans le catalogue que nous construisons pour publie.net, cette collection Écrire doit représenter une sorte de noyau central : questionner le geste même, les livres lus, la façon de faire, et ce qu'on poursuit. Les 26 entretiens et 5 portraits (proposés ici par ordre alphabétique), rassemblés par Georgia Makhlouf, sont évidemment d'une grande diversité, on passe au théâtre (Wajdi Mouawad), on parle mer et voyages (très surprenante rencontre avec Erik Orsenna), on ne contourne pas le religieux (Sylvie Germain, Christian Bobin), ou la littérature populaire (Eric-Emmanuel Schmitt, François Bégaudeau) ni le fantastique aux prises avec le réel (Maris NDiaye, Régis Jauffret).  Mais il y a autre chose : un peu comme ces cartes de la terre vues d'Australie ou du Cercle Arctique, où nous ne savons plus reconnaître notre vieille planète. Auteurs français, italiens et espagnols ou grecs s'y croisent évidemment à égalité (dont Antonio Tabucchi, Vassilis Alexakis, Javier Marias), mais porte évidemment ouverte - comme nous ne savons le faire - à ceux qui sont déjà de l'orient : Raja Shehadeh, Amin Maalouf,Tahar Ben Jelloun), et ceux des îles, Glissant avec Chamoiseau, Lyonel Trouillot. C'est de cette recomposition d'image dont je suis reconnaissant à Georgia Makhlouf.  Que cette ouverture rencontre le web, s'y superpose, quel beau signe... Et c'est de littérature qu'il est question, là où politique, histoire et mémoire s'assemblent. Un Orient ?  FB

  • Dans Le tournant numérique de esthétique, Nicolas Thély parle de pratiques artistiques et de pratiques amateurs contemporaines. Il nous invite à nous ressaisir du rôle des nouvelles technologies dans la production esthétique du regard. Car le numérique bouleverse le regard.

    Comment percevoir ces changements ? Comment penser ces évolutions bientôt radicales ? Nicolas Thély trouve une juste distance : il place sa réflexion au plus près des oeuvres, des formes et des pratiques et trouve le pas de côté qu'il faut pour permettre au lecteur de comprendre comment, depuis une quinzaine d'années, le numérique est une expérience qui irradie les formes, qui induit des transformations profondes.

    Le tournant numérique de esthétique est dans la logique de l'après-coup. Il nous permet de saisir à partir des oeuvres et des pratiques ce qui n'est déjà plus et nous donne des outils pour comprendre l'actualité mouvante de notre monde, la complexité de nos expériences contemporaines. Et de prendre alors conscience des changements de la sensibilité et de l'inscription du numérique dans notre humanité même. Car ce monde numérique, c'est profondément et esthétiquement le nôtre.

    Evidence du sujet, des enjeux soulevés, des thèmes et des questions abordées, analysées. Conviction ensuite que cette publication numérique sur publie.net était le prolongement d'un geste réflexif. Evidence enfin de la cohérence d'ensemble : on avance dans une pensée qui s'expérimente avec les formes nouvelles, les pratiques en devenir, ces imperceptibles transformations qui, bientôt, auront radicalement changé les existences.

    Sébastien Rongier

  • Les pratiques de lecture évoluent. En matière de lecture numérique, les nouveaux outils induisent toujours de nouveaux usages et de nouvelles possibilités. En quoi lit-on différemment sur un outil nomade et connecté (smartphone, tablette, liseuse) ? Qu'y lit-on précisément ? Comment les auteurs, les éditeurs, les chercheurs, ...

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