Publications de l'École française de Rome

  • Panthéons de la Renaissance : mémoires et histoires des hommes et des femmes illustrés (v.1350-1700) Nouv.

    Les listes d'hommes et de femmes illustres ont envahi, sous des formes extrêmement variées, la production littéraire et iconographique de l'Europe des XIVe-XVIIe siècles. Par-delà le constat de la fortune du genre et l'inventaire de ses avatars, cet ouvrage s'intéresse à la façon dont cette spectaculaire efflorescence de collections de noms, de biographies et d'images traduit un rapport spécifique à l'histoire et à la grandeur de l'humanité, qui caractérise l'imaginaire de la Renaissance. Les assemblées héroïques ainsi constituées, réarrangées, continuées jusqu'à l'âge présent, révèlent les évolutions des modèles de l'exemplarité individuelle et des pratiques commémoratives, fondées notamment sur l'instrumentalisation généalogique du passé et la mise en scène glorieuse de l'actualité. De Boccace à Montaigne et Charles Perrault, de l'Italie des seigneurs-condottières à l'Empire des Habsbourg, des humanistes dalmates aux ligueurs français, ce livre fait émerger certains des principaux motifs et vecteurs d'une vogue des grands hommes qui a prospéré à l'âge de l'humanisme et de l'imprimé, les stratégies politiques et identitaires qu'elle recelait, mais aussi son érosion progressive, au profit d'autres idéaux et au service d'autres enjeux.

  • Le costume du prince : vivre et se conduire en souverain dans la Rome antique d'Auguste à Constantin Nouv.

    Ce livre étudie l'élaboration d'un archétype, celui du prince, d'Auguste à Constantin. Progressivement a été imaginé une sorte de « costume » qu'il fallait revêtir afin de paraître légitime et de mériter de figurer parmi les « bons princes ». Cet archétype correspondait à des contraintes et à des attentes auxquelles il fallait se conformer et qui étaient censées contre balancer la toute-puissance, juridiquement fondée,du prince. On peut évoquer à propos du prince une persona, c'est-à-dire un personnage de théâtre, un rôle qu'il se doit d'adopter et de jouer devant un public qui en est le juge. D'une certaine manière, le prince était amené à intérioriser des normes dont il n'était pas nécessairement l'auteur, et son comportement était soumis à la validation des populations de l'empire. L'élaboration de ces normes doit beaucoup au contexte largement expérimental (en dépit d'une rhétorique en grande partie ancrée dans le passé) qui a présidé aux débuts du Principat et à la lente évolution d'un régime de nature monarchique vers un régime pleinement monarchique où la personne du prince s'est très progressivement effacée, sans l'avoir jamais été complètement, derrière la fonction.

  • Métaux, pierres et autres matériaux de construction, roches nobles, bois, textiles, cuirs, sel, matières tinctoriales, etc., les matières premières, brutes ou issues d'une première phase de transformation, n'ont pas été peu nombreuses, dans l'Antiquité et au Moyen Âge, à circuler sur des petites et moyennes distances, quand elles n'ont pas entrepris de longs voyages. Pour la première fois, un ouvrage est consacré à un trafic qui fut une composante à part entière des économies anciennes, gréco-romaine et médiévale. À travers de nombreuses études de cas et des synthèses ciblées, sont examinées les conditions dans lesquelles s'est développé un marché des matières premières, ses acteurs, publics comme privés, et, à travers eux, les réseaux qui ont été mis en place pour assurer, à diverses échelles géographiques, l'approvisionnement en produits autres qu'alimentaires mais de première nécessité.

  • Entre l'Ancien Régime et le xxe siècle émerge et s'affirme un pouvoir formidable, que nous connaissons sous le nom d'administration. Ce processus se développe notamment dans le contexte des empires européens des époques moderne et contemporaine : le sens du mot administrer évolue alors que s'affirme la nécessité de gouverner des espaces multiples et hétérogènes, proches et lointains. Ce livre propose de remonter aux sources puis de suivre la trace de cette raison administrative et de son affirmation au cours d'une chronologie habituellement associée à l'histoire de l'État, ici au second plan. Historiens et historiens du droit réfléchissent ici à l'administration à partir de l'étude de cas concrets, inscrits dans des contextes chronologiques et spatiaux différents, ainsi que dans des cultures politiques et juridiques fortement diversifiées. Ce dialogue entre plusieurs horizons historiographiques constitue dès lors une tentative de saisie des logiques administratives à bonne distance des téléologies traditionnelles, depuis l'analyse des institutions étatiques et des dynamiques centres-périphéries, vers les redéfinitions de la podestas et l'exercice du commandement à l'échelle locale.

  • Ce livre aborde l'art funéraire du XIIIe siècle par un biais original. Il s'intéresse à la manière dont les Frères Prêcheurs et Mineurs ont traité les sépultures de papes et de cardinaux dans leur discours, à la fois littéraire et monumental, entre 1250 et 1304. L'analyse des tombes de prélats situées dans des églises mendiantes, réparties entre l'Italie et la France, révèle une intervention des frères dans les choix d'emplacement, de forme et d'iconographie. Il ressort ainsi de l'enquête que les Frères Prêcheurs ont eu une politique de leur espace davantage planifiée que les Frères Mineurs, puisqu'ils n'acceptèrent dans le choeur de leurs églises que les sépultures de prélats appartenant à l'ordre, surmontées d'une plate-tombe. De leur côté, les Frères Mineurs ont construit un discours original sur leur rôle dans l'accompagnement des mourants, à la fois dans l'iconographie et dans la littérature homilétique. Enfin, ce livre accorde une place importante aux procédés mis en oeuvre par les mendiants pour « créer » des saints parmi les prélats qui étaient issus de l'ordre ou qui en étaient des bienfaiteurs.

  • Ce livre étudie la fabrique d'une politique étrangère, celle de l'Italie dans cet étranger proche qu'est pour elle la péninsule balkanique. L'Europe du sud-est est en effet, à la fin du XIXe siècle, le principal théâtre d'une « question nationale » à laquelle l'Italie doit son existence. C'est l'entrelacs de la Realpolitik, de la cause des peuples, mais aussi des intérêts matériels des individus et des groupes impliqués dans l'expansionnisme qu'examine cet ouvrage. Le livre brosse successivement les traits fondamentaux de cette politique : d'abord l'invention d'une légitimité à guider les peuples balkaniques vers la rédemption nationale. Ensuite le choc de la réalité, celle d'une puissance faible qui doit se réfugier dans un soft-power libéral et humanitaire. Il situe ensuite les questions balkaniques par rapport au débat politique en Italie même : entre Question d'Orient, irrédentisme et colonialisme. S'intéressant aux acteurs de cette politique balkanique (savants, militants, consuls et affairistes), il apporte des éléments factuels et interprétatifs neufs sur l'impérialisme en pleine grandeur qui dessine, entre 1912 et 1915, un embryon d'empire italien en Méditerranée.

  • Vivre de la musique à Rome au XVIIIe siècle ; lieux, institutions et parcours individuels Nouv.

    Consacré à l'étude des métiers de la musique à Rome au XVIIIe siècle, l'ouvrage s'inscrit dans une perspective d'histoire sociale. Il offre au lecteur un panorama des lieux et des institutions liés à la pratique de la musique, des chapelles aux théâtres en passant par les palais aristocratiques et les places publiques. À l'appui d'une documentation diversifiée, l'auteure met en lumière les spécificités structurelles de la vie musicale romaine et les ressorts de son attractivité. Nourrie des acquis récents de l'histoire du travail et de l'histoire des pratiques culturelles, l'approche associe des analyses quantitatives et des reconstitutions de parcours individuels afin de comprendre comment les cadres institutionnels et sociaux de la pratique musicale ont conditionné les carrières des musiciens et des musiciennes. L'étude des rivalités et des fortes disparités économiques, sociales et symboliques observées dans ce milieu professionnel apporte une contribution à la connaissance des transformations sociales et artistiques du XVIIIe siècle. En variant les échelles d'observation, les évolutions qui ont marqué cette période sont éclairées, tant du point de vue des productions culturelles et de leur consommation que des pratiques artistiques et des positionnements sociaux.

  • À mesure que le déclassement a été perçu comme un problème contemporain, il est devenu un objet de premier plan pour la sociologie des inégalités et, dans une moindre mesure, pour les études historiques qui ont privilégié les formes de mobilité ascendante, celles qui sont aussi les plus productrices de sources. En prenant en compte l'Ancien Régime tout en englobant le moment révolutionnaire, cet ouvrage collectif observe, à partir des terrains français et italiens, le phénomène du déclassement dans le cadre d'un ordre hiérarchique, rigide, pensé comme naturel donc immuable, mais qui n'était pas immobile, alternant des périodes de plus ou moins grande ouverture ou fermeture, mais aussi dans une phase de rupture, de transition et de redéfinition où la perte de statut et de fortune a pu s'accompagner d'opportunités de reclassement. Les études ici réunies ont été guidées par un questionnaire commun : montrer la difficulté d'appréhender des situations de déclassement où se mêlaient, selon des degrés variables, appauvrissement, déshonneur, déchéance morale ; restituer la parole - rare - des acteurs historiques sur leur expérience du déclassement ; montrer la difficulté de mesurer le déclassement à partir de marqueurs objectifs tant il s'agissait d'un phénomène relatif, parfois paradoxal, conditionné par un environnement social lui-même mouvant ; envisager le déclassement comme un processus en s'attachant à l'interprétation de trajectoires personnelles et collectives ; interroger, enfin, le rôle joué par l'État dans l'ordonnancement des frontières sociales.

  • L'histoire des Églises autocéphales - gouvernées de manière indépendante sans autorité ecclésiastique supérieure, mais sans renoncer à la communion interecclésiale - est généralement exposée dans les termes de la controverse et construite à l'aune des revendications politico-identitaires contemporaines. En ce sens, elle est fidèle à son creuset moderne : les nationalismes balkaniques du XIXe siècle, qui présentaient le statut des Églises locales des nouveaux États comme la simple continuation des Églises autocéphales médiévales. Pour dépasser ce récit des origines, avec ses pièges sémantiques, et aborder le sujet de manière critique, ce livre reprend à nouveaux frais le dossier sur la longue durée, seule à même de montrer les franches ruptures entre les pratiques anciennes et la théorie récente. Au sein d'une géographie cohérente, celle du monde slave depuis la Russie jusqu'aux Balkans, ce volume historicise les contextes dans lesquels, du IXe au XXIe siècle, prennent sens les tentatives d'autocéphalie, d'abord intimement liées aux décisions impériales byzantines et aux défis géopolitiques du moment. Avec les notions de schisme et de frontière, les autocéphalies sont des phénomènes particulièrement révélateurs des dynamiques d'une communauté qui prend conscience d'elle-même et qui veut accéder au gouvernement de soi.

  • L'Aventin, la plus méridionale des collines de la Rome antique, a joué un rôle singulier dans l'histoire de la cité et dans la formation de son espace urbain. Ce postulat était au coeur de la monographie qui lui fut consacrée par Alfred Merlin en 1906. Depuis, les connaissances sur l'histoire de cet espace urbain ont considérablement avancées, aussi bien du point de vue théorique, avec les renouvellements de l'histoire urbaine de Rome, que du point de vue des méthodes d'analyse des sources disponibles sur le sujet. En outre, ce corpus documentaire s'est considérablement enrichi, en particulier grâce au travail accompli ces vingt dernières années par les différents services archéologiques chargés des fouilles sur la colline. L'ensemble de ces éléments justifiait une nouvelle étude de cet espace de la Ville de Rome. Concentrant l'enquête sur la période qui s'étend du IIe s. av. au Ier s. apr. J.-C., l'auteur propose d'interroger les singularités de l'Aventin telles que nous continuons à les appréhender depuis les travaux d'Alfred Merlin - en particulier son image de « colline par excellence de la plèbe » -, mais aussi d'en dégager de nouvelles. À cette fin, le présent ouvrage se structure autour de trois dossiers thématiques étroitement articulés. Identifier les éléments qui définissent les confins territoriaux de l'Aventin ; étudier ses caractéristiques socio-urbaines et les confronter à l'image plébéienne de la colline qui s'élabore au cours de cette période, et enfin, étudier la cartographie religieuse et certaines fonctions spécifiques qui s'organisent autour de ses sanctuaires : tels sont les principaux thèmes qui structurent cette histoire discontinue du mont Aventin.

  • Aux XVIe et XVIIe siècles, l'île de Malte, propriété de l'Espagne et confiée en 1530 à l'ordre militaro-religieux des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devient un lieu privilégié d'affrontements entre les rives chrétienne et musulmane de la Méditerranée. Après des épisodes militaires marquants (la razzia de 1551 et surtout le « Grand Siège » de 1565) ainsi que des fortifications intensives (notamment la construction de La Valette, cité utopique réputée imprenable), l'île incarne à la fin du XVIe siècle la frontière par excellence de la chrétienté face à l'Islam. Au siècle suivant, son épanouissement en tant qu'île-frontière est symbolisé par l'essor de la guerre de course, qui maintient l'affrontement avec les « Infidèles » tout en favorisant l'émergence, puis le développement de contacts commerciaux avec la rive ennemie pour l'écoulement des butins et des esclaves. Le développement multiforme des contacts humains et marchands est alors en permanence contrôlé et régulé par les autorités politiques et religieuses (l'Ordre, le Saint-Office, le clergé insulaire), soucieuses de maintenir intact le sentiment d'un contraste entre les civilisations que semblent effacer les associations commerciales qui transcendent les appartenances nationales ou confessionnelles. Ce singulier équilibre entre ouverture économique et clôture religieuse et mentale contribue alors à façonner une société originale, qui apparaît porteuse de la dualité inhérente aux frontières, c'est-à-dire à la fois ouverte, cosmopolite, et profondément hostile à toute différence religieuse.

  • La statue de Giordano Bruno dressée sur le Campo de Fiori, le procès de Galilée dont la mémoire est toujours présente à travers le théâtre ou les débats de l'Académie pontificale des sciences disent assez combien le destin de la Rome des XVIIe et XVIIIe siècles a été négativement associé à celui de la science moderne et de son avènement conflictuel. Les études réunies dans ce volume, résultat d'un programme collectif de recherche sur la genèse de la culture scientifique européenne, entendent apporter une nouvelle contribution non seulement au dossier de la révolution scientifique en milieu catholique, mais plus largement à celui des relations que chaque société entretient avec les acteurs et la production du savoir et de la science. La focale mise sur Rome, comme milieu social spécifique, comme capitale de la catholicité et comme centre d'une monarchie pontificale en profond renouvellement entre XVIe et XVIIIe siècle, permet de discuter les paradigmes classiques d'une historiographie qui a trop hâtivement relégué le milieu romain à la marge de toute forme d'innovation savante. Il s'agit aussi d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexions et de nouveaux chantiers sur les diverses configurations socio-intellectuelles au sein desquelles le travail savant a continué à faire de Rome un centre actif de travail et de production de savoirs.

  • Inaugurée en 113 après J.-C., la colonne Trajane, seul élément intact du somptueux Forum de Trajan, est, depuis le XIXe siècle, au centre de débats quant à la lisibilité de ses deux cents mètres de bas-reliefs relatant les guerres daciques. Les qualificatifs à son endroit allant de « sommet de l'art romain » à « échec artistique », il a semblé nécessaire de faire le point historiographique sur ce monument, puis d'examiner la frise dans ses structures iconographiques (lecture horizontale, mais aussi lecture verticale appuyée sur un relevé photographique intégral), optiques (théorie de la vision antique) et idéologiques, puis de confronter ces analyses à l'environnement spatial et politique du monument. À partir des documents contemporains (textes, monnaies, archéologie, art, faits religieux, etc.), est proposée une synthèse qui dresse le portrait de Marcus Ulpius Trajanus, considéré par ses contemporains comme l'Optimus Princeps. Cette « Rhétorique de l'Excellence » s'appuyait sur des comparaisons délibérées avec les empereurs antérieurs (citations architecturales et statuaires aux Forums adjacents), établissait un lien privilégié avec Alexandre le Grand, César et Hercule, enfin affirmait la supériorité historique de Rome sur l'Empire : l'origine géographique des matériaux employés sur le Forum et leur disposition spatiale témoignaient ainsi de la maîtrise du monde et de la prospérité générale née des conquêtes. Trajan apparaît en définitive comme un Prince complexe, aussi soucieux de son image politique qu'Auguste et qui demeura pour les Romains son égal. « Plus heureux qu'Auguste, meilleur que Trajan », s'écriait le Sénat au 4è siècle lors de l'avènement d'un nouvel empereur...

  • De l histoire de Rome au XIXe siècle, on ne retient souvent que la prise de la ville en 1870 par les troupes italiennes et la construction controversée du Vittoriano, en hommage au roi Victor-Emmanuel II. L objet de ce livre est d étudier sous un angle différent la manière avec laquelle la ville a été intégrée, politiquement et dans sa forme de capitale, au royaume d Italie. Au lieu de se concentrer sur l affrontement des symboles du monde national et de la sphère catholique, la démarche ici est tournée vers l étude de chantiers de travaux publics et d aménagement urbain souvent moins exposés à la dimension symbolique, mais dont l étude est révélatrice des mécanismes à l oeuvre entre municipalité, État et monde catholique. Dans un contexte où la municipalité romaine a été tour à tour lieu de confluence entre noblesse locale et intérêt national puis laboratoire de la gauche garibaldienne et enfin bastion de la droite conservatrice catholique, des projets tels que la canalisation du cours du Tibre ou l extension de la ville en direction des quartiers adjacents au Vatican ont été l objet de vifs débats entre les années 1870 et la fin du siècle. Au tournant du XXe siècle, c est l extension de la ville hors de ses murs antiques qui suscite rivalités et convoitises, par l étude desquelles on voit combien la dimension technicienne a été à Rome soumise pendant de longues décennies à un biais politique et institutionnel. Égouts bouchés à dessein, projets bloqués, mauvaise foi technique contre mauvaise foi politique, rien n est épargné à la ville à cette époque. Mais c est également sur le terrain de ces conflits que se sont construites les modalités d un rapprochement entre camps antagonistes et que c est édifiée une véritable culture civique citadine nouvelle, en rupture avec l ancien régime romain et reflet tant des convergences de fait entre Monarchie savoyarde et noblesse catholique pour le camp conservateur qu à gauche des tournants pris par les héritiers de Garibaldi. C est sur cette base qu entre 1922 et 1925 les fascistes assoient leur emprise sur la ville, en liant discours nationaliste post-garibaldien sur le développement de la capitale et négociation avec la noblesse propriétaire héritière de l Ancien Régime pour la réalisation de leur programme.

  • Justicia est anima civitatis : les vingt-deux contributions rassemblées ici tentent de rendre aux villes une composante fondamentale de leur identité, l'exercice de la justice, tel qu'elles le revendiquent dès que le droit urbain prend corps à partir du XIIe siècle. De la Flandre à l'Italie du Nord et du Centre, la fameuse « Urban belt » de l'Europe ancienne a constitué le champ privilégié de cette recherche pour laquelle les historiens et les historiens du droit ont échangé leurs points de vue. Entre 1200 et 1500, des évolutions chronologiques parfois différenciées ont permis de cerner les transformations du droit écrit et le développement dynamique des nouvelles procédures. En favorisant le pénal, la question a été de comprendre quelles possibilités ont été offertes aux justiciables pour user de différents modes de résolution des conflits et comment les gouvernants des villes ont pu instituer des politiques judiciaires de type étatique. La justice est ainsi apparue comme un pan du lien politique et social des milieux urbains.

  • La papauté connaît, entre XIVe et XVIIe siècle, des évolutions remarquables qui coïncident avec l'affirmation de l'État en Europe occidentale. La recherche collective internationale dont le présent volume se veut l'écho, aspire à renouveler ce sujet historiographique déjà amplement labouré. Elle tente tout d'abord d'être un pont dressé entre les continents médiévaux et modernes, trop souvent isolés. Elle s'efforce ensuite d'enrayer une tendance traditionnelle à l'analyse distincte que l'on fait de la Curie et de l'État, de la ville de Rome, d'Avignon et des territoires placés sous la souveraineté temporelle du souverain pontife. Le thème retenu a été celui de la difficile et complexe notion de charge publique et d'office, du service du prince au service de l'État et de l'Église. Cette approche ciblée repose sur des études institutionnelles, biographiques ou prosopographiques et permet d'approfondir de manière inédite et originale nos connaissances de cette forme de pouvoir unique qu'est la papauté médiévale et de l'âge moderne.

  • Jusqu'à présent, les historiens de Venise se sont intéressés au groupe des cittadini en raison de la place tenue par les "citoyens originaires" dans la bureaucratie de la République. On se propose ici de dépasser cette image incomplète et schématique d'une noblesse de robe pour saisir, à l'aide de sources émanant d'institutions très différentes, les divers aspects du groupe des "citoyens". Le portrait collectif qui en résulte est complexe, parfois même contradictoire : le XVIe siècle constitue en effet un moment décisif où à l'ancien statut juridique des cittadini se substitue une identité "citoyenne" de plus en plus sociale, fondée sur l'honorabilité. La part féminine des groupes sociaux d'Ancien Régime est très rarement prise en considération par leur définition et leur statut. C'est particulièrement vrai quand il s'agit de citoyenneté, à cause des implications politiques du concept, même si celles-ci sont purement théoriques, comme dans le cas vénitien. Pourtant, dans les statuts urbains, les femmes de la ville font l'objet de normes légales régulièrement renouvelées qui réglementent leurs dots et veillent, par la même occasion, à la conservation des richesses de la cité. Mettant en évidence le fonctionnement de cette législation et utilisant les sources qui en dérivent, cette étude s'attache à placer en regard l'histoire des citoyennes et celle des citoyens dans la Venise de la première modernité.

  • Les notions de conquête ou d'acculturation constituent-elles des concepts opératoires capables de dégager la signification historique du parc balnéaire africain ? Ou faut-il repenser les processus d'hellénisation et de romanisation, notamment pour établir une périodisation de l'histoire maghrébine dans laquelle les thermes peuvent s'intégrer, mais qu'ils contribuent aussi à définir ? N'y a-t-il pas là matière à réfléchir sur la « crise du IIIe siècle » ou à remettre en cause l'idée d'une rupture liée à la « conquête vandale » ? Comment interpréter la typologie des édifices ? Que révèlent les nombreux bains asymétriques ou l'équipement des sources thermales et des demeures ? Quelle corrélation établir entre les monuments les plus prestigieux, de plan symétrique, et le dynamisme relatif des différents pôles économiques et politiques de l'Empire ? En quoi les thermes de plan semi-symétrique sont-ils symptomatiques des relations entre l'Afrique et l'Italie et en quoi rendent-ils compte des mécanismes de l'évergétisme et de la construction privée ? Quel est le rôle des thermes dans la cité ? Comment s'insèrent-ils dans l'urbanisme et dans la vie politique, en tant que lieux de rassemblement et de propagande ? Qu'en est-il de la permanence des activités sportives ? Comment s'organisent les chantiers, véritables laboratoires de formes architecturales, qui procèdent à l'érection des grands thermes ? Dans quelle mesure les thermes, microcosmes et scènes du pouvoir, offrent-ils aux luttes idéologiques un terrain de prédilection pour s'exprimer ? Telles sont les questions fondamentales et variées auxquelles la présente étude fournit des réponses qui outrepassent son strict cadre géographique et chronologique en s'appuyant en outre sur un catalogue archéologique et un corpus épigraphique rassemblés et harmonisés pour la première fois. Les notices des bains publics et privés, fondées sur une définition rigoureuse du vocabulaire, et les planches, réalisées selon un jeu d'échelles cohérent (1 : 500 ou 1 : 250), débouchent systématiquement sur un schéma qui résume une proposition de lecture de l'édifice.

  • Entre le début de notre ère et les années 260, l'appartenance à une association professionnelle, cultuelle ou funéraire a présidé à la définition du rang social de nombreux habitants de l'Italie et des Gaules romaines. Aussi ce livre porte-t-il au jour la place que les membres des associations romaines, les collegiati, occupaient dans leurs sociétés. L'appartenance à un collège faisait naître un sentiment de respectabilité, et permettait parfois d'acquérir un réel prestige. Cette respectabilité et ce prestige résultaient de l'insertion des associations dans les cités : le rang de collegiatus était de nature civique. L'association correspondait à l'un des groupes dans lesquels les collegiati nouaient des relations interpersonnelles, et l'interaction de ces multiples appartenances déterminait leur position sociale. Toutefois, le rang des collegiati, tel qu'il apparaît dans les sources disponibles, n'est pas une donnée objective. Il est au centre d'un discours épigraphique construit par les collegiati eux-mêmes. Les membres des associations se plaisaient à décrire leurs destinées comme des réussites. Cependant, leurs discours comportent des omissions, et des pans bien choisis du réel côtoient fréquemment l'exagération, la métaphore ou le fantasme.

  • Les hommes du Moyen Âge, pour racheter leurs péchés, multipliaient les dons aux monastères qui accumulèrent d'importants patrimoines. Le livre oppose deux monastères vénitiens, l'un rural situé sur la frontière lagunaire, La Trinité de Brondolo, l'autre, urbain, placé au coeur du pouvoir politique, San Giorgio Maggiore. San Giorgio a multiplié les donations, La Trinité a entrepris une audacieuse politique de mise en valeur de la Lagune et pour obtenir le produit des dîmes, s'opposa à la noblesse campagnarde et à la paysannerie. Sous le poids des procès, le monastère s'endetta et le pape en confia la gestion aux Cisterciens, jusqu'à sa destruction en 1380. Le monastère de San Giorgio subit aussi la crise au XIVe siècle, le mouvement de réforme rassembla les monastères bénédictins dans des congrégations, sous le patronage de l'abbaye de saint Benoit et sous l'autorité du pape. La Congrégation instituait la solidarité financière entre ses membres sollicités de contribuer aux finances pontificales et aux guerres contre les Turcs. Le monastère a alors recouru aux instruments de crédit mis au point dans une république marchande. Ayant appelé les plus grands architectes, Palladio et Longhena, pour reconstruire ses bâtiments et les embellir, à la chute de la République il disposait d'un patrimoine immobilier considérable.

  • La réalité juridique de l'esclave à Rome et l'approche économique de l'esclavage ont longtemps figé nos représentations de la place de l'esclave dans la société romaine. C'est l'objet de cet ouvrage, à partir de la confrontation des sources littéraires et de la riche documentation épigraphique, iconographique et archéologique de Rome, du Latium et de la Campanie, du Ier siècle avant notre ère au IIIe siècle ap. J.-C., que de proposer une réévaluation de la situation de l'esclave sous l'angle de sa participation à la vie religieuse, en réfutant l'idée d'une exclusion induite par le modèle de la religion civique. En interrogeant les modalités d'accès des esclaves aux pratiques religieuses, leur participation aux sacrifices publics, aux cultes des uici, des collegia, de la familia, l'ouvrage pose la question de la nature de leur engagement, de leur initiative, voire de leur autorité dans le cadre d'une religion ritualiste, où les obligations sont conditionnées par le statut, mais où, pour les esclaves, la sociabilité joue un rôle fondamental. S'il n'y a pas de religion propre aux esclaves, c'est bien parce que chacun est à même de participer à la vie religieuse des structures romaines en vertu de l'enchevêtrement des réseaux auxquels il appartient.

  • Nell'ambito di un più generale interesse alle politiche di riforma nell'impero romano, questo volume raccoglie gli atti di un incontro di studio dedicato alla diversa reazione delle due Partes dell'impero alla crisi e ai gravi problemi che investirono il mondo romano nel periodo dalla morte di Teodosio (395) al regno di Anastasio (491-518). Obiettivo dell'incontro è stato quello di concentrare l'attenzione sulle diverse scelte di governo, sulle linee di riforma adottate per consolidare le istituzioni e fronteggiare le emergenze. Si è pensato, in particolare, di privilegiare la prospettiva dell'Oriente, allo scopo di indagare e approfondire le scelte politiche che, attuandosi in un contesto sicuramente più solido rispetto all'Occidente, consentirono a questa parte dell'impero di sopravvivere. Grande importanza riveste in questa indagine anche lo studio delle personalità, degli uomini, e dei gruppi di potere, che hanno pensato e realizzato le riforme. I contributi raccolti nel volume non hanno la pretesa di raggiungere una conoscenza esaustiva rispetto ai numerosi problemi sollevati; si propongono, al contrario, di stimolare la discussione, favorendo nuove prospettive di ricerca sulla capacità della Pars Orientis di reagire con successo alla grande crisi del V secolo.

  • La presenza della sigillata gallica nella Transpadana occidentale è cosa nota da tempo, per lo meno agli studiosi locali, ma l'entità del fenomeno e il suo significato sul piano economico e delle relazioni commerciali sono ancora oggi molto poco evidenti a livello nazionale e internazionale. Il rinvenimento di un notevole quantitativo di sigillata gallica nello scavo di alcune porzioni di discarica addossate alle mura di cinta della Torino romana ha dato l'avvio a uno studio che mette in luce come la sigillata gallica nella Cisalpina non sia affatto una presenza sporadica, né probabilmente il risultato di un approvvigionamento destinato a soddisfare solo i bisogni dei ceti più abbienti, ma costituisca invece un indicatore economico piuttosto importante. Il volume prende in esame più di 500 frammenti, per lo più inediti, di sigillata prodotta nella Gallia meridionale e centrale tra l'età claudia e il III secolo, tutti rinvenuti nella Cisalpina occidentale, e passa in rassegna i dati editi per l'area nordorientale. Lo scopo principale, oltre a quello di far emergere la presenza non marginale di queste produzioni nel nord Italia, è la ricostruzione di una via cisalpina per il trasporto di merci diverse, molte delle quali deperibili, da ovest verso est. Fossili guida nella ricerca sono le ceramiche di Lezoux e Banassac, prodotti che non avevano una rete di distribuzione mediterranea, ma si concentravano nell'Europa continentale e in Britannia. Definire i loro itinerari permette di ipotizzare dinamiche commerciali sulle lunghe distanze, in un mercato che non aveva le caratteristiche e i numeri di quello Urbano o di quello militare, e di assegnare alla Gallia Cisalpina un ruolo di qualche importanza come via meridionale di transito e di connessione tra l'area transalpina occidentale e quella orientale.

  • Parmi les notions que l'Antiquité nous a léguées, sacer compte parmi les plus complexes. Attestée dans les sources romaines les plus anciennes, on la trouve aussi chez d'autres peuples de la péninsule italienne avant qu'elle ne soit réinvestie de dimensions nouvelles sous l'Empire, puis sous l'Empire chrétien. En dépit de nombreuses études couvrant presque tous les champs du savoir, il s'en faut que notre compréhension de cette notion soit bien établie à l'échelle de l'Italie antique, d'autant que malgré les tentatives qui en ont montré l'inanité, la vieille théorie de l'ambiguïté du sacré et de son rapport au tabou continue d'exercer son influence. Cet ouvrage rouvre donc le débat sur les significations de cette notion, en recourant à un comparatisme précis qui insère les termes et les inscriptions dans leur contexte historique et archéologique. À côté du monde romain pour lequel de nombreuses sources concourent à éclairer la notion de sacer, ce volume rend leur place aux peuples de l'Italie antique. En excluant le point de vue anachronique chrétien et toute conception universelle du « sacré », ce sont les multiples usages de sacer, ainsi que les divergences et convergences éventuelles d'un peuple à l'autre, qui forment le coeur de ces enquêtes au croisement de l'anthropologie, de l'histoire, de la linguistique et de l'archéologie.

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