Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX)

  • Pourquoi la parution d'Atala marque-t-elle, à l'aube du XIXe siècle, une révolution littéraire qui met l'époque au diapason du romantisme ? Le récit de Chateaubriand rompt avec la rhétorique en usage, libère l'imagination, renouvelle la peinture de la nature et bouleverse le langage des sentiments. L'écrivain invente un, romanesque nouveau où un désir violent et vorace étend partout son empire. Des cataclysmes dévastent les forêts du Nouveau Monde. Des passions tumultueuses et destructrices s'emparent des Indiens qui les peuplent. Rien ni personne n'échappe à cette loi. Mais qui aujourd'hui s'y tromperait : les « Sauvages » dont la nature américaine réfracte les émois ne sont en réalité que des adultes livrés à leurs pulsions infantiles, sous le regard d'un romancier rêveur en qui survit aussi l'enfant.

  • Pourquoi nos ancêtres - de Boileau à Rousseau et de D'Alembert à Robespierre, et même à Sade - ont-ils éprouvé tant de plaisir et d'admiration à lire Télémaque ? Et comment ce roman de Fénelon, qui pendant très longtemps fut l'ouvrage le plus lu de la littérature française, pourrait-il, aujourd'hui encore, nourrir notre imagination ? Fournir une réponse à cette question exige qu'on tienne compte des dimensions inconscientes du texte. Notre savoir sur les rêves, mieux qu'aucun autre, devrait pouvoir nous montrer en quoi ce livre a pu être un texte à rêver pour les lecteurs d'antan, et en quoi il peut l'être encore, ou le redevenir pour nous, aujourd'hui.

  • Mathias, effectivement, est moins un voyeur qu'un « écouteur ». Il prête l'oreille aux coups de sirène, au ressac de l'océan, aux gémissements des femmes, aux histoires que content les marins et les journaux... A la voix, aussi, qui lui rappelle son enfance : « On lui avait souvent raconté » les ficelles, la troisième armoire, le dessin d'une mouette, que sais-je ? Mais pour s'en rendre compte, il faut mettre Le Voyeur à l'écoute, il faut tendre sa connivence vers ce qui se murmure ou se dit parfois dans un silence bruyant, et que le récit torturé de Robbe-Grillet prend plaisir à rendre imperceptible. Surtout, au coeur de ce qu'on entend à travers le bruit et le silence, il y a une scène centrale, cruciale, que l'on ne voit jamais. Et qui rend tout le reste à la fois audible et visible, peut-être...

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