Presses universitaires du Midi

  • Existe-t-il un cinéma « stalinien » ? Cette question, loin d'être formelle, est essentielle pour saisir la complexité des relations qui se sont nouées, dans l'Union soviétique de Staline, entre le cinéma et le pouvoir politique. Que la production et la diffusion des images aient été strictement contrôlées, que les autorités aient imposé une esthétique - celle du réalisme socialiste -, que Staline, dans la continuité de la politique entreprise par Lénine, ait voulu faire du septième art l'un des principaux outils de sa propagande, personne ne le contestera. Mais cela signifie-t-il pour autant que le cinéma soviétique ait été enfermé pendant plus de vingt-cinq ans dans un moule rigide et étouffant ? Au-delà d'une uniformité apparente de la production, ne peut-on déceler, ici et là, des aspérités, des divergences, voire des espaces d'autonomie ? Telles sont les questions abordées par ce collectif d'auteurs, français et étrangers, qui proposent de porter un regard nouveau sur l'histoire de ce cinéma, en s'intéressant tout autant aux films eux-mêmes qu'à leurs conditions de fabrication et de diffusion.

  • Si l'étude des ordres religieux-militaires a, ces dernières décennies, bénéficié d'un dynamisme fécond, cet ouvrage explore des voies nouvelles et se distingue à plusieurs titres. Il est original par la réunion, pas si fréquente, d'une quinzaine de spécialistes d'histoire et d'histoire de l'art, comme par son ouverture à des sources jusqu'ici peu considérées : peintures murales, sculptures, objets liturgiques ou encore sceaux. Le croisement des regards dans une véritable interdisciplinarité, la reprise à frais nouveaux de dossiers a priori connus tout comme l'analyse de nouveaux matériaux conduisent à nuancer des certitudes et à remettre en cause quelques lieux communs. Le volume permet de saisir les dévotions et la liturgie des frères du Temple et de l'Hôpital, d'accéder à leur culture visuelle et de mesurer l'ambition de certains ensembles peints ou sculptés. Tout en ouvrant la comparaison à d'autres ordres religieux ou aux élites laïques, l'entreprise espère encourager de nouveaux questionnements sur la place et la singularité du monachisme militaire au sein de la spiritualité et de la culture du Moyen Âge.

  • Ce volume rassemble la plupart des contributions présentées lors des colloques tenus dans le cadre des 9es et 10es Journées Manuel Azaña, à Montauban, en 2014 et 2015. Les thématiques de ces rencontres étaient ambitieuses : La Seconde République espagnole, 1931-1936, entre réforme et révolution, la première année, puis, la seconde année, Guerre d'Espagne, 1936- 1939, entre guerre et révolution. Cette problématique, centrée sur l'action et les représentations des forces sociales et politiques qui l'ont soutenue jusqu'au bout, ne prétendait donc pas brosser une histoire totale de la Seconde République. Les textes questionnent deux idées maîtresses de la période : la réforme décisive d'un pays resté archaïque et la révolution qui - aux yeux de beaucoup, mais pas forcément de la même manière - aurait permis de remédier de façon décisive aux maux dont souffrait le pays, notamment les inégalités sociales. L'affrontement de ces deux projets marque la première période de la République, au cours du « bienio azañiste », les deux années de gouvernement de Manuel Azaña (1931-1933). Il rebondit en 1936, après la victoire électorale du Front populaire, quand le soulèvement militaire de Franco, soutenu par Hitler et Mussolini, prend les armes contre la République. Cette fois, chez ceux qui luttent pour la défendre, c'est la question de la priorité à donner à la conduite de la guerre ou à la révolution qui fait débat et approfondit les divisions. L'ouvrage aborde successivement ces périodes dans ses deux parties : l'une consacrée aux réformes menées par la jeune République espagnole et l'autre tournée vers les gouvernements en guerre et les forces sociales et politiques à l'oeuvre face à l'assaut des forces réactionnaires et fascistes espagnoles et internationales. Les diverses contributions émanent de spécialistes confirmés - espagnols ou français - et dressent un état de la recherche historique actuelle. Apportant ainsi une vision plurielle sur les huit petites années qui ont changé l'Espagne et sur une République trahie, à qui le temps n'a pas été donné de réaliser ses espoirs.

  • Encore au XIXe et au XVe siècle, la croisade garde une vivacité étonnante dans la mémoire des hommes et dans leurs projets. Naturellement, la noblesse se révèle le groupe social le mieux disposé à son égard : le combat contre les infidèles est devenu un ornement chevaleresque. Les romans s'emplissent du récit des exploits de Charlemagne et de Godefroi de Bouillon, les ordres militaires conservent un prestige bien supérieur à ce qu'on écrit parfois, et les nobles de tout l'Occident s'en vont sur les frontières de la chrétienté, en Prusse ou en péninsule Ibérique, éprouver leur valeur face aux ennemis de la Croix. Faute de pouvoir embrasser le phénomène dans toute l'étendue de sa géographie, nous avons fait le choix de ne traiter, dans ce volume, que de la France, de la Bourgogne et de la Bohême. Pour les contemporains, la France, et plus encore son souverain, sont naturellement associés à l'idée de croisade, qu'il s'agisse de la récupération de la Terre sainte ou de la défense de la chrétienté contre les Ottomans. Aux côtés de la France, la Bourgogne tient un rang privilégié car, profitant de la faiblesse de leurs voisins, ses ducs ont opéré une translatio qui leur a permis de se présenter comme les plus aptes à relever le défi turc. Enfin, la Bohême mérite une attention toute particulière. Dans les années 1420, les nobles hussites se trouvent dans la situation inédite de devoir défendre par les armes leurs choix religieux et de conduire une guerre qu'ils jugent sainte face aux croisés mandatés par l'autorité pontificale. Confrontés à l'hostilité du pape, sans subir directement le péril musulman, ils ne tournent pourtant pas le dos à la chrétienté latine et manifestent, au contraire, le désir de prendre leur part de sa défense. En Bohême se trouvent ainsi noués beaucoup des enjeux qui sous-tendent le problème des conflits interconfessionnels en Europe à la fin du Moyen Âge.

  • La mise en marché de produits moralement sensibles, comme ceux touchant à l'intimité des personnes, à leur intégrité, à la santé ou au maintien de l'ordre public, est l'objet de cette réflexion collective qui met en regard neuf cas de « marchés contestés ». Certains de ces marchés contestés sont effectifs, comme dans le cas du tabac, de la pornographie, des jeux d'argent ou des défunts. Certains sont potentiels dans le sens où les poissons génétiquement modifiés, les données personnelles ou le cannabis sont à la recherche des moyens de rendre acceptables les transactions marchandes. D'autres, enfin, sont bannis car la marchandisation des enfants adoptés ou des organes humains reste moralement inacceptable. La tension entre les principes marchands et moraux au coeur des marchés contestés est dans chaque contribution éclairée par l'identification des formes de la contestation morale et des dispositifs juridiques, fiscaux, sanitaires, éthiques, rendant possible ou au contraire irréalisable l'édification d'un marché. La prise en compte de « populations fragiles », qu'il s'agit de protéger du marché, mais aussi de protéger par le marché, émerge dans tous les chapitres comme un élément explicatif essentiel des avancées et des reculs des marchés contestés.

  • Durant l'entre-deux-guerres, le Sud-Ouest de la France connaît une vague migratoire d'un nouveau genre. Des familles transalpines viennent du nord de la Péninsule pour s'employer dans l'agriculture de ses campagnes dépeuplées. Près de 80 000 Italiens s'établissent ainsi dans la région où ils deviennent une composante essentielle de la société locale. Originale par son mode d'implantation et ses caractéristiques sociologiques, cette population rencontre un Midi encore très rural, tandis que le contexte politique est marqué par les clivages nés du fascisme et l'aggravation des tensions internationales. Retracer l'histoire de cette immigration, c'est dire aussi la façon dont celle-ci est reçue et perçue, depuis les premières arrivées au début des années vingt jusqu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Acceptation et crispations, visions stéréotypées et nouveaux liens de voisinage, sentiment de proximité et perception de l'altérité : autant de figures contrastées au travers desquelles on voit se transformer l'histoire des relations entre ces Français et ces Italiens désormais amenés à vivre ensemble. Évolution complexe, dont le présent ouvrage s'efforce de mettre à jour les mécanismes, tout en offrant, par-delà l'examen d'un cas particulier, un modèle général pour l'étude des vicissitudes de l'opinion publique et de ses représentations croisées face à un phénomène migratoire.

  • Des comptoirs officieux où se négocient les précieux cailloux, des activités de façade destinées à masquer des transactions illégales, des villes surgies de nulle part, des communautés humaines qui se recomposent en fonction de cette économie très spéciale : c'est une étrange histoire que celle des diamantaires de la vallée du Sénégal qui nous est donnée à lire ici. Sylvie Bredeloup analyse la façon dont le trafic des diamants a fait naître dans cette région du monde de nouveaux espaces d'échanges et de circulation. Ces formes de mobilité inédites permettent de réinterroger l'articulation entre dynamiques urbaines et entreprenariat économique, entre solidarités migratoires et relations productives. Une recherche qui renouvelle la question migratoire en Afrique subsaharienne.

  • Escrita y representada en Toulouse en el año 1958, Don Juan Tenorio « El refugiao », parodia del conocido drama de Zorrilla, asocia la fuerza cómica de una tradición española arraigada en los lejanos Disparates de Juan del Encina y la comedia burlesca del siglo XVII, sin olvidar a Pedro Muñoz Seca y La venganza de Don Mendo, con la visión satírica y jocosa del mundillo de los exiliados antifranquistas en dicha ciudad francesa, de sus críticas, anhelos y nostalgias. Una lengua expresiva, sencilla pero jugosa, una versificación sonora y eficaz, un sentido constante de la ruptura cómica y de la agudeza verbal, hacen de esta obra una divertida creación original en la que se mezclan armoniosamente la sátira y la historia, la carcajada y la poesía.

  • Après plusieurs siècles d'oubli consécutifs à l'expulsion des juifs d'Espagne, ce pays a redécouvert, voici quelque cent cinquante ans, la diaspora judéo-espagnole et le lien historique avec les descendants des exilés de 1492. Rencontres et évitements ; nostalgie envers une culture survivant hors des frontières et visées néo-coloniales en Méditerranée ; solidarité affichée à l'égard des "Espagnols sans patrie", mais refus de rapatriements aux heures sombres des pogroms et de la Shoah : d'innombrables ambiguïtés ponctuent les étapes du rapprochement hispano-juif, jusqu'au sauvetage des juifs par Franco durant la Seconde Guerre mondiale. La « question juive » s'est nourrie en Espagne d'affrontements parlementaires à propos de la liberté religieuse, des échos de l'affaire Dreyfus ou encore de l'édition des Protocoles des sages de Sion. Paradoxe : la marginalisation des Chuetas de Majorque, la persistance d'un antijudaïsme populaire, la création, en 1941, d'un Fichier juif se sont conjuguées avec l'exaltation de Sefarad. Aujourd'hui se dessinent de nouveaux enjeux politiques et mémoriels : statut de la judaïcité espagnole issue d'immigrations récentes, réappropriations du legs médiéval, dialogue avec les différentes instances du judaïsme mondial. En focalisant l'éclairage à la fois sur la longue durée et ses principaux temps forts, cet ouvrage entend restituer dans toute sa complexité la lente normalisation des relations hispano-juives contemporaines.

  • Cet ouvrage se propose de mettre en relief les procédés utilisés par les souverains almohades en al-Andalus comme en Afrique du Nord pour asseoir leur pouvoir et imposer leur ordre politique. L'époque almoravide, période qui a précédé l'arrivée des Almohades, est également évoquée afin de permettre une comparaison entre les deux systèmes politiques et cerner ainsi le chemin suivi par les Almohades, voie médiane oscillant entre continuité et volonté de rupture avec un passé jugé inadéquat. Une attention particulière est réservée aux différents témoignages décrivant le calife, son entourage, sa vision et son rôle dans les conflits armés où il est à la fois chef politique et militaire. Tous les aspects de sa vie sont étudiés : son rapport à l'exercice du pouvoir, à la nourriture, aux codes vestimentaires... Pour la première fois, au Maghreb occidental et central, on sort du paradigme du chef de guerre pour s'enraciner dans la tradition orientale du souverain hiératique le plus souvent inaccessible et invisible. Cet épisode marque une étape fondamentale du processus d'arabisation et d'islamisation des sociétés du Maghreb, et l'ouvrage, soigneusement documenté, constitue une heureuse contribution aux modes de gouvernement en terre d'Islam.

  • Les migrations internes constituent un des phénomènes les plus importants en République populaire de Chine depuis la réforme économique. C'est au début des années 1980 que de nombreux paysans quittent la terre pour travailler en usine ou se ruer vers les villes et provinces développées. Ce mouvement ne cesse de s'intensifier. Les migrations produisent des parcours différents et non linéaires. Si certains migrants sont peu qualifiés et exclus de la société, d'autres connaissent des trajectoires de mobilité sociale ascendante ou descendante. D'autres encore créent de nouvelles activités économiques, et certains migrants entrepreneurs appartiennent même aux élites de la société. À partir des parcours biographiques de paysans migrants, le présent ouvrage vise à explorer et à rendre sensibles la pluralité des processus de migration et la forte mobilité sociale rendue possible par les mutations économiques rapides. En livrant les témoignages de ces hommes et femmes sur leurs histoires individuelles et sur leurs itinéraires professionnels, cette étude entend faire parler les migrants dont les voix sont si peu entendues aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Chine. Elle apporte ainsi un autre regard sur les transformations économiques et sociales que la Chine a connues au cours des trente dernières années.

  • Il y a cinquante ans, deux universitaires, normaliens agrégés de philosophie, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, publiaient Les Héritiers. Vendu à plus de 100 000 exemplaires, ce livre est même devenu un long-seller selon le mot de Passeron. Six ans après, cette critique de l'école républicaine se radicalisait dans La Reproduction. Loin d'être émancipatrice, cette école contribuerait, en reproduisant les inégalités entre les classes sociales, à la conservation de l'ordre établi. Ainsi se trouvait récusé l'héritage républicain et tout particulièrement celui de l'instruction publique, dont la Révolution française, sous l'impulsion de Condorcet, avait jeté les fondations, et que la « grande République scolaire » de Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Paul Bert et René Goblet a édifiée entre 1879 et 1886. Ce livre vise à montrer que cette sociologie de l'école, tout en proclamant l'intention de contribuer à la démocratisation de l'enseignement, en préconisant par exemple l'instauration d'une pédagogie inégale pour des élèves inégaux qui annonçait la discrimination positive des ZEP, a en fait apporté une légitimation intellectuelle à la déréglementation scolaire entreprise par les gouvernements de la Ve république depuis 1959, aboutissant à un démantèlement de l'instruction publique laïque qui s'accentue aujourd'hui.

  • Gendre de Mussolini, ministre des Affaires étrangères depuis juin 1936, Ciano est un observateur de premier plan tant des relations internationales que du fonctionnement du régime fasciste dont il est un acteur majeur. L'époque concernée par ce premier volume aborde la fin de la guerre d'Espagne, l'Anschluss envers l'Autriche, la conférence de Munich et ses conséquences, l'annexion de l'Albanie, le rapprochement avec l'Allemagne, les relations avec les démocraties occidentales, la crise germano-polonaise de l'été 1939, le choix de la non-belligérance, et enfin la décision de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et à la France le 10 juin 1940. Le document éclaire également le fonctionnement de l'Italie fasciste : relation avec la monarchie, l'Église, les hiérarques, la législation antisémite. La présente édition offre une nouvelle traduction du Journal ainsi qu'un important appareil critique qui permet d'éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • Au moins depuis la publication de la thèse d'Alphonse Dupront, en 1997, il est clair que l'idée de croisade a survécu en Occident bien après la mort de Saint Louis sous les murs de Tunis. Néanmoins, l'opinion dominante considère que le récit des expéditions passées, quel que soit le contexte discursif, n'aurait valeur que de substitut et que l'abondance du discours serait à la mesure de l'impuissance des royaumes chrétiens, incapables de résister aux Turcs (sans même parler de la récupération de Jérusalem). Les mots serviraient à combler un vide, à calmer l'inquiétude de l'Occident menacé en entretenant l'illusion d'une force désormais perdue. La douzaine de contributions publiée dans ce volume vise à réévaluer cet ensemble très nourri de textes : la remémoration des hauts faits de Charlemagne ou de Godefroy de Bouillon fonctionne en effet comme un formidable révélateur pour l'historien, car le traitement de la geste croisée livre un portrait social et politique de l'Europe dont il importe de bien évaluer l'actualité. La référence aux heures glorieuses, tout comme le dessin d'une prochaine, et illusoire, victoire, souligne avec acuité les lignes de force d'une époque charnière.

  • Le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la Grande-Bretagne et à la France. Malgré des réticences que tempèrent les victoires allemandes, Ciano reste ministre des Affaires étrangères. Le second volume de son Journal couvre la période de l'Italie fasciste en guerre jusqu'à son renvoi par le Duce le 5 février 1943. Précieux document, cette partie du Journal présente sans fard les déboires militaires italiens, les relations souvent complexes et ambiguës avec l'allié allemand, la progressive dégradation du fonctionnement de l'appareil du pouvoir fasciste et du consensus autour de celui-ci. Le Journal du comte Ciano est un document capital pour la compréhension du second conflit mondial et de la crise du régime fasciste. La présente édition offre une nouvelle traduction mais également un important appareil critique qui souhaite éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • Nourri par une enquête de terrain, rare dans ce domaine, cet ouvrage questionne et analyse les stratégies des ménages ruraux les plus démunis des provinces centrales du Vietnam et celles de leurs enfants, tentés par la demande croissante de main d'oeuvre jeune et peu ou non formée que génère l'économie informelle à Hô-Chi-Minh-Ville. Pour les parents, il s'agit de réduire les dépenses du foyer et de créer une source de revenu régulière ; pour les enfants, souvent dès l'âge de 14 ans, l'enjeu est d'accéder aussi rapidement que possible à l'autonomie et à un statut d'adulte. Dans la société d'arrivée, les réseaux familiaux tentent de les protéger, souvent en vain, contre les dangers liés à leurs conditions de précarité, d'insécurité sociale et sanitaire. Au Vietnam et dans nombre de pays en développement, la migration des enfants pose non seulement la question de la mise en oeuvre de dispositifs de protection publique face à l'exploitation des jeunes, mais aussi celle de la relation entre développement économique et développement social et humain. L'enquête de Lê ng Bo Châu démontre combien il est urgent de s'interroger sur les possibilités de protection sociale de ces jeunes ruraux migrants, exploités dans des ateliers qui les emploient en dehors de toute légalité.

  • La historiografía tradicional, española y europea, ha considerado la Guerra de Granada (1482-1492) como un hecho de naturaleza y alcance exclusivamente hispánicos. Se trataba del último episodio de un proceso ibérico, la « Reconquista », el enfrentamiento secular entre el Islam y la Cristiandad, consustancial al Medievo peninsular. El nacionalismo romántico del siglo XIX y la dictadura de Franco (1939-1975) lo marcaron a fuego en la identidad nacional española. Sin embargo, en las últimas décadas se han revisado estos postulados, hasta culminar en una revisión radical. Librado el conflicto de la carga ideológica que lastraba su estudio, se ha podido abordar bajo una luz nueva, que tiene un doble marco infinitamente más amplio y complejo. De una parte, las Guerras de Granada - en plural - como manifestación ibérica de lo que en Europa se ha denominado « cruzadas tardías ». De otra, el reordenamiento geopolítico del Mediterráneo, como un tablero de ajedrez, en el que el Islam avanzaba en Levante y retrocedía en Occidente. El presente volumen reúne textos de especialistas europeos que abordan tanto las cruzadas contra el Reino de Granada en el siglo XIV - con participación de borgoñones, escoceses, franceses e ingleses - como la guerra final de conquista en el siglo XV. Se identifican los canales de difusión de noticias, la implicación y diferente repercusión en las cortes renacentistas de la Península Italiana, o el eco atenuado de las hostilidades en el Sacro Imperio Romano-Germánico. Emerge así una imagen insólita, novedosa, de un conflicto de dimensión y alcance internacionales.

  • L'Italie entretient avec l'Antiquité un lien tout particulier. Les civilisations étrusque, grecque, romaine ont marqué la Péninsule. De nombreux artistes, écrivains, historiens, promeneurs ont été fascinés, influencés, plus rarement rebutés par le prestigieux héritage. Les contributions réunies dans ce volume présentent des aperçus de la manière d'appréhender l'Antiquité en Italie. De Montesquieu à Mussolini, en passant par Vico, Leopardi, Verdi, Carducci, D'Annunzio, des archéologues tel Albert Grenier mais aussi des sites comme Pompéi, comment la culture antique a-t-elle influencé l'histoire politique, littéraire, artistique de l'Italie depuis le Siècle des lumières jusqu'à l'époque fasciste ? Les auteurs souhaitent apporter des réponses à cette interrogation et ouvrir des pistes afin de favoriser la compréhension de cette donnée majeure de l'histoire culturelle de l'Italie et de l'Europe.

  • Il y a longtemps que les voix de l'ancienne Mésopotamie se sont tues, remplacées par les bruits de la modernité. Tout un pan des cultures du Proche-Orient ancien serait-il devenu inaccessible, nous donnant seulement à voir un passé silencieux ? Dégagées des anciennes cités de Syrie et d'Irak, les tablettes d'argile nous permettent pourtant de retrouver l'ambiance sonore qui régnait jadis sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, ou dans les rues de Babylone. Les informations vont au-delà de la simple restitution acoustique et nous transmettent les valeurs et les catégories de pensée de ces cultures disparues, dans une forme d'« archéologie du sensible ». Par-delà l'expérience individuelle, tout un réseau de significations, de correspondances et de métaphores, partagé par les membres d'une même communauté, surgit du passé. Le bruit dans une maison est le signe d'une présence démoniaque ; l'individu dans la peine « se lamente comme une colombe » dans la littérature ; ou encore, le son d'une cloche chasse les méchants démons dans les rituels... Prêter l'oreille aux voix des dieux, aux cris des hommes et à tous ces chants de la nature que les habitants de l'antique Mésopotamie percevaient, c'est avant tout pénétrer dans le passé par des chemins encore inexplorés.

  • Les 37es Journées de Flaran consacrées aux cultures villageoises ont permis de faire le bilan des avancées de l'historiographie. Ce colloque s'est employé à dépasser ce à quoi on ramène toujours la culture des paysans des époques médiévale et moderne, sous la vieille appellation de « culture populaire », et derrière laquelle on place surtout la culture religieuse et la pratique de rites plus ou moins bien christianisés. Il a élargi vers d'autres domaines de représentations la culture des paysans, comme la culture politique ou la culture littéraire. Il a aussi attiré l'attention sur ces oubliés de l'histoire culturelle que sont les paysans, trop fréquemment encore étudiés comme des producteurs ou des contribuables. Il s'est intéressé au processus de différenciation sociale au sein des paysanneries en mettant l'accent sur un point généralement passé sous silence dans les études, à savoir la maîtrise d'un « capital culturel » (pour paraphraser les travaux de Pierre Bourdieu). C'est donc un positionnement doublement original, à la fois dans le domaine de l'histoire culturelle (trop focalisée sur la culture des élites nobiliaires) et dans celui des sociétés rurales. Les exemples traités balaient un large panel de cas de figures, de l'Islande et l'Angleterre à la France et l'Italie.

  • Adivinos, médicos y profesores de secretos se inserta en el campo de estudios sobre las mentalidades y los saberes, en particular los ilícitos, como por ejemplo las ciencias ocultas (magia, demonología, pronosticación, alquimia...), los saberes populares (brujería, medicina extra académica, oficios relacionados con curanderos y ensalmadores). Los autores reunidos en esta obra tratan con esmero este tema no solo a partir de los textos, sino a partir de un estudio de las personas que practicaban estos saberes malditos, proscritos y castigados por las autoridades civiles y eclesiásticas. Se encuentran aquí capítulos sobre la astrología, sobre la fisionomía, y las señales del cuerpo como medios para determinar el carácter moral de la gente, sobre brujos y médicos que se encontraban con su ciencia en la frontera entre el saber académico y libresco y las prácticas empíricas prohibidas. Este libro apasionante cubre un amplio espectro de temas en ese mundo renacentista ávido de descubrimientos en una Europa profundamente marcada por las tensiones sociales y religiosas en la que la ciencia de todo orden encontraba un público cada vez más extenso gracias a la revolución de la imprenta que con su poderosa producción fomentó una nueva forma de divulgar los saberes, buenos o malos.

  • Aux XIe-XIIe siècles, des populations venues du nord des Pyrénées s'installent en péninsule Ibérique. La vallée de l'Èbre devient une terre d'accueil privilégiée pour ces femmes et ces hommes désignés sous le nom de francos par l'historiographie et dans les sources. Au regard de ces dernières, le terme définit aussi bien la personne libre que celle issue d'au-delà de la chaîne pyrénéenne. Dans ce second sens, il désigne des guerriers venus combattre contre les musulmans dans le cadre de la Reconquista, comme des artisans et des marchands qui participent au dynamisme des villes du royaume d'Aragon et de Pampelune. Il se rapporte enfin à des clercs qui participent à l'implantation de la Réforme grégorienne dans des Églises jusqu'alors restées fidèles aux usages locaux. Alexandre Giunta révise dans cet ouvrage la totalité du dossier documentaire, mettant en lumière plusieurs textes encore négligés et surtout apportant à sa relecture le produit des travaux les plus récents de sociologues et d'anthropologues intéressés par les questions migratoires. Il s'agit d'une contribution de premier plan, non seulement à l'histoire médiévale de la péninsule Ibérique mais plus largement aux études sur les mouvements de populations au Moyen Âge.

  • Les fonds notariaux sont une source précieuse pour l'histoire des demeures de l'âge classique. L'exploitation exhaustive de ce qui en subsiste, concernant Toulouse, pour les années 1600-1630, permet d'éclairer définitivement les débuts des hôtels et maisons de cette période, mal connus jusqu'ici, voire tout à fait méconnus, et de donner un nom à leurs maîtres d'oeuvre, pour la plupart tirés du néant.

  • Organisées par l'Association Française pour l'Étude du Textiles (AFET) et l'axe Religion - Culture - Pouvoir du Laboratoire de recherche FRAMESPA (Université Toulouse 2), ces journées d'étude (Toulouse, 1999) ont été consacrées à l'ob­servation et l'analyse des pratiques du réemploi et du ravaudage, aussi fréquentes que reconnues dans l'histoire des textiles du Moyen Âge à nos jours. Le contexte dévotionnel et liturgique dans lequel renaissent certains textiles à une seconde vie pose des problèmes importants : le passage du profane au sacré et vice versa, la pérennité de leurs usages primitifs, dont les traces sont plus ou moins visibles ou identi­fiables, leur sacralisation et, inévitablement leur profanation. Les auteurs, anthropologues, archéologues, conservateurs de musées, his­toriens, historiens de l'art ou restaurateurs se sont interrogés sur les rai­sons de ces procédés, sur leurs enjeux, et le simple fait que l'Église catholique ait eu à statuer régulièrement sur ces réemplois en signale l'importance et prouve que la question dépasse très largement des pro­blèmes de nature couturière voire d'économie domestique.

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