Presses universitaires de Provence

  • Les chansons de geste nous présentent la chrétienté en état de tension. Le héros doit lutter contre les Sarrasins, soit pour repousser leurs invasions, soit pour conquérir de nouveaux territoires. Les deux camps s'opposent et semblent souvent inconciliables. Pourtant, si l'on se réfère à la réalité historique, Orient et Occident ne représentent pas, au Moyen Âge, deux univers séparés, étanches ou sans communication. On constate au contraire des jeux d'influences et des transferts réciproques entre deux mondes enchevêtrés. Pourquoi les oeuvres littéraires choisissent-elles une vision manichéenne ? Est-ce uniquement pour mettre en évidence des traits spécifiques de chaque parti ? N'est-il pas possible d'apercevoir, à travers les Sarrasins épiques, une sorte de miroir des chrétiens ?

  • Si l'on se refuse à admettre que les auteurs du Moyen Âge qui dissertent du diable sont des faibles d'esprit, si l'on ne croit pas qu'ils cherchent à tromper délibéremment ou à édifier leurs lecteurs à bon compte et si l'on ne présume pas qu'ils répètent inlassablement des histoires venues d'ailleurs, il faut alors convenir, qu'un certain nombre de fois au moins, ils font état de phénomènes, c'est-à-dire, sinon de faits au sens d'aujourd'hui, du moins d'apparences qui y ressemblent fort. Qu'il soit bien entendu que les diableries qui posent vraiment le problème ne sont pas celles qui sont de simples thèmes littéraires. C'est au moment où le démoniaque se présente comme une expérience vécue, une forme de la perception et un fait mental qu'il a sa pleine et entière réalité. C'est à ce niveau que la critique doit par priorité se situer. L'historien n'a certes pas la possibilité de juger de la matérialité d'une manifestation diabolique sur laquelle il n'a aucun moyen de contrôle et qui pour le fond ne relève pas de sa discipline. Par contre il sait qu'un bon observateur doit être pris au sérieux lorsqu'il décrit des phénomènes dont il explique le caractère exceptionnel par l'intervention du démon. Il peut au moins prétendre se faire une idée sur la manière dont s'élabore mentalement une vision diabolique et sur la façon dont elle s'exprime. Faute de mieux c'est sur ce court domaine imaginatif et fabulatoire qu'il a prise et qu'il doit faire porter son effort.

  • Le colloque dont les communications sont ici publiées a eu pour ses participants une tonalité particulière. Et le Président de l'Université de Provence a tenu à être présent à l'ouverture des travaux. Cette rencontre était en effet dédiée à deux des membres fondateurs du C.U.E.R. M.A., Marguerite ROSSI et Paul BANCOURT. Ces collègues vont bientôt cesser d'enseigner. Il ne s'agira de retraite que sur le plan administratif puisqu'ils continueront tous les deux, nous le savons, leurs activités scientifiques, en particulier dans le cadre du C.U.E.R. M.A. Ainsi donc avons-nous travaillé cette année sur le thème de l'étrange et de l'étranger, domaines qu'ont particulièrement explorés nos deux collègues dans leurs travaux antérieurs.

  • L'Orient médiéval est certes une délimitation géographique, mais il est beaucoup plus que cela : il constitue une véritable catégorie encyclopédique sous laquelle se détache un secteur de la réalité et en laquelle vient se ranger un ensemble relativement stable de rubriques. Les merveilles qui s'y détaillent nous inclineraient trop vite à traiter cette région du monde comme le séjour de l'imaginaire et à doter la mentalité médiévale d'une singulière perméabilité à la fiction, ou d'une prédilection remarquable pour le monstrueux. En quoi nous risquons fort de projeter seulement un certain romantisme du dépaysement et de l'exotisme et de manquer le réalisme fondamentalement objectif d'une représentation du xiiie s. L'Orient n'est pas un rêve, c'est un fait. C'est à ce titre qu'il entre dans toute somme du savoir concernant le monde. Et pour se convaincre de l'importance de la place qu'il doit occuper dans le genre encyclopédique dont les dénominations d'Imago ou de Speculum s'assignent l'exacte conformité du reflet, il suffit de rappeler que dans la langue savante et selon la géographie reçue, l'appellation d'Orient ne couvre rien moins que la moitié de la terre habitée.

  • L'enfant n'est pas un personnage fréquent dans les oeuvres médiévales : on l'a souvent souligné à juste titre. Il est pourtant présent dans quelques textes, et il apparaît à des âges divers, avec son charme et son ingénuité spécifiques, au détour d'un épisode ou même à un moment où sa venue contribue à relancer le récit. L'enfance n'est pas non plus absente des oeuvres autobiographiques, même si le clerc qui se raconte projette sur ses premières années sa vision adulte de la vie et du monde. Reste qu'au delà des inventaires obligatoirement limités, le personnage de l'enfant n'est pas un personnage épique ni romanesque au Moyen Âge. Il est plus ou moins exclu des textes parce que les schémas qui sous-tendent la narration ne laissent guère de place à son intervention. L'art médiéval (et la littérature participe toujours d'une esthétique générale qui trouve aussi ses applications dans la sculpture ou la peinture) ne peut pas faire à l'enfance l'honneur de la représenter, parce que c'est un art du symbole et de la transcendance. L'univers de l'artiste et celui du poète, au Moyen Âge, est un univers d'adultes. La conséquence de cet état de choses, c'est que la présence de l'enfant est une sorte d'exception conjoncturelle. C'est elle qui fait problème, et non l'inverse. Sa rareté confirme la norme, et l'on ne doit s'interroger que lorsque l'enfant paraît, sans être surpris ni du fait que l'on reste insensible à la poèsie de l'enfance, ni de l'obstination des poètes et des imagiers à ne décrire ou à ne dépeindre que des enfants grandis avant l'âge et qui ont accès trop tôt à la gravité des grandes personnes.

  • Il est indéniable que le jardin joue un rôle de premier plan dans la littérature médiévale. Lieu de la rencontre, de l'amour ou de l'aventure, il est aussi un lieu protégé ou les protagonistes aiment à s'ébattre et à se reposer. Lieu fermé, il est le réceptacle de la parole, du signe, du message. Il est dès lors logique que l'aménagement d'un tel espace soit de première importance. Mais cet espace est, en rapport avec la mentalité médiévale, polysémique. À la fois espace végétal, directement lié au monde sublunaire, il est aussi lieu symbolique, en osmose avec les représentations mythiques et les influences cosmiques. En d'autres termes, il est investi, en continu, d'une entité symbolique. La littérature médiévale, et en particulier la littérature courtoise rend compte de cet aspect multiforme et multi-signifiant du verger. À côté de listes de plantes, ornatio du jardin comme de l'écrit, le monde vivant du jardin, véritable microcosme a les yeux tournés vers un ailleurs que la poursuite du récit explicitera sur le plan imaginaire.

  • Le renom du ms. 3351 de la Bibliothèque de l'Arsenal est tel qu'il se passe de présentation : Léon Gautier s'en est servi amplement pour ses recherches, Gaston Paris lui a consacré un article pertinent dans Romania, Georges Doutrepont l'a décrit en détail, Eduard Koschwitz en a publié Le Voyage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople et Hermann Tiemann Le Roman de la reine Sibile, et Jules Horrent et François Suard, entre autres, le citent abondamment dans leurs études respectives. Mais une édition intégrale de ce texte fait encore défaut, ce qui est d'autant plus regrettable qu'il forme avec le manuscrit publié de Cheltenham (actuellement à l'Université de l'Oregon) et les deux incunables de Guérin une triade littéraire importante du Moyen Âge finissant, à savoir La Geste de Garin de Monglane. Voilà pourquoi nous avons entrepris ici une édition complète du texte, en omettant cependant Le Roman de la reine Sibille (f°s 280-379), publié il y a vingt ans séparément et dont le rapport avec La Geste de Monglane est assez problématique.

  • Le repentir est précisément le principal des sentiments dont la présence authentifie la prière du coeur. Nous n'entendons pas par là uniquement le violent repentir qu'éprouve le pécheur héros du Miracle à la suite du péché précis dont les circonstances, les conséquences et le pardon constituent la structure du récit.

  • Ce qui frappe donc dans cette peinture de la mort à travers la première branche du Roman de Renart, c'est d'abord l'évocation fidèle de la réalité contemporaine ; qu'il s'agisse de l'organisation de la société ou de la conception des liens familiaux, les animaux sont bien les représentants des hommes. Mais ce qui domine ce tableau, c'est un profond amour de la vie. La mort naturelle est absente car elle est acceptée comme une nécessité, comme une loi de la nature. En revanche, la mort violente est évoquée à plusieurs reprises. À travers elle, se trahit l'angoisse du salut, par la peur de la mort et le souci d'assurer, par la confession, la joie éternelle. Déjà on discerne le problème du destin individuel. Mais la survie céleste tend à se confondre avec la survie terrestre donnée par la gloire. La gravité des questions posées se dissimule parfois derrière la parodie ou la satire. Mais l'inquiétude transparait de temps à autre : celle de l'homme, à toutes les époques, celle aussi, peut-être, d'une société en évolution qui s'interroge sur son propre avenir.

  • Les oeuvres littéraires médiévales restent, pour la plupart, méconnues du public cultivé, qui les considère volontiers comme un domaine réservé aux érudits et aux spécialistes. C'est là une situation d'autant plus regrettable et paradoxale qu'on sait assez l'attirance, voire la fascination, ...

  • Attentifs aux faits et gestes des grands personnages, les chroniqueurs du Moyen Âge les suivent quelquefois en voyage et nous en donnent une relation. Des documents officiels, portant mention de la date et du lieu, permettent de suivre exactement certains déplacements. Attendus au terme de leur mission ou poussés par les affaires, ces hommes s'attardent rarement en route. Récits et documents nous renseignent sur les étapes et les moyens de transport car il n'est pas d'un mince intérêt de connaître la rapidité de circulation des hommes et des nouvelles. La littérature de guides ou de pèlerinages, de son côté, fait surtout connaître des itinéraires, les sanctuaires qui les jalonnent, les monuments que l'on peut y voir, les populations que l'on y rencontre et les moyens de surmonter les principaux obstacles du parcours. Ces voyages entrepris par piété conduisent à un but bien déterminé, même si la route comporte des détours.

  • Dans les tableaux des peintres la présence d'oiseaux est instructive pour l'esprit mais, plus que leur aspect, c'est la place qu'ils occupent dans la composition qui est signifiante (Jean Arrouye). La représentation d'oiseaux aussi étranges que la sirène, le griffon ou la serre, échappés de la tradition des bestiaires, est analysée dans le but de comprendre le conflit entre approche rationalisante et goût du merveilleux (Jacqueline Leclercq-Marx). L'étude du rapport entre un texte et ses illustrations permet de montrer la polyvalence de la fonction illustrative, de l'ornementation à l'enrichissement sémantique (Valérie Gontero). Ces créatures ailées évoquent les temps paradisiaques et convient à une lecture symbolique du monde et de l'expression artistique ; leur envol figure le libre voyage de l'âme vers les régions spirituelles (Xénia Muratova). Cette valeur spirituelle est portée par l'oiseau dans des textes aussi différents que les Confessions d'Augustin (Jean Lacroix) et ceux qui célèbrent les amours tristaniennes (Jean-Marc Pastré). Une réflexion philosophique et morale est proposée à travers diverses figures aviaires mises en place dans des textes didactiques (Olivier Linder), ou à portée didactique comme l'Ovide moralisé (Marylène Possamai-Pérez, Stefania Cerrito), mais aussi dans des textes plus narrativisés comme Kalila et Dimna (Nadia Iskandarani) ou comme les sagas islandaises (Daniel Vassaux), où l'oiseau se fait messager d'un savoir caché dans les rêves. Plus emblématique est la fonction de certains oiseaux dans des textes épiques dans lesquels ils représentent les valeurs guerrières ou montrent le pouvoir à venir de celui qui les abat (Armelle Leclercq) ; ou bien encore, sous la forme d'un tendre poussin goulûment dévoré par une femme, l'oiseau dénote des puissances charnelles (Valérie Naudet). De par sa capacité (exemplaire) à se mouvoir dans l'espace aérien invisible, l'oiseau est porteur d'un sens métapoétique : l'usage varié de ce motif permet de rendre sensibles par sa présence récurrente la structure d'une oeuvre (Valérie Fasseur), la mise en place d'une esthétique nouvelle à travers une mise en prose (Mathieu Marchal), de dessiner le rôle des personnages (Vanessa Obry), de mettre au jour par le biais de l'humanisation une « stylistique de genre » dans les Isopets (Séverine Abiker), de manifester une matière courtoise (Anne-Marie Begou-Ball) ou une critique de la tradition courtoise (Margarida Madureira), de révéler la beauté au-delà de l'apparence (Marie-Pascale Halary). L'invention du serpolion dans l'Estoire del Saint Graal conforte la cohérence symbolique du texte (Sophie Albert), tout comme le vol des grues dans la Divine Comédie fait accéder au sens du poème dantesque (Sylvie Coche). Le chant de l'oiseau se propage de pièce lyrique en pièce lyrique mettant à l'unisson amour et poésie (Helena Kogen, Sophie O. Poitral), dans une même nostalgie (Hélène Basso). Un motif n'est pas figé. L'attention que les participants ont choisi de porter sur celui de l'oiseau en a fait apparaître les variations les plus subtiles. Qu'elle soit définie par sa couleur, sa forme, son vol ou son chant, la créature ailée anime les inventions artistiques qu'elle habite et y dessine des lignes et des courbes à suivre.

  • Le lecteur trouvera dans ce volume 31 articles issus de trois journées de réflexion sur les « Mondes marins du Moyen Age ». La mer est un espace transitoirement habité par l'homme et continûment présent dans sa mémoire et son imagination. Elle relie l'occident à l'orient par des voies périlleuses que la tempête brouille ; elle est tombeau, elle engloutit. Que cachent ses profondeurs ? Des monstres malfaisants, connus des marins ou créés par l'imagination qui exorcise ainsi ses peurs enfouies. Mais le regard plus serein du savant y voit des créatures dont on peut tirer des bienfaits. Depuis l'antiquité, on compare la traversée de la vie et des mots, pareillement imprévisibles, sonores et instables, à un voyage en mer. L'étendue marine peut être un miroir (certes souvent embué) où reconnaître l'homme dans son être-au-monde. Le lecteur y découvrira aussi l'écrivain médiéval cherchant à tracer sur cette masse mouvante et colorée le sillon de son écriture. Jusqu'à quel horizon ?

  • Si la présence de l'eau est vérifiable dans d'innombrables épisodes de récits arthuriens, elle se fait plus rare dans les gestes épiques ou dans les intrigues romanesques qui échappent au cycle d'Arthur. Surtout, elle n'y possède que rarement la signification secrète qui constitue pour les mers, fleuves, rivières et sources celtiques l'essence de leur mystère. L'eau épique ou romanesque est généralement plus "naturelle", si l'on peut dire, elle est moins perfide, moins équivoque que l'eau celtique. Elle recèle pourtant des périls qui peuvent être mortels pour le héros. L'eau dangereuse coule alors dans le paysage épique : elle apparaît fréquemment comme la composante d'une situation dramatique, ou sa cause. Elle sert de décor à des scènes violemment pathétiques, dont nous fournirons un certain nombre d'exemples ; elle peut prendre dans l'épopée et surtout le roman un sens symbolique, adopter une personnalité morale, être un piège pour l'homme.

  • Ce colloque nous engage sur un terrain difficile ; comment les autorités sociales d'autrefois se sont-elles trouvées prises entre un devoir de punir, résultant de la mission qui les définissait, et un "devoir" de ne pas punir, où le plus haut souci religieux pouvait se mêler confusément aux nécessités pratiques ? et comment se sont-elles défini un éventail de solutions applicables aux différents cas ?

  • Au Moyen Âge vivre, c'est se battre et survivre, triompher d'obstacles constamment présents et incessamment renouvelés : tourbillon de violence et d'agressivité pratiquant une impitoyable sélection naturelle. La longévité des individus suppose un débordement de vitalité intacte. L'obligation d'une vie dans l'instant privilégie la force de l'âge, la saine maturité ; dès lors, la vieillesse se réduit à un triste épilogue, l'enfance étant conçue comme un fade préambule.

  • L'or est soit un objet, soit un mythe de cet objet. L'objet-or est soit un métal, minerai ou épuré, soit un bijou à éventail de multiples significations dont celle de monnaie. Le mythe part de l'éclat solaire qu'avive le traitement au feu du métal-minerai ; il aboutit par cet éclat, par la consistance, l'utilité, les formes du bijou, les charmes de cette luminosité, à porter la joie et l'espérance du monde d'outre-nuit où le soleil qu'il symbolise ne se couche pas. Ainsi la longévité et la ductilité de cet objet-mythe lumineux évoque à l'homme son rêve d'immortalité. Car tout mythe est une réalité de sentiments que les hommes font reposer sur des objets réels en se servant d'heureuses apparences qui leur symbolisent les qualités de l'invisible. L'or est ainsi lumière et bonheur éternel ; les chefs et les femmes le portent avec prédilection comme certains enfants, tandis que le guerrier, ut sic, préfère le fer, et la forge. L'art de l'or, et celui de l'argent fort proche, est ainsi aux confins de l'économie et de la religion, une structure de médiation, une médio-structure toujours liée au roi : orfèvre de ses trésors et de sa liturgie ou monnayeur de sa puissance. D'Aristote à Thomas d'Aquin, on a toujours su distinguer le métal d'orfèvre et le signe monnayé, le trésor et la monnaie, le mythe et l'utilité fonctionnelle.

  • Soleil, Lune, Étoiles : leur présence, si l'on fait appel à ses souvenirs de lectures, n'est pas très fréquente dans les oeuvres romanesques ou épiques du xiiième siècle. Mais si leurs apparitions sont rares, elles ont toujours, ou presque, une fonction que l'on peut qualifier dès maintenant de magique ou de mystique ; soleil, lune, étoiles remplissent alors le rôle de signes ; ils annoncent des situations, des conjonctures romanesques parfois conventionnelles, parfois plus originales : ils s'intègrent alors dans l'action ; ou ils font partie d'un climat amoureux, ils sont les attributs de scènes courtoises ; ou ils ouvrent un chemin mystique aux héros. Ils remplissent assez rarement un rôle utilitaire, plus rarement un rôle purement esthétique, suscitant la seule émotion artistique chez l'auditeur, ainsi que le public moderne y est habitué depuis les romantiques : « Pâle étoile du soir, messagère lointaine... » écrivait Musset.

  • Ce volume 48 de la collection "Senefiance" rassemble les textes des quinze communications qui ont été prononcées lors du colloque organisé par l'équipe de recherche du CUER MA les 22-23-24 février 2001 à l'Université de Provence. Le choix du sujet a été déterminé par l'engagement pris au mois de novembre 1993 d'inscrire ce colloque parmi les manifestations proposées à Aix-en-Provence dans le cadre du 750e anniversaire de la fondation d'un lieu de culte à Saint-Jean-de-Malte. Textes médiévaux concernant la vie de Jean-Baptiste ou s'y référant sont ici étudiés, qu'il s'agisse des Vies rédigées du XIIe au XIVe siècle, du roman de Perlesvaus (XIIIe), de la Divine Comédie de Dante, des Mystères du XVe siècle, d'un chant royal rouennais du XVIe siècle, ou de diverses productions littéraires canadiennes du XIXe siècle consacrées au saint patron des canadiens français. Fresques avignonnaises du XIVe siècle, sculptures sur pierre de la cathédrale de Chartres, ou sur bois des stalles de Saint-Gervais à Genève fournissent un champ d'étude varié de la figure du saint. Celui qui parle dans les déserts, offre le baptême sur les rives du Jourdain, qui annonce la nouvelle Loi et montre le Christ, est "inscrit dans le temps en ce moment où le monde a changé". Figure du solstice d'été, il dit la rupture bénéfique, l'énergie et l'espérance joyeuse d'un temps nouveau, ici-bas ou dans le royaume divin.

  • Aimant cueillir les fleurs variées de l'imaginaire dans l'espace qu'il appelle son « jardin secret », André Moisan n'est pas sans évoquer ces clercs du Moyen Âge qui savaient allier le soin des réalités célestes et l'amour des belles lettres. Par ce volume de Mélanges, ses collègues et ses amis ont voulu rendre hommage à l'engagement scientifique et à la modestie d'un « chercheur de l'ombre », au travail et à l'érudition d'un homme qui, inlassablement et en marge de l'institution universitaire, a contribué jour après jour à l'ouverture et à la diffusion des connaissances dans le vaste domaine qui était le sien : l'épopée française. Malgré la diversité des textes abordés et la variété des approches choisies, ce volume s'organise autour de ce thème unique qui lui confère, par sa richesse et par son ampleur, souplesse et cohérence. Épopée et hagiographie, épopée et historiographie, rayonnement européen de l'épopée en constituent en effet les lignes directrices. Certains essais ont privilégié une approche linguistique, d'autres ont insisté sur la dimension spirituelle de divers textes ; l'étude des sources, les mises en valeur thématiques, l'analyse des effets d'intertextualité, la confrontation de plusieurs versions d'une même oeuvre sont les autres lieux de cette réflexion plurielle qui vient enrichir notre connaissance d'un genre auquel André Moisan, comme en témoignent les cinq volumes de son Répertoire et ses nombreux travaux, a consacré sa brillante énergie. Ce livre d'hommage constitue donc, pour sa part, un apport, à la fois riche et généreux, aux études médiévales.

  • Ce volume 47 de la collection « Senefiance » offre le texte des 29 communications qui ont été prononcées lors du colloque organisé par l'équipe de recherche du CUER MA (EA 2077) les 2, 3 et 4 mars 2000 à l'Université de Provence. Les intervenants ont porté leur réflexion soit sur des oeuvres précises (Fierabras, Aliscans, Eneas, Bisclavret, Silence, Merlin, Lancelot en prose, Queste del saint Graal), soit sur une vaste partie ou l'ensemble d'un domaine littéraire (lyrique occitane, chanson de geste, roman d'antiquité, roman arthurien, fabliau, théâtre, hagiographie). La connaissance de realia propres à la vie monastique ou aux pratiques funéraires permet des rapprochements intéressants avec la littérature, en éclairant des détails descriptifs ou des allusions. L'étude de l'imaginaire du vêtement révèle ses richesses mais aussi celles dont se pare la rhétorique lorsqu'elle joue des métaphores. Enfin, cinq de ces communications portent sur les littératures germanique et persane et ouvrent ainsi le champ à des études comparatives.

  • L'on n'est jamais trahi que par les siens. S'il y a du vrai dans cet adage, les relations familiales, où s'expriment parfois les solidarités les plus fortes, ne seront-elles pas aussi l'occasion des dissensions les plus douloureuses ? La parenté peut susciter parfois de bien curieuses rivalités, et l'épopée, qui accorde tant d'importance aux liens familiaux, en propose des exemples fort variés. Souvent, les Sarrasines rejettent leurs pères, leurs frères, leurs époux. Ailleurs, Ganelon trahit son beau-frère l'empereur, et Roland son fillastre. Mais les oppositions les plus inattendues sont parfois les moins brutales.

  • Les auteurs de ces contributions aux Actes du colloque du CUER MA (2002) explorent des domaines variés de la civilisation médiévale : histoire, droit, médecine, théologie, littérature, peinture. Par les textes juridiques et des documents d'archives divers, il apparaît que la fenêtre est une frontière par laquelle tente de se définir le territoire de chacun. Les traités médicaux sur la peste montrent à quel point la fenêtre est perçue comme un lieu ambigu par où peut entrer un air vicié ou sain. L'imagination et la réflexion font de cette béance dans le mur l'espace de la marginalité, mais aussi du passage possible vers un autre monde, que ce soit par les moyens de l'écriture, de la peinture ou de l'art du vitrail. Les études littéraires sur l'emploi de ce motif de « la vue par la fenêtre » portent sur l'épopée, le roman, la lyrique, l'hagiographie, le théâtre. Les variations textuelles que suscite ce motif témoignent d'une littérature qui réfléchit sur ses moyens et offre des points de vue sur le texte en train de se construire.

  • La société médiévale apparaît souvent comme une société d'affrontement, distinguant le clerc du laïc, le supérieur de l'inférieur, le croyant de l'incroyant, le courtois du vilain, mais aussi le beau du laid.

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