Presses universitaires de France (réédition numérique FeniXX)

  • Le parcours de Michel Fain s'est déroulé sous le signe de la plus grande liberté. Très lié à Pierre Marty, il a été l'un des créateurs de l'école psychosomatique de Paris, tout en se considérant d'abord comme psychanalyste. Ses premiers textes sont clairement orientés : Abords psychosomatiques de l'hypertension artérielle dite essentielle ou Le facteur conflictuel dans l'étiologie des ulcères gastro-duodénaux, mais s'y associeront rapidement des articles émanant de son activité de psychanalyste. Sa compréhension de la valeur fonctionnelle des rêves et du fantasme, a durablement influencé la technique psychanalytique. Son article Prélude à la vie fantasmatique a redéployé les conditions d'apparition du fantasme originaire de scène primitive. Sa rencontre avec Denise Braunschweig va inaugurer une longue et féconde collaboration : Eros et Anteros, La nuit le jour... Pourtant, leur pensée reprendra un cours autonome et chacun d'eux continuera d'enrichir la réflexion clinique et théorique. L'influence de Michel Fain, à la fois inventif et critique, a été considérable.

  • Guy Rosolato, formé dans le cadre de l'éphémère Société française de psychanalyse, élève très proche de Lacan qu'il avait suivi lors de la création de l'École Freudienne a été l'un de ceux qui se sont dégagés de l'influence directe du « Maître ». Il a rejoint l'Association psychanalytique de France dont il est devenu l'un des membres les plus écoutés. Tout en utilisant les présupposés théoriques du premier Lacan il a poursuivi une voie originale, se situant dans le droit fil du post-lacanisme tout en restant constamment ouverte aux autres courants de la psychanalyse. Son oeuvre occupe une place de premier plan parmi les recherches psychanalytiques de ces trente ou quarante dernières années. Elle a déjà produit un ensemble de concepts et dégagé des perspectives dont la valeur est irremplaçable pour la pratique de la théorie et de la clinique. Elle n'est pas achevée pour autant et la continuité de la recherche laisse présager d'autres surprises, d'autres inventions.

  • Heinz Kohut, viennois émigré aux États-Unis, a suivi un parcours très personnel : formé à Chicago dans le contexte d'une psychanalyse devenue l'ego psychology, il a développé ses propres perspectives en réaction contre ce mouvement ; Président de l'American Psychoanalytic Association, il a été finalement à l'origine d'une école aux marges de la dissidence : la Psychologie du self. Même si ses théories en arrivent à résilier celles de Freud, sur le plan clinique les apports de Kohut sont considérables et ont permis d'étendre le champ d'application de la psychanalyse. Il a été l'auteur le plus discuté ces dernières années outre-atlantique. Les notions de transfert narcissique, de rage narcissique, de selfobjet, sont aujourd'hui des concepts courants. Sa façon d'envisager la rencontre analytique, fondée sur l'empathie, sur une écoute à la fois compréhensive et interprétative peut apporter non seulement aux psychanalystes mais aussi aux psychothérapeutes exerçant en dehors du cadre divan-fauteuil.

  • Le rayonnement de la pensée de Janine Chasseguet-Smirgel s'étend bien au-delà des pays francophones et a beaucoup contribué à diffuser la psychanalyse française. Professeur d'université et psychanalyste « laïque » elle a toujours soutenu l'accès des non-médecins à la psychanalyse ainsi que la légitimité de la réflexion psychanalytique sur la littérature et la société, quitte à défendre parfois des positions contestées. Dès 1964, elle anime un groupe de recherche dont résulte un livre novateur : La sexualité féminine. Son rapport de 1973 sur L'Idéal du Moi, au Congrès des psychanalystes de Langues Romanes, a fait date. Marquées par les thèses de Karl Abraham et de Béla Grunberger, ses recherches, toujours enracinées dans une réflexion clinique attentive, portent notamment sur la perversion et le processus créateur. Très sensible à la force de la relation primordiale à la mère, Janine Chasseguet-Smirgel développe l'idée d'une matrice archaïque du complexe d'OEdipe. L'Américain Psychoanalytic Association lui a décerné le Mary S.Sigourney Award.

  • L'oeuvre de Joyce McDougall est à l'image de son auteur, séduisante, chaleureuse et réfléchie ; elle associe le cosmopolitisme à une grande facilité d'expression. Elle a tiré parti de tous les conflits au sein des sociétés anglo-saxonne puis française et s'est construite de façon personnelle, à l'écart de toute prise de position dogmatique. Sa grande originalité s'exprime avec un talent inhabituel pour nous faire partager tous les mouvements d'une cure psychanalytique, aussi bien du côté du divan que du côté du fauteuil. Son pouvoir de metteur en scène du drame qui s'y joue permet à ses lecteurs, devenus spectateurs, de participer pleinement au déroulement des phénomènes psychiques en jeu. Ses théorisations, prenant en compte tous les courants qui traversent la psychanalyse, s'appuient toujours en premier lieu sur la clinique et sont remodelées chaque fois que les faits viennent les infirmer. Joyce McDougall a obtenu le prix Maurice Bouvet pour l'ensemble de ses travaux en 1973 et le « Gradiva Award », en 1996 pour The many faces of Eros, Free Association Books, publié en français - Éros aux mille visages -, aux Éditions Gallimard.

  • La figure de René Diatkine est indissolublement liée au développement contemporain de la psychanalyse des enfants et au changement dans les conceptions de la pratique psychanalytique qui ont marqué ces dernières années. Membre de la Société psychanalytique de Paris, dont il fut président, il a été l'un des fondateurs et directeurs de l'Association de santé mentale du XIIIe arrondissement de Paris, aux côtés de Philippe Paumelle et Serge Lebovici. Psychanalyste praticien, psychiatre d'enfants, professeur à Genève, co-créateur de la revue La psychiatrie de l'enfant et du Traité de psychiatrie de l'enfant, son activité a été inlassable, laissant un nombre considérable de travaux cliniques et théoriques. René Diatkine montre, par sa pratique et ses écrits, qu'il est possible de mettre en oeuvre une psychiatrie humaine, dynamique, créative, entièrement inspirée par la méthode psychanalytique.

  • Evelyne Kestemberg (1918-1989) a été l'une des cliniciennes de la psychanalyse les plus actives, et les plus créatives de sa génération. Sa volonté de trouver des possibilités de traitement pour les patients ne pouvant s'inscrire dans le cadre de la cure type, l'a conduite à créer, avec René Diatkine et Serge Lebovici, le psychodrame psychanalytique individuel. Elle en a fait une méthode de choix pour l'abord des troubles graves de la personnalité chez les adolescents et, singulièrement, chez les adolescentes souffrant d'anorexie mentale. Cette expérience a été développée dans un livre, toujours d'actualité, La faim et le corps, publié avec Jean Kestemberg et Simone Decobert. Engagée dans le traitement de patients psychotiques elle a décrit les particularités des psychoses froides et la relation fétichique à l'objet. Après avoir été Présidente de la Société psychanalytique de Paris, elle a dirigé le centre de psychanalyse et de psychothérapie de l'Association de santé mentale du XIIIe, ainsi que la Revue française de psychanalyse.

  • Serge Viderman occupe une place essentielle dans les conceptions modernes de la cure psychanalytique. Il en rejette les modèles classiques pour introduire une véritable rupture épistémologique. Pour lui, la psychanalyse ne peut pas être conçue comme une science de la nature, où l'analyste irait à la découverte de l'inconscient. Il montre au contraire la part prépondérante d'un véritable acte de création : l'espace analytique est construit par l'analyste. Le contre-transfert - et Viderman a été l'un des premiers en France à mettre l'accent sur son rôle capital - contribue aussi à la structuration de cet espace. Quant à l'interprétation, il va la dégager de l'ornière de la traduction et de la reconstruction archéologique, pour montrer qu'elle est aussi création dont la vérité est relative. Cette thèse centrale trouve appui dans un débat, continuel et très critique, avec Freud et dans une réflexion philosophique sur l'épistémologie et l'histoire, ainsi que sur un abord original des oeuvres littéraires. Sa réflexion sera appliquée dans son dernier livre aux problèmes soulevés par l'argent.

  • Denise Braunschweig est, parmi les psychanalystes contemporains, l'un des auteurs qui ont le plus profondément renouvelé la théorie psychanalytique et, tout particulièrement, la compréhension de la féminité. Son étroite collaboration avec Michel Fain, avec qui elle a cosigné Eros et Antéros et La nuit le jour a été particulièrement féconde. À partir de l'étude du narcissisme dans ses deux registres, narcissisme primaire et narcissisme secondaire, l'auteur développe l'articulation entre le fonctionnement pulsionnel et l'organisation du narcissisme, et en arrive à des conceptions nouvelles de la vie amoureuse où la question de la normalité est vigoureusement interrogée. Ses études sur le changement d'objet chez la fille, le fétichisme, la redéfinition du contact avec la réalité en fonction de la différence des sexes, et de l'investissement des organes génitaux féminins, ouvrent autant de perspectives cliniques, psychosomatiques et théoriques, radicalement situées dans le sillage de la pensée de Freud.

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