Presses Universitaires de France

  • Paru en 1887, Gemeinschaft und Gesellschaft s'est imposé comme l'un des ouvrages majeurs des sciences humaines et apparaît aujourd'hui encore d'une étonnante fécondité pour comprendre la réalité et la complexité de l'époque contemporaine.
    À travers sa célèbre distinction entre communauté et société, c'est à une sévère critique de la société moderne que se livre Ferdinand Tnnies (1855-1936), fortement influencé en cela par Marx. Alors que la communauté est caractérisée par la proximité affective et spatiale des individus et se définit donc comme « une communauté de sang, de lieu et d'esprit » où le tout prime sur l'individu, la société, en revanche, est le lieu d'un individualisme débridé et destructeur, d'une concurrence généralisée entre les hommes désormais isolés et séparés les uns des autres, le règne de l'intérêt personnel désormais au fondement de tous les rapports sociaux. Alors que l'homme de la communauté ne choisit pas ses appartenances mais se trouve immergé au sein d'un tout organique qui détermine sa manière de se rapporter aux autres, l'homme de la société choisit arbitrairement ses relations en fonction de l'intérêt, essentiellement pécuniaire, qu'elles représentent pour lui. Alors que dans la communauté, les rapports humains sont fondés sur des rapports authentiques et essentiels, sur des liens affectifs, biologiques et traditionnels qui conditionnent l'ensemble de l'existence, dans la société, « chacun est un marchand » obéissant à son pur et simple égoïsme.
    On le voit, c'est une véritable réflexion sur les modalités mêmes de notre « vivre-ensemble » que mène ici Tnnies, nous invitant ainsi à réfléchir à notre tour sur la qualité du lien que nous tissons concrètement aux autres.

  • Cette mise en perspective de la question des "jeunes adultes" se fonde sur l'exploitation du Panel européen des ménages (1994-1999), enquête longitudinale coordonnée par Eurostat, complétée par 135 entretiens auprès de jeunes de 18 à 30 ans (Danemark, Royaume-Uni, France, Espagne). L'auteur montre que, même à l'heure de l'internationalisation des systèmes éducatifs et des marchés du travail, l'empreinte des sociétés sur cette période de la vie est très profonde et résiste à l'emprise d'autres facteurs de différenciation (sexe ou classe sociale). Les quatre formes d'expériences qu'il met au jour renvoie pour chacune à des facteurs politiques, sociaux et culturels : une jeunesse longue et exploratoire (logique de développement personnel) prévaut au sein des sociétés nordiques ; un cadre libéral favorise le développement d'une jeunesse plus courte, tournée vers l'émancipation individuelle (Royaume-Uni) ; une société de type corporatiste et centralisée (France) induit l'existence d'une jeunesse orientée vers l'intégration sociale (détermination précoce par les études) ; enfin, les sociétés méditerranéennes favorisent une logique d'attente au foyer parental des conditions nécessaires à une installation stable dans la vie adulte.

  • Que Tnnies retiendra-t-il de sa lecture du « plus remarquable et profond philosophe social », Karl Marx ? Certainement pas le gourou et le prophète mais le grand « découvreur du mode de production capitaliste » qui a exercé sur sa pensée une influence profonde et durable.
    Dans cette petite monographie, il ne s'agit pas pour l'auteur de produire une analyse exhaustive de l'oeuvre de Marx, ni d'engager un débat avec les théoriciens marxistes sur la bonne interprétation à en produire, mais de retracer les étapes et le cheminement intellectuel qui ont conduit à la parution du Livre I du Capital sur lequel il fonde sa propre critique de la société. Tnnies n'en fait d'ailleurs pas mystère en affirmant qu'il espère, à travers sa biographie de Marx, pouvoir aussi faire entendre sa voix. Ce n'est donc pas seulement Marx lui-même qui fait tout l'intérêt de cet ouvrage mais aussi ce que Tnnies en a retenu pour nourrir sa propre appréhension théorique du monde social.

  • La déscolarisation, tout comme les violences scolaires, touche de plus en plus de collègiens pour la majorité issus de milieux populaires. Dans ce livre, les auteurs reconstruisent ces parcours de ruptures scolaires et analysent les différentes causes. Ils insistent sur l'articulation et l'enchaînement des processus au sein de plusieurs parcours de collégiens. Ils mettent ainsi en évidence les failles du collège unique, la dégradation des conditions d'existence de nombreuses familles et les effets directs sur la scolarisation des jeunes enfants.

  • Nos sociétés connaissent une profonde transformation des sensibilités et des attitudes individuelles et collectives à l'égard de la mort. "Bien mourir" est devenu une préoccupation pour chacun d'entre nous. Cet ouvrage se propose d'analyser cette nouvelle idéologie normative du "bien mourir", lieu d'une nouvelle utopie sociale, dont les soins palliatifs sont emblématiques.

  • Pour la première fois en France, des sociologues ont réussi à enquêter sur la violence carcérale. Ce livre analyse l'ensemble des relations entre personnes incarcérées, entre personnels et détenus, ainsi que les effets de la structure sécuritaire de l'institution sur ces relations. Il montre que la violence légale du cadre carcéral est générateur des violences en prison, malgré les moyens institutionnels et les efforts déployés par les professionnels et aussi par les détenus, pour la limiter. Ces violences se manifestent le plus souvent sous une forme explosive. Cet ouvrage est issu d'une longue recherche de terrain menée au sein de cinq prisons d'hommes, à partir d'observations, d'entretiens et de questionnaires, il accorde une large place à la parole des détenus et à celle des professionnels.

  • Ce volume réunit pour la première fois deux livres depuis longtemps introuvables : La classe ouvrière et les niveaux de vie, recherche sur la hiérarchie des besoins dans les sociétés industrielles contemporaines (1912) et L'évolution des besoins dans les classes ouvrières (1933). Ces ouvrages ont en commun de traiter des ouvriers et de ce qu'ils consomment sur des bases statistiques de grande qualité. Ils constituent des jalons dans l'histoire sociale des ouvriers mais aussi de la consommation et des façons de l'appréhender : les différences de classe l'emportent sur les écarts de revenu. Une classe sociale ne se définit pas par un niveau de ressources mais par des conditions d'existence et de travail, une culture et des représentations sociales. Toutes dimensions qui se transforment au gré des grandes mutations économiques et sociales.
    En articulant une théorie ambitieuse du social avec une investigation empirique riche et cohérente, Maurice Halbwachs a donné le branle à la sociologie moderne des modes de vie. Nous devons aujourd'hui notre lucidité à la tradition qui s'est nourrie de son oeuvre et de sa démarche intellectuelle.

  • Les enquêtes montrent que la plupart des parents souhaitent avoir le droit de choisir l'établissement de leur enfant. Beaucoup optent pour le secteur privé, mais d'autres contournent la carte scolaire du secteur public en exprimant des préférences pour certaines options ou en demandant des dérogations. Un autre type de choix est celui de parents qui, envoyant leurs enfants dans les établissements du quartier, s'y investissent fortement pour surveiller leur scolarité. Si l'on ajoute à cela le fait que les choix résidentiels sont souvent motivés par le désir d'habiter à côté d'un « bon » établissement, force est de constater que le choix de l'école est un phénomène social majeur.
    On ne disposait cependant que d'analyses encore partielles des stratégies de choix des parents. Prenant appui sur une enquête par entretiens dans quatre communes de la périphérie parisienne, cet ouvrage s'intéresse plus particulièrement aux parents des classes moyennes. Il étudie finement les clivages entre les différentes fractions de ce groupe social autour de choix qui constituent pour leurs membres d'importants enjeux tant du point de vue des carrières scolaires de leurs enfants que de la protection de leur statut collectif.
    Mobilisant une vaste littérature sociologique, l'auteur développe une analyse compréhensive originale. Elle intègre l'étude des différents déterminants des choix : les visées, valeurs, « bonnes raisons » et ressources des parents. Elle examine aussi comment ces choix se construisent dans les espaces familiaux et les réseaux de voisinage en interaction avec l'offre éducative et la régulation locale.

  • Peu de débats dans les sciences sociales contemporaines ont retenu autant l'attention que le changement de nature de l'État-providence dans les sociétés occidentales. G. Esping-Andersen est l'un des meilleurs spécialistes de ce sujet. Il apporte dans ce livre - qui est aujourd'hui considéré comme un classique - une analyse originale de la forme et du rôle de l'État-providence dans le fonctionnement des sociétés occidentales contemporaines.
    Esping-Andersen distingue plusieurs types d'États-providence en reliant chacun d'entre eux à l'histoire du développement économique, social et politique des principaux pays occidentaux. Selon lui, les processus économiques qui conduisent à un ordre social post-industriel ne sont pas déterminés par les forces autonomes du marché, mais bien par la nature des États et leurs différences.
    Richement documenté par des matériaux comparatifs et complété par un épilogue spécialement écrit pour l'édition française, ce livre fournit des clés d'analyse à tous ceux qui réfléchissent sur les problèmes du développement et se préoccupent de l'avenir des sociétés post-industrielles. Il constitue en cela une référence incontournable pour les étudiants, les enseignants et les chercheurs en sociologie, économie et science politique.

  • Pour quiconque s'intéresse à l'assistance sociale aux Etats Unis, 1996 restera une année mémorable, l'AFDC principale politique sociale pour les pauvres est remplacé par le TANF. Dorénavant la perception de l'assitance est limitée dans le temàps et aucunh filet de sécurité additionnel n'est prévu au niveau national pour ceux et celles qui n'accèdent pas à un emploi. L'insécurité est devenu le lot de quelque sept millions de personnes surtout des femmes. En France en 1998 : adoption de la loi sur la lutte contre les exclusions : extension des droits fondamentaux. Dans cette conjoncton d'événements, deux conceptions de la relation sociale entre les pauvres et l'Etat s'entrechoquent. Cet ouvrage analyse pour mieux comprendre les différences, le mouvement général de transformation des institutions dans chacun des deux pays : comparer les institutions de l'assistance sociale, le workfare et l'insertion. C'est à une réflexion sur la dynamique des droits et des devoirs dans les principales institutions garantes de la sécurité économique dans nos sociétés que ce livre est consacré. Les projets de transformation sociale constituent le véritable chantier de l'économiste. Extrait de l'introduction Introduction : La relation assistancielle, workfare, insertion et réciprocitéPremière partie : Une analyse onstitutionnaliste de la relation assitancielleI -- La relation assistancielle à la lumière de l'institutionnalisme de J. R. Commons-- La théorie institutionnaliste de John R. Commons-- Une conceptualisation institutionnaliste commonsienne de l'assistance-- Le workfare et l'insertion, une transformation fondamentale de l'institution de l'assistance sociale Deuxième partie : Le workfare et l'insertion, l'analyse comparative des institutions d'assistance aux Etats-unis et en France II -- Les antécédents généalogiques du workfare et de l'insertionIII -- La sécurité sociale et l'assistance, un paysage à géométrie variableIV -- Le quasi-marchandage dans la relation assistancielleV-- La mise en oeuvre, l'épreuve du réelConclusion -- Glossaire -- Bibliographie

  • Tous les observateurs notent ces dernières années, dans les pays développés, une reprise de l'accroissement des inégalités. Dans un contexte marqué à la fois par une ethnicisation des inégalités, par le creusement des écarts intergénérationnels et l'âpreté des luttes autour des enjeux scolaires, apparaissent des menaces nouvelles sur la cohésion organique des sociétés modernes. Les chercheurs de l'Observatoire sociologique du changement présentent les analyses issues de leurs travaux et brossent un tableau de l'évolution de la société française en la comparant à celle d'autres pays développés.

  • En quoi les usages de drogues telles le cannabis, l'alcool ou le tabac, peuvent-ils être considérer comme sociaux ? Cet ouvrage apporte, chiffres à l'appui, un éclairage nouveau sur des notions qui occupent une place importante dans le débat public français, sur les principaux problèmes liés aux addictions dans la société française contemporaine. La dimension sociale des drogues apparaît ainsi comme une caractéristique trop souvent oubliée dont il faut tenir compte dans la mise en oeuvre de toutes les politiques de prévention.

  • À quoi renvoie notre sidération face aux tueries perpétrées dans Paris le 13 novembre 2015 ? Comment expliquer l'ampleur de la réaction aux attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher ? Poser ces questions, c'est chercher à comprendre ce que vit une société lorsqu'elle se trouve mise à l'épreuve d'attaques terroristes. C'est tenter d'élucider ce qui fait que des millions de personnes se sentent concernées par ce qui arrive bien qu'elles n'aient de lien direct avec aucune des victimes.
    En sociologue, Gérôme Truc éclaire ces récents événements en revenant sur la façon dont les individus ordinaires que nous sommes ont vécu et ont répondu aux attentats du 11-Septembre, du 11 mars 2004 à Madrid et du 7 juillet 2005 à Londres. Analysant les discours politiques et les images médiatiques, les manifestations de solidarité et les minutes de silence, ainsi que des dizaines de milliers de messages adressés aux victimes, son enquête révèle toute l'ambivalence de notre rapport aux attentats islamistes. Et met au jour les ressorts de cette solidarité qui, dans nos sociétés individualistes, finit par se dire à la première personne du singulier plutôt que du pluriel : « Je suis Charlie », « Je suis Paris ».

  • Le système éducatif a connu des transformations très profondes ces trente dernières années, en lien notamment avec les politiques visant à mener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat mais aussi avec les transformations du système productif. Les promesses de démocratisation scolaire ont fait long feu. Non seulement la majorité des enfants appartenant aux classes populaires continue d'être orientée, au sortir du collège, vers l'enseignement professionnel, mais ces réformes n'ont en rien remis en cause la division entre filières générales et professionnelles, renforçant au contraire la domination symbolique des premières sur les secondes.
    L'enseignement professionnel constitue ainsi un cas privilégié pour étudier l'évolution de l'emprise des hiérarchies scolaires, ainsi que les modalités selon lesquelles les jeunes d'origine populaire s'approprient leurs destins scolaires et sociaux. Comment s'opèrent leur orientation scolaire et leur socialisation aux rôles subalternes qu'ils seront amenés à jouer dans la division sociale du travail ? Comment s'y prennent-ils pour aménager leur condition présente ? Quels clivages internes aux classes populaires l'étude de l'enseignement professionnel permet-elle de révéler ?

  • Ce livre est l'aboutissement d'une dizaine d'années d'enquêtes et d'analyses sur les SDF. La présence des SDF dans l'espace public suscite de nombreuses réactions de l'opinion et des pouvoirs publics qui oscillent entre le registre de la compassion en hiver et celui de l'exaspération indignée en été. Dans ce contexte ambigu, des questions essentielles en matière de liberté d'expression et de circulation, des conflits de représentation et des interrogations sur l'architecture de la protection sociale s'expriment. Dans cet ouvrage, l'action publique est analysée conjointement avec la catégorie à laquelle elle est destinée. Cette orientation permet une évaluation critique du « prioritarisme » (la priorité au plus défavorisé), du ciblage et du partenariat dans la mise en oeuvre des politiques publiques.

  • « La fermeture de Moulinex ? On n'y croyait pas ! », « Ç'a été comme un coup de massue »... À l'automne 2001, ce sont des milliers de destins d'hommes et de femmes qui se sont trouvés engloutis avec la faillite de la célèbre entreprise française d'électroménager installée depuis les années 1930 en Basse-Normandie. Pour toute une région, l'annonce de la disparition de Moulinex a représenté un drame économique et social d'une vaste ampleur.
    À partir d'une enquête historique et sociologique menée pendant trois années après la fermeture des derniers sites industriels de Moulinex, cet ouvrage nous livre une analyse des effets du licenciement appuyée sur les témoignages des anciens salariés rencontrés dans les cellules de reclassement, lors des réunions syndicales ou à leur domicile. Le chômage est ici appréhendé comme une rupture sociale totale. Il s'agit de voir en quoi et dans quelle proportion la disparition du lien professionnel rejaillit sur les autres liens qui unissent l'individu à ses différentes sphères d'intégration personnelle, économique, sociale et citoyenne.
    Il est démontré également que, dans la course à l'emploi, tous les salariés licenciés ne partent pas avec les mêmes chances, en raison de leur âge, de leur qualification, de leur lieu d'habitation... De fortes disparités existent entre les candidats à l'embauche et certaines prennent naissance dans l'expérience professionnelle passée. Dans le sillage de la célèbre étude menée par Paul Lazarsfeld et son équipe à Marienthal (Autriche) dans les années 1930, cet ouvrage propose une étude approfondie des effets sociaux de la perte d'emploi en même temps que des lignes de réflexion destinées à mieux aborder les questions du reclassement et de la réinsertion professionnelle des travailleurs licenciés.

  • L'étude passe en revue les facteurs biographiques, culturels et sociaux marquant le choix conjugal des descendants d'immigrés d'origine maghrébine, turque et sahélienne. Basée sur une centaine d'entretiens approfondis, elle est complétée par une exploitation statistique de l'enquête « Trajectoires et Origines » (INED, INSEE, 2008) afin de faire ressortir les spécificités et les différences de cette population par rapport à la population majoritaire. Dans les familles d'origine, l'alliance matrimoniale demeure un enjeu identitaire fort et explique la préférence pour l'endogamie. Leurs descendants héritent de cette norme, mais la réinterprètent en fonction des valeurs de la société majoritaire. Pour comprendre comment ils se positionnent par rapport aux différentes options conjugales, une typologie de l'entre-soi conjugal a été élaborée : l'entre-soi déterminé, négocié ou émancipé.

  • Les jeunes en bande ont tout pour déplaire. Décrits comme agressifs, hostiles, violents, ils incarnent une dangerosité de proximité. C'est à travers leurs « affrontements », leurs « agressions gratuites », leurs « trafics », leurs défoulements émeutiers, leurs penchants sexistes ou homophobes, que les bandes alimentent l'actualité journalistique. La place qu'elles occupent dans les médias est indissociable des prédations qu'elles commettent ou qui leur sont imputées.
    Au delà des faits-divers, cette réalité pose de nombreuses questions : qu'est-ce qu'une bande ? Comment se forment-elles ? Peut-on les mesurer ? Quelles évolutions ? Qui attirent-elles ? Pourquoi ? Comment fonctionnent-elles ? Quelles places y occupent les transgressions ou les comportements violents ? Que disent ces groupes des évolutions de notre société ? C'est à l'ensemble de ces questions qu'est dédié cet ouvrage qui est le fruit d'une longue recherche de terrain menée dans une « zone urbaine sensible » de la région parisienne.
    L'auteur s'est attaché à comprendre ce phénomène à la fois ancien et en constante mutation. La société change, les bandes aussi. Il y a un demi-siècle, leur ampleur et leur durée de vie étaient limitées par le service militaire et, surtout, par le plein emploi. L'école ne conditionnait pas autant les destins sociaux et les territoires ouvriers n'étaient pas imprégnés par le « bizness ». Aujourd'hui, le public des bandes, essentiellement masculin, se construit principalement dans trois scènes sociales : la famille, l'école et la rue. Trois univers liés entre eux, analysés de l'intérieur, afin d'appréhender la « pertinence » des bandes pour ceux qui les forment, la recomposition des liens sociaux qu'elles imposent et leur poids dans le quotidien de ceux qui les côtoient.

  • Loin de ne concerner que les détenus, la peine d'emprisonnement s'impose aussi à leur famille. C'est la raison pour laquelle on peut parler d'une expérience carcérale élargie. L'enquête menée en France auprès de proches de détenus permet de mesurer l'ampleur des dommages sociaux, économiques, relationnels et identitaires auxquels ils sont confrontés. Loin d'une vision misérabiliste, l'étude rend compte de la capacité plurielle des acteurs à « faire face » à l'épreuve.
    Aborder l'incarcération du point de vue des proches de détenus offre un autre regard sur l'institution carcérale et sur ses frontières. Si ce livre interroge la prison, il porte tout autant sur la famille. L'incarcération ne marque pas toujours la fin des histoires conjugales et familiales. Pendant la détention, des liens résistent, se cimentent, ou naissent parfois. Les soutiens et les échanges qui s'observent malgré les murs sont multiples. Cependant, les relations entre les détenus et leurs familles sont aussi empreintes de tensions, de silences, de mensonges et de doutes.

  • Cet ouvrage analyse la manière dont des personnes originaires de milieux modestes et ayant accédé aux positions les plus prestigieuses du secteur privé, de la haute fonction publique et de l'université, parviennent à s'ajuster à leur nouveau statut social. Réussissent-elles à se « convertir » à leur nouveau groupe ? Cherchent-elles à conserver des liens forts avec leur milieu d'origine?? Comment gèrent-elles la contradiction de cette double appartenance ?
    Jules Naudet répond à ces questions en s'appuyant sur une enquête menée en France, en Inde et aux États-Unis, où il a recueilli près de 160 récits de vie de personnes ayant connu une ascension sociale exceptionnellement forte. Tandis que les Indiens témoignent avant tout d'un attachement profond à leur milieu d'origine, les Américains minimisent le contraste, donnant l'impression que la réussite « va de soi ». Enfin, les Français opposent deux mondes profondément différents, voire irréconciliables.
    Pour mener à bien l'analyse de ce riche matériau empirique, Jules Naudet propose un renouvellement de la problématique de la mobilité sociale et des outils théoriques traditionnellement mobilisés par les chercheurs travaillant sur cette question.

  • Qu'est-ce qui nous attache à notre travail ? Pourquoi fait-il par moments immédiatement sens ?
    La sociologie du travail, marquée par une tradition de critique humaniste du travail industriel, s'est peu intéressée à la façon dont les acteurs au travail produisent des valorisations et des appuis critiques. Suivre les efforts des travailleurs pour s'orienter mène pourtant à une fabrique du social, où s'élabore une réflexivité de la société sur elle-même.
    Dans notre « société de la connaissance », le travail s'écarte toujours plus nettement d'une dépense de force physique, les lieux et les temps de travail deviennent poreux, et son objet même se fait plus complexe, mouvant, indéfini... Se pencher sur les moments de vrai boulot, c'est alors se demander si les travailleurs s'y retrouvent. Quelles formes de vie valorisent-ils et aspirent-ils à partager ?
    Une société se construit-elle malgré tout quand le travail semble échapper à l'homme ?
    Grâce à une enquête ethnographique menée auprès de techniciens de la téléphonie, cet ouvrage nous plonge au coeur des transformations du travail à l'ère numérique. Il pose la question des figures émergentes du travail et de la société qui s'y construit. Elles appellent de nouvelles manières de parler du travail.

  • Comment se tissent les réseaux personnels, et que nous disent leurs évolutions ? Comment naissent, disparaissent, se transforment et se connectent les différentes relations qui constituent l'entourage d'une personne ? Comment relient-elles les individus et les organisations sociales ? Ce livre apporte pour la première fois une vision mêlant les histoires des relations et les dynamiques des réseaux, sans les dissocier des contextes et des collectifs qui les englobent. Il montre combien les étapes et les événements de la vie marquent les réseaux personnels. Il analyse les ressources qu'ils constituent ainsi que les inégalités qu'ils reflètent.
    Grâce à deux enquêtes inédites, dont l'une a permis de suivre des jeunes pendant dix ans jusqu'à leur entrée dans la vie adulte, et l'autre permet de comparer des réseaux de tous les milieux sociaux et de tous les âges, cette étude ouvre une perspective dynamique sur les relations et les réseaux au long du parcours de vie.

  • En 60 ans, la famille s'est radicalement métamorphosée : autrefois unique elle est devenue plurielle. À la fin des années 1960, les baby-boomers, élevés selon des normes familiales ancrées dans le XIXe siècle, sont porteurs de nouvelles valeurs de liberté et d'indépendance. Certains prédisaient la mort de la famille ; qu'en a-t-il été réellement ? Comment les femmes de ces générations, pionnières en matière d'accès au travail salarié, ont-elles initié un nouveau modèle à l'inverse de celui de leur mère ? Comment les baby-boomers français ont-ils concilié leurs aspirations à l'autonomie avec le modèle culturel de la famille solidaire ? Les baby-boomers britanniques ont-ils évolué différemment ?
    À partir de données démographiques, d'enquêtes et de récits de vie de 90 baby-boomers de Londres et Paris, ce livre décrit cette métamorphose. Il montre la diversité des chemins et les tensions qu'elle a engendrées au sein des couples et des générations : si le lien de filiation reste une donnée essentielle pour les baby-boomers, il en va autrement du lien conjugal qui est toujours à reconstruire. En cela, ils ont réinventé la famille : sans la renier, ils ont prouvé qu'elle pouvait s'adapter au désir de liberté.

  • L'ouvrage dresse un bilan des changements intervenus dans la société française, depuis les années 1960, en matière de vie privée, de vie au travail et de croyances symboliques (religion, politique, etc.). Il les rattache à trois processus ayant connu, dans la dernière période, des développements significatifs : l'émancipation des femmes, la rationalisation économique et la privatisation des croyances. Il en propose l'interprétation suivante : les formes antérieures d'identification des individus (culturelles, statutaires...) ont perdu leur légitimité et les formes nouvelles (réflexives, narratives...) ne sont pas encore pleinement constituées ni reconnues. Ce constat de crise est lié à une conjoncture économique, politique et symbolique particulière : globalisation des échanges et montée d'une nouvelle économie, remise en cause des États-nations et effondrement du communisme « réel », diversification des formes de vie privée et de rapports entre les sexes. Cette conjoncture tend à exacerber les questions identitaires et à multiplier les crises existentielles.

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