Presses Universitaires de France

  • Pour qui apprécie l'art chorégraphique, la danse contemporaine peut souvent dérouter : scènes sans corps, présence accrue d'autres arts ou technologies qui perturbent l'identité de la représentation. Pourquoi en arrive-t-on à parler de spectacles hybrides ?
    On expliquera dans ce livre que la danse cultive l'art de déjouer toute tentative de substantialisation et que le projet d'être contemporain ne se confond pas avec celui de faire rupture avec l'histoire de la danse ou de l'art. Il est vrai qu'il devient toujours plus difficile de s'en remettre à une ontologie classique de l'oeuvre pour saisir ce qui se passe sur les scènes depuis dix ans. Pour autant, ce court essai tente, en usant du paradigme de l'hybride, d'aider à comprendre ce qui se manifeste désormais dans le projet d'être contemporain pour un danseur-chorégraphe. On y trouvera de nombreuses descriptions d'oeuvres récentes et quatre portraits de figures importantes de la scène actuelle, exemplaires de l'intention d'être contemporain comme forme d'engagement.

  • Des décennies durant, on a cru que la catastrophe juive délégitimerait pour toujours l'antisémitisme. Pourtant, dès 1945, des pogroms étaient perpétrés en Pologne, tandis qu'en France les années 2000 ont vu grandir un antisémitisme inédit depuis la guerre. Si le génocide a débordé depuis longtemps le cadre des communautés juives, jusqu'à devenir en Occident un événement culturel, ça et là apparaissent des critiques sur sa place dans la mémoire collective. Ce sentiment de saturation relève en réalité d'une société qui a fait du génocide un alpha et un oméga de la création. Or, à l'inverse du but recherché, cette centralité mémorielle a fini par empêcher de penser le présent. La tragédie, souvent réduite à un slogan incolore, les « heures les plus sombres de notre histoire », nous fait oublier que ce présent est gros de tragédies nouvelles, par définition inédites. Et, dans le même élan, l'histoire juive, accaparée par le génocide, est accusée dans la concurrence des mémoires de masquer les autres récits.

  • Cet essai attire notre attention sur l'apparition, sur la scène artistique, littéraire et médiatique, de la figure mi-sublime mi-pathétique du bourreau gentilhomme, pris au piège des circonstances, sorte de meurtrier malgré lui. En effet, partant de l'idée que les auteurs de crimes de masse ne sont pas des monstres mais des « hommes ordinaires », nombre d'auteurs travaillent à faire d'eux des victimes (de leur nature humaine, trop humaine), mais aussi des surhommes - plus cultivés, plus intelligents, plus moraux que la moyenne. Et ça plaît : par l'intermédiaire de ces oeuvres à succès, lecteurs et spectateurs se prennent à rêver à leur propre potentiel de destruction massive...
    En se basant sur l'analyse d'une quinzaine d'ouvrages récents (romans, essais, pièces de théâtre, films), Charlotte Lacoste enquête sur les formes que revêt cette revalorisation de la figure du meurtrier de masse, et analyse les présupposés idéologiques des oeuvres qui le mettent en scène.

  • La création d'utérus artificiels permettant la réalisation d'une gestation en dehors du ventre maternel est aujourd'hui un programme de recherche affiché par plusieurs laboratoire et pourrait se réaliser dans un avenir proche. Mais avec quelles conséquences pour l'enfant ? De nombreuses interrogations essentielles doivent être posées, une nouvelle vision de l'humanité en dépend. Cet essai tente de dépassionnaliser le débat autour des utérus artificiels afin de penser la reproduction à l'ère de l'ectogenèse, au-delà des fantasmes et des évidences, jusqu'alors admises, qui l'entourent.

  • La pensée du cinéma ne rencontre d'ordinaire Jean-François Lyotard, dans ses textes sur le cinéma ou non, que par le biais de deux activateurs : l'acinéma (le cinéma expérimental) et le figural. Ces deux activateurs, au demeurant, sont fortement représentatifs de la position paradoxale de Lyotard pour les études cinématographiques : si l'acinéma a été le plus souvent critiqué pour sa radicalité voire son sectarisme, n'ayant de fait guère de postérité, il en va tout autrement du figural, lequel a trouvé dans les films un terrain fertile d'investigation. Tout autant représentative est la méconnaissance en théorie du cinéma de nombreux autres textes de Lyotard portant sur le cinéma ou sur des films, et dont on ne parle jamais, ainsi que de sa philosophie postérieure à sa période libidinale, qui ne semble pas avoir encore trouvé d'échos particuliers en régime filmique. Le présent ouvrage fait précisément le pari de ces deux directions. À partir d'un autre Lyotard, ou du même mais envisagé très différemment, se dessinera progressivement une possibilité de penser le cinéma qui ne devra plus rien au figural, à l'abstrait ou à l'expérimental, dont Lyotard le premier a fini par revenir, mais qui, singulièrement, ouvrira à une originale théorie du cinéma figuratif. « Méfiance envers les figuratifs quand ils ont de l'âme », peut-on lire dans Que peindre ?...

  • Crise de l'intermittence, épuisement d'un « théâtre d'art de service public », lassitude face à la posture souvent ressentie comme hégémonique du « maître en scène » : vivons-nous dans une époque hostile au drame ?
    Oui, si l'on en croit la tendance théorique dominante du « postdramatique », et si l'on considère le « drame » dans son acception étymologique, comme représentation d'une « action », et par conséquent comme possibilité même d'une action du théâtre sur la société. Allant dans le même sens, l'opinion commune, y compris chez les spécialistes, tend à embaumer les arts de la scène en les opposant aux industries culturelle et au divertissement de masse - discours louable qui se présente comme une défense, mais dont on voit bien de quelle manière il risque d'enterrer vivant le théâtre en le mettant « hors-jeu ».
    Le constat de crise ne suffit pas, non plus que l'appel au renouveau d'un ludisme et des traditions du tréteau. Encore faut-il observer les propositions scéniques contemporaines afin de discerner d'où vient la déstabilisation de normes en grande partie figées par les routines du service public culturel, et quelles sont les nouvelles formes de confrontation scénique de l'oeuvre et de la vie à même de réactiver la fonction sociale du théâtre.

  • Avec l'Internet semble avoir enfin pris corps le rêve universaliste d'une humanité unifiée par les liens invisibles tissés sur les réseaux, nouvelles rencontres et proximités. Mais si toute cette pléthore de vie n'était que "songe et fumée" ? Et si ce nétaient que protocoles et non pas connexions, autorisations et non communications, tensions et pouvoirs et non communautés ? Nos libertés numériques sont-elles ainsi menacées ? Ce livre a pour objet de penser philosophiquement la nouvelle galaxie internet dans laquelle nous sommes tous entrés, en montrant les libertés nouvelles qui en résultent mais aussi les risques de nouvelles servitudes.

  • L'art contemporain doit être interrogé dans sa logique globale, au-delà de la pluralité de ses productions. Il peut ainsi être envisagé comme un style artistique homogène, dont les déclinaisons s'effectuent sur un fonds mythologique, qui ne saurait être compris indépendamment des transformations sociales et culturelles des sociétés dans lesquelles il s'inscrit.
    Plus qu'une histoire de l'art, ce livre propose donc une genèse de l'art contemporain, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à nos jours. Il s'articule en deux parties, l'une historique, l'autre esthétique, pour envisager la question d'un point de vue à la fois extérieur (celui de l'historien et du philosophe) et intérieur (celui du critique d'art et de l'esthéticien).
    Il propose ainsi une reconstitution du monde de l'art dans lequel l'oeuvre n'est qu'une étape, dans le cadre plus vaste d'une dynamique sociale, économique et politique. L'analyse de la symbolique des pièces, des actes qui les valorisent et des discours qui les soutiennent, permet de poser les bases d'une sociologie de l'esprit du monde de l'art, en perspective avec l'évolution générale des sociétés occidentales. L'enjeu de cet ouvrage consiste alors à penser l'esthétique de l'art contemporain dans sa relation avec le devenir d'une économie politique globalisée.

  • Pour dire en quelques mots cette destitution : l'intellectuel était traditionnellement un auteur (romancier, poète, philosophe, savant, ou autres) que son oeuvre dotait d'une autorité spirituelle susceptible de donner du poids à ses propos et à ses interventions comme citoyen dans la cité : interpellation du pouvoir, appel de celui-ci à la responsabilité, à la justice ou au droit, appel à l'opinion publique sur une question grave mais ignorée, etc. C'était un citoyen auquel son oeuvre donnait une autorité, parfois considérable.
    Aujourd'hui l'intellectuel est devenu un histrion sans oeuvre ni autorité, mais doté d'une place dans des réseaux de pouvoirs pour se maintenir dans la visibilité médiatique. Agis de telle sorte que tu continues à être visible ! Tel est son impératif catégorique, la loi qui commande ses faits et gestes.
    Comment ce changement s'est-il produit ? Cet essai tente de répondre à la question.

  • La télévision a progressivement envahi nos vies, transformant l'homme sur toute la planète en spectateur enchaîné à son écran. De nombreuses critiques, parfois inutilement angoissées, de psychologues et de moralistes ont été largement exprimées. Mais a-t-on vraiment évalué globalement les risques de ce branchement des esprits sur des défilés continus d'images et de sons qui mêlent vérité et mensonge, réalité et simulation, vie et mort, tragédie et rires ? La télévision ne peut-elle être accusée en dépit de ses promesses, de plonger dans une sorte d'hypnose qui menace le sens de la vérité, la liberté des corps et des esprits, en brouillant les critères de la culture vraie et en sapant les fondements d'une société réellement démocratique ?

  • L'Europe se trouve aujourd'hui en position d'accusée, souvent par les Européens eux-mêmes, du fait de sa prétention à l'universalité, de sa supériorité proclamée et de son arrogance intellectuelle. Qu'elle n'ait pas toujours été fidèle à ses principes, lors de la colonisation des autres peuples, ne met pourtant pas en cause sa légitimité. La critique de l'Europe n'est en effet possible qu'à l'aide des normes juridiques et des principes éthiques qu'elle a diffusés chez tous les peuples pour connaître le monde plutôt que pour le juger.
    Levinas n'avait donc pas tort de louer « la générosité même de la pensée occidentale qui, apercevant l'homme abstrait dans les hommes, a proclamé la valeur absolue de la personne et a englobé dans le respect qu'elle lui porte jusqu'aux cultures où ces personnes se tiennent et où elles s'expriment ». Il faut en prendre son parti : il n'y a pas plus d'égalité des cultures que de relativisme des valeurs. On ne saurait faire le procès de l'universel sans faire appel à la culture qui a donné cet universel en partage aux autres cultures.

  • Ce livre, au carrefour de la philosophie et de la littérature, est centré, à travers l'analyse des oeuvres de Nietzsche, Baudelaire, Wilde et Kierkegaard, sur ce que l'auteur appelle « une esthétique de l'âme et du corps ». C'est là une thèse allant à l'encontre du dualisme platonicien comme du rationalisme cartésien pour se situer aux confins de l'hédonisme épicurien et de l'ascèse stoïcienne. C'est ce que l'auteur nomme, en accord avec Oscar Wilde en son De profundis et Sartre en son Baudelaire, la « spiritualisation du corps » et la « matérialisation de l'âme ».
    Ce que cet ouvrage examine donc, ce sont, en une étude originale et inédite, les bases philosophiques tout autant que le contexte historique dans lesquels le dandysme est né. Les deux penseurs majeurs sur lesquels l'auteur se fonde sont Sren Kierkegaard et Friedrich Nietzsche.
    Ainsi la deuxième partie de cet essai est-elle consacrée à Kierkegaard et à sa « théorie des trois stades » : comment il passe, dans Le Journal du Séducteur notamment (où son héros apparaît comme l'archétype du dandy moderne), de l'esthétique au religieux.
    La troisième partie de cette étude gravite autour de l'oeuvre de Nietzsche et, en particulier, de sa théorie du « philosophe-artiste ». Car c'est en une dynamique exactement inverse à celle de Kierkegaard que sa réflexion s'insère dès lors qu'elle part du religieux pour aboutir, après la mort de Dieu et sa critique des valeurs morales, à l'esthétique.
    D'où l'importance de Baudelaire et de Wilde, chantres du dandysme : attitude existentielle perçue, ici, comme étant l'application, sur le plan poético-littéraire, de concepts philosophico-esthétiques. Car c'est à la croisée de la démarche kierkegaardienne et du projet nietzschéen que le dandysme se situe, ainsi que l'indique la première partie (suite athéologique) de ce livre et que le confirme sa quatrième partie (métaphysique du dandysme).

  • Ce livre est une lecture transversale de l'oeuvre de Levinas afin de mettre en évidence la manière dont le penseur a profondément modifié, sur le plan conceptuel, l'approche des trois disciplines majeures de la philosophie : la métaphysique, l'esthétique et l'éthique.

  • L'idée du cinéma comme art total et "septième art" trouve son origine et ne se comprend que par rapport à la philosophie kantienne de l'art. La dimension philosophique, voire métaphysique du cinéma, à laquelle Deleuze a été très sensible, est aussi liée à ce qui fait que le cinéma est un art qui plaît et qui séduit. Il y a là de quoi entrevoir l'importance culturelle, sociale, morale et politique du cinéma. L'auteur montre comment, à quelles conditions le cinéma peut être un art où se révèle avec clarté l'essence même de l'Art, et de la possibilité d'en faire un monde commun.

  • Si « l'utilisation de la notion d'identité commence par une critique de cette notion », notait Claude Lévi-Strauss dans son séminaire sur L'identité, il est indispensable, nuançait-il, de voir en elle le « foyer virtuel » qui rassemble les traits dominants d'une culture. L'Europe a ainsi constitué son identité mouvante à travers les siècles en intégrant rétrospectivement dans ce foyer les sources grecque, romaine et chrétienne ainsi que de multiples influences extérieures.
    Tel est son premier paradoxe : sa culture particulière s'est reconnue comme le foyer de la culture universelle en soumettant le monde à une investigation rationnelle et critique. Mais lorsque la critique retourne la raison contre elle-même, elle succombe à la tentation de désavouer sa propre culture. Tel est le second paradoxe de l'Europe : en doutant aujourd'hui de sa vocation à exprimer l'universel, elle se résigne à ce que Valéry appelait, dans Regards sur le monde actuel, « l'illusion perdue d'une culture européenne ».

  • Les conséquences de l'effondrement des régimes communistes dans les pays de l'Europe centrale n'ont pas encore été examinées sur le plan des savoirs, en particulier celui des sciences sociales. Celles-ci ont été à la fois le creuset de l'héroïsme hérétique des dissidents historiques, et de la lâche soumission à la pensée totalitaire. Face sombre de l'ombre et intelligence lucide font la nouvelle matière des recompositions et des reconversions à l'oeuvre depuis la chute du mur de Berlin. Les savoirs ont-ils perdu leur âme et leur devoir critique face à un socialisme qui se voulait scientifique ? Sont-ils désormais dans un rapport de fascination à l'égard des théories occidentales ? Portant sur un moment rare de mutation intellectuelle, ce livre n'entend pas donner de réponses définitives à ces questions. Il les déploie au contraire en les incarnant dans des portraits, des projets, des fragments de vie quotidienne qui restituent l'atmosphère des premières années d'ouverture et les béances d'un avenir incertain. En sillonnant villes, institutions scientifiques, politiques et culturelles, ce voyage où se mêlent compréhension, compassion et ironie prend la forme d'un récit d'expérience guidé par une conviction : l'exercice de la raison, le débat critique et la pluralité des savoirs sont au fondement de l'Europe scientifique, et plus encore le principe des démocraties naissantes.

  • Loin d'avoir disparu, la haine des Juifs est entrée dans un nouveau régime en se fixant sur Israël, cible d'une guerre médiatique de haute intensité. L'antisionisme radical, dont l'objectif est la destruction de l'État juif, représente en effet la dernière figure historique prise par la judéophobie. À ce titre, négatrice du droit à l'existence d'une nation, elle constitue l'une des principales formes contemporaines du racisme. Pour comprendre comment s'est accomplie la mondialisation de cette nouvelle configuration antijuive, l'auteur dissèque le nouveau discours de propagande des ennemis déclarés d'Israël tel qu'il s'est développé au cours des années 2000-2010. La nouvelle vision antijuive, qui consiste à « nazifier » les « sionistes » en tant qu'« agresseurs » et à « judaïser » corrélativement les Palestiniens en tant que « victimes », permet d'accuser les « sionistes » de « génocide » ou de « palestinocide ». Ce discours de propagande est replacé dans son contexte international, marqué par une menace islamiste centrée sur l'appel au jihad contre les Juifs.
    Analysant divers matériaux symboliques exploités par la nouvelle propagande antijuive - images ou discours -, P.-A. Taguieff donne à comprendre comment et pourquoi la haine des Juifs, plus d'un demi-siècle après la Shoah, a pu renaître sous les habits neufs de l'« antiracisme » et de l'« anticolonialisme » et, grâce aux médias, se diffuser en recueillant l'assentiment d'individus parfois convaincus d'être étrangers à tout préjugé antijuif.

  • Ces "réflexions intempestives" ont été écrites entre 2000 et 2006 et publiées dans la revue Cités. L'auteur souhaite "ouvrir des rèches" dans le conformisme intellectuel et inciter à une réflexion constructive, c'est "l'une des tâches les plus difficiles en un temps où règne la confusion des idées" précise-t-il.

  • L'École républicaine peut-elle résister aux attaques menées contre elle au nom de la promotion des cultures ? Ce livre pose la question en termes philosophiques en mettant en évidence le danger d'une exigence de la prise en compte, par l'institution scolaire, des particularités culturelles des élèves ou de leur milieu social. Cette exigence est l'idée force de ce que l'on nomme aujourd'hui l'éducation multiculturelle et s'appuie sur des arguments empruntés aux sciences de l'homme. Reprenant ces arguments, l'auteur en étudie l'origine théorique et montre les faiblesses, qu'ils soient empruntés à l'anthropologie culturaliste nord-américaine, aux thèses ethnolinguistiques de Benjamin Lee Whorf ou à l'anthropologie structuraliste de Claude Lévi-Strauss, à la psychologie interculturelle ou à la sociologie de l'éducation, en particulier à celle de Pierre Bourdieu.

  • On l'a marqué avec justesse, nos gains inouïs de connaissance se paient en gains inouïs d'ignorance. Pis encore, au coeur des fléaux les plus graves de nos sociétés - tels la violence, la pauvreté, l'autodestruction des jeunes - se découvre une nouvelle ignorance. Les modes de pensée propres à chaque science ou secteur du savoir, ne sont pas aptes à répondre aux questions complexes de l'expérience concrète. Plus indispensable que jamais est la philosophie, appelée à critiquer inlassablement les réductionnismes et les abstractions pour reconduire au concret, en particulier à la question du sens et à l'être le plus concret et le plus complexe qui soit en ce monde, l'être humain. L'évolution des sociétés est déterminée par la culture avant tout, bien avant les modes de production ou les régimes politiques. Ne voit-on pas à quel point les nouveaux pouvoirs de communication restructurent tant l'action politique, que le monde de l'économie et de la science ? C'est donc la culture qu'on doit mettre d'abord en examen, et dont il faut considérer à neuf le sens. Rien n'est plus urgent ni plus vital.

  • « Le dandysme est le dernier éclat d'héroïsme dans les décadences », écrivait Charles Baudelaire. Conçu comme le prolongement actualisé de Philosophie du dandysme. Une esthétique de l'âme et du corps (PUF, 2008) à travers la philosophie, la littérature, le théâtre, l'art, la musique, le rock, le cinéma ou la mode, cet ouvrage met en évidence, dans le sillage de Baudelaire, que le dandysme, cette « esthétisation de soi » par où l'être tend à faire de son existence une oeuvre d'art vivante, selon l'aphorisme d'Oscar Wilde, est en passe de devenir un acte de résistance face à l'émergence, au sein du monde moderne, de nouvelles formes de barbarie.
    Le dandysme ? Une aristocratie de l'esprit, certes ; mais aussi, par-delà le culte de la beauté, une révolte par l'élégance ! Et le dandy en tant que tel ? Le dernier héros des temps modernes ! C'est la raison pour laquelle ce livre se conclut, après avoir retracé l'histoire du dandysme classique et contemporain (de Lord Brummell à David Bowie en passant par Byron, Wilde, Barbey d'Aurevilly, Proust, Cocteau et Andy Warhol), sans oublier d'y mettre à l'honneur la femme dandy (George Sand, Coco Chanel, Virginia Woolf, Greta Garbo), par un manifeste, dit du « prismatisme », à l'intention des générations futures.

  • Depuis quelques années, la critique d'Israël a pris la forme d'une disqualification généralisée du sionisme. Ses enjeux sont désormais, explicitement, non pas la politique des gouvernements israéliens, l'occupation des territoires conquis en 1967 aux pays arabes ou les implantations juives dans ces territoires, mais la légitimité de l'idée d'un État juif et, donc, l'existence même d'Israël. Pourtant, la coexistence de deux États, un État juif et un État arabe, selon la résolution de l'ONU de 29 novembre 1947, est non seulement la base juridique de toutes les tentatives de mettre fin au conflit israélo-arabe, mais aussi la seule base possible historiquement, politiquement et moralement de toute solution juste et durable à ce conflit. La délégitimation et la diabolisation d'Israël, partagées par de larges couches de l'opinion occidentale, notamment dans l'intelligentsia, sont donc autant d'expressions d'un aveuglement politique. Elles constituent surtout un véritable scandale moral, qui se manifeste à travers les différentes façons par lesquelles la Shoah est devenue une arme idéologique contre Israël et le sionisme.
    Cet ouvrage analyse et critique l'idéologie perverse de la diabolisation de la victime (le Juif) et son retournement imaginaire en bourreau (l'Israélien) à partir de trois contextes : le négationnisme de certains courants de la gauche radicale en France et l'antisionisme de certains milieux intellectuels occidentaux ; ensuite, ce que l'on a coutume d'appeler désormais le « post-sionisme » israélien ; enfin, l'invention de la dénonciation d'Israël chez Hannah Arendt.

  • "Ce livre repose principalement sur des conversations avec des artistes, des galeristes et quelques collectionneurs... Les personnes consultées ne constituent ni un "échantillon représentatif" des milieux de l'art, ni un mouvement une tendance ou un courant... Tous font un travail différent et dans une certaine mesure exemplaire."
    L'art suppose liberté et confrontation à l'altérité. De nombreux artistes déplorent que leur créativité soit confisquée et exploitée, dévalorisée et niée. Les galeristes et collectionneurs se situent du côté commercialisation, spéculation, pouvoir.
    "De même que les défauts de la démocratie sont des éléments non-démocratiques, les défauts de l'art sont des éléments non-artistiques. Les raisons pour lesquelles il est devenu courant de refuser au citoyen ordinaire une compétence au jugement politique sont tout autant fatales à la démocratie que le discrédit de l'amateur non spécialisé ne l'est à l'idée même d'un art contemporain."
    Une analyse rapprochant art et démocratie, une thèse : il n'y a pas de meilleurs citoyens que les artistes, un éloge de la démocratie, qui loin d'être le règne de la médiocrité et de l'individualisme, comme certains le soutiennent, subordonne l'égalité à la liberté. Démocratiser n'est pas niveler et conformer mais libérer, de la même manière que l'art est une libération.
    L'enjeu de ce livre est de proposer un éclairage réciproque entre les pratiques artistiques en France aujourd'hui, et des valeurs qui semblent à l'auteur constitutives de la démocratie.

  • Pourquoi la démocratie, dans son principe régime de liberté, peut-elle dériver vers la servitude ? Cette question figurait déjà dans les analyses politiques de Platon et d'Aristote. Pourquoi parler aussi de nouvelles servitudes ? La figure du maître a changé et une domination d'un nouveau genre s'impose par des voies nouvelles. Ces nouvelles servitudes sont analysées par un collectif d'auteurs "Les Intempestifs" qui entendent s'élever contre ces développements dans nos sociétés démocratiques modernes.

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