Religion & Esotérisme

  • Visionnaire et prophétesse, Hildegarde de Bingen (1098-1179) jouit d'une extraordinaire réputation. Sans doute parce que, faisant écho aux aspirations et questionnements de nos contemporains, elle accorde un sens hautement spirituel à la vie. De son oeuvre foisonnante, ce passionnant essai montre qu'elle s'organise autour de la conviction que le monde et l'homme, le corps et l'âme, la nature et le salut, sont interdépendants - qu'une unité divine régit tout le cosmos. Ce sens de l'harmonie, indispensable à l'équilibre du monde, a conduit la sainte à entrevoir la relation entre le désordre de l'univers et celui de notre santé, et à proposer une conception holistique de la médecine. L'enjeu de sa pensée est le rôle de l'homme. Créature préférée de Dieu, il occupe une place centrale et déterminante. Ce qui n'est pas sans conséquence sur le sens de sa destinée : parachever l'oeuvre divine, en participant à sa création.Audrey Fella est journaliste et essayiste. Elle a dirigé et coécrit Les Femmes mystiques. Histoire et dictionnaire (« Bouquins », Robert Laffont, 2013).

  • Les Upanishads, composées principalement entre le VIIIe et le IIIe siècle avant notre ère, constituent les premiers textes de sagesse de l'Inde. Théologiens, liturgistes, princes, ceux qui les ont composées renouvellent l'interprétation du Veda, qui s'était figée dans une perspective excessivement ritualiste. Ils inventent l'enseignement de maître à disciple et inaugurent un nouveau rapport de l'individu à soi-même, au monde et au divin. Ils s'interrogent sur leur identité profonde, sondent les états de conscience et les mystères du corps, analysent la dynamique du désir et les ressorts de l'action, explorant les possibilités du renoncement, de la non-violence et de l'acte détaché de l'ego. En affirmant que l'être humain est mu par un principe d'éternité, l' âtman ou Soi, identique au brahman, l'Absolu, ils fondent les grandes voies de libération de l'hindouisme ultérieur. Par son universalité, par-delà les millénaires, leur quête éveille en nous un écho puissant.Ysé Tardan-Masquelier, docteur habilitée en sciences des religions de l'université de Paris-Sorbonne, elle enseigne l'histoire de l'hindouisme à l'Institut catholique de Paris.

  • Seize siècles nous séparent de lui (né en 354 ap. J.-C., il est mort en 430). Depuis lors, son rôle fut essentiel, à un titre ou un autre, en pratiquement tous les siècles de l'histoire occidentale. Même aujourd'hui, il est réédité, lu, commenté.
    Il demeure l'un des rares penseurs chrétiens dont les non-chrétiens savent qu'il existe et à qui ils font une place dans l'évolution de la culture occidentale.Mais on ne prête qu'aux riches : salué comme un génie, il est aussi rendu responsable de nos soubresauts religieux - la Réforme -, de nos malheurs politiques - la prétention de l'Eglise à dominer l'Etat -, de nos désarrois privés - le mépris chrétien du corps et de la sexualité.Cependant, au-delà des «augustinismes» qui ont marqué l'histoire de l'Occident, cet ouvrage d'un grand historien de l'Antiquité tardive revient à Augustin lui-même, à sa vie et à son oeuvre : la seule manière de le connaître vraiment et de porter un jugement équilibré sur sa postérité intellectuelle.Ce livre, repris de la collection «Maîtres Spirituels», comprend une anthologie de textes choisis, des tableaux chronologiques et une importante bibliographie actualisée.

  • Dans l'obscur village de Fontiveros, en vieille Castille, naissait en 1542 le fils de pauvres tisserands. En 1591, dans un couvent d'Ubeda, en Andalousie, mourait un religieux carme, marginalisé par les siens, rongé d'ulcères et de plaies. Entre ces deux dates se sont déroulés les quarante-neuf ans de la vie éprouvante, aventureuse et flamboyante de Jean de la Croix, considéré aujourd'hui comme le plus grand poète mystique de son siècle, et peut-être de tous les temps.
    Ce petit livre, personnel et inspiré, se concentre sur la lumière qui se dégage de l'oeuvre du carme à travers ses trois visages, aussi vivants les uns que les autres : celui du sage, celui du poète et celui du mystique. Il fait résonner les textes et poèmes du saint, les rendant un peu moins opaques qu'ils peuvent l'être au lecteur d'aujourd'hui.

  • Compilé par le moine chinois Wumen Huikai (1183-1260), la Passe sans porte réunit 48 koans des maîtres les plus appréciés du bouddhisme Chan (Zen). Les koans sont des énigmes sur lesquelles le disciple se concentre jusqu'à parvenir à l'éveil. Ici, ils sont constitués des plus belles histoires d'éveil de maîtres Chan et des dialogues édifiants avec leur disciple. Incisifs et déstabilisants, souvent paradoxaux et ironiques, ils ont pour but de faire disparaître tout point d'appui, de déloger le disciple des habitudes duelles de la pensée afin qu'il accède à la compréhension des principes fondamentaux du bouddhisme : tout est non-dualité, tout n'est que production de l'esprit, il y a non-obstruction entre l'Absolu et le monde des phénomènes.Empreint de la richesse culturelle et poétique des maîtres de jadis, la Passe sans porte est sans nul doute le plus beau des recueils chinois et japonais de koans. Il est devenu incontournable pour tout adepte du Chan, notamment au Japon où il est utilisé dans nombre de monastères.Texte traduit et présenté par Catherine Despeux, professeur émérite à l'Inalco.

  • A un âge déjà avancé mûr, vers quarante ans environ, Angèle de Foligno (1248-1309) connaît une conversion qui la détache des créatures. Elle entreprend alors « le long chemin qui la conduite du point de départ, la grande crainte de lenfer, jusquau but ultime, lunion totale avec la Trinité » (Benoît XVI). Ayant perdu ses proches, elle se défait de ses biens matériels pour embrasser une pauvreté radicale, à limitation de saint François dAssise. En même temps, elle expérimente, au fil détapes qu'elle qualifie de « pas », un cheminement ponctué de révélations intenses et fulgurantes qui lui font découvrir une autre dimension de la pauvreté : la dépossession delle-même dans le dépouillement extrême de ses facultés intellectuelles et de ses goûts spirituels, qui lélève à la contemplation sans image de lessence divine.
    De pas en pas, nous suivons le cheminement dAngèle qui, à la faveur détapes de plus en plus marquées par la folie de la Croix, la conduit au-delà de lextase de douleur et damour, à lanéantissement dans la jouissance paisible de Dieu. Tel est le récit de son expérience intérieure, un des sommets de la littérature mystique.

  • Une « voix qui crie dans le désert : Rendez droites les voies du Seigneur » (Mt 3,3), tel fut Léon Bloy (1846-1917), qui ne cessa, entre la défaite de 1870 et la Première Guerre mondiale, de clamer la gloire du Christ pauvre et de harceler sans trêve la médiocrité convenue de la société bourgeoise, ses élites et sa culture. Catholique absolu, disciple de Barbey d'Aurevilly, frère spirituel d'Hello et de Huysmans, dévot de la Notre-Dame en larmes apparue à La Salette, hanté par la Fin des temps et l'avènement de l'Esprit saint, Léon Bloy, écrivain et pamphlétaire, théologien de l'histoire, fut un paria des Lettres, un « mystique de la douleur » et le plus furieux invocateur de la justice au coeur d'une époque dont il dénonça la misère sociale, l'hypocrisie bien-pensante et l'antisémitisme. Bloy ou le feu roulant de la charité, une voix plus que présente - nécessaire.François Angelier Producteur à France Culture (« Mauvais Genres ») et chroniqueur au Monde, il a publié des ouvrages sur saint François de Sales, Paul Claudel, Jules Verne et prépare une biographie de Louis Massignon.

  • Le Hassidisme, ce mouvement qui est né au XVIIIe siècle dans le peuple juif dispersé aux confins de l'Europe centrale et orientale, n'a constitué ni une doctrine ni une idéologie. Il a été avant tout une façon d'être, de voir, et de vivre.
    Au départ, un visionnaire solitaire : Israël Baal Shem-Tov, le Maître du bon nom. Aux Juifs opprimés par des siècles de persécution, il lance un étonnant appel à la joie. Et ses disciples, le grand Maguid, Levi-Yitzhak de Berditchev, Israël de Rizhin ou Rabbi Nahman de Bratzlav, à travers un étrange réseau de communications et de successions, vont surgir ici et là, susciter les enthousiasmes, animer des communautés.
    Leur histoire, leurs histoires, se sont inscrites dans les coeurs, et transmises de groupe en groupe et d'homme à homme. Et Élie Wiesel, enfant, à Szeged, dans les toutes dernières années précédant la guerre qui allait voir anéantir ces mêmes communautés; écoutait, à la veillée du Shabbat, les vieillards parler de leurs Rabbis, et son grand-père évoquer la mémoire de ces hommes qui trouvaient Dieu non dans la pénitence mais dans une célébration.
    A son tour, Élie Wiesel transmet aujourd'hui ce qu'il a reçu, aussi fidèlement que possible, mais avec ferveur, et en y prêtant sa voix et son accent. Car le Hassidisme est une flamme qui brûle toujours, pour lui et pour beaucoup.

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