Névrosée

  • Nu-tête

    Anne Francois

    Un dialogue entre les pensées de Cécile, danseuse atteinte de la maladie de Hodgkin, et son médecin, envoûté par sa patiente...
    Cécile, une danseuse habituée à maîtriser son corps, découvre, dans sa vingt-deuxième année, qu'elle est atteinte de la maladie de Hodgkin.
    L'occasion pour elle de s'interroger sur sa vie. Sur la vie. L'amour, la souffrance, la mort, le regard des autres.
    Cécile se parle. Se découvre. Et, à l'intersection de ce dialogue, une autre voix se fait entendre. Celle du médecin qui la soigne. Il n'est pas malade, lui. Mais ça ne l'empêche pas de porter ses propres souffrances. Ses propres espérances. Et la voix du médecin fait ainsi étrangement écho à celle de Cécile. Ces deux voix qui avancent sur des chemins parallèles parviendront-elles à se rejoindre ?
    Au travers de la maladie vécue par son personnage, Anne François explore les capacités d'auto-destruction et les conséquences que peut avoir le "refus de soi". Une véritable leçon de vie, sans complaisance, mais avec retenue et humilité, dans une forme à la fois réaliste et poétique.
    EXTRAIT
    Cécile,
    Je déchiffre le contour de tes poumons, le contenu de ton sang, la forme de tes os, le trajet de ta lymphe, de tes veines et le rythme de ton coeur. Je t'expertise aux rayons X comme un tableau de maître, je décalque ta configuration, je t'explore, je t'étudie, et, sur ma table de chevet, j'empile toutes les reproductions de ton corps. Cécile gris perle. Tes mains d'orchidée, la fougère mousseuse de tes cheveux. Tes sourcils de Phalène, tes épaules de courtisane. Tes muscles sont des lianes, tes yeux sont des tisons d'ébène. Je dors et je rêve, je marche sur une femme immense quie st tantôt vallée tantôt montagne, je me risque dans la cacverne magique, et, au moment d'arriver au trésor, le réveil sonne.
    Apprivoiser la douleur me satisfait. Cela ressemble à ce que je connais : l'effort, la volonté, l'orgueil, la maîtrise. Jusqu'à présent, je n'ai pas failli. J'apprends un travail comme un autre : serrer les dents.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Anne François (1958-2006) est une femme active, elle enseigne, voyage, réalise des pièces de théâtre, des courts-métrages, et travaille également pour la RTBF où elle sera notamment réalisatrice.
    Elle écrit deux romans : Nu-tête et Ce que l'image ne dit pas. Deux oeuvres sensibles, pleines d'humanité et de pudeur toutes deux primées, l'une par le Prix Rossel en 1991, l'autre par le Prix Marguerite Van de Wiele, en 1997.

  • Dora

    Marianne Pierson-Pierard

    Dora, une femme à l'âme souffrante et dérangée, décide de séduire son beau-frère Patrice, au détriment de leur couple et des conséquences de cet acte.
    Tous les dimanches, la famille Dormesson se réunit. Patrice et Alicia, Julienne et Germain, et enfin, Christian et Dora. Dora, une femme étrange. Tantôt affectueuse et fragile, tantôt capricieuse et bornée. Perdue. Persuadée qu'elle est amoureuse de Patrice, elle tente de s'en rapprocher, de le séduire, se moquant des conséquences. De la souffrance qu'elle risque d'infliger.
    Patrice et Alicia forment un couple solide, que rien ne semble pouvoir ébranler. Mais Patrice n'est qu'un homme et, progressivement, Dora va parvenir à le déstabiliser.
    Si le couple de Patrice et Alicia est en difficulté, l'âme qui est en souffrance est bien celle de Dora. Une souffrance désabusée, désespérée.
    Marianne Pierson-Piérard exploite son don d'observation en dressant une fresque humaine et en explorant admirablement bien la psychologie de ses personnages, alliant une écriture tendre et mélancolique. Un roman puissant qui mérite largement le prix Marguerite Van de Wiele qui lui a été attribué.
    EXTRAIT
    Et avec sa brusquerie coutumière, elle dit soudain :
    - Patrice, ma mère était folle. On vous a dit qu'elle était morte de langueur dans une maison de repos. C'est ce que tout le monde croit. Elle s'est tuée dans un asile d'aliénés. Je suis la fille d'une folle, Patrice, d'une folle... Vous imaginez cela ?...
    Cet aveu qu'elle s'était si souvent répété, d'être formulé à haute voix, l'emplit soudain d'une telle horreur qu'elle fondit en larmes.
    Patrice, atterré par cette confession inattendue, ne savait comment intervenir. Machinalement, il consulta sa montre. Près de six heures. Il n'avait plus personne à recevoir. Du courrier à signer qui pouvait attendre... Il approcha une chaise du fauteuil de Dora et attendit qu'elle se fût apaisée.
    Au bout de quelques instants, comme elle semblait ne pas pouvoir se calmer, il s'empara de ses deux mains et essaya, par des phrases banales, d'atténuer l'effet de ce qu'elle lui avait révélé :
    - Voyons, quelle importance cela a-t-il ? Vous étiez très jeune quand votre mère est morte. Vous ne l'avez, pour ainsi dire, pas connue...
    Ses mains étant prisonnières, Dora releva la tête. Ses yeux immenses brillaient de larmes, mais elle savait que cela ne pouvait l'enlaidir. Elle parla pour parler, pour que Patrice pût continuer de s'intéresser à elle, à sa lamentable histoire :
    - Quelle importance ? C'est vous qui me posez cette question ? Mais vous savez bien que si j'avais connu cela avant de me marier, jamais je n'aurais épousé votre frère. Je n'avais pas le droit de me marier...
    Ce mensonge l'occupa un instant. Avait-elle jamais pensé à cela ? Elle reprit, entraînée :
    - Je n'avais pas le droit de me marier, pas le droit d'avoir des enfants. Or, Christian veut des enfants. Que dois-je faire ?
    Dora tenta, pour les joindre dans un geste de désespoir d'arracher ses mains de celles de Patrice, mais il les retint.
    Cette jeune femme qui venait se confier à lui éperdument l'émouvait, et le fait, nouveau pour lui, qui mettait son frère en question l'émouvait encore davantage.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Marianne Pierson-Pierard (1907-1981) vit sa petite enfance d'abord à Mons, puis à Bruxelles. Elle partage sa vie entre les voyages et l'écriture, qu'elle commence tard.
    Elle publie une quinzaine de romans et nouvelles. Plusieurs ont été primés, dont Dora, qui remporte le prix Marguerite Van de Wiele en 1951.
    Elle a un don particulier d'observation qui offre à ses romans une acuité psychologique particulière.

  • L'invisible

    Jeanne De Tallenay

    A sa mort soudaine, un vieil homme sans descendance se voit obligé d'assister à la réaction et aux émois surprenants de ses proches...
    Récit un peu atypique qui rompt avec les histoires, plus courantes à l'époque, d'amours contrariés.
    Un homme se réveille un matin, engourdi, il pense s'être endormi sur son travail jusqu'à ce qu'il constate qu'il est décédé.
    Une petite voix lui murmure qu'il ne pourra quitter ce monde tant qu'il n'aura assisté aux conséquences de ses actes, ce qu'il va devoir faire en spectateur passif.
    Ses erreurs, ses regrets, il ne pourra plus que les constater, sans rien pouvoir y changer. Mais la vie répare parfois nos erreurs....
    Jeanne de Tallenay, passionnée d'occultisme et de spiritisme, nous dévoile son univers dans cette histoire atypique et originale.
    EXTRAIT
    Dame, autant vous confesser la vérité : M. Gontran de Valbois a été trouvé mort, ce matin, dans son lit.
    Jean pâlit visiblement, détourna les yeux et dit d'une voix sourde :
    - De qui tenez-vous cette nouvelle ?
    - Un messager vient d'arriver ...
    - C'est bien, j'y vais.
    Le commis se retira discrètement.
    Mon neveu le vit s'éloigner, et murmura d'un ton pénétré :
    - C'est singulier, et moi qui souhaitais tout à l'heure ...
    Puis se reprenant, d'un geste brusque, comme pour écarter une pensée importune :
    - Bah ! Après tout, ajouta-t-il, cela ne pouvait tarder, les blés étaient mûrs !
    Il se leva à ces mots et, rasséréné, se prépara à sortir.
    Je ne le suivis pas. Je voulais être seul, afin de me remettre lentement du choc douloureux que je venais de subir. Mon désir fut exaucé et le silence se fit autour de moi, si complet, si absolu, que mes réflexions même y paraissaient déplacées.
    Je ressentais, ainsi livré à mes méditations, de profonds regrets. On venait de me dépeindre, vieux et inutile, accoudé sur mes livres, dans une maison sans enfants.
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Jeanne de Tallenay (1869-1920) est née à Weimar en Allemagne, d'un père français et d'une mère russe. Elle épouse à 17 ans, Van Bruyssel, chargé d'affaires de Belgique au Venezuela, et acquiert, de ce fait, la nationalité belge.
    Oubliée des oubliées, rarement citée dans le peu d'ouvrages qui existent sur les femmes de lettres belges, nous ne savons pas grand-chose d'elle.
    Elle a écrit plusieurs romans, souvent marqués par son goût pour le mysticisme en vogue à l'époque. Elle collabore également à différentes revues et écrit des chroniques sur la vie mondaine à Bruxelles sous le pseudonyme de Trévilliers.

  • Modeste Autome

    Marguerite Baulu

    Voici l'histoire de la vieille Modeste, qui, autrefois, était fraiche comme une fleur au lever du jour...
    Modeste Autome est orpheline. Placée au couvent, elle y passe une enfance relativement privilégiée, à l'abri du monde dans un cadre bienveillant.
    Malheureusement, elle n'est pas préparée aux réalités qu'il lui faudra affronter dans les Marolles et de nombreuses désillusions morcelleront ses rêves.
    Avec une grâce pleine de force elle finira pourtant par concilier cette « vie Marollienne » et sa sensibilité. Un roman touchant par sa franchise, captivant par sa force.
    Dans son premier roman, Marguerite Baulu peint avec une grande précision les Marolles et la vie de ses habitants avant la Grande Guerre.
    EXTRAIT
    J'étais très liée d'abord avec le monde d'en haut. Les soirées du cinquième m'ont semblé charmantes au début, mais je n'ai pas tardé à m'apercevoir que ces gens sont bien communs.
    Seules entre elles, bonnes et concierges échangent des propos qui souvent m'échappent, mais dont parfois, aidée par les confidences d'Aurore, j'ai la confusion de percer le sens obscène. Le récit de leurs plaisirs louches me pénètre de dégoût et je prends peu à peu, sans manifestation trop marquée, l'habitude de les éviter. Ce qui me rejette une fois de plus dans la solitude. Je m'ennuie ! je m'ennuie ! je m'ennuie ! Le matin, les tracasseries, puis le silence... le silence, puis les tracasseries... Cet excès d'ennui me tue. Moi qui ai un bon caractère...
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Marguerite Baulu (1870-1942) est née à Bruxelles et est diplômée de l'école Normale des Régentes. Elle écrit plusieurs romans dont l'un des plus connu est La Bataille de l'Yser, récit historique sur la Grande Guerre, dans lequel elle relate ses propres expériences quotidiennes au milieu des « Poilus ».
    Modeste Autome est son premier roman, écrit en 1911. Il figure parmi les lauréats du prix Goncourt et obtiendra, en Belgique, le Prix Auguste Beernaert.

  • L'odeur du père

    Marie Denis

    Une femme revient sur son histoire et sa relation complexe avec son père...
    L'odeur du père n'est pas de ces ouvrages que l'on résume. Portrait d'un père par sa fille.
    Roman de mémoire. Mémoire du corps et du coeur. Souvenirs à la fois puissants et insaisissables. Tenaces ou au contraire, volatiles.
    Portrait d'une présence absente. Sans jugement ni ressentiment. Sans complaisance ni pour le père ni pour celle qui le raconte. Qui se le raconte. Car il s'agit moins d'un portrait à destination d'un « autre », qu'une invitation à le regarder à travers les yeux et la mémoire de sa fille. Comme une lettre au père.
    Marie Denis interroge à travers son roman la personnalité d'un homme à l'égard duquel elle éprouve à la fois de la tendresse, de la pitié et une sorte d'agacement bienveillant. Les pensées et souvenirs authentiques de l'auteure traversent le temps et nous frappent par leur lucidité.
    EXTRAIT
    Des blondes, des bleues, des vertes !
    Embrasse donc la dame, disait-il. De si près, le grain des joues prenait un tel relief ! Les bouches étaient si sévèrement plissées ! Je les sentais pleines de secrets néfastes dont elles allaient m'asperger. Mais elles se contentaient de sucer la jeunesse de mon visage, lui abandonnant en échange une traînée de parfum sale.
    Il y en avait qui sentaient bon, je les trouvais belles comme des anges et je rêvais d'elles, le soir, dans mon lit-cage. La dame entrait dans la chambre, sa longue robe de soie glissait sur le sol tandis qu'elle s'approchait du lit ; elle se penchait vers moi, m'embrassait, je voulais m'éveiller plus fort pour la regarder et l'embrasser à mon tour, mais elle s'enfonçait dans le noir sans avoir eu le temps de me confier le vrai secret.
    Toi aussi tu avais un secret et lorsque tu m'embrassais, tu me faisais peur parfois, car tu voulais autre chose, tu voulais que je t'aime plus qu'une petite fille ne peut aimer.
    - Tu es tout ce qui me reste au monde, disais-tu, me serrant dans tes bras
    A PROPOS DE L'AUTEURE
    Marie Denis (1920-2006) est née à Liège. Mère de six enfants, elle publie son premier roman, Des jours trop longs en 1961. Six ans plus tard, son deuxième roman, L'odeur du père, obtient le prix Rossel.
    Féministe engagée et militante, outre ses romans, elle publie de nombreux ouvrages féministes tel que notamment Le Féminisme est dans la rue qu'elle écrit avec Suzanne Van Rokeghem en 1992.
    En 1998, elle reçoit, pour l'ensemble de son oeuvre, le prix Félix Denayer.

  • Comment discerner ce qui est juste et savoir quelle manière de vivre adopter pour être heureux ?
    L'intelligence du bien paraît pendant la première guerre mondiale. C'est un essai qui invite à la transgression, au doute, à la remise en question et au dépassement des déceptions. Jeanne de Vietinghoff analyse une série de concepts à travers lesquels elle fait part au lecteur de ses réflexions quant à la meilleure et peut-être la seule manière possible de vivre.
    Ouvrage de développement personnel, avec toutefois plus de nuances, de subtilité et de réalisme que ceux que l'on trouve aujourd'hui, parce qu'il évite une vision manichéenne et simpliste de la vie et du bonheur, reconnaissant qu'une vie exempte de souffrances est impossible.
    Découvrez cet essai de Jeanne de Vietinghoff, cette femme qui a tant fasciné Marguerite Yourcenar, dans lequel elle nous parle avec son coeur, avec ses faiblesses, avec ses désillusions et ses espoirs de la meilleure et de l'unique manière possible de vivre.
    EXTRAIT
    L'homme est né matière, il doit lutter pour devenir esprit : quand l'esprit est mûr, c'est-à-dire lorsqu'il a appris à gouverner, il rend à la nature ses droits et devient possesseur de toutes choses, car il a vaincu le mal, cause de l'interdit. Il a le droit désormais de jouir des biens dont il s'emparait jadis, au mépris de ce droit ; car ce n'est plus par faiblesse qu'il le fait, ou par ignorance, mais c'est dans la plénitude réfléchie de sa force. Il n'est plus un enfant qui obéit, mais un maître qui commande.
    Chez l'homme naturel, la vie du corps étouffe la vie de l'âme ; chez l'homme volonté, la vie de l'âme éteint souvent la vie naturelle. Toutes les souffrances proviennent de ce conflit ; dans l'harmonie à venir, corps et âme ne feront qu'un, ce qui les séparait, à savoir le mal, sera vaincu.
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Jeanne de Vietinghoff (1875-1926) est née à Bruxelles. Moraliste et mystique, elle écrit quatre essais et un roman. Son oeuvre est à la fois optimiste et pessimiste. Elle pousse à oser être soi, tout en reconnaissant la part de souffrances et de déceptions que cette audace peut engendrer.
    Amie de la mère de Marguerite Yourcenar, qui meurt à sa naissance, Jeanne sera très proche de Marguerite ainsi que de son père, dont elle aurait été la maîtresse. Elle fût un modèle pour Marguerite qui utilisera ses traits dans plusieurs de ses romans.

  • Loremendi

    France Adine

    Découvrez une histoire d'amour troublée par l'amour maternel, éclairée par les charmes du sud basque...
    Philippe Dastières, romancier à succès, se retire en Pays basque pour écrire « le livre de son choix ». Ayant toujours écrit ce qu'il estime des « romans à succès faciles », il souhaite enfin écrire pour lui.
    Il loue pour y séjourner, une maison basque : Loremendi. Plus qu'une maison, c'est toute l'âme du Pays basque que Loremendi incarne.
    Loremendi appartient à une jeune veuve, qui élève seule ses deux enfants, Madame Aïtzeder dont Philippe s'éprend. Mais l'amour maternel n'empêchera-t-il pas cette idylle ?
    France Adine, écrivaine belge, dépeint à nouveau dans ce roman à double lecture le déchirement des femmes entre leurs devoirs et leurs désirs, dans un style fluide, abondant et naturel.
    EXTRAIT
    Il ne pouvait ignorer que sa chambre était celle de Madame Aîtzeder, et c'était bien pour cela qu'elle l'intéressait si fort. Elle était peinte en un ton crème délicatement patiné aux moulures ; le lit et quatre petits fauteuils étaient en bois doré, d'un or terni et d'une ligne assez sobre quoique Louis XV ; les panneaux des murs étaient tendus d'une toile vert-d'eau brochée de fleurs crème, qui remplaçait la soie originale. Les fenêtres à petits carreaux étaient ornées de rideaux de mousseline et de tentures feuille morte. Quelques miniatures accrochées entre les panneaux, un vase de Chine, rose et pansu, et un coffret dont l'ébène disparaissait presque sous l'incrustation de chatoyantes fleurs de nacre, tels étaient les seuls ornements de cette chambre, - plus beaux d'être peu nombreux - si l'on exceptait un tableau qui représentait deux petits garçons de quatre et cinq ans environ, deux frères sans doute, dont les grands yeux largement ouverts semblaient suivre les mouvements de l'étranger. Avant de se coucher, Philippe examina les miniatures, dont deux ou trois étaient anglaises, la glace, ornée d'un petit trumeau dû à un élève de Lancret, les livres, tous anciens et reliés en cuir fauve, alignés sur les rayons d'un petit meuble en bois des îles, anglais comme les miniatures et de la même époque. Il y prit les Mémoires de Madame de Caylus et lut quelques pages, cherchant à reconnaître la pensée vraie de l'auteur derrière la convention des éloges adressés à la toute-puissante Maintenon.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    France Adine (1890-1977) est née à Esen-lez-Dixmude, dans une famille flamande d'expression française. Elle parle couramment plusieurs langues.
    Romancière prolifique à l'imagination abondante, elle écrit surtout pour les femmes et pour les enfants. Elle situe ses romans dans des endroits qu'elle connait bien et qu'elle affectionne : la côte belge, l'Angleterre, l'Italie, et surtout, le Pays basque.

  • Ame blanche

    Marguerite Van De Wiele

    Séparée de sa mère à la santé mentale fragile, Évangeline est élevée chez son grand-père mais ne réussira jamais à trouver sa place.
    Alors qu'elle n'est encore qu'une enfant, le père d'Évangeline meurt au Congo. Sa mère, qui se sent responsable de cette disparition perd la raison et est internée. Évangeline est recueillie par son grand-père paternel, dans un foyer hostile à sa mère. Évangeline ne parviendra jamais à s'y sentir chez elle.
    Un roman émouvant où flotte l'âme d'une petite fille, un peu perdue, naïve et pure. Celle d'Évangeline ou celle de Marguerite elle-même ? Des âmes blanches...
    Découvrez le plus émouvant des romans, celui qui offre le plus d'espoir, de Marguerite Van de Wiele, femme de lettres belge et féministe avant l'heure.
    EXTRAIT
    C'était à celui d'entre eux qui flatterait l'oncle à l'endroit le plus sensible : ses nièces et petites nièces lui brodaient des pantoufles et des bonnets grecs ; il devait à une attention de Paul - qui était en relations d'affaires avec la Russie - le délicieux kûmmel gardé dans l'armoire de son cabinet et dont il nous régalait parfois le dimanche..., enfin, Louis, Jacques et Staaf lui offraient, pour sa bibliothèque, des volumes scientifiques d'éditions rares reliés en veau, marqués à son monogramme. L'accolade de mon aïeul rendait ces gens rouges de bonheur; on mangeait avec componction les frugales petites choses servies avec tant de raffinement dans la salle à manger d'apparat. Et aux premières paroles du speach, toujours le même : banal merveilleusement et creux avec beaucoup d'éclat, que ce patriarche ne manquait jamais d'improviser en réponse aux congratulations que lui présentait sa famille au coup de minuit, tous pleuraient. Pour la péroraison, il étendait la main d'un geste auguste, il disait, fort grave, d'une voix pénétrée :
    -Mes enfants, je vous bénis.
    Et jeunes et vieux se prosternaient ravis, aux anges, balbutiant avec idolâtrie :
    -Oncle Edouard ?..., cher, cher oncle Edouard ! Ni plus ni moins que s'il eût, à la minute, fait jaillir à leur profit la source de toutes les félicités.
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Marguerite Van de Wiele (1857-1941) est née à Ixelles le 1er décembre 1857, d'un père flamand et d'une mère française.
    Féministe avant l'heure et d'une manière qui lui est propre, elle fut l'une des fondatrices de notre littérature renaissante.
    Si elle vit de sa plume, ce qui est rare à l'époque, c'est pour subvenir aux besoins de sa famille, dans un milieu presque hostile, et dans des conditions qui nous paraitraient aujourd'hui décourageantes.
    Ses ouvrages sont pour la plupart empreints d'une tristesse sereine. L'analyse contenue des sentiments procure une certaine gravité à ces récits. Gravité contrebalancée par un style fluide et naturel.

  • Le Beaucaron

    Nelly Kristink

    Noël se lance à la recherche de sa mère disparue, en quête de son identité.
    Le Beaucaron est le village où vit Noël, abandonné par ses parents, mais recueilli, aimé et chéri par des gens qui, quoique n'étant pas de son sang, le considère comme tel.
    Noël, insatisfait, veut retrouver cette mère qu'on dit morte, noyée dans un étang. Il veut comprendre ce qui s'est passé. Est-elle bien morte ? Et si elle avait pris un autre chemin, ce chemin pourrait-il encore croiser celui de son fils ? Et si, au lieu d'appartenir à nos parents ou à nos enfants, nous appartenions avant tout à une terre ? Noël, quoiqu'il en pense, appartient au Beaucaron, malgré sa mère...
    Au travers des romans de Nelly Kristink, institutrice et femme de lettres belge, c'est la terre ardennaise du milieu du XXe siècle que l'on découvre avec ravissement.
    EXTRAIT
    Norine n'avait guère dormi, la nuit ; un pli un peu amer tirait sa bouche fraîche tandis qu'elle était assise sur le seuil, les mains nouées autour de ses genoux. Le crissement d'une bicyclette sur la route est si léger qu'il faut être attentive pour le percevoir, mais la jeune fille était persuadée qu'elle l'entendrait depuis la première maison du hameau. Les arbres s'étaient tus. De l'autre côté de la route, en bordure du jardin de chez Tassin, les soucis tournaient leurs visages éclatants vers la lumière et les cruches à lait en fer blanc, mises à sécher sur les piquets de clôture, brillaient au soleil comme du bel argent. La mère de Raymond Tassin ouvrit la porte de sa maison et son regard passa en revue ses soucis, ses cruches à lait, le ciel uni comme un pâturage et la jeune fille assise sur le seuil. Norine répondait distraitement à son bonjour, puis elle rentra chez elle et revint aussitôt, portant un seau de pommes de terre à épluche, mais, arrivée sur la marche de pierre de taille, elle poussa un oh ! joyeux : Noël était.
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Nelly Kristink (1911-1995) est née à Bruxelles. Sa mère est des Ardennes liégeoises (Chauveheid), et son père est de nationalité allemande. Elle devient institutrice, et, un peu isolée dans les Ardennes, elle commence à écrire.
    Elle reçoit de nombreux prix dont le Rossel en 1948 pour son roman Le Renard à l'anneau d'or.
    Nelly Kristink n'a pas fondé de famille, mais, à la lecture de son oeuvre, on comprend que la terre ardennaise lui en a tenu lieu.

  • Plongez dans deux histoires qui se chevauchent et incarnez les pensées de la narratrice, entre réalité et imaginaire.
    Mantoue est trop loin enchevêtre deux histoires : celle de la narratrice, une femme moderne, dont nous ignorons d'abord le nom, et celle d'Hilda, qui a vécu il y a plusieurs siècles, à une époque toutefois difficile à situer.
    Les deux histoires se répondent. L'une semble être la réalité, l'autre une fiction que la narratrice invente ou dont elle se souvient. Ces deux mondes coexistent. Se rapprochent jusqu'à fusionner.
    Certes, cette fusion engendre une certaine confusion. Nous voulons comprendre, mais nous ne pouvons pas comprendre, parce que nous sommes incarnés dans une femme qui est en train de se construire, de se créer.
    Ce roman de Madeleine Bourdouxhe, peu connu en Belgique, mérite cependant d'être mis en valeur. L'auteure nous invite à nous perdre avec la narratrice et nous partage ainsi une belle renvendication de liberté.
    EXTRAIT
    Les voyageurs arrivent à l'auberge où ils passeront la nuit ; la salle est presque déserte ; la table qu'ils ont choisie, et que l'on orne de candélabres, est placée devant un feu ouvert qui les réconforte en cette soirée trop fraîche. Après le repas, Hilda, Jassy et Olivier jouent aux tarots. Bientôt, le jeu consiste à tricher avec le plus d'astuce possible et, quand un des joueurs est pris sur le fait, c'est à la grande joie des deux autres. Ainsi s'achève la soirée dans le havre de cette auberge où tout souci semble banni de la mémoire.
    Un peu avant le moment de gagner les chambres, le Chevalier est sorti pour vérifier lui-même les soins donnés aux chevaux. Hilda et Olivier sont assis dans une partie plus obscure de la salle. Ils se taisent. La flamme ne les éclaire qu'à demi et de nouveau d'une manière étrange, comme si la lumière qui les touche les figeait toujours dans le silence et à la fois dans une certaine intensité, eux-mêmes et tout ce qui les entoure. Cela ne dure qu'un instant, Olivier se détourne, Hilda bouge la main, tout se remet à vivre de manière quotidienne.
    Dès le matin les voyageurs ont continué leur route, Au cours de l'après-midi, ils passent devant un champ de blé mêlé de pavots rouges, ils descendent de voiture, ils marchent le long de ce champ, ils reviennent, les bras chargés de fleurs. « Ma brassée est bien le double de la vôtre », dit Olivier. Il reste immobile tenant haut son bouquet rougeoyant.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Madeleine Bourdouxhe (1906-1996) est née à Liège. Elle étudie la philosophie et fréquente, avec son mari, les milieux surréalistes de Bruxelles ainsi que Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre.
    Surtout connue pour son roman La femme de Gilles, elle a toutefois écrit de nombreux autres textes.
    Son oeuvre est, aujourd'hui encore, traduite dans de nombreuses langues, alors que Mantoue est trop loin demeure inédit à ce jour.

  • A la poursuite de Sandra

    Louis Dubrau

    Un homme hanté par le souvenir d'une ancienne maitresse se lance à sa poursuite pour comprendre qui elle était réellement.
    Pierre, un ancien amant de Sandra, veut comprendre leur rupture et découvrir qui est cette femme qu'il pensait connaitre. Il interroge son passé et tente de la retrouver.
    Sandra se dévoile au travers de différents témoignages. Mais Sandra, sans cesse, nous échappe.
    À la poursuite de Sandra a reçu le prix Rossel en 1963
    Louis Dubrau décrit la métamorphose d'un homme qui se découvre lui-même alors qu'il poursuit Sandra, une maitresse qui s'absente de plus en plus de sa vie. Un parcours labyrinthique dans lequel on progresse à travers des sites que Louis Dubrau connait et qu'elle dépeint à coups de pinceaux avec une admirable concision.
    EXTRAIT
    Pourquoi suis-je absolument certain que la voix que je viens d'entendre est celle de Nathan? Est-ce parce que je me souviens de certains propos de Sandra?
    Voilà qui semble paradoxal. Sandra tenait Nathan pour l'intelligence incarnée. Or, appeler un inconnu en pleine nuit pour lui crier une injure est d'un imbécile... d'un imbécile, ou d'un homme dont l'esprit peut devenir pervers sous la poussée de certains sentiments.
    Mais comment préjuger des sentiments de Nathan? Là aussi, je n'ai pour me guider que des souvenirs, et Sandra ne parlait pas volontiers du bonhomme. On eût dit qu'elle avait honte de l'avoir, à un moment donné, trop pris au sérieux. Non qu'elle l'ait aimé.
    - Il m'arrivait quelquefois de le craindre, me confia-t-elle un jour. Et cela lorsque dans ses yeux passait de la bonté ou sur son visage de la douceur. J'avais alors l'impression qu'une rupture d'équilibre me mettait en danger. Bien entendu, tout cela était absurde. Assez rapidement, j'ai pu me convaincre que je me faisais un monde d'une taupinière.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Louis Dubrau, de son vrai nom, Louise Scheidt (1904-1997), est née à Bruxelles. Elle écrit sous un pseudonyme masculin, parce qu'elle se méfie des jugements subjectifs qu'on porte sur les écrits ouvertement signés par une femme.
    Active et engagée, elle voyage régulièrement, seule, souvent à des moments critiques ou dans des conditions dangereuses, ce qui lui inspire l'écriture de plusieurs reportages et récits.

  • Le regard ironique d'une Parisienne du XIXe siècle sur les moeurs de la petite bourgeoisie bruxelloise...
    Mme Van Zee, parisienne, a épousé un ingénieur belge. Entre deux missions, ils s'arrêtent à Bruxelles. Devant y demeurer peu de temps, ils emménagent dans la maison familiale. Isolée et mal à l'aise entre la mère et les soeurs de son époux, elle se confie à sa mère dans une longue lettre.
    Une pétillante analyse des moeurs bruxelloises.
    Des réflexions qui demeurent tout à fait contemporaines. Telle cette manie des Belges, et en particulier des Bruxellois, de critiquer Paris tout en essayant de s'y conformer. Comme si le Bruxellois était honteux de ses origines. Avec beaucoup d'humour, c'est tout le déficit d'identité nationale que ce roman dénonce.
    Redécouvrez Caroline Gravière, écrivaine belge du XIXe siècle à la carrière brève mais féconde, dans son roman le plus moderne et le plus drôle.
    EXTRAIT
    Mme Van Zee se flatte d'avoir un salon, c'est-à-dire que, depuis dix ans, tous les lundis, en toute saison, on ôte les housses et que, de huit heures du soir à minuit, une demi-douzaine d'amies de pension, escortées de leurs mamans, viennent faire de la tapisserie ou du crochet et attendre les cavaliers qui ne viennent ni à pied ni à cheval. De loin en loin, l'un ou l'autre individu du sexe masculin est pris par une invitation de hasard, par une visite retour de dîner, ou amené par mère ou soeur. Hors cela, les lundis se passent entre femmes, tout à fait comme la dînette et la dansette dans les pensionnats ; on s'embrasse et on se pique ; on prend le thé en récapitulant l'état civil de la semaine ; on dit du mal de la beauté en particulier, de l'esprit et des talents en général, des toilettes que l'on voudrait avoir, des personnes à la place desquelles on voudrait se trouver ; on refuse aux autres les beaux âges que l'on n'a plus ; on lapide tous les raisins trop verts : Mlle X. a vingt-cinq ans depuis très longtemps ; quoi qu'en disent ses parents, elle est l'aînée de la famille ; Mlle Z. va épouser un monsieur dont personne n'a voulu ; M. M. et aussi M. N. voudraient se faire présenter l'un de ces lundis, mais est-il convenable de recevoir tant d'hommes ?
    CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
    "J'apprécie beaucoup l'écriture appliquée et élégante que l'on retrouve chez nombre d'écrivains de cette époque, particulièrement lorsqu'il s'agit de femmes. Pas de malices ou de jeu de style avec une surenchère d'originalité pour se démarquer de la multitude des candidats à la publication, mais un ton juste et sincère, avec juste ce qu'il faut d'audace et de revendication d'autonomie à cette époque ou l'indépendance féminine n'était pas de bon goût." - Chantal Yvenou sur Kitty la Mouette.
    "Une parisienne à Bruxelles est un roman un peu moqueur, qui nous présente le mode de vie du 19e siècle de façon caricaturale mais qui a l'avantage de promouvoir une vision de la femme différente de ce qui se fait à l'époque. " - Carnet de Lecture sur Babelio.
    À PROPOS DE L'AUTEURE
    Caroline Gravière (1821-1878) est le nom de lettres d'Estelle Crèvecoeur. Surnommée la Georges Sand belge, ses écrits mettent généralement en scène le milieu bourgeois qu'elle trouve trop étriqué et hypocrite.
    On retrouve dans ses romans les préoccupations de l'époque : anticléricalisme, lutte contre les préjugés sociaux, féminisme, mais on y trouve aussi comme un déchirement entre coeur et devoir qui semblent nécessairement inconciliables à l'auteur.

empty