Littérature générale

  • Chaque nouvel ouvrage de Houellebecq est accompagné d'un cortège d'indignations qui empêche d'entendre la voix sourde et grave de l'auteur d'Extension du domaine de la lutte ou de Soumission. Il faut pourtant partir de la beauté qui se dégage de cette écriture apparemment si morne où l'écrivain n'hésite pas à recopier des extraits de Wikipedia. Cette beauté est celle de l'inquiétante étrangeté du quotidien.
    Quelle inquiétude fait écrire Houellebecq??
    Cette question Jean-Noël Dumont la voit d'abord comme une interrogation esthétique?: un art de l'indifférence est-il possible?? Sociologique?: une société sans religion est-elle possible?? Et enfin métaphysique?: comment vivre dans l'absence de Dieu??
    Exercice de lecture approfondie, ce court et brillant essai saisit l'oeuvre de Houellebecq dans sa totalité et donne à comprendre pourquoi celui-ci est, malgré tout, notre grand écrivain.

    Jean-Noël Dumont est philosophe. Fondateur à Lyon du Collège supérieur, il a écrit sur Pascal, Marx, Péguy et a publié les principaux discours de Montalembert. Son enseignement et ses travaux mettent toujours en valeur l'interrogation réciproque de la philosophie et de la religion.

  • Qu'est-ce qu'une oeuvre folle? Qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre se voie qualifiée de démentielle, même - et surtout - lorsque son auteur est apparemment indemne de toute pathologie psychique? Le jugement se retournant sur le juge lui-même, la question de l'oeuvre folle devient finalement la question de l'oeuvre affolante. Comment expliquer qu'une oeuvre soit à ce point inacceptable que la critique, inquiète, la déclare «impossible»? En fait, la singularité des oeuvres souvent déconcerte. La manière n'est jamais très loin de la manie, et l'histoire de l'art, de ce point de vue, ressemble à une histoire de fous. Mais autre chose s'exprime à travers l'accusation de manière folle, c'est la peur de la contagion ; cette capacité de l'art, de la littérature à se répandre en inventant des publics. La folie de l'art est d'abord politique.

  • L'échange épistolaire entre Maurice Blanchot, écrivain et critique français (1907-2003), et Vadim Kozovoï, poète russe, critique et traducteur de poésie française (1937-1999), s'étend sur vingt-deux ans (entre 1976 et 1998). La correspondance est singulière et riche d'informations. Singulière parce que les deux hommes, sans jamais s'être rencontrés, ont su fonder une solide amitié; riche d'informations parce que les lettres ne se limitent pas exclusivement à la chose littéraire. C'est un Blanchot insoupçonné qui apparaîtra à certains, attentif aux questions d'actualité internationale et particulièrement passionné par la question russe - et par la Russie. Cette correspondance est complétée par La parole ascendante, postface de Maurice Blanchot écrite à l'occasion de la publication de Hors de la colline, recueil de poèmes de Vadim Kozovoï paru aux éditions Hermann en 1984. Enfin, en annexes, on trouvera le second versant de cette correspondance avec un choix de vingt-deux lettres que Vadim Kozovoï adressa à Maurice Blanchot, qui permet d'établir un regard croisé sur les deux épistoliers; et aussi les lettres que Maurice Blanchot envoya à l'épouse de Vadim Kozovoï, Irène. Trois textes clôturent l'ouvrage; les deux premiers (dont un poème) de Vadim Kozovoï sont dédiés à Maurice Blanchot. Le dernier intitulé Poésie et temps est un court écrit de Blanchot rédigé pour les besoins d'une émission qui lui était consacrée sur France-Culture. Lettres à Vadim Kozovoï est un livre émouvant dans la bibliographie blanchotienne, d'abord parce qu'il contient une part d'inédit mais aussi et surtout parce que l'on y découvre un Maurice Blanchot plutôt méconnu, généreux et affectueux, soucieux, fidèle et vigilant à l'égard d'un ami et des siens.

  • L'oeuvre d'Albert Camus a été enfermée dans un carcan interprétatif qui la sépare de ses origines profondes : Camus, écrivain français, écrivain algérien, prix Nobel, porte parole d'une certaine conscience morale, Camus penseur de l'absurde, Camus partisan de l'Algérie française, Camus « philosophe pour classes terminales », et plus récemment Camus écriture-symptôme de l'inconscient colonial, etc. Il s'agira de montrer, a contrario, que l'oeuvre de Camus est entièrement traversée par la confrontation à un défaut d'origine, véritable matrice d'écriture, caractérisant sa « position algérienne », et par la tentative sans cesse recommencée d'écrire cette origine absente. Tentative qui trouve son achèvement dans la rédaction interrompue du Premier Homme, ultime entreprise d'écrire le mythe fondateur de ce peuple sans origine et sans destin : les Européens d'Algérie. Cette position algérienne d'exil absolu, loin de tout enracinement, de toute allégeance à une quelconque faction/fiction identitaire, donnera à Camus une liberté souveraine et une vision intempestive à nulle autre pareille qui le fera s'opposer violemment à ses contemporains engagés dans les leurres de l'époque. L'objet de ce livre est d'exposer comment cette position algérienne a déterminé une position politique, philosophique, esthétique et littéraire qui, plus de quarante après, montre encore toute son acuité et sa puissance critique à l'égard des temps révolus comme des temps actuels. Comment aussi cette position, historiquement déterminée, s'est trouvée être la réplique exacte d'une position fondamentale d'écriture.

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