Métailié

  • "Ma vie s'est terminée il y a trois ans, la veille de mes 53 ans, dans le hall d'un théâtre, à Berlin. C'est-à-dire que c'est là que j'ai commencé à mourir."
    Murmurée à l'oreille d'un homme bardé d'explosifs, dans une chambre d'hôtel juste après un attentat à la bombe, cette phrase donne une idée de la tension qui tisse ce roman du début à la fin.
    Envoyé au Moyen-Orient dans une zone de combat pour transporter la rançon d'un mystérieux otage, le Rat affronte les conséquences d'une crise déclenchée par une relation amoureuse destructrice. À la limite de la folie, mais raisonnant avec une rage froide, il essaye de comprendre ce qui a fait de lui la proie d'un amant toxique qui a transformé la soumission en puissante arme de guerre.

    Une analyse impressionnante du mal, du pouvoir et du désir.


  • Ronaldo vit à Copacabana avec sa grand-mère Sofia qui est née en Allemagne et a émigré au Brésil à la fin des années 30.

    Il reçoit un coup de téléphone d'une banque de Hambourg qui recherche une certaine Sofia Stern pour lui remettre un héritage et décide de s'y rendre. Mais Sofia, qui n'en fait qu'à sa tête, veut partir avec lui.
    Dans un cahier mystérieux trouvé au fond d'une armoire, on découvre en parallèle le Hambourg des années 30 et l'amitié de deux adolescentes inséparables. Klara, très douée pour le dessin, devient créatrice de mode et connaît un grand succès au bras d'un jeune officier nazi, qui l'abandonnera de façon dramatique pour faire un riche mariage. Sofia, fille d'un accordeur de piano aveugle et juif, devient chanteuse de cabaret, un peu trafiquante de drogue et reine de la débrouillardise, et tombe amoureuse de Hugo, le frère de Klara, un anarchiste opposant au régime nazi. Les deux jeunes femmes survivent dans le chaos de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, au milieu de passions, de trahisons et de problèmes d'argent, sans jamais oublier l'amitié qui les lie.
    Ces deux élégantes à la morale assez créative sont les héroïnes d'un roman picaresque bien ficelé ; elles fascinent et surprennent le lecteur autant que le héros qui découvre une grand-mère mystérieuse et rouée, et une histoire d'amour ancienne mais toujours vivante.
    Un régal de lecture.
    « Un roman qui captive de la première à la dernière page, à lire avec plaisir, c'est sa principale, et je le répète, rare, très rare, caractéristique. » - Globo


  • Ni vivant ni mort, Leonardo a disparu.

    Il avait 20 ans et voulait changer le monde, une dictature impitoyable dominait le Brésil. Pour Sofia, sa petite soeur, il était un dieu. Les années ont passé et le vide ne s'est pas comblé. Le père est mort, la mère s'est enfermée dans son chagrin et Sofia, étouffée par cette absence, part à la recherche du disparu. Au cours d'une enquête, qui l'amène sur les chemins de la clandestinité révolutionnaire en lutte contre la dictature, un ami lui fait parvenir un cahier étrange. Il raconte à deux voix une forêt amazonienne à la fois magnifique et mortelle ainsi qu'une vie quotidienne éprouvante dans l'Araguaia, région d'Amazonie choisie dans les années 70 par un groupe d'étudiants utopistes pour créer une guérilla de libération des paysans. Ils étaient une soixantaine, on envoya 10 000 soldats pour les combattre. Il y eut peu de rescapés.
    D'où vient ce carnet, pourquoi tant de mystères sur son origine ? Qui a écrit ce récit déchirant, pourquoi deux écritures mêlées ? Qui l'a fait remettre à Sofia ? Que cache le silence de sa mère ?

    Avec une grande énergie dramatique, dans une langue sèche et concise, Guiomar de Grammont écrit un beau texte émouvant qui interroge le passé d'un pays qui se veut sans mémoire.

  • Júlio Santana, bon chasseur et bon tireur dans son Amazonie natale, a appris la profession de tueur à gages à 17 ans avec son oncle qui lui assure que, s'il récite dix Ave Maria et vingt Pater Noster après chaque meurtre, il n'ira pas en enfer.
    Il note soigneusement sur un cahier d'écolier le nom des victimes, le nom des commanditaires, la date et le lieu du crime, ce qui lui a permis de compter 492 personnes au long de 35 années de carrière.
    Júlio raconte ses drames, ses rêves, ses faiblesses. C'est un homme sensible, un bon fils, un mari aimant et un père affectueux.
    Il a pour commanditaires l'armée, des maris jaloux ou des pères vengeurs, des grands propriétaires terriens qui éliminent des syndicalistes ou des "sans terre'.

    Pour la première fois, un reportage raconte, avec un grand talent littéraire, la vie surprenante d'un homme que tout destinait à être un pêcheur comme son père et son grand-père, mais qui est devenu le plus grand tueur professionnel connu au monde.

  • Max arrive de Pologne dans les années 30, il est cordonnier dans le quartier du port à Rio de Janeiro. Quand la dictature décide de surveiller les "subversifs" étrangers, la police oblige Max à traduire tout le courrier échangé en yiddish. Et traduire Hannah, les lettres si sages, si édifiantes qu'elle écrit à sa soeur Guita à Buenos Aires, bouleverse la vie du cordonnier. Il part à sa recherche.
    Entraîné dans une avalanche de péripéties cocasses, Max va recevoir une étrange éducation sentimentale, au centre d'un monde où personne n'est ce qu'il dit être. La traduction des lettres d'Hannah va devenir un défi plus incontrôlable que les sentiments du cordonnier.
    Pris dans un imbroglio politique et familial, entre flics et prostituées, entre désespoir et humour, tous les héros de cette histoire vont laisser tomber les masques et nous découvrir une réalité absurde et complexe.
    L'un des charmes du roman réside dans le contraste entre la vie des Juifs arrivant de shtetls glacés de Pologne et d'Ukraine et le brouhaha joyeux du pays d'accueil, où le plus grand danger pour le peuple du Livre serait l'assimilation, car "les Brésiliens ne savent pas haïr" et "la religion y ressemble plutôt à un caprice, à une prédication fortuite".
    Un délice de lecture hautement recommandable !

  • 1956-1960. Une nouvelle capitale est en train de s'élever au centre du Brésil, toutes sortes de gens confluent vers ce nouvel espoir de travail et de vie. Conscient de l'importance du moment le père du narrateur se donne pour mission de relater au jour le jour cette nouvelle vie en train d'éclore. Il vit à côté du gigantesque chantier dans la Ville libre, entre ville provisoire et bidonville, peuplée d'ouvriers, d'ingénieurs, de commerçants et de prostituées. Autour de la construction de Brasília se mêlent les espoirs et les exploits, les constructeurs de la ville, les visiteurs célèbres ou non, les bâtisseurs de société et les rêveurs des sectes qui s'assemblent dans le désert du planalto brésilien. Et alors qu'il croit lire un reportage sur une utopie réalisée le lecteur tombe dans les rets du romancier et dans le tourbillon vertigineux de la subjectivité. Il se perd sur les traces de Valdivino, le paysan du Nordeste, et de son mystérieux grand amour, la prophétesse Íris Quelemém qui règne sur le Jardin du Salut. Il suit les courses du jeune garçon fasciné par la cycliste aux tresses brunes, l'épopée de l'ouverture de la route Belém-Brasília, les amours clandestines du père, ses spéculations financières et les dettes qui le jetteront dans la prison où va le voir son fils adulte pour comprendre ses secrets. João Almino capte les voix qui affluent vers cette ville mythique et en restitue le souvenir dans un style incomparable et transparent à l'image de la lumière de Brasília.

  • Au moment où il embarque dans un avion pour Pékin un homme, l'étudiant de chinois, se trouve pris dans un étrange imbroglio avec son ancienne professeur de chinois. Arrêté et interrogé, il se met à exposer une série de préjugés racistes et sectaires contre les noirs, les arabes, les juifs, les homosexuels, les pauvres, les gros... Ce personnage paranoïaque apparaît comme un des produits de notre époque : lecteur de magazines, blogueur et producteur de commentaires vitupérant en majuscules, aux connaissances encyclopédiques pêchées dans Wikipedia, il incarne un archétype anti-intellectuel qui se développe sur l'espace du Net. Il étudie le chinois pour pouvoir, dit-il, faire partie des cadres dominants lorsque la Chine aura envahi le Brésil. Laissé seul dans un bureau, il va entendre à travers la cloison une voix féminine qui s'adresse au commissaire. On comprend alors que celui-ci est coincé dans une histoire de paternité bizarre, que la professeur de chinois repart pour la Chine accompagnée d'une fillette dont les parents ont été assassinés... que tout est plus complexe qu'il n'y paraît. Ces personnages magnifiquement construits dont nous n'entendons que les monologues céliniens sont tous à la recherche d'une identité. Chacun expose sa version de la réalité, et c'est le choc de ces versions que Bernardo Carvalho nous raconte avec un humour corrosif et troublant.Reproduction a reçu le prestigieux prix Jabuti 2014.

  • Après la mort de sa mère, Evangelina décide de quitter Rio pour les États-Unis, où elle est née treize ans auparavant, et dy retrouver son père. En compagnie de Fernando, lex-mari de sa mère, et dun petit voisin salvadorien, Carlos, elle recueille les souvenirs des autres pour organiser sa propre histoire. Au cours de ce voyage à travers le Colorado et le Nouveau-Mexique, en écoutant les récits de Fernando, qui a fait partie dune guérilla maoïste en Amazonie dans les années 70, elle prend conscience du passé du Brésil.
    Dans un style sobre et élégant, Adriana Lisboa nous propose une réflexion sur lappartenance et la construction de soi. Tous ses personnages sont en transit, ils habitent tous des lieux précaires, mouvants, parlent des langues qui ne sont pas les leurs, les mêlent. Elle raconte ces mémoires provisoires, faites de souffrance bien sûr mais aussi remplies damitiés sincères, et termine ce roman au moment où la vie de son héroïne commence vraiment, où elle occupe dans le monde un espace qui lui appartient.

  • Alex est mère célibataire, elle essaie de concilier les études et le travail dans une épicerie asiatique. Elle vient d'une lignée de femmes vietnamiennes qui ont aimé des Américains, d'abord pendant la guerre du Viêtnam puis aujourd'hui à Chicago, où Alex a toujours vécu sans jamais avoir mis les pieds à Hanoï. Fils d'une mère mexicaine et d'un père brésilien, David est passionné de jazz, il joue de la trompette et le futur devrait s'ouvrir à lui sans cette nouvelle inattendue : il est atteint d'une maladie au stade terminal. Mais il est aussi amoureux d'Alex qu'il regarde de loin. Ces enfants d'émigrants vivent dans un mélange de cultures et de coutumes, une véritable mosaïque d'identités. L'urgence de sa situation décide David à liquider toute sa vie et à partir mourir ailleurs. Il demande à Alex où elle aimerait aller, elle répond Hanoï. Il lui propose de l'accompagner. En entrelaçant des vies aussi différentes, Adriana Lisboa construit, avec profondeur et légèreté, autour de personnages fragiles et attachants, une histoire d'amour et de détermination, mais aussi d'acceptation et de renoncement, dans laquelle les choix des personnes peuvent changer le destin de ceux qui les entourent.

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