Les Presses de l'Université de Montréal

  • Dans la première moitié du XXe siècle, les milieux artistiques français foisonnent de réalisations, les artistes se connaissent, se côtoient et mettent en commun une énergie créatrice exceptionnelle. Il n'est donc pas étonnant de constater que les collaborations des musiciens français à des projets collectifs ont rarement été aussi nombreuses et aussi étroites qu'à cette époque. Dans une perspective multidisciplinaire, le présent ouvrage propose une série d'études dans le but d'approfondir un certain nombre de questions entourant les formes et les genres qui naissent à l'époque dans ce climat d'intense activité artistique.
    Les études de ce livre témoignent des rapports nouveaux qu'établissent les artistes avec une société en profonde mutation et qui entraînent une redéfinition de la pratique artistique, des liens qu'entretiennent le public et les artistes à l'art, à sa contemplation et sa consommation. Elles accordent une place centrale à la musique et aux liens que celle-ci entretient avec la littérature, la danse, le cinéma et le théâtre. L'ensemble de ces relations et mutations constitue les bases d'une modernité dont les prolongements n'ont de cesse tout au long du siècle et viennent même secouer la postmodernité à l'orée du XXIe siècle.
    Sylvain Caron, François de Médicis et Michel Duchesneau sont professeurs à la Faculté de musique de l'Université de Montréal.

  • On connaît « la Corriveau », sa légende sulfureuse, les grincements de sa cage et les exploits sanguinaires que lui attribue la tradition. Mais on connaît beaucoup moins les crimes illustres du « docteur l'Indienne » (1829), la terreur inégalée qu'ont semée à Québec les « brigands du Cap-Rouge » (1834-1837) et le meurtre inoubliable (1839) par lequel George Holmes a durablement ébranlé la société seigneuriale du xixe siècle.

    C'est l'histoire culturelle de ces figures marquantes, aujourd'hui méconnues mais longtemps obsédantes, que raconte ce livre. On y découvre un ensemble de biographies légendaires : interrogeant le processus par l'entremise duquel ces figures criminelles deviennent célèbres, Alex Gagnon analyse la généalogie de leurs représentations et met en lumière, autour de chacune d'elles, la cristallisation et l'évolution d'une mémoire collective. Au croisement entre le discours médiatique, la tradition orale et la littérature, l'imaginaire social fabrique, à partir de faits divers, de grandes figures antagoniques, incarnations du mal ou avatars du démon. La perspective est historique, l'analyse, littéraire et l'horizon, anthropologique. Toute société a ses crimes et criminels légendaires : entrer dans ce panthéon maudit, aller à la rencontre de cette communauté du dehors, c'est aussi éclairer et questionner la dynamique fondatrice de nos sociétés, qui produisent de la cohésion sociale en construisant des figures de l'ennemi et de la menace. En ce sens, cet ouvrage ne révèle pas seulement un pan inexploré de l'histoire et de la culture québécoises ; il poursuit, en s'appuyant sur des bases historiques concrètes, une réflexion générale sur ce que Cornelius Castoriadis appelait « l'institution de la société ».

    Docteur en littérature de l'Université de Montr.al, où il a aussi été chargé de cours, Alex Gagnon est chercheur postdoctoral à l'Université du Québec à Montréal. La communauté du dehors est son premier livre. Il publiera, en 2017 chez Del Busso éditeur, un recueil d'essais sur la société et la culture contemporaines tiré de ses interventions sur le blogue Littéraires après tout, auquel il collabore activement depuis 2010.

  • Depuis qu'au milieu du XIXe siècle Henri Murger a appelé « bohèmes » une bande d'artistes vivant d'amour et de pain sec à Paris, le bohème et la vie de bohème n'ont plus quitté l'imaginaire social. Ils ont existé dans les faits et dans les textes littéraires non seulement à Paris mais à Madrid, à Varsovie, à Oslo et à New York, tandis que la chanson de Charles Aznavour et l'opéra de Puccini sont entrés dans le patrimoine culturel mondial. Ce livre fait émerger d'une vaste masse de discours des lieux emblématiques, des pratiques collectives, des vies exemplaires, des figures antagonistes, des variations sur le thème de la bohème. Le lecteur rencontre Albert Glatigny, Nina de Villard, la Brasserie des Martyrs, les orgies fictionnelles ou encore la bohème montréalaise. Au fil des chapitres, la bohème se dévoile comme un objet inséparablement imaginaire et social, façonné et incarné par de nombreux hommes de lettres et d'art. Anthony Glinoer poursuit ici son exploration des phénomènes collectifs au XIXe siècle. Il procède en sociologue des faits et des imaginaires littéraires pour dresser le portrait d'une des figures clés de nos représentations de la vie d'écrivain et de la vie d'artiste, depuis Murger jusqu'aux bobos.

  • Depuis Mai 68, on a l'habitude de voir des jeunes gens rallier une foule, former une foule, mais cela n'a pas toujours été le cas. Les grands mouvements politiques des années 1920 et 1930 ont amené diverses personnes à se joindre à des rassemblements urbains, dont une catégorie de la population nouvellement prise en compte : les adolescents. Leur introduction dans les masses humaines a généré plusieurs récits tout au long de l'entre-deux-guerres. Ce sont ces récits qu'étudie ce livre, lequel tente de comprendre pourquoi l'association de la foule et de l'adolescent figure avec autant de force dans plusieurs textes littéraires de la première moitié du xx e siècle. Par le biais de lectures sociocritiques des Beaux quartiers de Louis Aragon (1936), de La conspiration de Paul Nizan (1938) et du Sursis de Jean-Paul Sartre (1945), il montre comment ce motif particulier permet de révéler des tensions qui traversent l'imaginaire social. L'étude convoque en appui à la démonstration nombre de fictions (Les Thibault, Mort à crédit, Les hommes de bonne volonté, La chronique des Pasquier, etc.) qui entrent en rapport avec ces trois oeuvres. Toutes ces publications littéraires sont lues en interaction avec un ensemble composé de textes médicaux, politiques, religieux et urbanistiques.

  • En mai 2000, à Montréal, le chanteur André « Dédé » Fortin s'enlève la vie et laisse dans le deuil une collectivité affligée. Un an plus tard, le commandant Robert Piché fait atterrir aux Açores un avion en panne, arrachant à une mort certaine quelques centaines de passagers. À l'été 2005, la criminelle Karla Homolka sort de prison et plonge dans la peur la région montréalaise. Au même moment, une biographie de Louis Cyr ravive la gloire du célèbre athlète du xix e siècle.

    Le « génie », le « héros », le « monstre » et le « champion » : ce livre retrace l'histoire de ces quatre figures de la grandeur dans l'imaginaire social québécois des dernières décennies. Leur vie dans l'espace public de notre société met en jeu des systèmes complexes de pratiques et de représentations collectives ; ce n'est pas l'affaire du biographe, mais celle de l'histoire culturelle, des études littéraires et des sciences sociales.

    Aussi loin de la glorification que de la dénonciation, cet ouvrage cherche à restituer, pour les comprendre, les logiques collectives qui gouvernent, dans la société contemporaine et dans la québécoise en particulier, les mécanismes d'élaboration de la célébrité et de la grandeur. Rédigé dans une prose à la fois vivante et savante, il contribue à éclairer, plus largement, les dynamiques constitutives de l'imaginaire et de son histoire, l'étude des figures autour desquelles se rassemble une collectivité donnant au chercheur un accès intime à ce qu'elle pense, éprouve et sent, bref à tout ce qui fait et refait, à chaque moment de son existence, la vie d'une société et d'une culture.

  • La Seconde Guerre mondiale est un des événements les plus traumatiques vécus en Europe au cours du XXe siècle. C'est aussi l'un des plus commentés, discutés, mis en récit. C'est précisément à l'étude de ces romans que se consacre Yan Hamel dans La bataille des mémoires.
    Cette étude est nécessaire parce que plusieurs des plus grands écrivains contemporains ont essayé de donner un sens à ce qui ne paraissait pas en avoir. La bataille des mémoires fait entendre les voix de Vercors et de Julien Gracq, de Lydie Salvayre et de Marguerite Duras, de Romain Gary et de Louis-Ferdinand Céline, de Jorge Semprun et de Jean Rouaud, de Jean Genet et de Michel Tournier, sans oublier celles de Simone de Beauvoir, Roger Nimier, Roger Vailland, Marcel Aymé, Claude Simon et Patrick Modiano.
    Il fallait aussi se pencher sur leurs oeuvres, car elles soulèvent des problèmes fondamentaux. Comment arrive-t-on à dire ce qui paraît si difficile à dire : la guerre, la mort, l'oubli ? Que peut la littérature devant une tragédie comme celle des années 1939-1945 ? Les écrivains peuvent-ils rester à l'écart des drames de leur époque et ne pas s'engager ? Voici quelques-unes des questions difficiles, et essentielles, auxquelles La bataille des mémoires apporte des réponses.
    Yan Hamel est chercheur post-doctoral au Département des lettres françaises de l'Université d'Ottawa. Il a publié plusieurs articles sur la littérature française contemporaine et il a coédité deux volumes collectifs : Victor Hugo (2003-1802) (2003) et Des mots et des muscles ! (2005).

  • Culture, politique, société, famille : la Révolution française marque un tournant sur tous les plans. C'est aussi vrai du don, puisqu'au lendemain de 1789 une question inédite se fait entendre. Qu'arrive-t-il quand ceux qui ont l'habitude de donner (les nobles) se retrouvent obligés, pour survivre, de recevoir les largesses d'autrui ?
    Pour répondre à cette question, Geneviève Lafrance a analysé la représentation des dons dans cinq romans parus à la fin du xviiie et au début du xixe siècle. Elle a aussi voulu savoir ce que pensaient les pouvoirs révolutionnaires de la bienfaisance, de la charité, de la dot, du legs. C'est du croisement de ces réflexions - les romanesques comme les juridiques - que naît l'étonnant portrait d'une époque où les dons sont souvent impuissants à rendre heureux ceux qui les reçoivent comme ceux qui les font.
    Chacun à sa manière, Gabriel Sénac de Meilhan, Isabelle de Charrière, Joseph Fiévée et Germaine de Staël mettent en cause l'idéal bienfaisant qui caractérisait le siècle des Lumières. Ils nous obligent par là à réfléchir à ce que donner veut dire, hier comme aujourd'hui.
    Geneviève Lafrance est chercheuse postdoctorale à Columbia University à New York. Elle a édité deux ouvrages collectifs et elle a publié des articles dans Voix et images, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Annales Benjamin-Constant, Contextes et Cahiers staëliens. Qui perd gagne est son premier livre. En 2008, la thèse dont est tiré ce livre a reçu le Prix d'excellence de l'Académie des grands Montréalais dans la catégorie Sciences humaines et sociales, arts et lettres.

  • La réalité du terrorisme se moque des idéologies et des idées reçues. Qui plus est, comme le font remarquer les auteurs de ce livre, il n'existera probablement jamais une définition du phénomène qui soit à la fois claire, précise et consensuelle. Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première prend la mesure du phénomène dans toutes ses dimensions : le terrorisme, ses agents, son évolution, sa nature et ses effets. La seconde fait le point sur les réactions des gouvernements, des corps de police, des forces armées, des organismes de renseignement et des simples citoyens. Ce livre va donc au-delà des dénonciations habituelles pour documenter à la fois les différentes facettes du terrorisme et les mesures prises pour le combattre.
    Stéphane Leman-Langlois est professeur à l'École de service social de l'Université Laval et directeur de l'Équipe de recherche sur le terrorisme et l'antiterrorisme (ERTA). Entre autres publications, il a récemment fait paraître La sociocriminologie (PUM, 2007) et Réconciliation et justice (Athéna, 2008). Jean-Paul Brodeur est professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal et fondateur de l'ERTA. Il est notamment l'auteur de Les visages de la police (PUM, 2003). Tous les collaborateurs sont membres de l'ERTA.
    Avec les textes de Jean-Paul Brodeur, Élisabeth Campos, Benoît Gagnon, Grégory Gomez del Prado, Emmanuel-Pierre Guittet, Stéphane Leman-Langlois, Frédéric Lemieux, Antoine Mégie, Geneviève Ouellet, Chantal Perras et Valéry Thibeault

  • La modernité québécoise est-elle caractérisée par une absence du maître ? Voilà la question à partir de laquelle sont relues ici les oeuvres de Saint-Denys Garneau, de Jacques Ferron et de Réjean Ducharme.
    Pour y répondre, Michel Biron a lu attentivement leurs principales oeuvres à l'aide de la sociocritique des textes et de l'anthropologie. Le concept de « liminarité », ainsi que l'a pensé Victor W. Turner, lui permet de jeter un éclairage nouveau sur ces classiques de la littérature québécoise. Chez eux, les bords sont peuplés, mais le centre, lui, est vide ; cette étonnante géographie suppose des communautés qui ne le sont pas moins.
    Garneau, Ferron et Ducharme imaginent une société en creux, un espace de communication soumis aux lois de l'amitié plutôt qu'à un système hiérarchisé. La littérature s'offre à eux tel un terrain vague, un « grand loisir » (Ferron) où rien n'est vraiment interdit. À la littérature comme institution et à l'histoire comme série de ruptures, l'écrivain liminaire, qui refuse d'être un « homme de lettres » (Ducharme), oppose l'écriture comme « commencement perpétuel » (Garneau). Il ne se reconnaît plus de maîtres. Mais en a-t-il jamais eu ?
    Michel Biron enseigne la littérature à l'Université du Québec à Montréal. Il a publié La modernité belge (1994), Le roman célibataire (avec Jacques Dubois, Jean-Pierre Bertrand et Jeannine Paque, 1996) et Un livre dont vous êtes l'intellectuel (avec Pierre Popovic, 1998).
    - Prix Jean-Éthier-Blais de la fondation Lionel-Groulx, 2001
    - Finaliste, prix du Gouverneur général du Canada, 2001
    - Prix de l'Association des professeurs de français des universités et collèges du Canada, 2002

  • Les efforts de l'homme pour se procurer de la joie sont parfois dignes de l'attention du philosophe, écrit Victor Hugo dans L'Homme qui rit. Comme les autres romantiques, il fait pourtant peser un énorme soupçon sur le rire et sur la gaieté. Les rictus omniprésents sous sa plume et celle de ses contemporains appartiennent tant au sadisme qu'à la souffrance, tant au bourreau qu'à sa victime.

    Alors que notre époque se montre friande de bonne humeur, de fêtes, de festivals, Victor Hugo et ses contemporains des quatre coins de l'Europe jugent que la joie est mal à-propos, elle qui résonne au milieu des souffrances populaires. Il peut lui arriver de sourire ou de verser des larmes, mais le héros hugolien ne rit pas, sauf si on l'y oblige.

    Doit-on encore lire les romantiques aujourd'hui? Oui, parce qu'ils nous rappellent qu'il faut résister à la dictature contemporaine de l'allégresse, du rire de force. Voilà pourquoi Rictus romantiques se termine par un « Éloge de la mauvaise humeur ».

    Après des études doctorales à l'Université McGill, Maxime Prévost est actuellement chercheur postdoctoral au Département d'études françaises de l'Université de Montréal. Il a publié des articles dans Discours social, Littératures, Neophilologus, Nineteenth-Century French Studies, Studi Francesi. Rictus romantiques est son premier livre.

  • Y eut-il, entre 1919 et 1939, un fascisme proprement français ? Oui, contrairement à ce qu'affirme depuis longtemps l'historiographie française. La base de ce fascisme était-elle idéologique ? Non, affirme Michel Lacroix : elle était d'abord esthétique.
    Son ouvrage vise à montrer que tout du fascisme naît de l'esthétique ou y aboutit. Les discours, les pratiques symboliques et les textes littéraires ne cessent de le répéter : « Qui dit fascisme dit avant tout beauté » (Benito Mussolini).
    Qu'est-ce qu'un chef ou un héros pour les artistes fascistes ? Quelles valeurs cherchent-ils à promouvoir chez les jeunes en Allemagne, en Italie et en France ? À quel spectacle politique consacrent-ils leurs efforts ? Voilà les trois principales questions auxquelles répond Michel Lacroix.
    Pour y arriver, il est allé relire Drieu la Rochelle et Céline, mais il s'est aussi intéressé au scoutisme et à l'olympisme, à la sculpture comme au cinéma. C'est ce qui lui a permis de comprendre les rapports troubles du pathos, de l'exhibition, du sublime, de la violence et de la mort dans le fascisme français de l'entre-deux-guerres.
    Michel Lacroix est professeur au Département de français de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il a publié des articles sur Louis-Ferdinand Céline, Drieu La Rochelle, Jean Paulhan, Robert Brasillach, les sociabilités intellectuelles au Québec et en France. De la beauté comme violence est son premier livre.
    o Finaliste, Grand Prix France-Québec Jean-Hamelin, 2004
    o Prix de l'Association des professeurs de français des universités et collèges du Canada, 2005
    o Prix Raymond-Klibansky de la Fédération canadienne des sciences humaines (2004-2005)

  • À quelle époque le malheur est-il devenu une des clés de la réussite pour les gens de lettres ? Quand les écrivains ont-ils commencé à comptabiliser leurs souffrances, puis à les étaler aux yeux du public et de la postérité ? Pourquoi s'est-on mis un jour à croire qu'un écrivain malheureux pouvait être plus vrai, plus authentique, en un mot plus génial, qu'un écrivain tout bêtement heureux ?
    Cet ouvrage retrace les origines d'un mythe singulier, celui du poète maudit, que la plupart des critiques ont associé à la seule deuxième moitié du XIXe siècle. Pourtant, bien avant Verlaine ou Baudelaire, des hommes de lettres se sont constitué un « capital malheur » afin d'obtenir la sympathie d'un public sensible aux infortunes des grands hommes. Tout comme Jean-Jacques Rousseau, lui qui aimait dire qu'il avait la « célébrité des malheurs », des écrivains d'origine sociale diverse ont cru, avant le XIXe siècle, que leur persécution, leur pauvreté ou leurs maladies pouvaient s'avérer un excellent atout dans leur lutte pour accéder à la légitimité littéraire. C'est vrai d'inconnus comme Nicolas Gilbert et Victor Escousse, mais également de stars comme Chateaubriand et Hugo.
    En analysant leurs stratégies, Pascal Brissette veut montrer que l'association des termes « valeur » et « malheur » n'est pas toujours allée de soi dans le monde des lettres. Il fut un temps où l'écrivain le plus riche, le mieux protégé, le plus adulé, était aussi, et tout naturellement, le plus grand et le plus génial. À une époque, la nôtre, qui croit encore trop souvent qu'un grand écrivain ne saurait être heureux, il faut dire que le mythe de la malédiction littéraire est historique, et qu'il aura une fin.
    Pascal Brissette est chercheur postdoctoral au Département d'études françaises de l'Université de Montréal. Il a publié un livre, Nelligan dans tous ses états : un mythe national (Fides, 1998), et des articles (sur Jean-Jacques Rousseau, Nicolas Gilbert, François Lacenaire, Victor Hugo).

  • Qu'est-ce que le tiers-mondisme ? Pour les tenants de ce courant politique, il s'agissait de faire la révolution dans les pays en voie de développement ; pour nombre d'auteurs français, il a été, de 1950 à 1985, un discours phare. Désormais raillé, quand il n'est pas oublié, le tiers-mondisme reste pourtant d'actualité, car il annonçait la crise contemporaine des figures de l'intellectuel et du militant. Quarante ans après son apogée, le temps est venu d'analyser, en historien des idées, la rencontre inattendue entre la « faucille » et le « condor », entre une gauche radicale et le cône Sud de l'Amérique latine.
    Examinant le tiers-mondisme latino-américain, Mauricio Segura retrace son émergence, son apogée et sa décomposition, et il démonte ses logiques argumentative et narrative. Né de la conjoncture de la Guerre froide, ce complexe idéologique est non seulement le signe du rejet de la politique par les intellectuels sous la Ve République, mais aussi un transfert utopique, la manifestation d'un désir d'exotisme et une réaction contre le féminisme.
    Le tiers-mondisme est ici replongé dans le vacarme des discours de la deuxième moitié du XXe siècle. En se penchant sur des essais ou des romans de Sartre, Fanon, Debray, Detrez, Bruckner, mais aussi de Camus, Lévi-Strauss, Aron et Revel, sans oublier les romans de Gérard de Villiers, Mauricio Segura rappelle que si le héros tiers-mondiste court le monde, c'est autant pour saisir l'Autre que pour se comprendre lui-même.
    Né en 1969, Mauricio Segura est docteur de l'Université McGill (Montréal). Il a publié plusieurs articles sur les rapports entre les idées politiques et la littérature de la deuxième moitié du XXe siècle. Il est également l'auteur de deux romans, Côte-des-Nègres et Bouche-à-bouche. La faucille et le condor est son premier essai.

  • Du tournant des années 1960 jusqu'au début des années 1980, une génération de cinéastes a oeuvré au sein de l'Office national du film pour jeter les bases du cinéma québécois. L'auteure met l'accent sur la dimension communautaire du travail de ces cinéastes et sur le désir de communauté du public de cette époque. Grâce à une approche interdisciplinaire, elle dévoile les fondations d'une cinématographie de proximité qui fait une large place à la production de lien social. À l'issue de son enquête, elle fait ressortir l'inscription décisive de la socialité du don dans l'esthétique des films de cette période déterminante de l'histoire du cinéma québécois, et tout particulièrement dans ceux de Pierre Perrault.
    L'étude de la cinématographie québécoise permet de comprendre la fabrication du film et sa réception comme une épreuve de la communauté que vivent les filmeurs, les filmés et les spectateurs. C'est toute l'expérience relationnelle à la base du documentaire qui est ici repensée comme composante esthétique du film.
    Marion Froger est professeure adjointe au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal. Elle a codirigé deux ouvrages collectifs sur l'intermédialité, elle a publié des articles dans les revues Cinémas, Intermédialités, Visio et Possibles, et elle a contribué à plusieurs ouvrages collectifs sur le cinéma documentaire. Le cinéma à l'épreuve de la communauté est son premier livre.

  • Qu'est-ce qui a changé sur les scènes de théâtre à Montréal entre 1940 et 1980 ? Dans quelles circonstances la mise en scène au sens moderne du terme est-elle apparue au Québec ? Comment et sous quelles influences croisées s'est-elle transformée depuis son émergence dans les années 1940 jusqu'à sa contestation par les collectifs de création des années 1970 ? Quel type de jeu de l'acteur, d'esthétique scénique, de répertoire privilégiait-on et pourquoi ? Voilà des questions auxquelles Sylvain Schryburt répond dans cette première histoire des pratiques scéniques montréalaises au XXe siècle.

    Nourri par d'abondantes sources archivistiques, illustré de photographies rarement ou jamais publiées, cet ouvrage fait revivre quarante années d'activité théâtrale montréalaise. Il raconte les grandes troupes comme les petites, il fait entendre des voix connues et d'autres qui le sont moins, il dresse la cartographie d'un théâtre en pleine ébullition dont il ne reste aujourd'hui que quelques échos lointains.

    Professeur au Département de théâtre de l'Université d'Ottawa, Sylvain Schryburt a été rédacteur en chef de la revue L'Annuaire théâtral et critique aux Cahiers de théâtre Jeu. Entre l'histoire et l'essai critique sur les pratiques scéniques les plus contemporaines, ses travaux portent sur les relations entre l'esthétique et l'institution théâtrale. De l'acteur vedette au théâtre de festival est son premier livre.

  • L'histoire de la littérature ne se souvient plus guère de Paulin Gagne (1808-1876). Contrairement à Gustave Flaubert, à Louise Colet et à Tristan Corbière, elle ne sait plus rien de l'auteur du Suicide, de La philanthro pophagie, de L'Unitéide et d'Omégar, pour épingler quelques titres d'une production surabondante. Tout au plus, elle le considère comme un « fou littéraire », catégorie floue et par là inopérante.
    Au rebours de cette histoire obsédée par les classements et les palmarès, Pierre Popovic montre que Gagne est un « absorbeur sémiotique », qu'il a entendu, et bien entendu, ce que disait l'« imaginaire social » du second Empire et qu'il est donc un excellent révélateur de la culture dix-neuviémiste et de ses fantasmatiques. Pour reconnaître cela, il faut prendre au sérieux les discours de celui qu'on a longtemps décrit comme le poète qui faisait rire de lui.
    Lire Paulin Gagne aujourd'hui, c'est dépouiller des journaux, interroger les aliénistes, étudier les chroniqueurs de la vie littéraire, replonger son oeuvre dans la masse des discours contemporains. C'est montrer par l'exemple quelle peut être la valeur d'un saut dans l'étrangeté, d'un travail sur le plus déclassé des poètes. C'est le faire dialoguer avec Chateaubriand, avec George Sand, avec Auguste Comte, voire avec les deux Napoléon. C'est accepter d'entendre la douleur du plus isolé des littérateurs. C'est aussi rendre au xixe français une partie de son épaisseur perdue.
    Pierre Popovic est professeur à l'Université de Montréal. Il a notamment publié La contradiction du poème : poésie et discours social au Québec de 1948 à 1953 (1992), Entretiens avec Gilles Marcotte. De la littérature avant toute chose (1996), Un livre dont vous êtes l'intellectuel (avec Michel Biron, 1998) et Le village québécois d'aujourd'hui. Glossaire (avec Benoît Melançon, 2001).

    o Prix Raymond-Klibansky de la Fédération canadienne des sciences humaines (2009-2010)

  • En 1775, à Paris, paraît un roman intitulé Le Philosophe sans prétention. L'auteur de ce « roman chimique » est Louis-Guillaume de La Folie, membre de l'Académie de Rouen et interlocuteur de quelques-uns des principaux chimistes de son temps. Du roman au mémoire académique, il n'y a qu'un pas : monsieur de La Folie invite ses lecteurs à consulter à la fois sa fiction et ses textes savants pour y trouver les démonstrations de ses théories.
    Son attitude est exemplaire de celle de plusieurs romanciers et scientifiques de la fin de l'Ancien Régime. Pendant que certains se méfient des « écarts de l'imagination », d'autres, au contraire, croient que le roman a quelque chose de propre à dire sur les sciences et leur avancement. Ce sont les représentations proposées par les uns et par les autres que met en lumière Joël Castonguay-Bélanger.
    Qui sont ces romanciers et ces scientifiques ? On croise dans Les écarts de l'imagination Buffon et Bernardin de Saint-Pierre, Lavoisier et le marquis de Sade, Condorcet et Rétif de La Bretonne, Lamarck et Casanova, sans oublier quelques savants fous et des charlatans comme Mesmer. Tous ces gens se sont passionnés pour le mouvement des marées, l'ascension des premiers ballons et les théories de la reproduction. Entre boudoirs et laboratoires, ils ont voulu comprendre l'attraction des corps, au sens newtonien comme au sens libertin. Les « pyrogues aérostatiques » les intéressaient autant que les voyages au centre de la terre. Pour eux, un « amusement » pouvait être « physique » et « géométrique ».
    Ils ont vécu à une époque, la fin du XVIIIe siècle, traversée de révolutions. Celles-ci ont été politiques, scientifiques, littéraires. Le moment était venu de les embrasser d'un seul regard.

    o Mention honorable, prix Raymond-Klibansky de la Fédération canadienne des sciences humaines (2009-2010)

  • Comment peut-on passer d'une justice arbitraire à une justice rationnelle ? Voilà une des questions que se sont posées, au XVIIIe siècle, ceux que l'on appelle aujourd'hui les Philosophes. Leur volonté générale de réforme de la société et de ses institutions s'accompagnait d'une réflexion sur le crime et sa gestion. La ville de Genève a été un des laboratoires de cette réflexion.
    Michel Porret montre que ce projet de réforme judiciaire suppose une chose essentielle : pour qu'une justice plus rationnelle soit possible, il faut « qualifier » le crime, en établir les « circonstances », atténuantes ou aggravantes. Ce sera à l'expert de le faire. À partir du siècle des Lumières, on le convoquera sans cesse sur la scène du crime. Qu'il s'agisse de tromperie, de commerce du livre dangereux, de viol, de suicide ou de mort violente, l'expert est partout.
    Mais comment saisir son rôle ? Les archives judiciaires genevoises regorgent de récits par lesquels on assiste à la transformation de la façon de rendre la justice à la fin de l'Ancien Régime. Elles révèlent aussi la détresse des petites gens devant les drames dont ils sont victimes. Mêlées à celle des experts et des théoriciens du droit, c'est leurs voix que Michel Porret fait enfin entendre.
    Michel Porret est professeur d'histoire à l'Université de Genève. Son ouvrage Le crime et ses circonstances. De l'esprit de l'arbitraire au siècle des Lumières selon les réquisitoires des procureurs généraux de Genève (1995) lui a valu le prix Montesquieu de l'Académie Montesquieu de Bordeaux. Il a également publié Beccaria. Le droit de punir (2003) et L'Homme aux pensées nocturnes (2001), et il a édité plusieurs volumes collectifs sur le XVIIIe siècle.

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