Les Impressions nouvelles

  • Denis Lavant est l'une des figures les plus singulières du théâtre et du cinéma français. Dans ce formidable autoportrait, il évoque de manière sincère et généreuse ceux qui ont le plus compté dans son parcours : Antoine Vitez et Leos Carax, Bernard Sobel et Claire Denis, Louis-Ferdinand Céline et Samuel Beckett... Il rend hommage aux Enfants du Paradis, à Charles Chaplin et au mime Marceau, à Pasolini et à Rimbaud. Inoubliable interprète des Amants du Pont-Neuf et Holy Motors, remarquable lecteur, Denis Lavant est aussi un acteur très physique, fasciné par le cirque et les arts de la rue.

    Denis Lavant est né en 1961. Il est révélé au cinéma par Leos Carax dans Boy meets girl, puis dans Mauvais sang et Les Amants du Pont-Neuf ; il est également l'interprète principal de Holy Motors. Il a joué aussi dans Beau travail de Claire Denis et de nombreux autres films. Au théâtre, il a travaillé notamment sous la direction d'Antoine Vitez, Matthias Langhoff, Pierre Pradinas, Bernard Sobel. Il a obtenu un Molière en 2015 pour Faire danser les alligators sur la flûte de Pan.

  • Issu d'une famille d'origine rwandaise vivant à Bruxelles - son père est un médecin converti en pasteur évangélique - Antoine s'intéresse depuis son plus jeune âge à l'histoire des Africains transportés en Bolivie au XVIIe siècle en tant qu'esclaves par les colons espagnols pour travailler dans la mine d'argent de Potosi, la ville la plus haute du monde. Antoine rêve de rencontrer la communauté d'Afro-descendants qui y vit encore. Quand il parvient enfin à faire une pause dans son travail très prenant d'infirmier pour se rendre là-bas, il est loin d'imaginer la portée initiatique de son voyage. C'est Alba Luz, une femme métisse d'une grande beauté, qui va l'entraîner dans un nouveau monde, bien au-delà de son pays natal et de son pays d'accueil.

    Joseph Ndwaniye, né au Rwanda en 1962, est un écrivain et infirmier belge. Il travaille au sein des Cliniques universitaires Saint-Luc de Bruxelles, dans un service pour patients traités par la greffe de moelle osseuse. Son premier roman, La Promesse faite à ma soeur, a été finaliste du Prix des Cinq continents ; il a été récemment réédité dans la collection de poche Espace Nord.

  • Il s'agit de ceux qu'on a appelés les enfants d'après-guerre, nés en grand nombre après la Libération, sitôt revenu le goût de vivre.De tout ce qui est arrivé après (les autos, l'électroménager, les supermarchés, les vacances, les voyages, la télévision, bref, le progrès et la vie moderne) les parents ont mesuré l'aubaine qui les soulageait de la dureté d'avant et, comme ils en avaient l'habitude, ils ont travaillé pour pouvoir en profiter.

    Pour les enfants d'après-guerre, c'était comme si le progrès était né avec eux et grandissait avec eux, ils sont les seuls à avoir vu et vécu tant de différences entre leur début et leur fin.

    Aujourd'hui, ils sont comme la fin d'une série. Ils gardent la mémoire de ce qui était et qui est enfoui profondément. C'est ce qui reste.

    C'est avec son premier livre Hôpital silence (éditions de Minuit, 1985), alliant témoignage et sens de l'écriture, qu'elle attire l'attention de Marguerite Duras qui reconnaît en elle une alliée, une parente en littérature. Elle publie ensuite le récit L'Attente (1989), Nous deux (1993, prix Rossel) et À l'étranger. Aux Impressions Nouvelles, elle a déjà publié De fer et de verre, la Maison du peuple de Victor Horta.

  • Cet essai s'est donné pour objectif d'analyser le fonctionnement de l'industrie du livre à l'arrêt. Contrairement à ce que l'on pourrait penser en effet, la chaîne du livre n'est pas tombée en léthargie. La chaîne du livre s'est adaptée au confinement. Elle s'est reconfigurée et parfois même déplacée. Ses terrains d'élection ont été le théâtre d'une activité intense, que ce soit au travers d'actions, individuelles et collectives, ou de discours critiques.
    L'épidémie du Covid-19 aura au moins eu cette vertu, dans les activités du monde social, de se poser en analyseur institutionnel. De mettre à nu des dysfonctionnements et des contradictions. Il revient aux professionnels et aux lecteurs de s'en emparer pour repenser l'économie du livre.

    Tanguy Habrand est chercheur au Centre d'Étude du Livre contemporain de l'Université de Liège. Ses principales recherches portent sur l'histoire sociale de l'édition, la socio-économie des circuits du livre et le développement numérique de la chaîne du livre. Il est responsable de la collection « Espace Nord » et co-directeur, avec Dick Tomasovic, de « La Fabrique des Héros » aux Impressions Nouvelles.

  • Non pas lire, mais dévorer les livres, en faire son souffle et son sang. Aimer, être à la hauteur de l'amour. Être grisé par la musique de Bach qui a « un goût d'éternité ». Contempler la beauté d'un tilleul, d'un ciel bleu, d'un paysage de Caspar David Friedrich. Avoir vécu avec Breton, Aragon, Bataille, Barthes, Bernard Noël, mais aussi avec tant d'écrivains et philosophes morts et pourtant si vivants. Avoir connu, grâce à eux et à sa compagne, Lola, sa « part d'infini ».

    Jérôme Peignot a 94 ans. Ma part d'infini est le roman de sa vraie vie. Car il s'agit, dans ce dernier livre, de l'espérance d'une mort heureuse.

    Né en 1926, Jérôme Peignot a publié en 1976 les Écrits de sa tante Colette, la « Laure » de George Bataille. Il est surtout connu pour être un grand spécialiste de la typographie - il est d'ailleurs le premier « typoète » - et pour avoir fondé la notion de musique acousmatique. Il est également romancier, poète, auteur de romans pour la jeunesse et pamphlétaire. Il a été un pilier du « Masque et la Plume », avant de produire « Les Chemins de la connaissance » et « Les nuits magnétiques ».

  • À plus d'un siècle de distance, deux vies s'entrelacent, celle de Schubert et celle d'une dentellière, qu'envahit peu à peu la musique du premier. Tous deux sont conduits par un amour impossible, et la plus profonde mélancolie. Tous deux tentent de sonder leur âme en écoutant celle du monde. Tous deux se demandent à quoi ils croient, ce qui les fait tenir, et s'interrogent sur le pouvoir, ou l'impuissance, de la musique et des mots.Ce faisant l'écriture tend à se fondre dans celle de Schubert, allant de la candeur au dénuement.Sandrine Willems, née en 1968 à Bruxelles, est écrivain, psychologue et philosophe.D'abord comédienne puis réalisatrice, c'est par la parole vive qu'elle est arrivée à la littérature. Son écriture en garde une dimension très sonore.Dans ses romans et récits, la question biographique est centrale - portant sur des personnages mythiques ou historiques, ou sa propre vie. D'un texte à l'autre se poursuit une interrogation sur les différentes formes de l'amour. Elle explore aussi, en particulier dans ses essais, nos relations au non-humain - des animaux aux « dieux ».

    Sandrine Willems, née en 1968 à Bruxelles est écrivaine, psychologue et philosophe. Elle vit aujourd'hui à Montpellier. Son écriture en garde une dimension très sonore, et elle fait souvent des lectures de ses textes. Dans ses romans et récits, la question biographique est centrale - portant sur des personnages mythiques ou historiques, ou sa propre vie. Elle explore aussi, en particulier dans ses essais, nos relations au « non-humain » - des animaux aux « dieux ».

  • « Une double addiction : enfant, je regardais les images de Tintin, avant de savoir lire. Puis, jeune adolescent, j'écoutais les chansons de Brassens, avant d'en saisir tout le sens, d'en comprendre tous les mots. Plus tard, j'ai été charmé par la magie de ces deux mondes, captivé par l'onirisme et le réalisme émanant de ces oeuvres, fasciné par le pittoresque et la crédibilité des portraits vivants qui se promènent sur la scène de ces deux théâtres. »Grâce à une analyse approfondie des récits du poète sétois et du dessinateur belge, Renaud Nattiez met en évidence des correspondances surprenantes, des similitudes insoupçonnées. Deux mondes parallèles qui évoluent dans la même direction comme si, au fil des ans, Brassens s'était rapproché de Tintin et Tintin de Brassens.

    Renaud NATTIEZ est né entre Moulinsart et Sète, lorsque Tintin s'apprêtait à marcher sur la Lune et Brassens à enregistrer son premier disque. Le premier lui a donné le goût de l'ailleurs, le second celui du jeu avec les mots de la langue française. L'auteur a publié Le Mystère Tintin (Les Impressions Nouvelles, 2016), Le Dictionnaire Tintin (2017), Les Femmes dans le monde de Tintin (2018). Ancien élève de l'ENA, ex-diplomate, il est docteur en économie.

  • Les chefs opérateurs traduisent le récit en images. Ils contrôlent le cadre et les mouvements de caméra. Ils inventent ou domestiquent la lumière et s'en servent moins comme un pinceau que comme un stylo : c'est l'étymologie même du mot « photographie ». Leur statut est paradoxal. Ce sont des créateurs, mais pas des auteurs. Ce sont des artistes, mais pas des interprètes. Ce sont des « chefs » qui souvent prennent leurs décisions en toute autonomie sur le plateau, mais aussi les « serviteurs » d'un projet derrière lequel leur ego doit s'effacer.

    Cet ouvrage explore les secrets d'une profession et révèle la diversité des parcours.

    Coordonné par N. T. Binh et Jean-Paul Figasso, ce volume rassemble des entretiens avec Lubomir Bakchev, Yves Cape, Caroline Champetier, Pierre William Glenn, Éric Gautier, Agnès Godard, Jeanne Lapoirie, Charlie Van Damme

  • Le monde est en train de changer radicalement. Nos moeurs, notre langue, notre espace, notre vécu, nos machines, subissent des transformations inouïes. L'effet le plus insidieux de ce grand bouleversement est la réduction croissante de la liberté individuelle. Il suffit d'ouvrir les yeux pour le constater, autour de nous, et même en nous.Tout n'est pas joué pour autant. Une part de notre avenir et de notre destin dépend de nos choix. À condition de ne pas se payer de mots et d'agir là où nous avons une vraie marge de manoeuvre : dans nos vies privées. Ce livre impertinent fait l'état des lieux et propose une série de solutions à la portée de chacun, tant en matière de logement, de famille, de relations amoureuses, de vie professionnelle et sociale, que de gestion de son temps, de son argent, de son réseau et de sa conscience.Le souvenir de Robinson, aménageant son île pour résister aux périls qui l'entourent, fournit un modèle mythique à cette réinvention du quotidien.Luc Dellisse, écrivain français né en 1953 à Bruxelles, est l'auteur de cinq romans et trois essais aux Impressions Nouvelles. Chez d'autres éditeurs, il a publié des récits et des poèmes en prose. Il utilise l'expérience personnelle, l'art du scénario et l'érudition littéraire comme des moyens originaux d'explorer le réel.

    Luc Dellisse a publié cinq romans et trois essais aux Impressions Nouvelles. Et chez d'autres éditeurs, des livres de poèmes et des récits. Il pratique dans la fiction une méthode d'« autobiographie imaginaire » romanesque, et dans ses essais, il utilise l'érudition littéraire comme des moyens d'explorer le réel. Ses blogs « L'Inconnu » et « L'Enfance de l'Art » traitent des aléas de la modernité, de la beauté du monde, de la poésie du quotidien et des singularités de la vie d'écrivain.

  • C'est d'abord l'histoire d'un lieu prestigieux, la Maison du Peuple, bâtie en 1896 par Victor Horta en plein coeur de Bruxelles, inaugurée en grande pompe dans la clameur de L'Internationale et des slogans du monde ouvrier...
    L'architecte rompait avec le style prudent de ses prédécesseurs, innovait avec la ligne courbe, l'asymétrie, l'honneur rendu au fer, au verre, à la lumière. Bref, celui qui révolutionnait l'art de bâtir et devenait un des maîtres de l'Art Nouveau, offrait au jeune Parti Ouvrier Belge un lieu à la hauteur de ses aspirations.
    C'est l'histoire d'un quartier, d'une ville, de deux guerres traversées, mais aussi celle d'un mouvement ouvrier, des espérances qu'il a suscitées, et dont la Maison était en quelque sorte le coeur. L'histoire d'un monde fragile, n'ayant pas résisté à cette course au progrès qui mènera, 65 ans plus tard, à démolir la Maison du Peuple comme on efface un temps révolu.

    Depuis Hôpital silence, son premier livre publié en 1985 aux éditions de Minuit, Nicole Malinconi s'inspire de la réalité quotidienne, de l'ordinaire de la vie, des gens et des mots, ceci aboutissant à ce qu'elle qualifie elle-même d' « écriture du réel ». Parmi ses ouvrages : Hôpital silence suivi de L'attente (Espace Nord), Nous deux (Espace Nord, Prix Rossel 1993), Vous vous appelez Michelle Martin (Denoël), Séparation (Les Liens qui Libèrent), Un grand amour (Esperluète).

  • Pourquoi publier des scénarios ? L'essentiel, le but véritable n'est-il pas le film auquel celui-ci a donné vie ? Publie-t-on un scénario par défaut, lorsqu'un film est resté à l'état de projet, afin que le désir de cinéma dont il était porteur ne tombe pas dans l'oubli ? Et lorsque le film a bien été réalisé puis diffusé, quel scénario publie-t-on, autrement dit quelle version ? Publie-t-on différents textes selon les supports et les publics supposés ? Certains se demanderont même quel intérêt on trouve à lire un scénario : s'agit-il de retrouver le souvenir d'un film aimé, de comprendre « comment ça marche », d'apprendre à écrire d'autres scénarios, ou d'imaginer des films qu'on n'a pas vus, certains parce qu'ils n'ont pas été tournés ?

    Jean-Louis Jeannelle est Professeur de littérature du xxe siècle à l'Université de Rouen. Il est notamment l'auteur de Films sans images : une histoire des scénarios non réalisés de « La Condition humaine » (Seuil, coll. « Poétique », 2015).

    Mireille Brangé, ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure, enseigne la littérature générale et comparée à l'université Paris 13. Elle est notamment l'auteur de Delphine Seyrig. Une vie (Editions Nouveau Monde, 2018).

  • Harold Schuiten a vécu pendant un an une expérience insolite sinon extravagante : enseigner le français dans des villages de Yakoutie, la région la plus glaciale de la planète. Il raconte cette aventure avec fraîcheur et drôlerie. Tu vas aimer notre froid porte un regard de candide sur une Sibérie perdue, loin de Saint-Pétersbourg et de Moscou, en Yakoutie, dans les confins insondables du plus grand pays du monde.
    « La taïga, c'est là où je vais, une forêt infinie en Russie. Pas n'importe quelle taïga mais la plus froide du globe, en République de Sakha. Des gens y vivent et désirent apprendre le français. Là-bas, il y a des années, ils ont ouvert une école belge, une école Sakha-belge. Ainsi est né le "programme" qui envoie des enseignants dans ces bois gelés, sous ces ciels purs à -57°. C'est là que j'interviens. Non pas que je me sente une âme de missionnaire de l'enseignement ou un esprit charitable quelconque, mais tout cela m'intrigue. Je vais donc aller vérifier si ça existe vraiment. Car si vraiment, "ça" existe, alors il faut en laisser une trace écrite. C'est impératif. »

    Harold Schuiten est plongeur professionnel entre quatre murs en béton dans une tour à Tokyo. Certes, il a été enseignant, journaliste, exportateur de voitures d'occasion pour le marché congolais et testeur de jeux vidéo japonais d'arcade, mais bon... Tu vas aimer notre froid est son premier livre.

  • Un professeur de lycée, Raymond Raymont (clin d'oeil à Nabokov) accompagne ses élèves à Londres. Rongé de doutes, il est également d'une franchise exemplaire, qualité dont il estime qu'elle a gâché sa vie. La traversée de Londres, que le personnage observe de manière aussi perspicace que mélancolique, n'est pas seulement l'occasion de faire le point sur sa situation présente. Peu à peu affleurent des correspondances étranges entre passé et présent qui donnent au récit une tonalité presque onirique. Rédigé dans une langue brillante et inventive, digne des grands textes de Raymond Queneau, Le Pub d'Enfield Road est un jalon décisif dans la trajectoire de l'auteur qui crée ici un personnage très humain tout en livrant un document essentiel sur les mutations incessantes d'une ville mythique.

    Rossano Rosi est né à Liège, en 1962. Il enseigne le français à Bruxelles. À côté de ce rude métier, il écrit des romans et des poèmes, qu'il publie depuis 1994, parfois avec lenteur, toujours avec obstination. Le trait d'union reliant ces deux facettes professionnelles, c'est la littérature, pour laquelle son enthousiasme croît de jour en jour.

  • Né en 1939, Pierre Mertens est sans conteste un des écrivains majeurs de la Belgique
    francophone. Parmi les contemporains, un des plus importants par l'ampleur de son oeuvre qui,
    hormis la poésie, touche tous les genres : roman (notamment avec Les Éblouissements, Seuil,
    1987, Prix Médicis), nouvelle, essai et chronique critiques, théâtre et même livret d'opéra.
    Personne, non plus, ne remet en cause la place prépondérante que Pierre Mertens occupe dans le
    paysage intellectuel, sinon politique au sens large, belge bien sûr, mais aussi français et plus
    largement international. Depuis la fin des années soixante, sa vie, celle du spécialiste des droits
    de l'homme, de l'observateur judiciaire dans le monde et du participant aux débats
    contemporains à travers la presse et ses essais, est liée aux événements marquants de notre
    temps, en Belgique et en Europe.
    Ce livre numérique - plus long que l'ouvrage imprimé Pierre Mertens, le siècle pour mémoire -
    contient des analyses littéraires approfondies et a un accent génétique marqué. Il se fonde sur
    sept ans d'entretiens avec Pierre Mertens et près de quatre-vingt témoins. Il s'appuie aussi sur
    autant d'années de recherche dans des fonds d'archives européens et dans les documents
    personnels de Pierre Mertens (manuscrits y compris d'oeuvres inédites, carnets depuis
    l'adolescence, correspondances,...).
    À partir de pièces inédites et de l'étude de l'oeuvre, l'ouvrage décrit l'imbrication de la vie dans
    l'oeuvre et de l'oeuvre dans la vie, jusqu'à ne plus permettre de savoir qui de l'oeuvre ou de la
    vie précède l'autre. L'image de l'anneau de Möbius, ruban à une seule face au lieu de deux dans
    un ruban ordinaire, aide à se figurer ce basculement incessant, sans frontière nette, entre le réel
    et le fictionnel. Pour rendre compte de cet entrelacement, Pierre Mertens et le ruban de Möbius
    entend développer une approche originale, multidisciplinaire, hybride : sont sollicités les outils
    de la critique et de la génétique littéraires, autant que ceux de l'enquête historique et
    biographique.
    Ce qui est en jeu ici, c'est de tenter de comprendre comment naît et se construit un écrivain,
    comment il se réapproprie sa vie dans son oeuvre, écrivant celle-ci comme seule autorisée à se
    dire, à dire l'homme qu'il est et le personnage qu'il entend être. En une entreprise de sur-vie.

    Jean-Pierre Orban est chercheur associé à l'Institut des textes et manuscrits modernes (Paris, CNRS-ENS), où il contribue aux études littéraires francophones, notamment dans la revue Continents manuscrits. Il a dirigé plusieurs collections littéraires, dont une d'ordre patrimonial de littérature africaine. Il est écrivain (romans, nouvelles, théâtre, récits). Son roman Vera (Mercure de France) a remporté le Prix du Premier roman 2014 et le Prix du livre européen 2015. Il a récemment publié Toutes les îles et l'océan (roman, Mercure de France, 2018).

  • Charlotte Dufrène, de son vrai nom Marie Charlotte Fredez (1880-1968), est un vertige. Demi-mondaine parisienne à la Belle Époque, elle gravite dans une haute société proustienne avant de devenir presque par hasard - auprès de Raymond Roussel auquel elle sert de « paravent » - le témoin médusé d'une vie et d'une oeuvre littéraire uniques. Femme aux abois, elle l'accompagne jusqu'à sa fin tragique, à Palerme en 1933. Du compositeur Reynaldo Hahn à l'écrivain Michel Leiris, du maître d'équipage Bertrand de Valon au poète John Ashbery, Charlotte fait le grand écart entre la société élégante 1900 et une modernité littéraire radicale. Longtemps reléguée à Bruxelles, où elle connaîtra une tardive embellie, sa trajectoire intrigue la féministe Lily Wigny et la chanteuse Paule Daloze. Qui est-elle en effet ? Par-delà les années, son opacité et sa capacité de résistance continuent d'interroger. Ce livre rassemble ce qu'il est possible aujourd'hui de savoir sur Charlotte Dufrène. Il se compose d'un essai biographique en forme de lettre et d'un dossier documentaire. Renaud De Putter est auteur, compositeur et réalisateur. Les questions de l'identité et de la mémoire sont au coeur de son travail. Il partage le goût des histoires de vie (souvent marginales) avec Guy Bordin. Ensemble, ils achèvent un film sur Charlotte Dufrène, L'Effacée, leur septième réalisation commune. Guy Bordin est ethnologue et réalisateur. Si son terrain de prédilection est le monde inuit (sur lequel il a publié plusieurs ouvrages), il a - comme Michel Leiris - été séduit par l'anthropologie fantasmée de Raymond Roussel, ce qui l'a mené à remarquer auprès de cet écrivain la figure de Charlotte Dufrène.

  • Il y a trois ans que Paul s'est retiré dans une maison de repos, assumant son incapacité à vivre sa vie, plus à son aise avec les fous qu'avec les gens normaux. Un jour il reçoit la lettre d'une femme qu'il a aimée. Il lui faut sortir, affronter une dernière fois ses souvenirs, et finalement se confronter au monde.

  • Une femme rêve. Un pirate, un horloger, un pâtissier, un fourreur, un maître-nageur, un dresseur d'otaries, un géographe, un pompiste... chaque nuit, son imaginaire s'empare d'un homme différent. Des rencontres fantasques, sensuelles et extravagantes.

  • Une ville isolée dans un Nord non identifié, privée de tout échange avec le monde extérieur. Et des êtres humains qui prennent avec le temps la forme de leur ville. Dans cet univers, où la pensée se confond avec la superstition, la parole avec les bruits et la compassion avec l'indifférence, l'absurde devient le maître du monde. Une famille s'oppose à ce monde totalitaire, devient la victime d'un crime terrible. Quelque temps après, un navire arrive dans la baie de North et met fin à l'isolement de la ville. Ce n'est pas tout à fait la fin du récit.

  • Réalités psychiques, les personnages des romans vivent en nous avec plus ou moins d'intensité. À quelques-uns, nous réservons un accueil si particulier que nous aimerions nous introduire dans leur vie et leur univers. C'est bien ce que fait ici l'auteur en donnant vie à quelques figures, en majorité féminines, avec lesquelles il a noué des relations de vive affection. Ce qui l'autorise à leur conférer une autonomie particulière, allant jusqu'à infléchir, au gré d'une interprétation des oeuvres correspondantes, leurs destins.

  • Consolatrice autant qu'aventurière, Mira aime et se laisse aimer avec intrépidité. Ce qui la guide est le souvenir de son frère tué à la guerre. De place en place, sans renoncer à son indépendance, elle se prête aux travaux et aux jeux qu'on lui propose. Son corps et son imaginaire réconcilient les vivants et les morts.

    Dans Mira, Caroline Lamarche donne libre cours à une fantaisie qui ne perd jamais le fil d'un récit avant tout initiatique. Car c'est bien d'une quête d'amour qu'il s'agit, comme dans La nuit l'après-midi (Minuit) ou Carnets d'une soumise de province (Folio Gallimard).

  • Un béret peut changer une vie. Devenu conscrit (à l'époque du roman, il y en avait encore), notre jeune héros se retrouve plongé de but en blanc dans un ennui kaki, qui lui laisse quand même la possibilité de vaquer à ses pensées les plus noirâtres. Car celles-ci s'entortillent autour des idées de la mort (laquelle fera bientôt irruption dans sa jeune vie), de la guerre (en revêtant un béret, il songe inévitablement à la guerre de son père), de l'amour (l'inaccessible Hanska), de l'immigration (son mineur de père arrivé en Belgique juste après la guerre), des eaux troubles du passé (l'Italie fasciste)...Mais le héros emporte avec soi aussi de quoi lire : un Jules Verne et un vieux carnet ayant appartenu à son père. L'un et l'autre vont l'aider à voir plus clair dans ces eaux où il risque de se perdre. Pour percer la houle, ces deux véhicules donc : les Vingt mille lieues, mais aussi ce vieux carnet aux pages toutes noircies d'une écriture gribouillée, serrée, presque illisible : celle de son père ? Rossano Rosi est né à Liège en 1962. Il vit et travaille à Bruxelles depuis près de vingt ans, où il enseigne le français et les langues anciennes. Il a publié cinq romans et deux recueils de poésies, dont l'un a été couronné par le prix Marcel-Thiry. Il est membre du comité éditorial de la collection "Espace Nord".

  • "Soyez impitoyable. J'apprends vite. Écrire est devenu ma passion. Je lui sacrifierai tout."  Au fil des lettres adressées à celle qui accompagne son projet de roman, le parcours d'un fou de lecture et d'écriture pris dans son cadre quotidien, la prison. Une longue peine et ses petits accommodements. La puissance du rêve. La rage d'être inutile au monde. Mais aussi la célébration de la vie comme réserve d'anecdotes drolatiques, de solidarités, de projets. Des pages étincelantes d'humour, d'émotion. L'autoportrait, en creux, d'un homme enfin libéré.  "C'est pas pour être reconnu que j'écris, ce qui me pousse est plus profond, quand j'imagine que pour la première fois je serais autre chose qu'un criminel." Figure du grand banditisme, connu sous le nom de « la Bête », Éric Lammers a marqué les années de plomb belges. Condamné à perpétuité pour un double meurtre, il a passé dix-sept ans en prison. Il doit sa libération, en 2002, au contrat signé pour une pièce radiophonique diffusée par France Culture. Au terme d'une réinsertion qui a connu quelques péripéties est paru un recueil de nouvelles, Une vie de... (Weyrich, 2015). La publication, aujourd'hui, de Une âme plus si noire, lettres couvrant les deux dernières années de sa détention, révèle le parcours d'un homme que l'écriture a transformé.

  • À Marseille, Betty, quatre-vingt quinze ans, sennuie. Elle veut raconter sa vie et personne ne lécoute.
    À Juvisy-sur-Orge, Agathe, vingt ans, sa petite fille, passe une annonce sur Leboncoin.fr. Elle veut trouver lécrivain qui écrira le livre de Betty. Cest quon trouve de tout, sur internet.
    À Paris, Sonia, neuf ans, redouble cette année. Elle a décidé darrêter de parler.
    Jean, écrivain de son état, quarante ans, est leur homme de la situation : il a répondu à Agathe, écrira le livre de Betty, et donne des cours silencieux à Sonia. Il a du travail en perspective.
    Nous sommes à Paris et à Marseille, mais aussi à Alger et à Trieste, nous sommes en 2011, en 1920 et en 1932. Dans ce récit mouvant comme la mémoire, on trouvera le parler dautrefois et celui daujourdhui, la lumière de la Méditerranée, des mots oubliés et des objets à la mode, on croisera une couturière intrépide, un jeune homme timide et implacable, des belles italiennes, un ou deux fous et des prostituées chinoises. En arrière-plan, il y a aussi Mistinguett, Chuck Norris, Silvio Berlusconi, des coquelicots, des poupées, des bonbons vendus au poids, un chat des rues. Et une chanson de Léo Ferré.

  • Le quotidien de la narratrice est bouleversé par d'étranges troubles du sommeil. D'où lui vient l'impression confuse d'entendre une voix familière dans la nuit ? Son mari la soutient-il réellement dans l'épreuve qu'elle traverse ? Pourquoi son attitude si calme, si prévenante, donne-t-elle peu à peu l'image d'un homme qui exerce sur sa compagne une emprise ambiguë ?
    L'état d'anxiété perpétuel et de précarité physique de la narratrice, la dégradation progressive de ses relations conjugales, mais aussi la paranoïa ambiante et la violence du quotidien immergent le lecteur dans un climat de tension exacerbée qui fait écho à certaines oeuvres de Roman Polanski et Boileau-Narcejac.

    Louis Wiart est né en 1988 à Bordeaux et partage son temps entre Bruxelles et Paris. Il prépare actuellement une thèse sur la prescription littéraire à l'heure des réseaux sociaux. Le sommeil n'est pas un lieu sûr est son premier roman.

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