Les Belles Lettres éditions

  • Leo Strauss (1899-1973), philosophe juif allemand, est connu pour sa critique aiguë de l'idéal radical des Lumières et ses dérives modernes (historicisme, relativisme, progressisme et nihilisme), pour son retour à la pensée politique grecque et sa défense de l'universalité du droit naturel. Sa philosophie tient à un fil directeur : le croisement entre les héritages biblique et grec. Ce sont les Lumières médiévales, plus prudentes et rationnelles que les Lumières modernes, qui ouvrent, à ses yeux, la question du rapport entre la foi en la Loi et l'autorité de la raison, en inventant un art d'écrire secret capable d'associer l'adresse au grand nombre et l'adresse aux lettrés. Strauss défend l'idée d'un conflit irréductible et fructueux entre Athènes et Jérusalem, entre philosophie et Loi. Nous trouverions en effet dans la tension entre ces deux pôles légitimes et, pour partie, contradictoires, le pouvoir de contrer le déclin général de la politique contemporaine. La philosophie de Strauss nous alerte par sa critique aussi vigoureuse que mesurée de la démocratie libérale moderne, par son intelligence de la tyrannie, de la persécution et de la discrimination étatiques ou sociales, et par sa mise en relief de l'importance du judaïsme éclairé. Elle a ouvert la voie à un renouveau de la philosophie politique.

  • René Descartes (1596-1650) est le philosophe français qui a inauguré la pensée moderne en fondant le savoir et la morale sur le moi pensant, et non sur une essence du monde antérieure et extérieure à la pensée humaine. Pour le mathématicien et le physicien Descartes, pour cet honnête homme refusant le scepticisme, la vérité fondatrice qu'est le « Je pense » ouvre, grâce à la méthode, sur d'autres vérités - physiques, métaphysiques et morales. Pourtant l'idée de l'existence d'un Dieu infini et vérace qui garantirait à l'esprit humain son pouvoir de juger droitement semble ôter après coup au Cogito son statut de fondement unique du vrai et du bien. Les tensions inhérentes au système cartésien ont nourri la critique de ses contemporains comme de la postérité, ou induit le voeu de simplifier le « cartésianisme ». Ainsi, selon Heidegger, Descartes aurait accordé à la raison humaine une « volonté de puissance » s'épanouissant dans la domination technique du monde. Pire encore, en inventant le « mythe de l'intériorité », il aurait, selon Wittgenstein, durablement fourvoyé la pensée moderne. Le présent ouvrage vise à déployer la complexité de la philosophie cartésienne, à interroger l'effort de Descartes pour concilier les deux mouvements de l'existence humaine : la liberté qu'a le moi de mettre à distance ses objets de pensée et son plaisir à ressentir son incarnation corporelle, pourtant inexplicable.

  • Claude Lévi-Strauss (1908-2009), père de l'anthropologie structurale, est le plus célèbre des inconnus. Célèbre pour avoir, par sa longévité et l'ampleur de son oeuvre, marqué l'ensemble de la vie intellectuelle du XXe siècle, il nous est devenu inconnu, par l'oubli dans lequel nous sommes tombés des grands axes qui l'ont organisée.
    Comment comprendre la singularité des thèses de Lévi-Strauss sans avoir une idée de ce qu'est le structuralisme? Comment saisir la spécificité de son oeuvre sans disposer d'une connaissance des disciplines et courants avec lesquelles elle entre en débat: la philosophie, la linguistique, la psychanalyse, le marxisme ou l'existentialisme? Comment, enfin, donner toute sa portée aux prétentions scientifiques de l'anthropologie structurale quand on réduit les sciences humaines à une perception de la réalité sociale?
    L'ambition de cet ouvrage est de répondre à ces questions par une traversée des textes de Lévi-Strauss, des Structures élémentaires de la Parenté à La Potière jalouse en passant par Tristes tropiques, La Pensée sauvage, Le Cru et le Cuit et Le Regard éloigné.
    Il s'agira de comprendre finalement pourquoi Claude Lévi-Strauss peut-être considéré comme philosophe malgré lui, en tant que scientifique produisant de la philosophie par les moyens qu'il met en place pour mieux s'en écarter.
    Olivier Dekens, Agrégé de philosophie ; Enseigne à l'Université François-Rabelais de Tours (en 2000).

  • Moïse Maïmonide (1135-1204), la plus grande figure du judaïsme médiéval. Médecin, savant, talmudiste, philosophe au savoir immense, il a réexposé l'ensemble de la tradition juive en référence à Aristote, qu'il a contribué à faire découvrir à l'occident chrétien.
    On examine ici son OEuvre philosophico-religieuse - particulièrement son grand code, le Michné Torah [Répétition de la Loi] et le Guide des Égarés qui l'a rendu célèbre - en tâchant de faire ressortir l'unité de son inspiration: la volonté d'accueillir la Révélation du Sinaï avec force et mesure, préservant les droits et exigences de la Raison en tous domaines, en toutes circonstances, ne cédant jamais sur la Raison sous prétexte de Foi. On examine également ses traités de médecine pour en montrer l'étonnante actualité. On s'intéresse enfin à son influence - de Thomas d'Aquin à Leibniz, Spinoza et Mendelssohn - et à sa postérité, de Leo Strauss à Yeshayahou Leibowitz.

  • Zénon de Citium (334-262 av. J.-C.), Cléanthe (331-232 av. J.-C.) et Chrysippe (280-206) sont les trois figures maîtresses de l'Ancien Stoïcisme. Ils ont dirigé successivement le Portique, leur école philosophique. Irréductible à sa grande postérité éthique et à la popularité de l'adjectif «stoïque», le stoïcisme ancien (avec ses trois parties: physique, logique, éthique) développe la première philosophie systématique. Il donne pour la première fois à la logique un statut de partie du système et non plus de simple instrument.

    Ce livre cherche à présenter ces deux innovations essentielles: création d'un système complet et intégration dans celui-ci de la logique. Il étudie aussi la filiation avec la tradition qu'il parachève (Platon et Aristote) et sa postérité dans l'héritage occidental (Leibniz, Kant, Nietzsche, notamment).

  • Épicure (342-341? / 270 av. J.-C.), fondateur du Jardin, n'a pas toujours eu bonne réputation: on a longtemps reproché à sa doctrine d'être scandaleuse, athée, de dédaigner les règles logiques les plus élémentaires pour céder à la facilité d'un appel au plaisir sans nuance à ses disciples, les « pourceaux d'Épicure », d'être des libertins, plus préoccupés de leur table et de leur lit que de l'élévation de leur âme...
    De cette réputation, Épicure lui-même, qui a voulu simplifier ses thèses physiques, éthiques et logiques complexes pour en faire une doctrine populaire, facile à comprendre et à retenir, est responsable en partie - ce qui n'a pas retenu Gassendi, Marx et Nietzsche de le lire et de le louer.
    Que comprendre, attendre, apprendre aujourd'hui de la philosophie du Jardin, aux préoccupations proches des nôtres? Peut-on penser l'esprit comme un organe? Quelle est l'origine de la volonté? Comment se prémunir contre la superstition religieuse? Qu'est-ce qui, une fois éliminée la croyance en une providence divine ou en un ordre surnaturel des choses, structure nature et sociétés humaines dès l'origine?
    L'ouvrage présente d'abord le paysage intellectuel dans lequel à éclos l'épicurisme, puis aborde les questions principales que soulève cette philosophie: qu'est-ce que le mal, et comment s'y soustraire? Qu'appelons-nous la nature? Comment pouvons-nous la connaître? Onespère ainsi souligner l'importance et l'actualité de cette doctrine matérialiste, dont nous sommes loin d'avoir épuisé les possibilités conceptuelles.

  • Platon (c.428-c.347 av. J.-C.) est le nom propre qui signe l'avènement de la philosophie comme telle. Y sont attachés une méthode - le dialogue et, à sa suite, la dialectique -, ainsi qu'un objectif : celui de fonder le savoir vrai et la conduite juste sur des principes premiers. Ontologie et déontologie trouvent là leur acte de naissance ; elles sont un discours raisonné tenu de se justifier par une argumentation rigoureuse.
    Prolongeant de manière personnelle la leçon éthique de Socrate, les dialogues de Platon inscrivent le Bien dans une philosophie des Idées qui s'interroge sur la teneur de la vérité, la possibilité de l'atteindre ou non par la science, la nature des erreurs dont dérivent nos errances, le statut épineux du non-être. Convaincu du fondement métaphysique de tout état de choses, Platon ouvre simultanément des réflexions sur la justice, la cité idéale, l'amour, la beauté et le plaisir, qui seront autant de cadres pour la philosophie morale et politique à venir.
    Le présent livre explore la cohérence de la construction platonicienne en soulignant le pouvoir qu'ont les dialogues de mettre le lecteur sur le chemin de leurs thèses et d'ouvrir l'espace argumentatif de leur discussion. Le platonisme se montre ainsi sous son meilleur jour, celui d'une philosophie en prise sur le réel.

    Agrégé et docteur en philosophie, Ronald Bonan (né en 1961) enseigne actuellement en C.P.G.E. scientifiques au Lycée Vauvenargues d'Aix-en-Provence ainsi qu'au Département de Philosophie de l'Université de Provence (A.M.U.) où il prépare les étudiants aux concours d'enseignement et dispense un cours d'esthétique. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles en histoire de la philosophie (sur Merleau-Ponty, la science, l'esthétique) ainsi que de romans et pièces de théâtre (Le Canapé, Création au théâtre de Lenche à Marseille en 2010 ; Ambulances, Coaraze, L'Amourier, 2005) rapportant la courte mais marquante période de sa vie où il a changé de langue en passant brusquement de l'italien au français). Il a récemment publié aux Belles Lettres en 2011,Merleau-Ponty, chez Ellipses en 2011, Apprendre à philosopher avec Merleau-Ponty, aux Éditions Aléas en 2009, Pourquoi voyager avec Rimbaud ? Dialogues sur la réalité des apparences.

  • George Berkeley (1685-1753), Irlandais, anglican, évêque, philosophe atypique, est célèbre pour la formule esse est percipi: être c'est être perçu.
    Cette formule signifie ceci: ce que nous appelons objet ou chose n'existe qu'en tant qu'il est perçu seul ce qui a un esprit ou une intelligence perçoit l'esprit ou l'intelligence ne perçoit que des idées donc ce que nous appelons chose ou objet est une idée qui n'existe que dans (pour) un esprit ou une intelligence qui le perçoit. Identifier l'être et le perçu, rien n'est plus singulier dans l'histoire de la philosophie - même dans celle du sens commun: pour être perçu il faut bien être, d'abord.
    Berkeley a laissé de nombreux essais, traités, dialogues philosophiques et sermons. Sa philosophie, appelée immatérialisme, est dirigée contre toutes les formes de matérialisme, en particulier celles qui croient en la substance matérielle. Si matière il y a, elle est un système de signes, un langage.
    La puissance et la vigueur de sa pensée ont nourri bien des philosophes. Hume s'en est inspiré pour la critique des idées abstraites et Mill pour l'associationnisme. Emerson y a puisé l'articulation entre la philosophie et la pauvreté, la phénoménologie, des intuitions sur la conscience et le monde, Wittgenstein une philosophie du langage et Bergson la nature des idées.
    La philosophie de Berkeley peut offrir à notre temps distrait, où le lien entre le perçu et le percevoir est lâche, des instruments de reconquête de l'attention et de la présence de l'esprit au monde.
    André Scala est agrégé de philosophie. Il a notamment publié Spinoza, Traité de la Réforme de l'entendement, introduction, traduction et notes (1991), et Spinoza (1998).

  • Né à Sinope au IVe siècle av. J.-C. et mort à Corinthe après un long séjour à Athènes, Diogène est un personnage exubérant et scandaleux dont les provocations sont restées célèbres : il fait l'amour et se masturbe en public, éconduit Alexandre le Grand comme un importun et insulte ses contemporains. Figure de la transgression, il n'est pourtant pas un apôtre de l'ensauvagement : ce n'est pas la civilisation que Diogène conteste, mais les servitudes encombrant notre vie matérielle et les conventions nous inféodant aux puissants. Mode de vie et pensée tout ensemble, le cynisme de Diogène est une manière neuve de philosopher qui, loin des constructions théoriques complexes, reste au plus près des réalités quotidiennes.
    En proposant l'idéal d'une vie simple soustraite aux illusions du désir, cette philosophie offre aux individus et aux sociétés un contre-pouvoir libérateur. Sa critique des valeurs sociales et sa puissance de dérangement n'ont pas échappé à Nietzsche ni à Foucault. Elles gardent toute leur actualité pour qui s'interroge sur les bienfaits et les méfaits de la croissance économique, sur les exclusions déchirant le monde humain.

    Étienne Helmer enseigne la philosophie à l'Université de Porto Rico (États-Unis). Il est l'auteur, entre autres ouvrages, de La Part du bronze. Platon et l'économie (2010) ; Épicure ou l'économie du bonheur (2013) ; Le Dernier des Hommes. Figures du mendiant en Grèce ancienne (2015).

  • Norbert Elias (1897-1990), sociologue juif allemand, lecteur de Freud, a produit une oeuvre atypique. Sa théorie du « processus de civilisation » - largement reconnue - propose une sociogenèse de la modernité qui articule le développement historique des sociétés et le réglage social de la vie affective. L'originalité d'Elias est d'affirmer l'historicité de l'affectivité : la monopolisation progressive de la violence physique par l'État a induit une transformation lente de l'économie psychique et porté les individus socialisés à adopter des formes d'autocontrainte. Cette histoire processuelle connaît pourtant des stases et des reflux, et même des phases de « décivilisation ». Pour les comprendre, Elias prend en compte la singularité des situations historiques ainsi que la multiplicité des causes façonnant les moeurs des nations. Aussi confie-t-il à la collaboration des disciplines (de la sociologie avec l'histoire ainsi qu'avec la psychologie) la tâche de saisir l'ensemble des faits humains qui concourent à la constitution de la modernité.
    Après avoir cerné la pensée d'Elias et les objections qu'elle suscite, le présent ouvrage montre qu'elle offre un appui précieux pour qui travaille à diagnostiquer les pathologies sociales contemporaines, dérivant de la constitution des hommes en « individus ».

  • Jacques Derrida (1930-2004) n'est pas seulement un membre de la génération subversive des années 60-70, il a en quelque sorte régné sur ce moment philosophique. Sa manière était plus austère, son propos moins exaltant, mais il passait pour le plus brillant, s'avérait comme le plus fécond et devançait les autres dans la reconnaissance internationale. Les adeptes de chacun des autres le connaissaient et reconnaissaient il les réunissait, en un sens. Il fut compté, d'ailleurs, comme le plus exaspérant par tous ceux qui sentaient dans ce moment un jeu trouble à l'égard de la rationalité.
    Il est encore trop proche de nos vies pour que l'on puisse prétendre rendre entièrement justice aux milliers de lignes de son oeuvre. Avec le présent ouvrage, on entend seulement offrir aux « amateurs » une introduction à une pensée difficile, accomplir un premier repérage de ce qu'elle a fait, de la manière dont elle nous a marqués et dont elle peut nous inspirer.
    On commence par exposer la pensée centrale de Derrida, celle dont le mot déconstruction signigie le programme. On raconte ensuite quelque chose du parcours de Derrida, du voyage de son écriture parmi les pays et les enjeux de la culture. Puis on décrit Derrida dans l'activité chez lui fondamentale de la lecture des philosophes, en prenant l'exemple de ses discussions de Husserl, Levinas et Heidegger. Enfin, on évoque sa postérité et les prolongements que sa pensée pourraient connaître.
    Jean-Michel Salanskis, professeur de Philosophie des Sciences, Logique et Epistémologie à l'Université de Paris X Nanterre, a travaillé dans le domaine épistémologique, sur la phénoménologie et la philosophie contemporaine, ainsi que sur la tradition juive.

  • Alan Turing (1912-1954), mathématicien et logicien, est considéré comme le père de l'informatique et de l'intelligence artificielle. Il était aussi théoricien de la biologie et philosophe : lui revient le mérite d'avoir mis en rapport la logique et la biologie. On essaye ici de retracer l'itinéraire exceptionnel de ce savant qui fut aussi un homme d'action : pendant la seconde guerre mondiale, alors que les sous-marins allemands faisaient le blocus de l'Angleterre il décrypte les messages codés par la machine Enigma envoyés par radio de Berlin ; malgré la pénurie d'après-guerre, il a conçu le projet de l'ordinateur et l'a rendu opérationnel ; il avait, dès 1945, le projet de ""construire un cerveau""... Ce livre, présentant pour la première fois en français l'ensemble de l'oeuvre de Turing, vise à mieux faire comprendre le monde de la techno-science dans lequel nous vivons aujourd'hui et que Turing a contribué à engendrer.
    Jean Lassègue, Agrégé de philosophie et docteur ès lettres ; Chargé de recherche au CNRS (en 1998).

  • Jacques Lacan (1901-1981) était-il un des grands penseurs de notre époque, lui qui considérait la pensée comme une maladie ? Un gourou, entraînant à sa suite une jeunesse fascinée ? Un charlatan usant de façon illicite des énoncés de la science, manipulant de façon peu académique la tradition philosophique ? Un surréaliste égaré dans la pensée sérieuse ? Une figure déroutante, assurément, n'occupant jamais la place à laquelle on voulait l'assigner. ""Celui qui a lu Freud"", disait-il de lui, et qui a ainsi, incontestablement, réinventé la psychanalyse. On ne trouvera pas ici une explication du personnage Lacan mais une présentation de ses concepts majeurs - Réel-Symbolique-Imaginaire, stade du miroir, sujet, signifiant, Autre, objet a, trait unaire, phallus, Nom-du-Père, mathème, noeud borroméen, etc. - avec lesquels il a dérouté et entraîné sur des chemins ignorés - qui n'appartenaient pourtant qu'à ceux qui le suivaient : tâche du psychanalyste que Lacan a incarné sans concession.
    Alain Vanier, Psychanalyste, professeur à l'université de Paris 7-Denis Diderot (en 2005)

  • Gaston Bachelard (1884-1962), figure exemplaire de l'école laïque - boursier d'origine modeste, il finira par occuper la chaire d'histoire et de philosophie des sciences de la Sorbonne - est un penseur non conventionnel: s'appuyant sur une physique, une chimie et des mathématiques en pleine révolution, mais aussi sur Freud et Jung (réinterprétés), il a construit une épistémologie d'un rationalisme subtil qui a largement fait école, comprenant le progrès de la science comme une suite de discontinuités métaphysicien, il s'est opposé à Bergson sur le problème du temps, défendant une philosophie de l'instant contre sa philosophie de la durée il a aussi renouvelé l'approche de la poésie, en donnant une importance inédite à l'Imaginaire.
    On examine ici l'oeuvre foisonnante de Bachelard: son épistémologie, depuis l'Essai sur la connaissance approchée jusqu'au Matérialisme rationnel en passant par La Philosophie du non et Le nouvel esprit scientifique sa « métaphysique », ramassée dans L'Intuition de l'instant et La Dialectique de la durée sa poétique, depuis La Psychanalyse du feu jusqu'à La Poétique de la rêverie en passant par L'Eau et les rêves et La Poétique de l'espace.
    On s'intéresse enfin à la nombreuse postérité de Bachelard.

  • Thomas Hobbes (1588-1679), philosophe anglais, doit sa célébrité au Leviathan, à une conception de la souveraineté politique longtemps jugée monstrueuse.
    Par-delà contresens et accusations, Hobbes est bien le premier penseur de la modernité à avoir voulu maîtriser la « machination politique » comme la science galiléenne contrôlait les mécanismes naturels. Il eut l'idée d'un système global, allant du corps en général, chose physique, au corps politique engendré par la puissance humaine d'artifice, en passant par le corps humain, objet d'une anthropologie nouvelle qui s'appuie sur une vision originale du désir. Sans le langage, la science des corps serait pourtant impossible. C'est par l'imposition de noms, que les hommes peuvent se soustraire aux aléas de l'expérience, construire des chaînes de raisonnement et envisager ainsi les choix politiques que la nécessité laisse ouverts.
    Dans un monde exposé aux violences de la révolution et des conflits religieux, Hobbes a cherché les moyens rationnels de résister aux folies de l'histoire. La question n'est visiblement pas close.
    Benoît Spinosa, agrégé de philosophie, enseigne actuellement en Première Supérieure (ou Khâgne) au Lycée Paul Cézanne d'Aix-en-Provence. Longtemps chargé d'enseignement à l'université de Provence, il a publié des articles spécialisés d'histoire de la philosophie (sur Spinoza, la justice, la philosophie politique) et d'histoire de l'enseignement philosophique (sur l'évaluation et les programmes scolaires).
    Il a publié en 2007, Pourquoi l'Utopie ? et, en 2011, Pourquoi donner ? Au-delà du principe-marchandise.

  • Musonius (30 - 95/100 ?), Épictète (50/60 ? - ca 130) et Marc Aurèle (121 - 180), représentants du stoïcisme impérial, souffrent d'être les derniers d'une longue et fameuse lignée.
    Leur pensée est souvent réduite à une répétition scolaire des doctrines des premiers stoïciens, ou à une philosophie purement éthique voire moralisatrice, alors qu'elle est centrée sur la dimension pratique de la philosophie dans son ensemble. Que signifie concrètement « être stoïcien » ? S'agit-il seulement d'adhérer à certaines thèses ? Comment s'en imprégner et les appliquer ?
    On tâche ici de mettre en évidence les principes, concepts et techniques que Musonius, Épictète et Marc Aurèle élaborent pour résoudre, théoriquement et pratiquement, le problème de la mise en oeuvre de la philosophie : dans sa partie éthique, mais aussi dans ses dimensions politique, épistémologique, dialectique, pédagogique, psychologique, cosmologique et théologique.
    Prenant pour guide l'« usage », notion-clé, on examine successivement comment les derniers stoïciens conçoivent celui des choses et des événements, d'autrui, des représentations, des facultés morales, enfin de notre vie par Dieu au sein de l'ordre du monde.
    Thomas Bénatouïl est maître de conférences à l'université de Nancy, spécialiste de philosophie antique, en particulier du stoïcisme. Il a publié Le Scepticisme (GF-Flammarion, 1997), Matrix, machine philosophique (Ellipses, 2003, avec A. Badiou, E. During, P. Maniglier, D. Rabouin et J.-P. Zarader), Faire usage : la pratique du stoïcisme (Vrin, 2006).

  • Parmi les philosophes qui s'inscrivent dans la généalogie fameuse - et peut-être mythique - inaugurée avec Platon, Martin Heidegger (1889-1976) est historiquement le plus proche de nous. Ce livre est un essai de présentation de sa pensée selon un ordre qui n'est pas celui de l'oeuvre même: plutôt une sorte de reconstruction pédagogique.
    Il expose d'abord les deux grandes intuitions de Heidegger: celle de l'existence et celle de la différence ontologique entre être et étant. Puis il fait le point sur les prolongements contemporains de l'oeuvre heideggerienne, sujets de réflexion, débats, ou orientations qui sont importants dans notre monde et nous viennent de lui. On traite ainsi de la technique, de l'herméneutique (pensée radicale de l'Interprétation), d'une certaine conception de l'histoire de la philosophie et de l'idée du ""voisinage de la pensée et de la poésie."" Enfin on introduit le lecteur au débat sur l'adhésion de Heidegger au nazisme en proposant quelques réflexions qui servent de conclusion.

  • Ludwig Wittgenstein (1889-1951), génie tourmenté, philosophe des mathématiques, inspirateur du Cercle de Vienne, a contribué au renouvellement de la Logique dans les années 20, à la suite de G. Frege et de B. Russell. Il est considéré comme l'un des pères de la philosophie dite analytique.

    Wittgenstein tenait la philosophie (spéculative), toujours en quête des ""fondements"", pour une sorte de maladie provoquée par une mauvaise compréhension de la ""logique de notre langage"". Dans son oeuvre, il s'est efforcé de mettre en évidence cette "logique" à laquelle ne se conforment pas les grammaires des langages ordinaires: elles permettent, selon lui, de construire des phrases grammaticalement correctes et pourtant dépourvues de sens...

    Ce livre veut ouvrir un petit passage vers cette OEuvre-phare de la modernité: il définit la "réforme" de la Logique à laquelle Wittgenstein a participé, examine les conséquences qu'il en a tirées dans son premier ouvrage, le Tractatus Logico-Philosophicus (1921), et suit les inflexions de sa pensée dans les années 30-40.

  • David Hilbert (1862-1943) est l'un de ces géants dont la figure domine l'histoire des mathématiques et marque le seuil d'une époque nouvelle. Il parcourt et transforme toutes les mathématiques, portant attention non plus à la nature des objets, la nature de l'espace en géométrie ou celle du nombre en arithmétique, mais à la structure des domaines. Ainsi, s'ouvre l'époque abstraite où, en France, grandira, par exemple, le groupe Bourbaki.
    Hilbert a indiqué des problèmes et des voies que les mathématiciens continuent d'explorer. Ses recherches ont donné appui à de nouvelles disciplines hors des mathématiques, comme la mécanique quantique ou l'informatique, et trouvé un écho inattendu hors des sciences exactes, dans la linguistique et la psychanalyse lacanienne.
    Avant tout, l'oeuvre de Hilbert est le développement de la méthode abstraite qui caractérise les mathématiques modernes. Cette méthode, Hilbert l'applique dans tous les domaines mathématiques et, finalement, la pousse jusqu'à ses limites pour donner un fondement, une garantie dernière à la science. Le programme de fondement, que l'on a appelé le programme formaliste, donne lieu aux théorèmes d'incomplétude, qu'établit Gödel en 1931, et aux machines de Turing.
    Nous suivons cette aventure, de l'émergence de la méthode abstraite jusqu'au programme formaliste et aux résultats de Gödel et de Turing. Nous tentons d'en dégager la portée philosophique. Sont en jeu le statut de l'infini, l'extension et les caractères de la pensée humaine.

  • Figure majeure, après Saussure, de la linguistique structurale, Louis Hjemslev (1899-1965) fut à l'origine du Cercle de Copenhague qui, au début des années trente, tint un rôle éminent sur la scène internationale, en particulier par les controverses qui l'opposèrent au Cercle de Prague, mené par Jakobson et Troubetzkoy.
    Pourtant, la glossématique créée par Hjemslev ne fit guère école, et si son oeuvre continue d'être étudiée, c'est surtout en vertu des propositions théoriques qui débordent du strict cadre de la linguistique. De fait, dans ses Prolégomènes à une théorie du langage, Hjemslev présente une théorie de la connaissance qui continue d'intéresser sémioticiens et philosophes, ainsi que tous ceux qui, dans les sciences humaines, veulent poursuivre des interrogations épistémologiques. Cette théorie défend une conception relativiste du savoir en s'appuyant sur deux concepts originaux: la métasémiotique et la sémiotique connotative, concepts dont ce livre propose une ample présentation.

  • Johann Gottfried Herder (1744-1803), théologien, philosophe et linguiste, fait partie des oubliés de l'histoire des idées. Sa pensée peut être comprise comme l'élaboration d'une autre philosophie des Lumières, qui cherche au nom d'une raison modeste et respectueuse de la singularité, à comprendre l'histoire, l'homme et sa culture tels qu'ils sont en effet, dans l'infinie diversité de leurs manifestations concrètes. Herder fait de la langue à la fois le principe d'unité des individus et l'expression de l'identité d'une culture. Cette philosophie du langage lui permet de construire une pensée unifiée, susceptible d'éclairer tous les domaines que son époque a pris pour objets, sans tomber dans les obscurités d'un système trop rigide. Sa sympathie pour toutes les civilisations , qu'il refuse de comparer les unes aux autres , sa prudence devant les synthèses historiques de l'universalisme abstrait , sa capacité à dégager de sa gangue conceptuelle l'idée d'humanité sont autant de motifs pour s'intéresser à nouveau, aujourd'hui, à sa philosophie.
    Olivier Dekens, Agrégé de philosophie ; Enseigne à l'Université François-Rabelais de Tours (en 2000)

  • Kurt Gödel (1906-1978), mathématicien, logicien et philosophe, est incontestablement l'un des plus grands esprits de notre temps. Ses réponses aux questions radicales posées par le XXe siècle au langage, aux mathématiques et à la pensée rationnelle ont modifié de façon décisive l'assise du savoir contemporain:
    Existe-t-il une langue qui permette d'isoler les phrases vraies dans tout monde possible? Pouvons-nous ou prouver ou réfuter chacune des phrases que nous pouvons y énoncer? Ou bien, dans une langue donnée, existe-t-il des phrases indécidables? Plus largement, existe-t-il des phrases absolument indécidables, qui, dans aucune langue plausible, ne seront ni prouvées ni réfutées?
    Sommes-nous des machines? Si nous pensons correctement, notre pensée doit pouvoir s'énoncer dans une langue univoque mais, en utilisant une langue définie, nous écrivons comme une machine. Existe-t-il des machines capables d'écrire tout ce que nous pouvons penser?
    Existe-t-il des objets qui ne sont ni dans l'espace ni dans le temps et que nous ne pouvons percevoir qu'avec nos esprits? Les nombres sont-ils de tels objets?
    Les mathématiques apparaissent comme le modèle de l'activité rationnelle et l'arithmétique donne le modèle de la certitude mathématique. Mais pouvons-nous donner un fondement à l'arithmétique élémentaire?

    On présente ici les réponses de Gödel, en suivant son oeuvre logique et philosophique, depuis sa démonstration de la complétude sémantique du calcul des prédicats (1929) à sa réflexion sur le continu chez Cantor (1947), en passant par son théorème dit d'incomplétude (1931) - théorème qui a rendu Gödel fameux au-delà de son domaine et influencé jusqu'au psychanalyste Jacques Lacan.

  • Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe, grammairien et penseur politique, cartésien immodéré selon Leibniz, a exposé la ""Méthode"" en lui donnant une forme géométrique rigoureuse, et douté de l'authenticité des livres de Moïse - ce qui lui a valu d'être excommunié de La Synagogue. On lui doit une théorie de la Substance radicale - Dieu est la seule substance, le seul être, le monde est l'ensemble des modes des deux seuls attributs divins que nous pouvons connaître: étendue et pensée - qui l'a fait passer pour panthéiste...

    Comment Spinoza, fils de marchand d'Amsterdam, est-il devenu philosophe? Comment a-t-il fait de la philosophie avec ceux qui le désiraient? Comment en a-t-il fait contre ceux qui l'en empêchaient? Et surtout comment en a-t-il fait avec ceux qui n'en faisaient pas? Telles sont les questions que l'on a voulu traiter ici, comme pour entrouvrir son oeuvre.

  • Arthur Schopenhauer (1788-1860), philosophe allemand nommé « le pessimiste de Francfort », héritier de Kant, s'inspirant de la sagesse hindouiste et bouddhiste, a imprimé une marque durable sur la philosophie en faisant du vouloir inconscient « la moelle substantielle de l'univers » et l'élément déterminant en l'homme.

    Inventeur de la démarche généalogique, il interprète toutes les manifestations humaines (comportement, texte, discours, etc.) à la lumière d'un sens latent qu'on peut découvrir sous le sens manifeste en remontant au type de volonté qui s'exprime dans chaque manifestation. Nietzsche, Marx et Freud se souviendront de la leçon et s'attacheront à détecter les aspirations profondes qui se travestissent dans les attitudes et déclarations assumées par les individus ou les groupes sociaux. A ce titre, on peut dire que Schopenhauer préfigure « les penseurs du soupçon ».

    Christophe Bouriau expose ici cette philosophie du sens en partant de son fondement métaphysique, le « vouloir-vivre », pour développer ensuite la portée existentielle de cette intuition initiale. Le vouloir est en effet à la source du mal, c'est-à-dire de la souffrance (le mal subi) et de l'injustice (le mal commis). A l'encontre de ce que soutient Nietzsche, Schopenhauer n'entend pas « nous disposer à la résignation » face au mal. Il nous propose plutôt trois voies pour le contrer : l'expérience esthétique, la morale de la compassion et l'ascèse. L'ouvrage se clôt sur la postérité de cette pensée atypique et en particulier de son concept d'« inconscient ».

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