Les éditions de la Pleine Lune

  • Suzanne El Farrah El Kenz relate dans ce récit émouvant, mené dans une langue alerte et sobre, l'histoire de son exil et, notamment, le retour avec son fils vers une certaine maison du Néguev située aux proches limites de Ghazza. C'est la maison natale de sa mère défunte à laquelle sont attachés tant de souvenirs rendus douloureux par la spoliation.

    Écrit comme un journal, à la première personne du singulier, La Maison du Néguev offre le regard d'une femme qui sait croquer la grande histoire en deux mots et trois images, sans dramatisation ni pathos, sur le ton de la confidence tranquille ou apaisée, avec autant de gravité et de pertinence que d'humour.

    (L'auteure, qui est aussi professeur de langue arabe et qui a vécu les trois premières années de sa vie à « Ghazza », choisit d'écrire « Ghazza » avec un
    « h » et deux « z », parce que cette transcription graphique est plus fidèle à l'arabe sur le plan phonétique. Le lieu est aussi un nom.)

  • Les nouvelles de ce recueil nous transportent au Québec, en Afrique et au coeur des Antilles, derrière le décor exotique et trompeur des hôtels et des plages. Coupeur de canne ou ouvrière en Guadeloupe, travailleur clandestin en République dominicaine, femme de ménage en Martinique, enfant des cités à Paris ou chauffeur de taxi à Montréal, les personnages d'Émeline Pierre nous livrent leur vécu dans des récits troublants où il est question de migrations, d'identités et de résistances.

  • Ce conte fantasmagorique nous entraîne sur les traces de Christophe Colomb. À ses côtés, nous naviguons sur la mer Océane, vaste et mystérieuse, vers l'ouest, toujours vers l'ouest, obstinément, pour atteindre l'Orient tant rêvé. Robert Finley imagine le parcours, les tempêtes, les craintes de l'équipage ; il retrace les observations notées dans le journal de bord de Colomb, les descriptions étranges de ce territoire inconnu que Colomb croit être Les Indes, désignant ainsi, accidentellement, le Nouveau Monde.

    Ce livre, « écrit dans une langue d'une extrême précision, émaillée d'images qui ne cessent d'éblouir », s'appuie sur des documents d'époque et met en lumière le pouvoir à la fois créateur et destructeur du langage. Les signes, les mots, les lignes tracées sur une carte sont des « distorsions circonspectes » de la réalité, des représentations de ce que nous percevons du monde qui nous entoure. « Les bons navigateurs doutent toujours, non de la présence des choses, mais de ce qu'ils voient et comprennent. Les bons navigateurs sont toujours perdus. Mais Colomb est un visionnaire et les visionnaires ne sont pas de bons navigateurs. Ils habitent un monde beaucoup plus simple : celui de ce qu'ils connaissent simplement. »

    Robert Finley donne au voyage de Colomb sa véritable dimension épique et, au-delà de la découverte d'un nouveau monde, c'est toute la question de la grande aventure humaine, en quête de sens et de vérité, qu'il aborde dans Les Indes accidentelles.

  • Le titre aurait pu être : Les hauts et les bas de la vie commune. Les 9 nouvelles de ce recueil se concentrent en effet autour du thème de la disparition et de la perte à l'intérieur du couple et des relations amoureuses. Perte d'un amant, d'un mari, d'une épouse, désir de tout quitter ou de recommencer sa vie. On croit connaître les gens, mais souvent on ne sait rien, ou si peu de choses, sur leur monde secret, leurs rêves cachés ou perdus. Pourtant c'est là que se cache leur être profond qu'ils tiennent à l'abri des regards, par crainte ou pour se protéger. Il ne s'agit pas de mensonge, mais d'un moyen de se défendre pour des milliers de petits coeurs brisés.

    Julie Bouchard s'applique à percer les secrets de ses personnages qui mènent tous, en apparence, des vies bien ordinaires. Elle le fait avec délicatesse, par fines touches, avec une justesse de ton rarement égalée et une éblouissante maîtrise de la langue, qui font de ce recueil un véritable plaisir de lecture.

    Dans certaines nouvelles, c'est le personnage qui raconte lui-même son histoire; dans d'autres, c'est un narrateur omnicient qui intervient parfois dans le récit, pour multiplier les pistes d'interprétation et explorer ce qui aurait pu advenir si... si...

    Un amant s'éclipse un vendredi soir glacial de décembre, une nouvelle mariée coule au fond de l'eau, une hôtesse de l'air cherche à laisser son mari, le docteur Francoeur, maintenant seul dans sa trop grande maison, descend des marches pour chercher son chapeau, mais trouve son fusil, pendant qu'un autre homme, Armand, les monte ailleurs pour chercher les lettres d'amour de Napoléon à Joséphine, sans oublier Joyce, qui se refait une beauté, Sylvia, qui se tait, Liliane, qui attend, Lorrie, qui souffre. Bref, beaucoup de peine, quelques désirs, une grande maison, très peu de sang.

    Se déconstruisent ainsi, sous les nuages de la vie, les histoires de Sylvia, d'Armand, de Patti, de Tom qui nous rappellent à quel point on ne connaît pas les gens avant de s'aventurer dans leur intimité.

    Julie Bouchard a l'art d'aborder les drames de ses personnages avec une pointe d'ironie et de fantaisie, ce qui ajoute au plaisir de la lecture. La vie peut aussi être légère... Même si le ciel de la vie est la plupart du temps nuageux... Un livre à conseiller aux milliers de petits coeurs brisés.

  • Poppy, mot anglais qui signifie en français : pavot, coquelicot, fait référence à l'opium et à son pouvoir hallucinogène. Poppy aussi, comme dans pop, papa.

    M. Keller, un entomologiste de renom se rend aux urgences : la plaie sur sa jambe s'est aggravée. Son histoire, révélée à petites doses par les différents protagonistes, est racontée avec réalisme, mais Jérôme Élie nous entraîne subtilement ailleurs, au-delà des événements, de « l'ordre des choses », dans un univers où la réalité se fissure, un monde où les repères habituels s'effacent. Les expériences vécues dans les rêves viennent alors ébranler ce que notre raison tient pour vrai. Où est la réalité? Qui peut prétendre la cerner avec certitude et exactitude?

  • Félicitations à Nicole Houde qui a reçu le 21 mars 2013 le Prix Hervé-Foulon du livre oublié pour son roman, La Maison du remous, paru originellement en 1986. Il est des oeuvres qui traversent le temps, et celle de Nicole Houde en est une. Lauréate de plusieurs prix littéraires, elle poursuit depuis la parution de son premier livre en 1983, une oeuvre d'une impeccable exigence et d'une remarquable unité de ton. Tous ses livres sont parus aux Éditions de la Pleine Lune.

    La présente réédition est accompagnée d'une préface de Robert Lalonde, qui écrit : « Ainsi entre-t-on dans la maison du remous où, comme dans la casa des Buendia de Cent ans de solitude, de Garcia Marquez, le temps tourne sur lui-même, où tout recommence sans cesse, puisqu'à mesure on a tout oublié. [...] Le cri de Laetitia, entendu pour la première fois il y a plus de vingt-cinq ans, résonne toujours, déchire l'oreille, serre le coeur. »
    Laetitia vit dans une famille où règnent ignorance, pauvreté et violence. Enfant gavée de silence, elle cherche sa langue propre, celle qui pourrait nommer ses désirs.

  • Céleste a 38 ans, mais elle n'est pas une femme comme les autres. Elle a gardé sa naïveté d'enfant et se laisse bercer par la beauté des arbres, des oiseaux et des chats. Elle déborde d'imagination et d'humour et s'invente des histoires fabuleuses. Elle rêve aussi de se marier avec son amoureux, une armoire à glace comme dans les romans policiers. Mais l'amour est une chose bien compliquée, pleine d'embûches. Y a-t-elle même droit ?

    Ce roman nous plonge dans l'univers et le langage animistes d'une déficiente légère. C'est la voix de Céleste que nous entendons. Son grand coeur et sa franchise nous émeuvent. Céleste nous apprend des choses étonnantes sur la vie, la solidarité et l'amitié.

  • PORTRAITS D'ANCIENNES JEUNES FILLES, c'est l'histoire de la rencontre fortuite de trois inconnus esseulés dans les rues de Montréal. Rebelle, la jeune Josée a quitté sa famille et son village pour venir s'installer en ville avec sa guitare et ses pinceaux; Julien ne se console pas de la mort accidentelle de sa fille unique, et la vieille Rose, sage et digne, ne compte plus les disparus de son « passé périmé ». Peu à peu, leur amitié naissante va les transformer. Ensemble, timidement, ils apprennent à faire le deuil de leurs pertes. Le bonheur, parfois, se tient au fond du regard d'un ami, dans une main tendue ou dans un sourire.

    Sur ses toiles, pour déjouer le destin, Josée s'applique maintenant à redonner vie à d'anciennes jeunes filles disparues. Le bonheur, parfois, c'est aussi ne plus réclamer sa part de malheurs et se laisser emporter sur les ailes du désir...

  • Un roman mené avec sobriété et finesse.

    Billy, qui vit à l'étranger depuis de longues années, se voit contraint de rentrer à Montréal s'occuper de son père, âgé et souffrant. Il lui faudra bientôt vendre le magasin, la maison familiale, et faire l'inventaire des objets et des meubles chargés des souvenirs d'enfance : un vieux gant de baseball, des vêtements, des trophées, des maquettes de voitures et des coupures de journaux, tout un monde désormais impossible à reconstruire.

    Un monde presque oublié qui cache un drame ancien : la disparition de sa mère quand il n'avait que dix ans. Le silence qui s'est installé entre son père, son frère et lui a laissé en suspens bien des questions orphelines qui hantent encore la mémoire de Billy. Une rencontre inattendue lui révélera un secret de famille jusque-là bien gardé.

  • Les nouvelles de Coeur atout, qui mettent en scène des petites gens de la Gaspésie et de la Côte-Nord, constituent en quelque sorte une poignée de main aux années cinquante et soixante, la plupart ayant été écrites et publiées dans des magazines de cette époque. Ce sont des vies tranquilles et ordinaires, mais sous les apparences, on sent gronder le vent de changement qui va bientôt déferler sur la société québécoise.

    Georges Guy, avec une plume lucide et habile, trace ici le portrait d'une condition humaine qui transcende les époques. Ses intrigues sont teintées d'une fine touche d'ironie et ses personnages, qui tentent timidement de se libérer du carcan des conventions sociales, nous touchent par leur espoir tenace en une vie meilleure, la naïveté de leur quête amoureuse et l'attrait de la transgression qui les habite.

    Voilà des nouvelles à lire pour le précieux témoignage d'époque qu'elles recèlent.

  • Dans ce roman, Salah Benlabed visite à sa façon une page méconnue de l'histoire en faisant se côtoyer des personnages aussi bien fictifs que réels. Nous sommes au milieu du XIXe siècle, les armées françaises envahissent l'Algérie et se heurtent à la résistance de l'émir Abdelkader qui sera finalement vaincu et exilé, mais deviendra l'ami de Napoléon III, et son nom sera même donné à une ville des États-Unis... C'est dans ce cadre historique, qui sert de toile de fond au roman, que s'inscrit le destin de la jeune Houria, innocente bergère arrachée à ses montagnes et propulsée malgré elle au coeur du conflit.

    Tout au long du récit, Salah Benlabed dialogue avec ce personnage : il l'interpelle, suit les traces de sa caravane, raconte ses peurs et ses cauchemars, ses amours et ses deuils; il évoque aussi les massacres dont elle est témoin et lui parle de son époque à lui, où les conflits se perpétuent, plus ravageurs encore que ceux du XIXe siècle.

    Par ce va-et-vient entre le passé et le présent, LE DERNIER REFUGE, à la manière d'un conte ou d'une légende, propose une réflexion sur la guerre et le sort de ceux et celles qui la subissent. En filigrane, tout au long du périple de son personnage Houria, Salah Benlabed brosse le portrait et le parcours de l'émir Abdelkader, personnage historique hors du commun dont la sagesse est plus que jamais d'actualité.

  • Confinées à Chisasibi, réserve amérindienne dans le Nord du Québec, les bêtes traquent les bêtes et survivent comme elles le peuvent à leurs solitudes. Une dentiste candide, un professeur blasé, un père en dépression, un adolescent malicieux, un poète fantôme. Cinq vies, aussi agitées et fragiles que des flocons avant la tempête.

    Dans les premières pages, ce roman oscille entre le reportage et la comédie de moeurs; bientôt, on a droit à des doses de surréalisme et de mystère; puis, ça bascule vers le thriller dans une toundra hostile quand se déchaîne le blizzard.

    Les Bêtes est un roman sur la naïveté et la condescendance, sur l'amitié et l'espoir aussi. Un roman résolument moderne, original, rafraîchissant. Et juste assez déroutant.

  • Esprit libre, mal à l'aise avec toutes les rectitudes politiques et morales, Gérard Pourcel puise son inspiration dans le terreau social et humain. Les onze nouvelles de ce recueil nous transportent de la Côte-Nord au Village gai de Montréal, des États-Unis au Mexique, en passant par Cuba et le Maroc... Mais au-delà de l'exotisme des sables brûlants et des hivers enneigés, c'est un voyage au coeur de l'humanité que nous propose l'auteur. Passions, idéaux, sentiments nobles et moins nobles, sensualité, séduction, désir. Tout ce qui fait le piquant de la vie, en quelque sorte. Un parcours audacieux, souvent empreint d'humour, qui explore les arcanes de la sensibilité gaie.

  • L'Épingle à chapeau est un roman construit en multiples tableaux, des petits formats qui retracent les moments d'une vie, de l'enfance à la vieillesse. Images fugaces du temps écoulé qui s'emboîtent les unes dans les autres pour raconter l'histoire de Simone, une pianiste sensible à la couleur et à la musique des gens et des choses qui l'entourent.

  • Igor Slobovitch est un citoyen exemplaire qui obéit aux lois. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a été choisi comme candidat au prestigieux poste d'ambassadeur. Mais auparavant, il devra subir un difficile entraînement au Sénatorium, ce centre « de refonte de la pensée unique » qui anesthésie les angoisses et promet le bonheur.

    Secrètement, les autorités rêvent du jour où le Sénatorium desservira l'ensemble du pays. « On peindrait des lignes colorées partout. Le destin de chaque individu pourrait ainsi être ordonné. Et la vie entière de chaque citoyen suivrait une seule ligne, tracée par le bureau central, jusqu'au lit de sa mort, la couleur ne s'effaçant que dans la tombe ou le crématorium. Oui, ce serait beau. »

    Dans ce roman magnifiquement écrit, Fabrice P. Saint-Pierre nous entraîne dans un monde qui n'est pas sans rappeler ceux de Franz Kafka et de George Orwell.

  • Agrippée aux hanches de Yann, grisée par le vent et ses dix-sept ans, elle se sentait invincible sur la moto. Tout lui était permis.

    La journée était encore chaude. Je portais mes nouveaux pantalons fuchsia. Leur couleur vibrait dans la lumière. Mes longs cheveux flottaient, griffant l'air derrière moi.

    Aujourd'hui, clouée sur un lit d'hôpital, elle fait face à un choix déchirant. Depuis onze mois, médecins et infirmières s'activent à son chevet. Les opérations se succèdent. Pourra-t-elle marcher à nouveau ? Elle veut qu'on lui réponde, qu'on lui dise la vérité, qu'on cesse de la tenir dans l'ignorance. Elle n'a que faire du silence de son médecin et de la pitié de ses amis. Dehors, le monde continue de tourner. C'est l'année de l'Expo.

    Décidée à ne pas oublier la lutteuse qu'elle était avant ce soir de juin, elle rêve, elle aussi, de voyages et de découvertes.

    Ce roman, construit sous la forme d'un journal, explore le combat de cette jeune fille : décider de vivre demande quelquefois plus de courage que choisir de mourir.

  • Georges Guy est un fabuleux conteur qui ne manque pas d'ironie. Maniant la plume depuis six décennies, il nous transporte avec aisance des années soixante aux années deux mille. « À pas feutrés, dit-il, je suis entré dans le monde de mes personnages fictifs, et j'ai partagé joies et chagrins. »

    Dans la turbulence d'un Québec changeant, les personnages de La Terre promise sont à la recherche du bonheur, qu'ils soient de Montréal ou de Gaspésie. Attirés par la transgression des conventions sociales, ils se heurtent souvent à la solitude et au rejet de leur entourage. Les mentalités évoluent, mais pas les interdits...

    Les dix nouvelles de ce recueil sont à lire pour la finesse des observations, le pittoresque des personnages, le grand art de la narration et la justesse du portrait de société qu'elles nous offrent.

  • Nicolas Delisle-L'Heureux, tantôt grave, tantôt moqueur, parfois même satirique, déborde d'imagination. Ce roman, son premier, aux rebondissements multiples, construit comme un labyrinthe et peuplé d'une faune de personnages complexes et attachants, nous plonge dans l'univers du réalisme magique : le monde selon Jakob Labonté.

    Refusant de se conformer à l'individualisme bêtifiant et aux règles de la réussite personnelle à tout crin, Jakob Labonté se lance dans l'action contestataire malgré sa couardise. Contraint de prendre la fuite pour sauver sa peau, il quitte Saint-Henri et se réfugie dans une pourvoirie laissée à l'abandon au nord de Senneterre, en Abitibi. Cet endroit a connu autrefois des heures glorieuses et abrité une commune d'utopistes qui souhaitaient réinventer le monde. Jakob n'y trouvera cependant pas la paix, car son passé rebelle viendra le rattraper au fil des découvertes qu'il fera sur les anciens habitants des lieux et, surtout, sur lui-même.

  • Louise Aubert prend la décision de quitter Mathieu Lord quand celui-ci entre au parti stalinien. Quinze ans plus tard, elle lui écrit une lettre dans laquelle, avec lucidité et courage, elle ose exprimer sa vision de leur histoire commune, marquée par l'absence de partage, l'autoritarisme et la cruauté mentale, au nom de l'amour.

    Dans le récit qui suit cette lettre, Louise se remémore, au fil des phrases notées dans ses cahiers, chacune des séquences de sa rupture avec Mathieu et démasque la duplicité d'une avant-garde intellectuelle. Poursuivant sa quête de langage inachevée, elle raconte comment elle se réinsère dans la société, s'affranchit de la censure intérieure et trouve sa liberté de dire.

    La Femme du stalinien est le dernier roman d'une trilogie dont les premiers titres sont : L'Homme qui peignait Staline [1989] et Les Apparatchiks vont à la mer Noire [2004].

  • Quand il était enfant, Ray Cormier partit avec son père dans la péninsule du Niagara pour y faire la cueillette des fruits. Mais au retour, un événement incompréhensible est venu bouleverser sa vie. Incapable de partager ce souvenir avec ses proches, il se confie au docteur Bergue, comme le fera à son tour Jean-Luc Ponteil, aux prises lui aussi avec des troubles de la mémoire.

    « Des événements récents, formidables et incompréhensibles nous avaient conduits à penser que ce dont nous étions le plus assurés, ce dont jamais à ce jour nous n'avions eu à nous soucier, depuis peu nous était soustrait. Quoi donc ? Le soleil ? Le roi de France ? Notre salut ? Non. La réalité même. Par nappes et effluves, une étrange absence imprégnait le monde. Les choses, les êtres nous paraissaient perdre de leur substance. » [extrait]

  • Alger, 1998. Une journaliste se voit confier un manuscrit par un marchand de livres ambulant. Bouleversée par cet écrit qui retrace l'histoire tragique de trois femmes, elle s'interroge. Qui est donc l'auteur de ce manuscrit ? Quel lien unit ces femmes qui ne se sont jamais rencontrées ? Qui est cette May, née en 1930 et abandonnée par son père ? Et pourquoi le vieux marchand ambulant insiste-t-il tant sur cet enfant qu'elle doit retrouver ? Obsédée par tous ces mystères qu'elle veut éclaircir, elle se lance, au péril de sa vie, dans une enquête sur les enfants de la rue et les orphelins d'Alger.

    Multipliant les énigmes et parsemant des indices tout au long du récit, Nassira Belloula installe un véritable climat de suspense dans son roman. Les destins se tissent, se chevauchent et se croisent, telles les pièces d'une vaste mosaïque humaine.

    La Revanche de May est un roman troublant qui dénonce l'obscurantisme et le sort qu'il réserve aux femmes et aux enfants.

  • Dans les nouvelles de ce recueil, les thèmes abordés sont classiques et universels : l'amour et la mort, dont les pas complexes s'entremêlent dans un tango déchirant dansé sur la piste souvent trop étroite du quotidien.

    Les rencontres, qu'elles soient persistantes ou furtives, sont toujours décisives. Car les personnages, aussi différents soient-ils (commis de banque, serveuse, clochard ou écrivain), sont tous à la recherche d'une même chose : eux-mêmes ! Mais il leur faudra bien admettre qu'ils n'y parviendront jamais sans faire un détour par le chemin, souvent inquiétant et déroutant, de l'altérité.

    Écrire ou aimer, voilà peut-être deux façons de retrouver une pureté dont la vie veut nous dépouiller en nous tirant du paradis de l'enfance. Il faudrait donc écrire avec le même plaisir et la même obstination que l'enfant met à construire des royaumes imaginaires sur le tapis de sa chambre ; aimer avec la même intensité que l'enfant qui, en s'absorbant dans la vérité inventée de son jeu, échappe à la grisaille d'une réalité qui n'est peut-être pas plus vraie que son jeu, qui n'est peut-être qu'un rêve moins bien réussi. [extrait]

    Il y a des livres difficiles à résumer et ce recueil de nouvelles en fait partie. On s'attarde aux phrases profondes et lumineuses en écoutant Lester Young, Duke Ellington ou Bessie Smith, qui les accompagnent, on les relit pour bien s'en imprégner. [...] Expérience de pensée, expérience de vie, plaisir des mots lancés comme des bouées ou comme des perches, L'Escalier et autres amours de secours, c'est l'enfance enfin retrouvée. Suzanne Giguère, Le Devoir.

  • Récit, conte ou sotie, Un secret de Polichinelle est une jubilante allégorie dans laquelle Jean-François Bonin donne libre cours à sa fantaisie. Trois joyeux lurons, Mylène, Émile et Rock-Igor, s'y moquent allègrement des travers de notre société.

    À la grande surprise de Mylène, voilà que son fistounet Rock-Igor, à peine né, s'exprime dans la langue de Ferron et de Miron, et exige qu'on lui apprenne l'alphabet sur-le-champ. Pas facile, le rejeton ! « Quelle sera la place de cet enfant prodige dans un monde où règne l'ignorance ? » se demande Émile, déterminé à compléter l'éducation de son petit-fils pour lui éviter le pire.

  • Dans ce roman, son onzième livre, Nicole Houde fait évoluer ses personnages à l'époque de la Crise des années trente, dans les villages de l'Anse-Saint-Jean et de Saint-Fulgence, près de Chicoutimi, des usines de l'Alcan et des chantiers de la Price Brothers.

    Je pense à toi est une vaste saga où la romancière, tout en demeurant fidèle à l'histoire qui guide ses pas dans l'approche de ses personnages, de leurs mentalités et de leur environnement, imagine un monde qui transcende le temps et l'espace : l'être humain ne cherche-t-il pas toujours et partout l'assouvissement d'un même désir de bonheur, peu importe les embûches du destin ?

    Victor, dans les camps de bûcherons où il est cuisinier, reçoit les confidences des hommes qui lui demandent d'écrire des lettres à leurs épouses. Il redevient ainsi le petit curé qu'il était autrefois, lui, l'orphelin si démuni devant les démons qui peuplent ses souvenirs et que l'amour n'arrive pas à apaiser.

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