Le Corridor bleu

  • Kojiki

    Pierre Vinclair

    Tour à tour cosmogonie, théogonie, épopée, manuel d´histoire et recueil de chansons, embrassant d´un même mouvement la naissance des dieux et des cultes qui leur sont dus, de la Terre et des noms qui y fourmillèrent, des hommes et des vers qui leur vinrent à la bouche, le Kojiki est un livre total, qui tient autant de la Genèse que des Vies Parallèles, de L´Odyssée que d´Alice au Pays des Merveilles. Du Chaos originaire, en ligne droite et sans solution de continuité, le Kojiki contient tout depuis l´origine du Monde - y compris le récit des ­circonstances de sa propre rédaction.
    Cette collection bigarrée d´histoires, de contes et de légendes éparpillées dans le Japon ancien sera rendue accessible en 712 par l´empereur Temmu qui, ­soucieux de les préserver de la corruption, en commanda la compilation orale. Pierre Vinclair, en en réinventant les rythmes, nous propose de cette oeuvre ­fondatrice une reprise qui, enrichie des interprétations calligraphiques de Yukako Matsui, lui rend son impossible actualité.

  • Ce recueil rassemble un certain nombre de poèmes déjà parus en revue ou en plaquettes depuis une dizaine d´années. Quoique divers, tous les textes ressortissent d´une certaine poésie de l´objet, où l´auteur utilise beaucoup l´image poétique, non à des

  • Le Pas du temps

    Agnes Gueuret

    Le Pas du temps, oratorio selon Luc, est une lecture poétique du texte de l´Évangile selon Luc, respectueuse du texte connu. Habité par une perception du temps et de l´urgence, son mouvement engage sur un chemin où les voix, comme une suite de contrepoints, montent, s´interpellent, s´éloignent, se rapprochent, se répondent. Ce long poème se donne à lire et à penser au rythme de la marche, du souffle. Tantôt le maître, tantôt le disciple ou les deux ensemble invitent à se laisser traverser par un travail d´enfantement, lot de notre humanité.

  • Agnès Gueuret se tourne ici vers un texte du Premier Testament, L´Ecclésiaste, dit aussi Qohéleth. Elle fait le choix d´une triple approche : un poème rythmé qui reprend les thèmes principaux du livre biblique en douze scansions ; une correspondance entre deux élèves de l´auteur présumé de Qohéleth où se mêlent discussions et exposés dans une prose fluide ; enfin une douzaine de poèmes en une résonance avec les « paroles du sage ». Ces trois essais, fruits d´une fréquentation soutenue du texte biblique auquel l´auteur renvoie sans cesse, prennent, à notre grand étonnement, des accents contemporains inattendus.

  • Louis-François Delisse est né en 1931 à Roubaix. Afin d´éviter une mobilisation dans la guerre d´Algérie, il quitte la France en 1954 pour le Niger. Il y restera jusqu´en 1975. Publié par Guy Lévis Mano, remarqué notamment par René Char, Delisse écrit

  • Le cas du k2

    Parrochia Danie

    Le mathématicien André Weil rappelle dans son oeuvre que certaines surfaces mathématiques connues en géométrie algébrique, les surfaces K3, ont été ainsi nommées d´après trois mathématiciens (Kummer, Kähler et Kodaira) et une montagne du Pakistan, le K2.
    L´auteur du présent ouvrage a pris le prétexte de ce rapprochement pour réfléchir sur les mathématiques et la montagne, les variétés de Calabi-Yau, la théorie des cordes, la géométrie tropicale ou la recherche opérationnelle, domaines auxquels il introduit le lecteur sans qu´il s´en aperçoive ou presque.
    Au fil de ce voyage au Karakoram (l´un des plus grands massifs montagneux de la planète avec l´Himalaya et ses glaciers), il en vient à s´interroger sur ce noble projet occidental, naguère encore défendu par Nietzsche ou par Daumal, mais auquel on a visiblement renoncé - qui consistait à chercher à s´élever : dans la pensée comme dans la vie.
    Avec les forces fondamentales de la nature et la variabilité astronomique du climat, le cas du K2, montagne-limite et à peine accessible, est alors emblématique de ce qui échappe ou nous dépasse, dans la grande inversion de valeurs qui caractérise l´époque actuelle.

  • À la veillée, au campement, une jeune femme libre a accordé son violon, l´amzâd. La cour d´amour des jeunes gens touaregs, l´Ahâl, peut commencer, après ce chant :

    « Celui-ci, le violon à l´oeil sec, le Très-Haut lui donne protection !

    Pour que, s´il

  • Jamais ne dors

    Boulanger

    Jamais ne dors marque une rupture formelle dans l´oeuvre de Pascal Boulanger. Si ses précédents recueils (notamment Martingale, Tacite, L´Émotion l´émeute et Jongleur) travaillaient le vers libre et le poème en prose, Jamais ne dors, en refusant la rétention du sens et des sensations, prend appui sur le vers ample et le verset claudélien.

    Faut-il rappeler que le verset tire son origine de la Bible et... de la correspondance amoureuse ? Puisqu´il s´agit, avant tout, dans Jamais ne dors de faire dialoguer les passions humaines et de désigner - sans emphase mais dans la revendication d´un « haut-lyrisme » - l´amour sous toutes ses formes, éros, philia et agapè doivent se mêler dans le poème.
    Jamais ne dors ne décèle par ailleurs aucune recherche de transcendance, aucun éloge d´un ailleurs ou d´un hors-temps plus vrai que nos contingences. Les versets s´enchaînent et génèrent leur conséquence, sans jugement préalable ou remords extérieur. Il s´agit d´examiner le lieu (notre théâtre) où s´interpénètrent les sphères de l´intime et de l´Histoire.

  • Ceux qui ont aimé les précédents livres de Pascal Boulanger seront surpris par le changement de ton et le régime très différent de l´écriture d´Un ciel ouvert en toute saison. En effet, ce texte s´adresse à ses deux filles adolescentes, et le ton est celui d´un legs difficile à transmettre, celui d´un ciel désencombré des sirènes fallacieuses qui les menacent. La prose se fait ici prudente, se sachant épiée par des êtres encore fragiles face à l´inconnu et à l´incertitude quant à l´avenir. La beauté de ce texte vient de la fragilité de sa communication avec cette jeunesse plongée dans un monde où tout va à vau-l´eau et où tout sentiment est suspecté d´irrationalité :

    L´amour que j´ai pour vous, je voudrais qu´il ne soit pas simplement un sentiment, mais aussi une puissance capable de triompher de la peur.

    Admirable et émouvante prière d´un père et d´un poète qui se fait proche de sa propre jeunesse héritière du pire, mais aussi de Rimbaud qui lui apprit à saluer la beauté, en dépit de ce qui enlaidit, massacre et humilie l´élan de nos facultés. Quelle belle injonction au dégagement rêvé prôné par le poète de Charleville dans Génie, que cet incipit de Un ciel ouvert en toute saison :

    Quand vous serez tout simplement là, lancées dans notre monde, dressées sur notre planète rocheuse ; prenez soin de vos âmes, suivez le meilleur du présent, oubliez le temps sur le fil au-dessus du néant.

    À la lecture de ce livre, le lecteur ne pourra que souhaiter que ce voeu soit entendu et exaucé: puisque vous êtes merveilles - éternellement - dans la prolifération inattendue du simple.

  • D un age a l autre

    Gueuret

    Donner la parole à celles et ceux qui nous ont précédés, tel est le projet de ce livre. Voici Ruth et Rahab, Bethsabée et Marie. Voici David, ­Abraham et Noé, Adam et Ève, Abel et Caïn... Tous en proie au doute et à l´impossible comme ouverts à la confiance et à tous les possibles. Et voici aussi Jésus, celui qui est, qui était et qui vient: Quand Il est mort, Il n´a laissé ni écrits ni archives ni stèle si ce n´est cet accord qui parfois prend le coeur soudain saisi de Lui. Elles sont bien là, souveraines ou brisées, libres ou ­enchaînées, ces voix et ces présences humaines, nous traversant d´un âge à l´autre. Qui reçoit est reçu et, par l´espérance, tout peut recommencer et s´écrire. Agnès Gueuret, depuis la parution de son premier recueil, sait que la parole poétique renvoie à une épreuve vécue et au respect des paroles transmises. Son oeuvre, qui se tient aux frontières des genres, questionne le travail souterrain de la foi. Dans ce quatrième livre enraciné dans les généalogies bibliques, résonnent des voix de femmes et d´hommes qui ­rejoignent, aujourd´hui même, les lieux de notre propre ­histoire où se mêlent violence et paix.

  • Agnès Gueuret poursuit ici ce qu´elle a commencé dans Le Pas du temps et Sur les sentiers de Qohéleth : inscrire dans l´aujourd´hui d´une écriture les questions que suscitent en nous la lecture du Premier et du Second Testament.
    Dans Souffles, A. G. s´attache particulièrement au second livre attribué à Luc : Les Actes des Apôtres, dans lequel le terme de `communauté´, employé avec insistance, est tissé de tous ses aléas : ententes, partages, remises en cause, contradictions, conflits, parfois même fratricides. Naît ainsi une réflexion sur un sujet présent plus que jamais à notre humanité en devenir : les liens entre aspirations personnelles et volonté de vivre ensemble.
    Par autant de touches que l´alphabet contient de lettres, A. G. égrène ses textes poétiques, oscillant entre le temps des premières communautés chrétiennes et celui de notre époque, non moins bouleversée que n´était la leur.

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