Kinoscript

  • Avez-vous lu Les Fleurs du Mal? On se contente généralement de quelques poèmes appris par coeur, la main sur la poitrine : L'Albatros par exemple. Au mieux La Chevelure... Mais, on ignore bien souvent, sous ce vernis scolaire, la sombre immensité de ce recueil à jamais égalée. Trop dangereux. Encore et toujours. C'est vrai, après tout, Baudelaire n'a que faire de l'ordre moral, lui qui passait le plus clair de son temps dans les bras des courtisanes, à proposer une autre manière de vivre, à l'écart des normes et des livres de lois.
    Contrairement à bien des rééditons des Fleurs du mal, cette réimpression digitale reproduit l'édition posthume de 1868, communément appelée la 3e édition. C'est elle qui a retenu notre attention. Car, en son temps, elle se donnait comme défense et illustration du génie baudelairien, orchestrées par les amis proches de Charles Baudelaire. Contre les censeurs. Contre les bien-pensants. Il s'agit donc, aussi, d'un hommage, en 2012, à l'aube de ce siècle de toutes les crises.
    Dans le cadre de la collection « 3 raisons », le texte est préfacé par Nathalie Vincent-Munnia, Lecturer à Boston University, anciennement Maître de conférences en littérature française à Clermont III. Avec le regard de la spécialiste, Nathalie Vincent-Munnia nous donne trois bonnes raisons de lire Baudelaire par temps de tempête, le nôtre, celui des crises.
    Les Fleurs du mal resteront à jamais le bréviaire poétique des révoltés et des insoumis, de ceux qui ne s'accommodent guère de l'ordre ambiant et des injonctions sociales.
    A mettre entre toutes les mains, à commencer par celle des professeurs de Lettres.



  • « Un nez !... Ah ! Messeigneurs, quel nez que ce nez-là !... », « Apprenez que je m'enorgueillis d'un pareil appendice, [...]. », « C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule ! » Un roc face à l'amour caché, un pic de poésie et de brutalité mêlées, un cap à franchir pour être enfin percé à jour et une péninsule de bons procédés entre deux moitiés d'hommes condamnés...

    D'un côté, Christian de Neuvillette, le gracieux sans cervelle. De l'autre, Cyrano de Bergerac, l'intellect obsolète. Qui ne connaît pas ce personnage là, ce mousquetaire gascon affublé d'un grand nez, amoureux de Roxanne mais dévoué au Cadet ? Nul ne peut l'ignorer car au-delà du mythe, c'est un nom qui perdure, un nom et un chapeau qu'il ne cesse d'ôter.
    L'Amour avec un grand A serait-il alors, selon Rostand qui le met en scène en cinq actes, uniquement réservé aux beaux ? L'espoir de conquérir interdit aux oubliés de l'esthétisme facial et ratés de l'harmonie corporelle ? Retiré aux bafoués de l'existence et autres « bons amis » seulement à même de divertir par le rire ou d'inculquer par les mots, sans ne jamais avoir le droit d'aimer, sinon l'âme soeur, le coup de coeur...

    Coup d'épée dans l'eau en effet car c'est bel et bien d'injustice dont traite ici Rostand ! Sous les traits fort charmants de Christian de Neuvillette, c'est en fait de l'esprit du cousin Cyrano - le poète au beau verbe mais laid et brute acerbe - que Roxane est éprise. L'amour impossible se jouant ainsi au coeur de ce triangle amoureux ne connaît pas de règle...
    Divisée entre deux hommes et soustraite à sa propre conscience, la belle multiplie les excuses pour que meurt l'inhérente évidence. De la cape à l'épée en passant par le front, siège d'Arras où le nez protégera « l'aimé », c'est de lettres passionnées en baiser sur le front - le vrai cette fois - que la vérité éclate à l'heure du son du glas.

    De reprises littéraires en adaptations cinématographiques (entre autres la version césarisée de Jean-Paul Rappeneau, sorti en 1990), le succès mondial du drame romantique de Rostand est immortel. Une écriture généreuse, une bonne dose d'infortune et un personnage hors-norme, tant par son nez démesuré que par ses multiples facettes effrontément exagérées.
    Craignant pourtant que sa pièce soit un véritable fiasco, Rostand s'excusa auprès de l'acteur Coquelin le jour de la représentation générale pour l'avoir « entraîné dans une pareille aventure »... Pourtant Cyrano fut une triomphe sans précédent. Le ministre des finances lui-même vint offrir à l'auteur sa propre Légion d'honneur, factice certes, mais tout de même ! On peut dire que l'homme avait le nez creux tant son flair l'avait poussé à sentir l'effluve du succès... Rostand se vit en effet remettre la véritable Légion d'honneur dans les jours qui suivirent, le 1er janvier 1898.

    Librement inspirée de Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), Cyrano de Bergerac demeure de fait la plus célèbre pièce de théâtre d'Edmond Rostand. Dans le cadre de la collection « 3 raisons », c'est ainsi en dépassant le noir/blanc/rouge d'une « péninsule » découpée à l'obscur que vous embarquerez. Archétype humain digne du Roi Arthur ou de Don Quichotte (pour qui il retire son chapeau au seul son de son nom), Cyrano s'adresse donc à tous, sans exception, petits et grands, beaux et moins beaux, épris ou pas.

  • Le Portrait de Dorian Gray, c'est une sorte de Dracula, mais sans hémoglobine. Un « roman d'horreur » que le chef d'oeuvre de Bram Stoker rejouera à sa manière, quelques sept ans plus tard, en 1897, comme finale d'une époque, celle de la reine Victoria. Si les auteurs se connaissent bien, tous deux irlandais, il faut souligner que la femme dont il est amoureux, Florence Malcombe, lui préférera Stoker... Voilà le genre d'hapax existentiel qui vous donne à écrire un roman.

    Ainsi, pourrait-on comprendre que Wilde, blessé par cette déception amoureuse, se soit alors tourné vers une sorte de dandysme hédoniste, tout en solipsisme, dont Le Portrait de Dorian Gray se fait l'écho. Et ce n'est pas à Lord Henri que Wilde ressemble - il lui sert à exposer ses réflexions sur l'esthétisme - mais plutôt à Dorian lui-même, obsédé par sa propre personne, dévoré par sa beauté physique. A tel point que le réel s'en trouve bouleversé, que les lois de notre monde se transforment peu à peu, à l'insu de tous. Dorian est une beauté éternelle (comme Dracula) qui prend des vies pour survivre.


    Et Wilde de se servir de ce monstre pour donner au lecteur de brillantes saillies d'observation sur l'être et l'apparence. L'impossibilité absolue pour Gray de se dissocier de Dorian, l'être en chair de l'être de peinture, réactive le débat antique où Platon et les Sophistes se livreront des guerres sans merci. Pour Wilde, comme pour Gorgias de Léontium, l'être n'est que l'apparence et réciproquement. La volonté de cacher ce que l'on est se trouve vaine et absurde, puisqu'elle finira toujours par éclater au grand jour.


    Cette critique de l'idéalisme, assez conventionnelle, s'accompagne d'une distance prise avec l'hédonisme, si fashion aujourd'hui en France : la recherche du plaisir n'est pas une mince affaire et les abîmes qui le bornent, une véritable ruine. Reste à l'individu, pour se construire, à faire de sa vie une oeuvre d'art, sans démesure et prétention.



    Cette traduction est celle de la version traditionnelle, quelque peu censurée, du Lippincott's Monthly Magazine en 1890 : Craig Lippincott, l'édtieur de Wilde, avait en effet supprimé toute allusion à la « décadence » des personnages... Kinoscript & Stvpress prépare une traduction inédite à partir de l'édition anglaise non-censurée, parue aux Presses Universitaires de Harvard en 2011.

  • Bel-Ami

    Guy de Maupassant

    Bel-Ami, c'est un mélange savant entre une version « réaliste » de Don Juan, façon XIXe, à la française et d'un Rastignac fin de siècle, sincère dans son goût obstiné pour le mensonge opportun, nitzschéen dans sa volonté désirante que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter. Rappelons l'intrigue : un pauvre petit sous-officier, Georges Duroy, se hisse au rend de magnat de la presse et de riche rentier au moyen de nombreuses ruses et manipulations dont les femmes sont le principal rouage.
    Mais si l'être de papier, Duroy, que crée Maupassant semble se plier avec devoir à la maxime flaubertienne du « Mme Bovary, c'est moi », le divorce entre l'auteur et son héros est discrètement consommé dès les premières pages : avec une minutie de chirurgien Maupassant dissèque le comportement d'un salaud pour lequel il n'a que de l'antipathie. Et alors, l'arsenal de subversion entre en scène : le capitalisme, la bourgeoisie, les scandales politico-financiers de la fin du XIXe siècle, tout est patiemment démonté par Maupassant, qui propose au fil du roman, un véritable traité de la nature humaine. Et le tableau qui peu à peu se dessine sous les yeux du lecteur doit plus aux Vanités du XVIIe siècle qu'à Manet ou Courbet : l'homme est par nature enclin à faire le mal, car sa propre survie lui importe plus que tout.
    La présente édition reprend l'édition de 1885 chez Victor Havard.
    Ce livre s'adresse aux lecteurs qui pensent que la contestation est une affaire récente et politique. Maupassant fait la démonstration que la littérature a les moyens de subvertir l'ordre ambiant, sans violence ni révolution. Dans le silence de la lecture.





  • Au Bonheur des Dames paraît la même année, 1883, que le célèbre roman de Maupssant, Une Vie. Deux monographies romanesques, écrites par des hommes, sur les femmes. Et singulièrement, là où le second sombre dans une sorte de pessismisme schopenhaurien, le premier propose un roman de l'optimisme : une histoire d'amour qui finit bien. Au prix de quelle ironie!



    Et c'est là le génie de Zola, le happy ending. On sait le goût tragique des naturalistes. La vie finit mal. Alors, pourquoi les fictions devraient-elles mentir si elles imitent la nature? Mais ce qui est à l'oeuvre dans le Bonheur des Dames, c'est aussi une tragédie. Envers et contre tout. Malgré les apparences. Et cette tragédie, c'est cette fin heureuse. Denise, la pauvre provinciale, la petite vendeuse orpheline, montée à Paris, avec un enfant sur les bras, ne peut qu'épouser le riche directeur d'un Grand Magasin, séducteur de son état, aveugle à la misère humaine, amoureux de ce qui lui résiste et qu'il ne possède pas. Cet homme s'appelle Octave Mouret.


    L'ironie zolienne frappe tout azimut et installe le paradigme social de la secrétaire mariée à son patron, de l'infirmière à son médecin, de l'hôtesse de l'air à son pilote. Bref, Zola démonte avec finesse les mécanismes sociaux qui unissent l'amour et le pouvoir, la domination et le sexe. Qu'on ne se fasse guère d'illusion, quand bien même tente-t-on d'y échapper, on y tombe la tête la première. Avec fracas.


    Est-ce là la seule raison de relire Au Bonheur des Dames? Non. Il y a aussi dans le livre une force visionnaire et inquiétante. Zola, tout en faisant mine de décrire les changements sociaux de la fin du XIXe siécle - l'apparition des premiers Grands Magasins - fait le procès de ce qui mènera, un siècle plus tard, à la mondialisation. Au fusion/acquisition. Aux chaînes. On savoure alors amèrement la cinglante ironie du titre : le « bonheur des dames » fait le malheur des hommes, entendre, l'humanité. Dans ce roman, en effet, tous les personnages sont pris au piège de l'individu, du gain, du capitalisme, en un mot...



    La présente édition reprend celle de la fameuse "Bibliothèque Charpentier", créée par Georges Charpentier, qui se définissait lui-même comme « l'éditeur des naturalistes ».



    Ce livre séduira aussi le lecteur du XXIe siècle, car Au Bonheur des Dames, demeure une excellente "saison" de la série des Rougon-Macquart.

  • Candide

    Voltaire


    Les éditeurs parisiens, et avec eux, les professeurs de Lettres, présentent généralement Candide comme l'oeuvre d'un écrivain des Lumières, d'un intellectuel engagé, contre l'intolérance religieuse, politique et guerrière. Contre le racisme, les coutumes absurdes et le conservatisme aristocratique. Bref, un modèle d'ironie et de sarcasmes bien placés. Le genre de type et de texte qui vous bouleverse une société à lui seul.


    En fait, on peut lire Candide autrement. Sans arrière-pensées. Sans sérieux et suffisance. Pour le plaisir de lire un texte frappeur et draconien contre le genre humain.


    Un conte philosophique qui multiplie l'humour farcesque, voire salasse : qu'on se rappelle du début programmatique. Candide est le bâtard d'une incartade amoureuse de la soeur du baron; quelques lignes plus tard, la jeune Cunégonde surprend le prof de philo, Pangloss, en train de livrer un assaut amoureux à une servante; et le chapitre se termine par un coup de pied dans les fesses de Candide, qui a tenté de reproduire ce que Cunégonde a vu des ardeurs "philosophiques" de Pangloss... Ajoutez à cela que Cunégonde semble vouloir battre des records en multipliant ses aventures sexuelles - de bon ou de mauvais grès - et vous vous ferez une idée véritable de Candide qui n'a rien d'un livre pour innocents.


    C'est une parodie de ce genre littéraire bien en vogue au XVIIIe, le roman picaresque, où un pauvre erre devient le jouet du destin, qui fait de lui tout et son contraire, le hissant au sommet de la société pour le jeter tout en bas, gros jean comme devant. Il faut donc se méfier de lire dans Candide ce qu'on aimerait bien y voir. Voltaire se moque de tout et de tout le monde. Même le fameux chapitre 19, Le Nègre de Surinam, n'est pas aussi univoque qu'on le dit. L'auteur renvoie dos à dos la monstruosité des esclavagistes et la servitude volontaire des esclaves, stupide dans leur immobilisme. Bien-sûr Leibniz, Rousseau, Frédéric II, Emilie du Châtelet, la maîtresse de Voltaire, tout le monde en prend pour son grade.



    La présente édition reprend le texte original paru en 1759 à Genève aux Editions Princeps



    A relire de toute urgence pour avoir sur l'existence un regard toujours critique, mais jamais sérieux.




  • Nana

    Emile Zola


    Avec Nana, on en a pour son argent. Cette P... si peu respecteuse des conventions a réussi à se faire une place à part dans la littérature. A l'instar des personnages du roman, les critiques littéraires sont paratagés entre l'attirance, la fascination et, d'un autre côté, le mépris, l'avanie : « On ne mange pas de ce pain-là nous! », ou « Ce n'est pas le meilleur roman de Zola... ». Eh bien, au risque de décevoir dans les chapelles littéraires, il faut bien reconnaître que Nana est l'un des meilleurs romans de Zola.
    Tout d'abord, Nana est une sorte de « philosophe-voyou » avant l'heure. Elle a fait sienne le concept nietzschéen de volonté de puissance et celui des sophistes, le kairos, le moment opportun, si cher aux penseurs présocratiques. Nana, fille d'ouvrier, comdamnée à errer dans les bas de fonds de Paris. Condamnée par l'hérédité et la société à devenir l'éternelle répétition du même : un rebut insignifiant et inutile. Bien au contraire, Nana se fait un nom. A la sueur de son coprs. Avec ses tripes. Paralysant les hommes de son venin : le sexe. Et les jettant après utilisation.


    C'est donc un grand livre de femmes. Réaliste dans son naturalisme : si les hommes ne cessent de vouloir réifier les femmes, c'est que les femmes - dont Nana est la paradigme - considèrent les hommes comme des objets. Car, ils ne sont que des objets. Objets à faire l'amour. A engendrer. A payer. A se croire être plus qu'ils ne le peuvent. Muffat, le politicien bien placé, en perd son latin et sa bourse. Dans le même temps.


    Enfin, Nana ose avant tous ces fatras minoritaires, qui minent notre époque, mener une vie debout, sans honte ni remords : avec une femme, Satin - dont les scénaristes de Moulin Rouge se souviendront pour écrire le chef-d'oeuvre de Barz Luhrmann. Et ces amours étrangères au Second Empire sont la dernière grande claque que Zola assène sur la gueule d'une société sclérosée par le luxe et les divertissements.


    La présente édition repoduit celle de la "Bibilothèque Charpentier", en 1880

    Un seul détail, qui fait de ce roman une tragédie grecque : la mort de Nana...

    Annonce : "Editeur cherche auteur tenté par la réécriture de la fin de Nana. Pour donner raison, une fois pour toutes, aux femmes."

  • Le Horla

    Guy De Maupassant


    Le Horla et autres nouvelles fait partie des incontournables de la littérature de collège. Tout bon professeur qui se respecte, sait, qu'en donnant à lire ce recueil, il conduira à la lecture bien de ses élèves. A cela, une raison : le style de Maupassant. Car qu'on n'aille pas prétendre que la jeunesse actuelle se fasse peur à la lecture du Horla. Le phrasé, les mots, le tempo musical rendent le texte « fantastique », et pour reprendre les mots de Louis-Ferdinand Céline, le lecteur est alors emporté dans la « rame émotive » menée par l'auteur.
    Mais, il y a aussi une autre raison de lire Le Horla. Cette raison, c'est Freud. Oui, le père de la psychanalyse aurait certainement profité d'une lecture de Maupassant. Malheureusement, nulle trace d'une quelconque filiation. On ne peut qu'en faire l'hypothèse devant une parenté si frappante. Ainsi l'interrogation constante que mène Maupassant sur la question de l'identité et de la psychose eût-elle pu influer sur la théorie de la psychanalyse... De toutes les manières, Freud a tout fait pour donner à ses thèses un apprêt scientifique : alors une origine littéraire ne pouvait que faire tache.
    La présente édition reprend l'édition originale de Ollendorff en 1887, dans laquelle figure la seconde version du Horla , sous forme de journal intime.
    Ce livre s'adresse à ceux, qui, curieux de relire un classique, souhaite comprendre comment le phénomène fantastique est intimement mêlé à une réflexion sur le sujet et l'identité.

  • On connaît bien le Maupassant pour collégien. Celui du Horla et des nouvelles fantastiques. Le Maupassant amusant et délassant. Qu'on lit pour fuir l'ennui. Mais, on ignore tout de l'autre Maupassant. Le schopenhauerien. Pessimiste. Sombre et mélancolique. Solitaire et flaubertien. Réaliste et perspectiviste. Qui pense que le vie ne vaut la peine d'être vécue et qui écrira dans La Solitude : « Notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude ». Ce Maupassant là, c'est celui de Pierre et Jean.
    Dans ce roman, Maupassant abat clairement ses cartes : « Bourgeois, je te hais. Et je te déclare la guerre ». Bien-sûr, une guerre d'idées et de mots. Mais une guerre quand même. Guerre à l'hypocrisie et au mensonge. Guerre au paraître et aux convenances. Guerre à la gentillesse civilisée d'une société, qui, pour se rassurer, ne cesse de produire des mythes auxquels elle finit par croire. Ainsi Pierre et Jean, tel un nouveau couple fratricide et biblique dévoilent-ils peu à peu les failles d'une famille, les Roland, métonymie d'une époque, dont le seul dieu semble être l'argent.
    L'édition présente reproduit le texte original, publié initialement en feuilleton dans La Nouvelle Revue à la fin de l'année 1887 et au début de l'année 1888.
    A l'issue de la lecture de Pierre et Jean, se livre une certitude : derrière le prétendu réalisme de Maupassant se cache un faiseur d'allégories, un fabricant de symboles, détenteur des arcanes de la misère humaine. Méfiance donc.

  • Dracula

    Bram Stoker

    Quiconque a lu le Dracula de Bram Stoker sait la richesse d'une oeuvre que sa postérité cinématographique a participé à simplifier, et dans le même temps, à forger. Expérience de lecture étrange et paradoxale : lire Dracula vierge de tout parasite mythologique relève de l'impossible. L'image semble vouloir se glisser inexorablement entre les mots, et préparer notre imagination, l'infléchir, la contaminer.

    Ce que propose cette réédition, afin de parvenir à cette état idéal de lecture, c'est de substituer l'analyse philosophique à l'enchevêtrement des représentations cinématographiques. Le kit de lecture, comme kit de survie de l'oeuvre.


    La première idée est que Bram Stoker en nous donnant à lire le duel entre le Comte Dracula et le professeur Van Helsing nous livre une réflexion sur le statut philosophique de la science à la fin du XIXe siècle. Et au moment où Nietzsche est en train d'expirer, Bram Stoker semble s'inspirer des textes du philosophe au marteau pour modeler sa thèse : la science n'a pas réponse à tout, elle s'affirme et s'affermit dans une spirale vicieuse où rien ni personne ne peut la contredire. Deus sive sciencia, Dieu ou la science, pour parodier Spinoza. Comme l'écrira Stoker au cours du roman : « La puissance du vampire tient à ce que personne ne croit à son existence ». Du coup, les personnages sont contraints de devenir des voyous, bravant les lois et les interdits afin de lutter contre le mal, que tout le monde nie, puisque la raison n'est plus de la partie.


    D'autre part, Dracula est une très belle réflexion sur l'éthique en ce crépuscule victorien. En fait, le bien et le mal, à l'image des échanges de sang qui parcourent le roman (sang volé par le vampire ou prêté pour résister à lui), se baladent sans avoir de place attitrée. Mina, la fiancée de Harker, est attirée par le Comte, Van Helsing est fasciné, aussi. Il admire sa force, son intelligence, sa culture, quelque part, le fait qu'il soit un vestige du passé qui ne veut pas passer. Car Dracula, c'est l'immortalité de la féodalité, du temps des Seigneurs, où les valeurs ne se construisaient pas sur le travail et l'argent, mais sur le sang et la guerre. Dracula, l'anti-moderne. Moins violent que le syndicalisme, Dracula pourrait se lire comme un traité de résistance à la société industrielle que plus rien ne peut arrêter en 1897, lors de la parution du texte.



    La présente édition est la reproduction de la première édition française en 1920 chez l'Edition Française Illustrée.


  • Telle est l'ironie de la littérature : Stendhal qui voulait écrire pour ses « happy few » se retrouve bien malgré lui le symbole d'une culture classique et rebattue, lui que tout lycéen de bonne naissance se doit d'avoir lu. Et pourtant quelle subversion ne se cache-t-il pas dans ses romans - notamment Le Rouge et le Noir! Un fils du peuple, Julien Sorel, que le destin vouait aux champs, se fait anoblir et mettre à mort. Entre-temps : adultère, mensonges, ambition, infidélité, tentative d'assassinat... De quoi donner à penser sur la société de la Restauration...


    En fait, si les bâtisseurs de programmes de l'Education Nationale y prêtaient attention, ils interdiraient aux enfants la lecture du Rouge et le Noir. Trop dangereux pour une nation. Explication.


    D'abord, la dénonciation brutale des nantis. Que ce soit le maire de Verrières, M. de Rênal, ou le ministre du Roi, le Marquis de la Mole, l'image des puissants croquée par Stendhal n'est guère séduisante : faibles, naïfs ou bien arrogants et calculateurs, ils font très fin de race. Impuissants à tout acte de force, contrairement à Julien, qui, lui, est emporté dans un tourbillon de passions et de violences, d'intelligence et de volonté. En somme des valeurs aristocratiques. Bref, le monde à l'envers. Mais le monde tel qu'il est. Pour le collégien, c'est lui enseigner à mépriser son professeur...


    Le Rouge et le Noir, c'est également, l'athéisme à l'état pur. Nietzsche ne s'y trompera pas, lorsqu'il dira dans Ecce Homo : « Peut-être suis-je même jaloux de Stendhal. Il m'a volé le meilleur mot que mon athéisme eût pu trouver

    « La seule excuse de Dieu c'est de ne pas exister.» » En effet, Julien se sert au sens propre de l'Eglise pour arriver. Son idole est Napoléon et non le Christ, symbole d'une philosophie de l'agonie, du pardon, de l'égalité. Sorel lui ne rêve que d'empire. Sur soi, les autres, le monde. En un sens, il est un peu à sa manière une esquisse du Surhomme que pensera le philosophe quelques décennies après. Encore une fois, rien de très séant à notre jeunesse.


    Enfin, et c'est là le génie de Stendhal, Le Rouge et le Noir renvoie dos à dos l'héritage révolutionnaire et le marasme monarchique. La Révolution qui ne peut mener qu'à un monde fait d'illusions, où l'humain prend son désir pour de la réalité, jusqu'à la folie. La Monarchie qui a perdu tout désir d'être, et qui n'est plus que dans le paraître des salons mondains.


    En ce début de XXIe siècle, les individus se cherchent toujours, incapables, comme Julien Sorel, de devenir ce qu'ils sont. Si l'Ecole ne l'enseigne pas, laissons Stendhal nous l'apprendre.



    La présente édition est la reproduction de celle de novembre 1830 chez les éditions Levasseur.



  • Salammbô

    Gustave Flaubert


    On connaît mal les textes d'après Bovary. Comme si le roman qui fit tant de bruit par son procès éclipsait le reste de l'oeuvre. Salammbô fait partie du lot. Malheureusement. D'abord, parce qu'inclassable; tout bon professeur de Lettres s'y casse la tête; et voici un roman de Flaubert qui n'est pas réaliste. Mais historique. Et qui plus est une histoire que l'on ignore généralement : les guerres puniques (pas ou peu au programme d'histoire de l'Education Nationale), et particulièrement une époque singulière de ces conflits, la guerre qui opposa Carthage à ses mercenaires.



    Mais c'est aussi un roman qui heurte le bon goût de l'intellectuel germano-pratin. Il y a plus de sang que la morale rationnelle l'exige. Un sang esthétisé par Flaubert, comble de la misère spirituelle pour tout lettré qui se respecte. La violence ne fait pas bon ménage avec la vraie littérature. Et bien Flaubert nous démontre le contraire. Au cinéma, il faudrait la caméra de Coppola pour rendre l'intensité flaubertienne. Celui d'Apocalypse Now et du Godfather. Une fresque baroque et nihiliste.


    Résumé en une phrase, Salammbô, c'est l'histoire d'une princesse orientale, vierge et consacrée aux dieux, qui tombe amoureuse de l'ennemi de son père, de son pays, de sa patrie, qui le trahit et qui en meurt. Entre le premier et le dernier regard enchâssants le récit, il n'y a que d'incessants va-et-vient entre les deux camps et les deux corps, celui de Salammbô et de Mathô - le mercenaire au grand coeur.


    Mathô, c'est aussi, paradoxalement et ironiquement, la figure romantique du révolté déchu. Qui pour trop aimer, est condamné à perdre, alors même qu'il lutte pour la Justice. En effet, Carthage refuse de payer ses soldats de fortune, qui lui ont été fidèles face à un ordre implacable, celui de Rome. Mathô, une sorte de pré-Spartacus. On ne peut prêter à Flaubert des intentions socialistes - il est pourtant dans l'époque - lui dont le pessimisme damne toute action politique. Cependant, il y a aussi quelque chose des frères Gracques chez ce héros flaubertien, symboles au XIXe siècle de la révolution intelligente, célèbres adversaires de l'injustice praticienne.


    Bref, Flaubert dégouté de tout (du monde, littéraire et mondain) propose des figures alternatives. Aux veines gonflées de désir et de force. Antidotes à notre temps. Bien-sûr.



    La présente édition reprend le texte de l'édition de 1883, de la Bibliothèque Charpentier.

  • Andromaque

    Jean Racine

    A l'époque où le XVIIe siècle se fait libertin, 1667, Racine décide de s'emparer de la matière troyenne (et d'Andromaque, la veuve d'Hector) pour mettre au point la plus vaudevillesque des tragédies classiques, où tout le monde aime quelqu'un d'autre et personne n'est aimé de qui que ce soit.
    Mais au-delà des tragédies de la passion que Racine met si bien paroles et en actes, il y a le souci éminement moderne d'humaniser un théâtre qui ne laissait guère de place à l'homme, tel qu'en lui-même, avec sa chair et son sang. Qui n'en vaut aucun mais que aucun ne vaut.
    A lire et à voir donc. A apprendre par coeur aussi. Pour ceux qui croient encore à la grandeur de l'alexandrin racinien, à son plus beau moment ici.

  • La Peau de chagrin fait partie de ces livres que l'on devrait porter avec soi en toute heure. Car à eux seuls, ils comblent nos deux grandes aspiration littéraires : divertir et donner à penser. Amuser et cogiter. Enchanter la raison qui rumine alors les raisons de son ivresse.


    Le canevas balzacien ne fait guère dans l'originalité : un jeune homme au bord du suicide fait un pacte avec le diable. Et pourtant, ce lieu commun accède, sous la plume de Balzac, à une dimension universelle, lorsqu'il oblige chaque lecteur à s'identifier avec Raphael, le héros. Se prendre pour Faust relevait du grand écart littéraire : les apparitions de Méphistophélès se multipliaient, les invraisemblances également et pour courroner l'ensemble, Faust rencontrait l'empereur et se mariait avec Hélène de Troie...


    Dans La Peau de chagrin, par une sorte de gravitation, nous sommes attirés dans les arcanes du réalisme, au sein même d'une intrigue fantastique à souhait. Contrairement à Faust, Raphael parle notre langue, se pose nos problèmes - le bonheur, la richesse, le désir, séduire - en des termes humains - rien ne distingue la fameuse peau d'une fortune qu'on hériterait puis, dilapiderait. Ce mélange entre réalisme cruel et romantisme noir permet à l'auteur de jeter le lecteur dans un abîme angoissant où le vraisemblable le dispute au frisson de terreur.


    Mais ce que nous lance à la figure ce jeune roman de Balzac, c'est la question philosophique du désir, que décortique avec fureur le penseur Schopenhauer, à la même époque, dans son livre-monument Le Monde comme volonté et comme représentation. Et cette interrogation n'a jamais été aussi réaliste qu'en ce début de XXIe siècle, où notre désir constitue la clé de voûte de nos sociétés de consommation. Où même les plus contestaires d'entre nous se retrouvent cloués au pilori de leur propres anathèmes : le Che Guevara finit ses jours sur des t-shirts...


    Comme si Balzac avait prévu les faiblesses de notre modernité. Vous pensiez avoir mis un terme à l'Histoire par l'avènement des sociétés démocratiques, de la citoyenneté globale, de la mondialisation des droits de l'homme?! Détrompez-vous, le pire est à venir. Croyant porter un coup fatal aux vices de l'humanité, nous avons travaillé sourdement à leur dilatation. Comme si chacun de nos désirs venait grossir les rangs de notre corruption. Une peau de chagrin... en expansion.



    La présente édition reprend celle d'Edmond Werdet, en 1834, dans Les Etudes philosophiques.



    Ce livre s'adresse à tous ceux qui croient au progrès et à la modernité. Ecoutez la leçon de Balzac. Au propre comme au figuré.

  • Dom Juan

    Molière

    Dom Juan résonne dans nos têtes comme une chanson de supermarché : tout le monde la connaît, mais personne ne peut mettre un nom sur cette réalité galvaudée : Dom Juan, c'est le sécuteur invétéré, le cynisme fait homme, l'égoisme incarné. Certes, les faits sont là. Mais derrière cette figure mythique et mythifiée, il y a un personnage conceptuel extrêmement subversif. Car, bien avant Nietzsche et Stirner, ce que propose le gentilhomme castillan, c'est de placer l'individu au centre des préoccupations. A une époque où Louis XIV fait de son mieux pour institutionaliser un centralisme castrateur.
    C'est pourtant lui qui finance Molière, car ce dernier sait poser des drames qui fonctionnent sans faire trop de bruit. Même si Dom Juan n'échappera pas à la censure. Il n'échappera pas aux professeurs de Lettres, qui contribueront à diluer et discipliner le message hédoniste de Molière.
    Cette lecture est une invite à lire Dom Juan comme une bombe philosophique à retardement : rien ni personne n'est épargné. Heureusement, c'est une comédie.

    O.S.V

  • Les Paradis artificiels, c'est le livre d'un malentendu. En l'espace de 150 ans, il est devenu la bible de tout poète tenté par la drogue et de tout drogué tenté par la poésie. Comme si le simple fait de consommer conférait du génie poétique, foudroyait son homme, saisi dans l'instantanéité de l'hallucination. Baudelaire, un peu malgré lui, a été entraîné dans une légende dont il semblerait l'un des héros.

    En réalité, si l'on veut bien prendre la peine de lire Les Paradis artificiels, on découvre un essai qui aurait dû propager une mythologie diamétralement opposée à celle que l'on sait : les drogues ne permettent pas d'accéder à une réalité poétique supérieure. Ni adjuvants, ni catalyseurs, elles sont une belle mode, au même titre que la photographie. D'ailleurs, son ami Théophile Gautier, s'engouffre dans les deux avec aveuglement : membre de la première Société de photographie, il est de toutes les fêtes à l'Hôtel Pimodan, où les expériences de consommation de haschich sont menées sur le modèle de Quincey.


    Baudelaire, lui, résiste aux tendances tout en refusant d'y adhérer intellectuellement. Certes, il est photographié par Nadar. Certes, lui aussi participe aux expérimentations haschichéennes. Mais, le célèbre photographe fait les frais, à plusieurs reprises, des attaques du poète. Et, les « paradis artificiels » sont réduits à néant en quelques essais. C'est à cause de Baudelaire, au demeurant, que les drogues se verront affublées de cette périphrase ironique, que le bobo lit au premier degré, en s'arrêtant au premier mot. Comme s'il s'agissait d'un synonyme de « paradis terrestre »...


    Seul le vin paraît trouver grâce à ses yeux. Il faut lire l'ouvrage en pensant à toute cette tradition rabelaisienne, qui fait du vin le sang de l'écrivain et de l'alcool une vertu carnavalesque. Bref, ce que vomit par-dessus tout Baudelaire au cours de ces fiestas d'intellos, ce ne sont pas les substances ingérées, mais son époque. Elle qui se veut moderne, civilisée et progressiste. La vérité jubilatoire : Baudelaire n'a jamais été cool.



    La présente édition est la reproduction de l'édition de 1869 chez Michel Lévy Frères. Bien que la première édition date de 1860.

  • Les essais

    Michel de Montaigne


    Montaigne est l'auteur d'un seul livre. Ou presque. Qu'il n'a cessé de retravailler toute sa vie, à la différence de nos philosophes contemporains qui ne cessent de pondre des livres pour gagner de l'argent.

    L'idée derrière ces tentatives d'écriture? La connaissance de soi, la volonté de mener des exercices spirituels quotidiens pour parvenir à la vie heureuse. Contrairement à Descartes au siècle suivant, Montaigne ne cherche pas à se rendre comme maître et possesseur de la nature. C'est le souci de soi qui l'anime. L'amour, la mort, le désir, le changement de sexe, la jalousie, les passions tristes que sont la politique et le pouvoir, voilà ce sur quoi se penche Montaigne avec une simplicité déroutante.
    A mettre sur sa table de chevet, en bonne place, entre la bible et l'oreiller.

  • La terre

    Emile Zola

    Longtemps, on a considéré La Terre comme un roman pornographique et vulgaire. Et c'est vrai, il y a du sexe, très cru, et des "scènes", à faire pâlir le bourgeois dans sa chaumière. Une violence, aussi, digne d'une sorte de brutalisme, que bien avant Zola, on avait reproché à Pétrone, l'auteur latin du Satiricon. Par la même occasion, le premier, Zola est accusé de vouloir faire un coup commercial. Du cul pour du fric, le chef d'accusation est commun et rebattu, mais fonctionne de manière implacable.



    En fait, avec La Terre, Zola, poursuit la peinture de sa fresque naturaliste. Au risque de plaire aux uns et de déplaire aux autres. Et c'est au monde paysan qu'il s'attaque cette fois. Avec ses façons de clinicien du roman et ses aises de romancier expérimental. Pour lui, l'enjeu est clair, faire tomber le couperet sur la vision romantique de la campagne, allant de pair avec un culte idéaliste de la Nature. Zola tord le cou à Chateaubriand, discrètement, mais sûrement : ce serait peine perdue que de chercher une Atala dans La Terre. Le seul personnage qui s'en rapproche, Françoise Fouan, est poussée sur une faux...


    Donc, la violence, elle est surtout en dehors du roman. Celle qui fait la démonstration que la littérature est une guerre sans pitié entre auteurs. Morts ou vivants. Pour qui la seule chose qui compte est d'imposer sa vérité du roman, par ses mensonges romanesques. Et Buteau, le frère de Françoise, de violer sa soeur. L'imagination de Zola n'a reculé devant aucune cruauté pour faire triompher sa thèse : le monde paysan est impitoyable, pingre et fesse-mathieu. Il ne vaut pas mieux que celui des Grands Magasins.


    Et peu à peu, l'originalité du roman se dessine : Zola se fait juge et accuse un monde pour lequel il n'éprouve guère de sympathie. Un monde hostile au changement, et réactionnaire. Celui des Chouans. Et si, bien souvent, les héros zoliens font l'objet d'une certaine complaisance de la part de leur créateur - pensons à Nana, par exemple, la famille Fouan n'est guère appréciée.



    La présente édition reprend celle de 1887, de la fameuse "Bibliothèque Charpentier", créée par Georges Charpentier, qui se définissait lui-même comme « l'éditeur des naturalistes ».



    Ce livre s'adresse à tous ceux soucieux de prendre Zola en flagrant délit de manquement à la doctrine du Roman expérimental d'après laquelle « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur ». Et lire un zola partisan, c'est avoir sous les yeux le zola vengeur. Celui qui défendra Dreyfus. Et ça fait du bien.

  • Essais

    Michel De Montaigne

    Montaigne est l'auteur d'un seul livre. Ou presque. Qu'il n'a cessé de retravailler toute sa vie, à la différence de nos philosophes contemporains qui ne cessent de pondre des livres pour gagner de l'argent.
    L'idée derrière ces tentatives d'écriture? La connaissance de soi, la volonté de mener des exercices spirituels quotidiens pour parvenir à la vie heureuse. Contrairement à Descartes au siècle suivant, Montaigne ne cherche pas à se rendre comme maître et possesseur de la nature. C'est le souci de soi qui l'anime. L'amour, la mort, le désir, le changement de sexe, la jalousie, les passions tristes que sont la politique et le pouvoir, voilà ce sur quoi se penche Montaigne avec une simplicité déroutante.
    A mettre sur sa table de chevet, en bonne place, entre la bible et l'oreiller.

  • Les Petits poèmes en prose est un cas curieux dans la littérature française. Celui d'une oeuvre "journalisitique". Entendons bien : Baudelaire le poète-journaliste, lui dont la grande majorité des pièces poétiques qui composent Le Spleen de Paris fut publiée dans l'organe de presse grand public La Presse, entre 1855 et 1864. Imaginez un peu Renée Char dans Paris-Match...


    Conséquence : la tension quasi palpable entre une esthétique du feuillton, de l'épisode, de l'imagette, de la miniature et d'un autre côté, une sorte de haine consommée pour le "grand journal", où Baudelaire se retrouve bien souvent en "rez-de-chaussée", à côté des chiens écrasés.
    Et c'est comme cela qu'il faut lire Le Spleen de Paris. Un beau fruit pendu à l'arbre de la laideur. Un tableau d'immondes merveilles, où la cruauté du dandy frappe sans relâche la modernité d'une société qui ne cesse de s'enorgueillir de ses "progrès", de son degré de culture, de son idéalisme. Ainsi dans le Miroir, la démocratie subit-elle une attaque frontale, et avec elle, les droits de l'homme, cet universel que si peu de poètes ont osé contester depuis.


    On est bien loin du Baudelaire-révolutionnaire tant vanté par Walter Benjamin, en rouge et noir, le poing fermé, levé vers l'avenir, pour le peuple. Et qui fait surface dans les années 70 aux Etats-Unis. Le Baudelaire des ballades en prose est agressif certes. Mais ce qui le fait vomir, c'est le fraternalisme tendance. Le socialisme fashion. A l'image de son antithèse et éditeur : Arsène Houssaye. Le poète arrivé, enrichi par des spéculations immobilières, qui se fit construire un hôtel particuler non loin du Parc Monceau. Et qui dans son Vitrier s'élance la tête la première dans le charitable et le généreux : les pauvres ont un salut... dans la fraternité des classes.



    La présente édition reproduit l'édition posthume de 1869, chez Michel Lévy Frères.



    Ce livre s'adresse aux lecteurs du Baudelaire de gauche, moderniste, progressiste, partagiste... Baudelaire l'anti-moderne.

  • 1668, au beau milieu de L'Avare, George Dandin, Amphytrion, surgit une pièce inattendue, telle un boulet de canon qui emporte tout sur son passage, Les Plaideurs Racine a décidé de frapper sans compter :
    1) il emplâtre son rival Corneille en parodiant Le Cid à maintes reprises dans sa pièce : le "va, je ne te hais point" devient chez Racine : "Va, je t'achèterai le Praticien français". Sans parler de l'exploit que le premier veut montrer au second : celui d'écrire une comédie, sa seule, est d'avoir plus de succés que lui.
    2) Le Maître, son maître janséniste : Racine nous livre une parodie comique de son art oratoire... L'ironie est le plus beau de tous les respects, surtout quand on n'en est pas la victime.
    3) Ses "amis" qui se sont opposés à lui en lui donnant des leçons de dramaturgie en prennent pour leur grade.
    Pour résumer, en lisant Les Plaideurs, on se situe dans la perspective subversive du burlesque des Scarron et des D'assoucy.

    A lire de toute urgence, pour ainsi réparer l'immense offense que l'Education Nationale profère chaque année, en ne le mettant jamais au programme.

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    O.S.V

  • Vers le commencement du mois de mars de l'année 1841, je voyageais en Corse.
    Rien de plus pittoresque et de plus commode qu'un voyage en Corse : on s'embarque à Toulon ; en vingt heures, on est à Ajaccio, ou, en vingt-quatre heures, à Bastia.
    Là, on achète ou on loue un cheval : si on le loue, on en est quitte pour cinq francs par jour ; si on l'achète, pour cent cinquante francs une fois payés. Et qu'on ne rie pas de la modicité du prix ; ce cheval, loué ou acheté, fait, comme ce fameux cheval du Gascon qui sautait du pont Neuf dans la Seine, des choses que ne feraient ni Prospero ni Nautilus, ces héros des courses de Chantilly et du Champ de Mars.
    Il passe par des chemins où Balmat lui-même eût mis des crampons, et sur des ponts où Auriol demanderait un balancier.
    Quant au voyageur, il n'a qu'à fermer les yeux et à laisser faire l'animal : le danger ne le regarde pas.

  • Il y a des textes qui surgissent de l'oubli des tombeaux de l'histoire littéraire pour nous enseigner l'injustice de la gloire littéraire. Les Contes en font partie. Tous le monde connaît les Fables, à tel point que le vulgaire les confond...
    Et pourtant, tout les sépare. Quand les premiers sont un manifeste d'un libertin baroque épicurien, les seconds respirent le consensus de la leçon de morale destinée au Dauphin. L'interdiction des uns répondent à l'approbation des autres. Le loup au renard.
    A découvir donc, sans modération. L'un des Trésors de la langue française resté encore intact de toute glose parascolaire! Pour les lecteurs qui pensent comme Céline que "Rabelais a raté son coup" et que le sérieux de Boileau l'a emporté dans la littérature française.

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  • L'alliage de l'érotisme et du vampirisme ne date pas du Dracula de Coppola en 1992. Il remonte, en France, au romantisme, plus précisément à Gautier, avec sa Morte amoureuse, en 1836. C'est vrai. L'idée de conférer au suceur de sang une dimension sexuelle était géniale : comment refuser la comparaison entre les relations amoureuses et celles que le vampire entretient avec ses victimes? Gautier va même plus loin : il choisit pour jouet de la belle et sensuelle goule, un prêtre... Charge à nous d'inter-préter.

    En effet, si Romuald est tellement attiré par Clarimonde la courtisane, c'est qu'il est l'archétype de la virilité réduite en esclavage par l'amour d'une femme, ou plutôt, le désir nu et brutal; mal vécu, mal gouverné et maquillé d'un discours aveugle teinté d'idéalisme. Les Freudiens pourraient convoquer la psychanalyse et, avec elle, la théorie du refoulement. C'est pour maintenir emprisonné dans son inconscient sa pulsion sexuelle pour une femme que Romuald dédouble sa personnalité.


    Freud, lecteur de Gautier? Non, Gautier lecteur de Sade. Si on plonge dans les sources d'inspiration de ce bijou littéraire qu'est la Morte amoureuse, on trouve aux premières loges, le divin Marquis. A plusieurs reprises dans l'oeuvre, Clarimonde prend plaisir à faire saigner sa pauvre victime, sans vraiment s'en cacher. Comme si la cruauté faisait partie du jeu amoureux en particulier et social en général. On retrouvera chez Sade aussi le goût très gothique du château hanté. Par des monstres de sexe et de violence. L'athéisme également. N'oublions pas que le dénouement de la nouvelle nous donne à voir deux prêtres profanant la tombe d'une créature du Seigneur. Tout cela n'est guère catholique.


    Enfin, la célèbre morale de la nouvelle appelle à la réflexion : « Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d'une minute pour vous faire perdre l'éternité ». L'ironie cinglante du jeune romantique, il a alors 25 ans, semble critiquer lourdement une société en crise : la Monarchie de Juillet, plus ouverte que celle de Charles X, réprimera la révolte des Canuts en 1834... Une société qui ne sait plus quel héritage est le sien : la révolution ou la monarchie, même constitutionnelle? Difficile dans ce paysage d'avoir une vie amoureuse dégagée du carcan social et religieux. A moins de faire la nuit, ce que l'on ne vous permet pas de faire le jour.



    La présente édition est la reproduction du texte publié par Balzac dans La Chronique de Paris, en 1836.

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