Sciences humaines & sociales

  • La création de l'Office national interprofessionnel du blé (ONIB) par le gouvernement du Front populaire à l'été 1936 est l'accomplissement d'un élément du programme socialiste, mais il est surtout une réponse à la grave crise du marché du blé qui frappe le pays. Cette crise agricole de surproduction à l'échelle mondiale entraîne en France, malgré la mobilisation parlementaire, des réponses politiques longtemps tâtonnantes, qui ne parviennent pas à lutter contre les fraudes et les scandales provoqués par la spéculation. Ainsi la loi sur le prix minimum de l'été 1933 est un échec tant les intérêts des producteurs, des consommateurs et des différents intermédiaires sont en contradiction. La création de l'ONIB est difficile et témoigne aussi de ces oppositions. L'Office est modifié dans son fonctionnement dès 1938 pour faire face aux enjeux financiers. Transformé en Office national interprofessionnel des céréales (ONIC), l'Office est maintenu sous l'Occupation puis à la Libération pour faire face aux difficultés du ravitaillement. Fondée sur des archives diverses et méconnues, cette étude se veut une illustration de l'entremêlement de l'histoire économique et de l'histoire sociale avec l'histoire politique. Elle permet aussi de revenir aux sources des mécanismes de régulation des marchés agricoles qui ont été très influents dans la seconde moitié du XXe siècle et en particulier pour la politique agricole commune (PAC).

  • La Grande Guerre constitue un tournant majeur dans la gestion des finances publiques au XXe siècle. En préférant essentiellement l'emprunt à l'impôt pour faire face aux dépenses de guerre, les pays belligérants ouvrent en effet le cycle durable du déficit budgétaire, de l'endettement, de la dépréciation monétaire et de l'inflation. Mais au-delà des questions de financement, c'est l'ensemble du système de gestion des finances publiques qui se voit déstabilisé par le choc de la mobilisation générale, par la durée non prévue du conflit et par les défaillances ou les insuffisances de l'État libéral hérité du XIXe siècle. Faisant suite à un premier volume consacré au « troisième front » et à « la mobilisation financière », ce deuxième volume s'attache plus particulièrement à évaluer l'impact du conflit sur les institutions politiques et financières aux prises avec les dépenses de guerre (gouvernement, commissions parlementaires, ministère des Finances, Cour des comptes, corps de contrôle, organisations non gouvernementales, banques). La désorganisation et le désordre des circuits comptables, le relâchement ou la disparition des contrôles budgétaires et juridictionnels, les inadaptations et les improvisations administratives se combinent cependant avec des innovations gestionnaires qui manifestent la capacité des acteurs publics à affronter l'urgence et la nécessité. De la conduite de la guerre émergent les traits encore flous d'une nouvelle figure de l'État, un État sommé de prévoir, diriger, organiser et contrôler. Une bibliographie thématique enrichie complète cet ouvrage qui vient éclairer d'un jour nouveau les formes financières du « gouvernement de guerre » de 1914 à 1918.

  • Quel rôle ont joué les ministères des Finances et de l'Économie dans la construction européenne ? Comment ont réagi les différentes administrations, les hauts fonctionnaires face aux nouveautés structurelles, monétaires et fiscales ? Quelles solutions a-t-on trouvé hors de l'Hexagone ? Les trente intervenants réunis lors de ce colloque apportent leurs réponses à ces questions. Leurs communications sont regroupées autour de quatre thèmes : politiques économiques et concertations dans les années soixante et soixante-dix ; administration et culture européenne ; naissance d'une politique monétaire européenne ; négociations de la PAC et du GATT. Ces Actes sont complétés par la publication du témoignage d'acteurs de la construction européenne autour de l'union monétaire, des plans Barre et Werner et de l'harmonisation des taxes sur la valeur ajoutée dans les années soixante et soixante-dix.

  • À l'heure de l'après-guerre froide et de la reconversion des ex-pays de l'Est à l'économie de marché, La France, l'aide américaine et la construction européenne constitue un ouvrage de référence pour tous ceux que soucie le devenir de l'Europe. Dans cette somme que forment la thèse qu'il a soutenue en 1988, sous la direction du professeur René Girault, et douze chapitres complémentaires, Gérard Bossuat analyse les mécanismes des aides américaines à la France, leurs conséquences intérieures, leur influence sur la politique européenne de la IVe République... Il montre combien furent malaisées, en dépit de la manne du Plan Marshall, les vastes entreprises de la reconstruction, de la modernisation et de l'intégration européenne. À travers cette histoire de l'aide américaine à la France, bilatérale, puis multilatérale, économique puis militaire, on voit agir, de Jean Monnet à Olivier Wormser, Hervé Alphand, François Bloch-Lainé, Robert Marjolin et les grands ministres, Robert Schuman, Georges Bidault, René Pleven, Léon Blum, René Mayer, ceux qui ont fait la France d'après-guerre. « En vérité, après bien d'autres ouvrages sur la IVe République, dans ce livre le lecteur va découvrir ceux qui ont fait la France actuelle, acteurs illustres et moins connus, leurs idéaux et leurs moyes. Il va comprendre un fait qui, jusqu'à maintenant, avait été moins observés que d'autres, à savoir l'influence des « amis américains » sur la gestion des affaires françaises, dans le domaine de l'économie surtout » souligne René Girault.

  • Au cours des dernières décennies, les administrations locales en Europe, de plus en plus pressurisées, ont fait face à de multiples défis. Il en a résulté une vague de réformes politiques et administratives, visant à alléger cette pression, qui a modifié la gestion des collectivités locales dans de nombreux pays. D'une part, les collectivités locales sont responsables de l'efficience de l'administration, de la délivrance de services de très haute qualité, et de la bonne application de la règlementation. D'autre part, elles sont garantes de la légitimité, de la participation démocratique et de la confiance, tout ceci dans un contexte d'austérité. Cet ouvrage présente les résultats des recherches effectuées dans le cadre d'un projet international sur le service public local dans 31 pays et en tire des leçons pour les décideurs politiques afin de dessiner l'avenir des collectivités locales en Europe. Les auteurs abordent les thèmes de réformes classiques ainsi que les caractéristiques majeures de la gouvernance locale telles que l'autonomie, la performance et la participation. Cet ouvrage vise un public de chercheurs, d'étudiants et de praticiens intéressés par le futur des collectivités locales.

  • Avec le front militaire et le front social, un troisième front, celui des finances de guerre, s'est ouvert en 1914. Par les ruptures et les bouleversements qu'il a engendrés en matière de financement et d'équilibres économiques et monétaires mondiaux, il constitue le véritable tournant du XXe siècle, celui de la dette publique et de l'inflation pour la plupart des pays belligérants. Ce thème a fait l'objet de la première manifestation scientifique du cycle des quatre journées d'études consacrées au ministère des Finances dans la Grande Guerre et dont cet ouvrage collectif est le fruit. Concentré sur la mobilisation des ressources financières des principaux pays belligérants et sur les ruptures engendrées par le conflit en termes de finances publiques, ce recueil de travaux inédits comble une lacune importante de l'historiographie française sur la dimension économique et financière de la Grande Guerre. La crise financière de l'été 1914, les ruptures monétaires et financières à l'échelle du monde, la mobilisation tous azimuts des ressources par les pays belligérants, l'appel aux épargnants, autant de thèmes novateurs qui sont ici traités, sans oublier les relations complexes entre le ministère des Finances et la banque centrale, ici revisitées. Le conflit engendre également des changements institutionnels, car une guerre non préparée suscite des improvisations et la pénurie est parfois source d'innovations : quel a été l'impact de la guerre sur les ressources financières de l'état à court et moyen termes ? Comment les circuits de l'argent se sont-ils modifiés ? Quelles formes a revêtues l'appel au patriotisme financier d'un pays à l'autre ? Un index des noms et une bibliographie thématique complètent cet ouvrage qui éclaire d'un jour nouveau une dimension essentielle du premier conflit du XXesiècle.

  • La cause semblerait entendue... Nous vivons dans la société de l'information et de la communication depuis la « révolution » Internet. Cette mutation serait née aux États-Unis. Elle nous ouvrirait un monde du « virtuel » et marquerait le triomphe de l'immatériel. Aucune de ces affirmations n'est totalement inexacte, mais toutes reflètent une vision déformée, sans recul historique ni profondeur d'analyse de notre réalité numérique. Ce livre porte le regard sur le rôle du corps des Télécommunications (aujourd'hui fusionné avec le corps des Mines) et, à travers lui, sur l'histoire de ce domaine depuis le milieu du XIXe siècle. Il souligne que la réalité américaine, pour être incontournable, ne fut pas la seule et qu'en se mobilisant pour un projet national, ces ingénieurs formés par leur pays surent donner à la France un rôle majeur dans le développement d'un secteur essentiel pour la prospérité et la souveraineté des nations. Télégraphie, téléphonie, câbles sous-marins, satellites, réseaux de données, Internet, Web, mobiles... en un siècle et demi les dispositifs techniques se sont succédé et ont vu la France s'intégrer avec plus ou moins d'à-propos dans un mouvement qui a transformé le monde. En relevant l'industrie française des télécommunications et en dotant le pays d'un réseau moderne et performant, ingénieurs, entrepreneurs et politiques ont permis à la France de prendre, dans le dernier tiers du XXe siècle, une place significative dans cette dynamique au sein de laquelle son rôle était longtemps resté marginal. Il en ressort que la technologie et l'ambition sont vaines sans une vision politique et que celle-ci n'est rien si elle n'est portée par des hommes et des femmes ayant la volonté et l'expertise nécessaires pour l'incarner. En associant l'analyse des historiens aux apports de l'économie et de la sociologie, en croisant les approches académiques avec le témoignage des acteurs, cet ouvrage offre les clefs qui permettront de mieux comprendre les enjeux du temps présent. Entre la doxa béate des apôtres du Web et les discours anxieux de ses pourfendeurs, il devient alors possible de penser sereinement et lucidement le présent et le futur des technologies numériques.

  • Cet ouvrage présente, dans une perspective comparatiste et sur la longue durée, les moyens de mobilisation des ressources publiques des États médiévaux et modernes, dont les besoins de fonds sont accrus par les guerres. Couvrant six siècles de l'histoire de l'Europe occidentale, les contributions étudient les transformations des méthodes de financement (émission monétaire, fiscalité, emprunt public à court ou long terme, forcé ou volontaire, vente d'offices) et les institutions, les acteurs, les marchés primaire et secondaire des titres de dette. Elles interrogent les modèles d'organisation politique et leurs interactions avec le drainage efficace de l'argent, la construction d'une information statistique, financière et fiscale et ses conséquences sur la prise de décision des gouvernants. Elles invitent à examiner l'impact des innovations financières, les différents modes d'anticipation des ressources et les effets macro­économiques des mécanismes de mobilisation de la richesse privée. Elles explorent l'influence de déterminants tels que les dimensions spatiales des États, les régimes politiques, l'inégale distribution des richesses, l'utilisation du privilège, les différents degrés de risque imposés aux prêteurs, pour expliquer comment et pourquoi un mode de financement l'emporte ici et non ailleurs.

  • Cet ouvrage raconte une histoire que résumait ainsi le chef du Service en 1941 : « Autrefois, l'Inspection était pour presque tous une carrière que l'on parcourait depuis l'admission jusqu'à la retraite. Aujourd'hui, l'Inspection est, pour la plupart des jeunes, un tremplin d'où ils s'élanceront vers d'autres postes. Autrefois, la qualification d'inspecteur des Finances était l'intitulé d'une fonction. Aujourd'hui, elle est un titre employé à se faire ouvrir toutes les portes ». Entre 1918 et 1946, 355 inspecteurs des Finances, ayant en commun la réussite au concours, ont progressivement délaissé leur métier et l'Inspection « souffrante » au profit de leur carrière et de l'Inspection « dirigeante » ou « triomphante », établissant, particularité française, une position hégémonique sur les finances publiques et privées. Cette étude du marché de l'emploi des inspecteurs dans la conjoncture politiquement et économiquement contrastée des « trente tumultueuses » s'appuie sur l'analyse quantitative des emplois et sur l'étude qualitative de l'offre, de la demande et des mécanismes d'ajustement établis consciemment par les inspecteurs et leurs employeurs pour assurer la prééminence du corps. Si les effets de cette domination ne sont pas occultés, l'essentiel de ­l'ouvrage porte sur ses étapes, ses limites et ses causes autant ­endogènes qu'exogènes. Parmi elles, les besoins des ministres des Finances ­successifs d'imposer leur autorité sur l'appareil d'État et dans l'économie comptent autant, sinon plus, que la diversité des ambitions héritées ou transmises par les camarades.

  • Fruit de la collaboration de plusieurs historiens, ce recueil a été conçu comme un complément aux actes du colloque de Moulins d'avril 1995 publiés par le Comité pour l'histoire économique et financière de la France, en 1996, sous le titre : La France des principautés. Les Chambres des comptes aux xive et xve siècles. Sans prétendre être un inventaire documentaire stricto sensu, il propose, sous forme de dossiers consacrés à plusieurs Chambres des comptes du royaume de France (Chambres des comptes de Paris, de Bourgogne, de Bretagne, de Normandie, de Bourbonnais, de Beaujolais, de Forez) et extérieures au royaume (Chambres des comptes de Savoie et de Provence), une sélection de textes et de documents pour la plupart inédits et commentés. Ce livre espère ainsi contribuer à mieux faire connaître des institutions qui ont joué un rôle essentiel à la fin du Moyen Âge dans le processus de mise en place de l'État moderne.

  • Emprunts russes et investissements français en Russie ; 1887-1914 Nouv.

    Comme l'explique René Girault dans la préface de cette réédition de sa thèse publiée pour la première fois en 1973,« l'histoire des emprunts russes est simple, le mythe est édifiant. À la fin du XIXe siècle les rentiers français ont prêté leur or à l'allié russe ; la révolution bolchevique a brutalement renié les dettes de l'ancien régime, en 1918, sans jamais payer d'indemnités aux anciens créanciers ou investisseurs jusqu'aux récents accords de 1996 qui replacent cette vieille histoire dans l'actualité immédiate. [...] L'ampleur des sommes prêtées, la large diffusion des « papiers russes » dans le public français, le rôle joué par la presse dans la formation d'une conscience collective française vis-à-vis de la Russie tsariste, puis bolchevique, le bouleversement social qui suivit la première guerre mondiale avec la disparition du « rentier »,- personnage symbolique de la Belle Époque [...] - avaient abouti à la création d'un mythe fort et d'une réalité navrante : le petit bourgeois français qui avait prêté son or à la Russie, l'entrepreneur français qui avait investi en Russie, autant par intérêt raisonné que par réflexe patriotique, a été grugé, dépossédé, trompé par des dirigeants sans foi ni loi ; toute morale est ainsi bafouée [...]. » Mais de son côté, ajoute R. Girault, « l'historien doit raisonner sur les faits et se garder de porter des jugements de valeur sur l'attitude des .épargnants de la Belle Époque. L'histoire des emprunts russes appartient à l'histoire globale des relations internationales avec tout ce que celle-ci comporte d'implications politiques économiques et sociales pour les pays concernés. Il convient de répondre aux trois questions classiques : quand, pourquoi, comment emprunts et investissements français en Russie ? ». Cette étude donne très clairement bien des réponses. C'est pourquoi, au-delà de l'actualité immédiate qui, avec le lancement de la procédure d'indemnisation a relancé « la vieille affaire » des emprunts russes, le Comité pour l'histoire économique et financière de la France a voulu par cette réédition remettre à la disposition du public un ouvrage fondamental sur l'histoire de la France et de la Russie au début du siècle.

  • Si démembrer et contrôler l'Allemagne constituent officiellement les piliers de la politique allemande de la France, esquissée à Alger en 1943 et poursuivie dès la fin de la seconde guerre mondiale, que de chemin parcouru en l'espace de dix ans ! Après l'échec relatif des projets français concernant le désarmement économique de l'Allemagne, entre 1945 et 1947, tant dans la zone d'occupation que dans les négociations avec les Alliés, certains dirigeants tentent d'imposer une nouvelle politique. Or, au même moment, grâce à l'aide américaine et à la réforme monétaire dans les trois zones occidentales de l'Allemagne, des rapports économiques normaux peuvent à nouveau s'établir entre les deux pays encourageant ainsi la reprise des contacts entre industriels et commerçants. En mai 1950, un nouvel élan est donné par le plan Schuman : les premiers pas vers la coopération franco-allemande sont faits et les échanges commerciaux connaissent un essor remarquable. Il faut toutefois attendre la fin de l'année 1955 et le règlement de l' « épineuse » question sarroise pour que les relations économiques bilatérales entre la France et la RFA se concrétisent enfin. Les années 1945-1955, période de reconstruction des économies française et allemande encore marquée par les problèmes de l'approvisionnement en charbon et du développement de la production d'acier, s'inscrivent en fait dans la tendance séculaire qui pousse ces deux économies l'une vers l'autre malgré les aléas de la politique, malgré deux guerres mondiales. « L'exceptionnel travail de Sylvie Lefèvre nous fait prendre conscience, comme jamais auparavant, de l'importance historique de cet enchaînement quasi miraculeux, qui substitua l'interpénétration des deux économies à leur affrontement, qui favorisa le rapprochement entre les deux pays et qui permit le lancement de la construction européenne. » Georges-Henri Soutou.

  • Issu d'une thèse de doctorat soutenue sous la direction du professeur René Girault, fondé sur l'exploitation d'archives privées inédites, cet ouvrage apporte une contribution originale à l'histoire des débuts de la construction européenne. Réflexion croisée sur un syndicalisme patronal méconnu, celui du grand commerce intérieur français et sur les formes d'organisation de l'Europe qu'il a soutenues, il met au jour les facettes multiples d'un « milieu » qui, au-delà du secteur commercial, comprend les cercles administratifs, politiques, culturels concernés par la défense des intérêts de ce secteur, « milieu » structuré par une même identité libérale et européenne. D'une après-guerre à l'autre on assiste au combat pugnace mené pour la réhabilitation de la fonction commerciale et la reconnaissance institutionnelle de tout un secteur, longtemps en marge du monde patronal, à la résistance inattendue d'un modèle libéral classique d'organisation de l'économie et de la société, à I'unification des mouvements européens de la mouvance libérale qui s'opère non sans quelques reclassements et luttes intestines. « Grâce au livre de Laurence Badel nous passons d'une histoire plutôt mythique des origines de la construction européenne à une histoire vraie du passé " européen " faite par des hommes préoccupés et inspirés par la vie quotidienne de leurs entreprises. Ce n'est pas un mince mérite » René Girault

  • Issu d'une thèse de doctorat dirigée par M. François Caron sur La politique des prix en France de 1944 à 1952, cet ouvrage retrace l'histoire de la plus violente inflation enregistrée en France à l'époque contemporaine avec un indice des prix officiels qui augmente de 25 fois entre 1938 et 1952. A partir d'une documentation exceptionnelle par son ampleur et par sa diversité, Michel- Pierre Chélini s'attache à présenter l'ensemble des facteurs qui participent au processus inflationniste de ces années de reconstruction ; au-delà d'une simple politique des prix rapidement dépassée dès 1945, on mesure le rôle de la volatilité des salaires, du déficit budgétaire et du déficit des paiements extérieurs. Au fil du récit, le lecteur voit se dérouler les différentes étapes du processus : le dérapage de 1944-1945 qui aurait pu être contenu, l'incohérence de 1946 et l'impuissance de 1947, le redressement enfin de 1948-1949, malheureusement provisoire. « La politique des prix est ainsi analysée dans une triple perspective : pour elle-même d'abord, sous le double aspect de la réglementation et du contrôle ; elle est ensuite replacée dans le cadre de la politique économique, monétaire, budgétaire, fiscale et planificatrice, replacée enfin dans le mouvement général de l'économie. La fin des pénuries aurait dû marquer la fin de l'inflation. Il n'en fut rien avant quatre ans (1948-1952). Michel-Pierre Chélini nous aide à comprendre pourquoi. Il y eut bien une inflation à la française, associée à des pratiques spécifiques, soit trop, soit insuffisamment dirigistes, selon les secteurs et selon les moments ». François Caron

  • Le chemin de fer, l'automobile, l'avion et la péniche sont-ils condamnés à une lutte sans merci ? En France comme dans de nombreux autres pays, l'État est intervenu au cours de ce siècle pour limiter les éventuels « méfaits » de cette concurrence intermodale et favoriser une collaboration ou « coordination » entre les modes de transports. Cette politique « globale » se met en place au début des années 1930 alors que la motorisation des transports routiers et fluviaux et l'apparition des transports aériens exacerbent la concurrence avec les chemins de fer. Elle s'appuie sur différents outils d'intervention : la réglementation des transports publics et privés de voyageurs et de marchandises, leur tarification, leur fiscalité, les investissements et les progrès techniques. Nicolas Neiertz nous montre comment la coordination réglementaire et tarifaire s'est instaurée par étape entre les années 1930 et les années 1900, pour régresser ensuite peu à peu. La coordination fiscale et celle des investissements n'ont jamais pu voir le jour, à cause du jeu des groupes de pression économiques et des enjeux politiques. La coordination technique (transports mixtes ou « combinés ») réalise au contraire des progrès constants, comme le montre aujourd'hui l'avènement de l'« intermodalité ».

  • Fondée au dix-neuvième siècle par un groupe de financiers de Londres, à l'initiative du gouvernement de Constantinople, afin d'être la banque d'émission de l'Empire ottoman, la Banque ottomane fut le produit à la fois de la volonté réformatrice de dirigeants turcs de l'époque et de l'expansion du capitalisme occidental à la recherche de nouveaux territoires à mettre en valeur. Dans l'esprit de ses fondateurs, le nouvel établissement ne bornerait pas ses activités à l'émission monétaire et au financement de l'Etat, il serait aussi une banque commerciale et une banque d'affaires promoteur d'entreprises de toute nature sur le territoire de l'empire. La prospérité de ce dernier conditionnait, en effet, celle de la banque elle-même. Ce triple rôle, la Banque impériale ottomane s'efforça de le remplir tout au long de la vie de l'Empire ottoman. Elle joua un rôle de tout premier plan dans le placement des emprunts turcs sur les marchés occidentaux, celui de Paris avant tout. Son réseau de succursales s'en vint peu à peu à couvrir tout le territoire de l'empire, en Europe, en Asie, en Afrique. Enfin, elle participa activement à la création de diverses sociétés de services publics et de chemin de fer. La banque devait nécessairement subir les contrecoups des crises qui affectèrent l'économie mondiale et des graves événements qui marquèrent les dernières décennies de l'Empire ottoman : guerre russo-turque, révolution jeune-turque, agitation des minorités, guerres balkaniques. La guerre 1914-1918 et ses séquelles en Orient entraînèrent la disparition de l'empire et le bouleversement de la carte politique. Ce fut la fin de la période « impériale » de la Banque ottomane.

  • Les finances de la monarchie française constituent, depuis un certain temps, un des sujets privilégiés des historiens de l'Ancien Régime qui les avaient trop longtemps délaissées. A la faveur de ce salutaire engouement, il a semblé judicieux et même indispensable de rendre accessible l'une des sources les plus complètes de l'histoire des finances. Jean-Roland Malet eut une étrange destinée, mais peut-être moins rare qu'il n'y paraît. D'origine modeste, il parvint à mourir noble, riche, et « immortel ». Surtout fut-il de 1708 à sa mort, en 1736, premier commis du contrôleur général des finances. C'est à ce poste qu'il rédigea en 1720 ses Comptes-rendus restés inédits jusqu'en 1789. Ceux-ci, avec une exactitude assez remarquable, retracent les finances de la monarchie depuis le début du XVIIe siècle. Richard et Margaret Bonney ont effectué sur les chiffres de Malet un formidable travail de vérification, de correction et de mise en tableaux et graphiques. Ainsi présentées, les données de Malet permettent de saisir plus facilement les grandes évolutions des finances françaises d'Ancien Régime, l'importance relative des différents impôts, la part qui remontait jusqu'au Trésor Royal... Le présent ouvrage peut à juste titre être considéré comme une somme indispensable à tout historien de l'Ancien Régime.

  • Cet ouvrage apporte une solide contribution à l'histoire des origines de l'intégration européenne entre les deux guerres. L'étude de la période sous ses aspects économiques, monétaires et commerciaux montre combien, malgré les ruptures et les échecs qui rythment les tentatives d'une organisation régionale, un capital d'expériences se constitue, qui débouchera à l'issue des drames de la seconde guerre mondiale sur l'actuelle construction européenne.

  • Fils et petit-fils de fabricants de soierie lyonnais, Guy Delorme choisit le service de l'État alors que son milieu familial ne l'y prédispose guère : « ...la formation reçue chez les jésuites, le hasard et un peu de chance ont sans doute une part dans cette orientation » répond lui-même Guy Delorme à un ami qui interroge « pourquoi l'Inspection des finances ? » Le hasard qui lui met sous les yeux en 1952 une petite brochure sur le concours de l'Ecole nationale d'administration alors qu'il poursuit des études de droit et de lettres à la faculté de Lyon. La chance qui lui fait tirer de « bons sujets » au concours de sortie et obtenir un rang lui permettant de choisir l'Inspection. Mais chance et hasard révèlent en réalité une solide vocation pour le service public auquel Guy Delorme consacrera sa carrière avec passion et enthousiasme. C'est le récit de ce parcours que le Comité pour l'histoire économique et financière publie aujourd'hui; un parcours en grande partie centré sur les questions fiscales. De la modernisation de la régie des Contributions indirectes, à la mise en place des nombreuses réformes fiscales des années soixante aux côtés de Valéry Giscard d'Estaing, le lecteur entrera aisément, grâce à la clarté du récit, dans des domaines importants pour la vie quotidienne des Français : la fiscalité immobilière et la modernisation du contentieux fiscal en 1963, la réforme de l'imposition des entreprises et la création de l'avoir fiscal en 1965, la généralisation de la TVA en 1966... Dans sa préface, Valéry Giscard d'Estaing évoque « ...ces années de travail intense. Nous avions conscience d'aller dans la bonne direction et si Guy Delorme, et avec lui, l'ensemble de l'état-major de la direction générale des Impôts, ont tant et si bien oeuvré, c'est parce qu'ils se sentaient portés par la conviction qu'il fallait avancer, malgré les difficultés ».

  • L'histoire des aides américaines à la France de 1938 à 1960 reflète l'état de la France au tournant du XXe siècle : une grande puissance européenne en déclin. De 1941 à 1951, la France a voulu des aides américaines pour vivre mieux et pour recréer un appareil productif digne de ce nom. Elle a ensuite réclamé une aide pour maintenir sa puissance en Indochine et en Afrique du Nord. Si ce constat de dépendance est éprouvant pour les Français, c'est une réalité dont les conséquences sont encore palpables aujourd'hui. Ne parle-t-on pas encore et toujours d'ingérence américaine, d'américanisation et, en réaction, d'exception française et d'identité européenne ? En définitive, quel rôle ont joué les aides américaines dans le rétablissement économique, social et militaire de la France après la seconde guerre mondiale et au-delà jusque dans les années 60 ? Réclamées en même temps qu'occultées tout au long de ces années par les acteurs de la vie politique française, les aides américaines méritaient une réflexion globale. Gérard Bossuat dans cet essai de synthèse nous propose son analyse.

  • À l'heure de l'euro et de la perspective d'un élargissement de l'Union européenne vers l'Est, pourquoi revenir en arrière et examiner en détail l'origine de l'Union européenne : le 9 mai 1950 quand Robert Schuman propose une mise en commun des industries charbonnières et sidérurgiques de la France et de l'Allemagne fédérale ? Matthias Kipping donne une nouvelle perspective à cette étape déterminante de la construction européenne en mettant en évidence l'importance des industries de transformation - automobile et mécanique - en France, industries directement concernées par la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). Avec leur soutien, Jean Monnet, véritable instigateur de la proposition française, peut ainsi imposer sa vision d'une Europe concurrentielle contre les résistances des sidérurgistes, des fédérations industrielles et d'hommes politiques qui auraient préféré la solution d'ententes directes entre les producteurs, comme dans l'entre-deux-guerres. Par l'histoire d'une rupture, confirmée et complétée lors des étapes suivantes de l'intégration européenne, l'auteur contribue aux débats actuels sur les facteurs déterminants de l'avantage concurrentiel, le rôle des États-Unis et de leurs entreprises comme modèle économique et organisationnel. Enfin, il éclaire le processus complexe de décision au sein d'un État industriel moderne. Comme le souligne dans sa préface Raymond Barre : « Voici un livre qui devrait passionner toute personne qui s'intéresse à l'Europe, mais aussi quiconque cherche à comprendre comment des décisions mûrissent, sont prises et passent dans les faits ».

  • Louis XI (1461-1483) est l'un des rois de France les plus connus du Moyen Àge, mais sa politique financière n'avait encore fait l'objet d'aucune étude globale. Or, son règne marqua une étape cruciale de la construction de l'État moderne avec la pérennisation de l'impôt, au lendemain de la guerre de Cent Ans qui l'avait fait accepter comme une nécessité temporaire. D'autre part, connaître les moyens mis en oeuvre par ce roi pour financer son action permet de mieux comprendre ses succès et ses échecs : par là, l'histoire des finances et des institutions rejoint la « grande histoire ». S'appuyant sur la législation royale et les archives fiscales et comptables, mais aussi sur la correspondance de Louis XI et les témoignages de ses contemporains, l'enquête remonte des débuts des finances modernes à l'oeuvre de son père et à sa propre formation avant de suivre l'interaction entre les événements et ses choix financiers tout au long d'un règne riche en péripéties. Le bilan de cette analyse chronologique est dressé dans une synthèse finale qui décrit les ressorts d'une stratégie de prélèvement et de redistribution tout entière au service d'une volonté politique. En montrant le fonctionnement de l'État royal dans le jeu de ses rouages internes comme dans ses rapports avec la société française ou les autres puissances, cette approche contribue à éclairer un épisode majeur de l'Histoire de France.

  • Pour une histoire de la bureaucratie II permet d'aller plus loin dans l'exploration de cette histoire qui est encore toute neuve. Comment faire apparaître les histoires à naître ? Comment étudier l'avancement, la passion du pouvoir, les échecs, les conflits ? Comment faire l'histoire du vécu, du mouvant, de l'éphémère ? Que peut-on attendre de l'histoire des épouses de fonctionnaires ? Autant de questions auxquelles dans ces vingt-quatre leçons Guy Thuillier tente d'apporter des réponses, mais on est dans un domaine bien incertain. L'histoire de la bureaucratie est une histoire qu'il faut sans cesse compliquer, elle exige de la souplesse, une certaine expérience de l'administration, de l'esprit d'entreprise, du courage - mais l'historien y jouit d'une étonnante liberté de jeu.

  • Pôle essentiel de l'expertise économique publique, la direction de la Prévision est l'héritière d'un passé mythique dont les véritables ressorts sont révélés par l'auteur : pourquoi le ministère des Finances s'est-il doté à partir de 1950 d'une fonction d'études et de prévision économique ? comment les avancées organisationnelles et intellectuelles de la direction de la Prévision et de son ancêtre le SEEF ont-elles été bâties ? Une question centrale sous-tend cet ouvrage : l'innovation peut-elle éclore et s'épanouir au sein de l'État ? Au-delà du discours louangeur sur les outils de quantification et de prévision économique et sur leurs concepteurs qui auraient servi la croissance française, Aude Terray s'interroge : quelles sont réellement la place et la fonction du SEEF et de la direction de la Prévision au sein du complexe politico-administratif et comment évoluent-elles jusqu'en 1968 ? quels problèmes posent l'élaboration et l'implantation des outils ? quelle influence ces technocrates exercent-ils vraiment sur les politiques ? Une étude indispensable pour découvrir la réalité d'une administration à travers l'analyse de ses hommes, de son organisation et de sa stratégie mais aussi pour cerner l'impact de l'expertise économique sur la décision publique. Un travail riche d'enseignement sur la capacité d'innovation et de réforme de l'État.

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