Hachette (réédition numérique FeniXX)

  • Trois personnages ont pris la mer pour une journée dans le détroit. Le quatrième est resté à terre.

  • Poursuivre. - Poursuivre, il le faut, mais pourquoi ? - Telle est l'injonction pure qui commande, mais au défaut de toute autorité, ce livre ; qui le mine aussi bien, et l'exténue comme tel, -le délivrant là, chose de discours brève, désolée, à peine encore assortie d'un nom (mais saura-t-on jamais qui a écrit ces pages ?) et d'un titre : la suite, la simple suite. Depuis bientôt dix ans Roger Laporte poursuit, en effet, avec une obstination étrange, peut-être incompréhensible (folle), une même entreprise. Elle s'intitulait à l'origine Fugue, et c'était déjà, sous le signe d'une définition retrouvée dans Rousseau, une manière de poursuite : il s'agissait de traquer, dans le geste même et le temps de l'écriture, l'insaisissable genèse, la toujours fuyante essence du jeu insensé. Non pas, donc, comme on s'est empressé de le croire, d'écrire sur l'écriture [...] mais plutôt d'écrire l'écriture, ce qui n'est pas la réfléchir déjà existante, mais l'inventer encore inconnue, en faire l'expérience nue et primitive. Entreprise impossible, dès son principe. Mais cela fait bientôt dix ans que Roger Laporte la poursuit. [...] Qu'on n'imagine pas cette entreprise abstraite. Qu'on lise, au contraire, simplement : cette douleur, cette suffocation, ce vacillement perpétuel de la certitude, cet appauvrissement de la force, cette dérobade de toute sanction (la mort qui tarde à venir et la folie qui ne se déclare pas), c'est une vie - c'est la vie se défaisant, ne parvenant pas à se faire, se décrivant sans relâche : le chant pur, le chant pervers d'une parole sans soutien. Texte de tourment. La suite, probablement, de ce que nous appelons encore la littérature. Philippe Lacoue-Labarthe

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Un recueil d'impressions-lettres poétiques publié en 1981 par Emmanuel Hocquard, co-fondateur de l'École de Symi, directeur de la section poésie / littérature de l'ARC entre 1977 et 1990.

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  • Depuis la mort de Billy, je me sens libre, inconditionnellement. Depuis la mort de Billy, je marche, me déplace, je continue d'avancer - balades interminables sur les trottoirs et, plus bas, dans les collines de mon pays comme à travers ce qui me reste à vivre - mais je prends un autre chemin qui va tout droit, sans accident. Parfois le monde se rouvre pour moi, le temps d'une escapade, d'un voyage, d'une brève émeute exotique, et me laisse entrevoir la possibilité de nouvelles aventures qui ne seraient, au fond, que la répétition des mêmes événements. Ma vie, j'en trouve donc l'essentiel dans ce mouvement de balancier entre le Nord et le Sud (je connais bien cette Autoroute, fleuve obscur entre les prairies), depuis la mort de Billy, depuis la mort de certains autres (qui se sont laissés emporter, indifférents, debout dans la nacelle d'un ballon), depuis que je ne quitte pratiquement plus l'hexagone, depuis que Mamoulian a cessé de m'envoyer ses lettres pour m'inciter à le rejoindre dans quelque port de la Baltique où il fait peut-être commerce de poisson séché. Je marche et déambule à travers mon histoire. Ce que je sais de cette histoire, c'est qu'elle est parvenue à son terme dans la mesure où je n'attends plus rien d'inédit dans son déroulement. Billy n'est plus qui, par la force de son exemple, m'obligeait à me surpasser. Pour les gens de mon âge, la mort n'est plus une ennemie personnelle quand elle vient inopinément, comme une balle perdue.

  • Que fait-il en cette ville au matin le second jour de l'année. À l'embouchure du Fleuve soudain étendue grise s'ouvre largement sur la mer. Le vent souffle très fort. Elle soulève les barques et les remorqueurs. Pour des raisons connues de lui seul, le narrateur éprouve quelques difficultés à franchir le Rhin. Pourtant il raconte ses voyages et ses errances en ces Pays de l'Allemagne. Et même ses rencontres avec des musiciens anciens : Robert et Clara Schumann, comme avec des musiciens nouveaux : Maria et Brentan, qui pourraient bien devenir des héros de roman, entraînés vers des aventures mortelles, s'il parvenait à vraiment conter leur histoire. Cependant la fin du livre se situe en contrepoint, à l'opposé juste de l'endroit où il devait se trouver pour achever le Récit. D'où lui vient cette difficulté de se diriger vers l'Est : d'aller contre la course du soleil ? Voici de quoi il tente de s'expliquer et de s'extraire, comme d'un passé de guerres et de violences qui l'oblige une fois encore à revenir sur ses pas.

  • Celui qui écrit ce livre est un homme pressé. Son occupation est le théâtre. Aussi écrit-il dans la marge de sa vie, du temps, du théâtre et de l'histoire. Mais il n'est pas pressé d'écrire, et il arrive que la marge emplisse toute la page. Ce sont les fragments d'un grand livre, d'une mémoire générale. Mais ce ne sont point des souvenirs : tout ici est refait, comme dans un roman. On retrouvera presque partout la Grèce et ses poètes ; on reconnaîtra aussi la présence d'un continent inconnu, menaçant, un territoire loin de chez nous, ou bien chez nous, en nous, dans notre coeur, le Grand Extérieur - dont est commencée ici la Chronique -, enfin des hommes, des femmes, des passants, des enfants et le théâtre. Plus tard, quand la Chronique du Grand Extérieur sera finie, on pourra enfin parler longuement des insectes et des chiens.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Je l'ai dit : je suis un malin, un rusé, mais il a fallu tout abandonner : partir, voguer. Ah ! ce las hiver n'en finissait pas, avec ses senteurs de tombe. Aussi ai-je donné la main à ce qui en moi, dédaigneux de toute cette science amassée, voulait lâcher, s'exclure. Je suis parti. Je ne sais s'il aurait fallu m'arrêter car depuis lors j'ai tout perdu, tout désappris : je ne pourrais tenir la chaire de la plus ridiculement insignifiante discipline. Celle-là, parlons-en : c'est elle qui m'a eu : je suis son esclave et je ne sais même pas ce qu'elle veut me faire faire. Bref, je suis un miséreux, un perdu, j'erre - mais on me voit, on me signale de chemins en chemins, j'ai les amis de passage, les imbéciles, les miséricordieux -, tous le savent et me le cachent bien. Un jour ils me feront la surprise : ils me diront ce que je fais. Ne rien leur dire serait leur faire plaisir, donner un sens de plus à leur bonté. Aussi tairai-je la réponse que j'ai déjà préparée : "le bruit dans le bois qui flambe, le hêtre, l'ermite, le sansonnet."

  • Ce livre est l'histoire de Valence, un garçon qui, faute de savoir jouer la musique, suit un orchestre de musiciens qui animent les bals du samedi et du dimanche. Quand l'orchestre est dissous, il commence un voyage dans les rues. Parti un matin de chez un ami, il le rejoint le même soir après des milliers de kilomètres de rêves et d'aventures parisiennes, d'un Tout-Paris à la portée de chacun, mais qu'il faut savoir trouver. Il a tracé une fresque de France-Dimanche peuplée d'anonymes célèbres. Des boîtes disparues ou qui ne sont plus privées jalonnent un itinéraire éclairé d'enseignes et de fards. Mais quelle nécessité pousse Valence à rejoindre un appartement meublé comme un village où un couple de singes accumule les représailles et les rancoeurs de l'abandon ? Et qui est Molène, cette ombre complice du héros qui lui obéit avec une rigueur si désespérée ?

  • Ils mangent les archevêques. Ils font rôtir pour les manger deux archevêques envoyés à leur conversion. Partant des "huiles" de Goya qui décrivent le martyre de saints Jean de Brébeuf et Gabriel Lallemant, deux religieux dévorés vifs par les Iroquois, il découvre cette pratique du POTLATCH de la Côte Ouest du Canada, au bord du Pacifique où se perpétuent les vestiges de l'Économie du Don. Voulant retrouver lui-même cette sorte d'échange il accomplit un long périple imaginaire qui le mène de marché en marché d'une caverne des Mille et Une Nuits aux rives de la Colombie Britannique chez les Indiens Haïda. Par la Nouvelle-France où il recueille les propos du merveilleux Baron de Lahontan, jusqu'aux rivages enfin de l'Armorique situés comme une étendue de silence et de paix à la borne du livre. Il espère ainsi saisir le mouvement de l'écriture : la dépense pour se faire valoir, s'apercevant peu à peu qu'il n'est sans doute qu'un avaricieux qui se dissimule. Mais dans le même temps reconnaît en cette pratique effrénée du Récit la forme ultime d'une prestation totale : agonistique, qu'il doit rapprocher des actes et du théâtre de la Cérémonie du Don : LE POTLATCH.

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  • Une pornographe, Madame Mao ? Vous plaisantez ? Passe encore pour une comploteuse contre la Sûreté de l'État, une contre-révolutionnaire factieuse, un canard laquais des capitalistes, mais une pornographe ! tout de même... Ce n'est pas parce qu'on a fait la Longue Marche qu'on est une péripatéticienne ! Vous voulez rire ? Fort bien ! Rions. Fût-ce en ne comptant que sur nos propres farces ! Abondons, parodiquement, dans le sens de votre Histoire. Allons dans la langue de bois tant que le Loup Chao-chi n'y est plus. Dans l'Almanach Vermao. Dans les nuits câlines des Studios de Shangaï. Dans le fruit défendoux de ses entrailles. Dans la mode rétrou. Dans le Porno 45 ou le Pastiche des années 50 (1 volume d'imitation pour 5 d'O). Dans les cavernes closes de Yénan ou les alcôves culturistes de la Bande des Quatre. Ou bien, répondons, carrément, en Wallon de basse Belgique (de nulle part et de tous côtés, en quelque sorte !) en nous demandant : où wallons-nous, en effet, si nous ne voyons pas ce qui crève l'écran ? Si nous perdons de vue que la Politique marxque - toujours et d'abord ! - ce qui la travaille : la sexualité, les femmes, leur partage, la chasse aux sorcières et la course frénétique pour régner sur l'Empire de leur Milieu.

  • « ... les parents du mort commandaient à des scribes une sélection de "chapitres" plus ou moins abondante... Le Livre était destiné non seulement aux proches du défunt, mais aussi aux milieux attirés par les connaissances initiatiques et par les mystères... Le choix des "chapitres" était probablement laissé à la discrétion des scribes... Tous commençaient par un titre indiquant, avec une exactitude très approximative, quel usage on pouvait faire du texte... L'attitude du récitant est, en général, celle d'un visionnaire : des visions succèdent à des visions ; la description des difficultés du voyage donne un aperçu des angoisses vécues par les initiés... Le ton est direct, presque terre-à-terre ; rien de superflu ; des choses qui portent, des instruments de travail ; le style est souvent lapidaire, condensé, froid ; des formules algébriques qui s'étagent, se superposent... Jamais aucune allusion à un esprit qui douterait, qui hésiterait, qui réclamerait des "preuves"... Les répétitions rendent parfois le débit monotone... Une certaine incohérence n'est jamais absente... »

  • Le sujet serait Thérèse en strip-teaseuse aveugle. Cette fonction n'a pas à être claire. C'est peut-être encore l'espoir de quelqu'un, le désir d'être rejointe, reconnue et sauvée de l'extérieur, quand l'exercice démontre bien qu'elle est poussée à autre chose, où l'on ne peut être distrait, où j'aimerais que nous soyons.

  • Phanées les nuées () ? Toute une vie, une histoire : août 75 - août 76 ; Second Empire, l'âge féodal,.... nos jours. est la vie du livre à faire qui se fit et travaille. Qu'étaient-ils donc les proches, personnages de mon livre, vifs, morts, honnis, omis ? Firent-ils l'Espagne ? De quelle guerre s'agit-il, quelles guerres admettons-nous ? Rude à dire, forêt obscure, une comédie sociale assez lâche, discrète (discontinue), places, fonctions bougent, j'écris Phanées dis-je à l'Une (conversation, sonate, auberge du Dah-Zhaïn), qui se couvre et découvre (time/weather) dans une parcelle de l'Univers, après coup des rencontres demeurent, en mes papiers, là est ma lecture du roman que tous vivent (disent) dans un système difficile inaudible sur ces bords que nos pratiques rapprochent, appels au secours que quelqu'un a perçus, percevra, en une époque qui (n')est la nôtre. considère ma vie écrivante, s'attache à ce qui de la vie peut devenir écriture, vécu codé, répétitif, le nouveau dans les termes et les terres de l'ancien, la mort est un mal au pied vague à l'âme, le mal des amputés que complète un fantôme. Temps retrouvé ? Incorporé ! Avec le plus, avec le manque. Le Connais-toi au monde est révolutionnaire. Avril 1981

  • Chercher le monstre est d'abord un livre sur l'Hybridité. Cela fait qu'il n'y a pas moyen de le définir autrement que par l'énumération des matières qu'il contient : biographies de plantes (cactus, orchidées, chanvre indien), effigies d'humains bâtards - Quasimodo, Tupac Amaru, les Jumeaux du Popol-Vuh -, présentation d'un auteur insolite à nos oreilles, le polonais Bruno Schulz mort en 1942 (et sa continuation actuelle dans le théâtre de Kantor), des recettes, des chants, des peurs et des jubilations - tout ceci à opposer en bloc au constat de rétrécissement qui affecte aujourd'hui la littérature. Écrire est devenu un geste si chétif. N'englobant plus que le vécu-moignon de poupées du spectacle. Chercher le monstre est aussi l'utopie d'un certain homme-pitre (incarné ici par Tupac le dernier Inca), assez poreux, assez naïf pour risquer la crise qu'ouvre en lui la vue d'un monstre à sa ressemblance. Et moi ?... moi ?... quel hybride je suis, moi Déjà au XVIIIe, Kleist soutenait cette thèse grotesque, qu'une marionnette animée de fils possède une indiscutable suprématie plastique sur le corps vivant du danseur. Une marionnette. Un soi-même miniature, un tremblement de la génétique. qui nous oblige à déterrer des forces enfouies et ne saurait se concevoir qu'à bout de souffle.

  • Il tombe : présent de l'indicatif, troisième personne du singulier. Il est une et personne. Il est écrit au dos du livre que c'est un roman d'amour. Tombe, renverse, meurt, succombe, pèche, s'affaisse, s'écroule, s'effondre, s'affaiblit, diminue, apaise, calme, dégringole, s'abîme, dévale, roule, retombe, gravite, s'abat, pique, se détache, lâche, répand, abandonne, néglige, frappe, descend, se réduit, déchoit, dégénère, pend, s'incline, attaque, charge, fonce, fond, se jette, se précipite, va, passe, se présente, arrive. D. P.

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