Langue française

  • Quand, il y a quelques années, fut célébré le centième anniversaire de la psychanalyse, celle-ci paraissait faire partie de notre univers culturel. Si la question de la qualité des praticiens était régulièrement posée, la légitimité de la psychanalyse elle-même ne semblait pas faire problème. Qui aurait pu imaginer qu'une dizaine d'années plus tard, nous serions revenus à une situation analogue à celle que connaissait Freud quand il écrivait ses Conférences d'introduction à la psychanalyse ? Certes, l'assaut, aujourd'hui, provient des neurosciences, de leurs découvertes et des effets pharmaceutiques de celles-ci, plus que de la psychiatrie traditionnelle, comme au temps de Freud. Le débat est pourtant toujours semblable. Qu'il existe des moyens toujours plus perfectionnés de calmer la douleur psychique n'empêche pas, en effet, qu'on se souvienne de la question socratique : comment prendre au mieux soin de soi-même ? Quel est le coût subjectif de la rééducation de soi prônée par le comportementalisme ? Quels sont les effets des psychotropes sur le désir d'un sujet ? La psychanalyse, comme thérapie et comme théorie est le seul domaine de la psychologie, aujourd'hui, qui prenne en compte ces interrogations. La divergence essentielle entre les différentes sortes de thérapie est d'ordre éthique. La psychanalyse prend le parti du sujet : c'est dans la parole de celui-ci, pour peu qu'on entende ce qui s'y dit, que se trouve la vérité de son désir. Voilà pourquoi elle est une des grandes aventures existentielles de la modernité, et la seule thérapie en accord avec l'humanisme. ?

  • Visant à éclairer le sens des principes générateurs de la démocratie moderne (l'égalité des conditions, l'autonomie de l'homme, l'indépendance des individus), Robert Legros tente, dans cet ouvrage, de montrer qu'ils ne sont pas simplement issus d'idées nouvelles, d'une compréhension de l'homme qui serait enfin libérée des préjugés et de l'obscurantisme, ni le simple produit d'un processus historique ou social, ou d'une transformation du mode de production, mais émanent plus profondément d'une expérience neuve d'autrui, de soi, de notre humanité ; mais aussi, dans le même temps, de l'au-delà, de la nature, de l'origine des normes, en un mot du monde. Il est vrai que l'égalisation des conditions, l'autonomisation et l'individualisation qui sont à la source de la démocratie suscitent une dissolution de toute image de l'homme, et font naître l'idée d'une indétermination essentielle de notre humanité. Pourtant la reconnaissance de l'autre comme semblable, instaurée par la démocratie, ne relève pas d'expérience sensible de notre humanité.Dans quelle mesure l'expérience démocratique est-elle libératrice ? Telle est la question qui est au centre de cet ouvrage. Robert Legros tente de la traiter en s'inspirant de l'enseignement de la phénoménologie.Il montre en effet que la démocratie est libératrice dans la mesure où son avènement (l'égalisation progressive des conditions) est lié à une mise en suspension des identités d'appartenance qui est indissociable de ce que la phénoménologie appelle une suspension du monde " naturel ", une mise entre parenthèses de toutes les évidences du monde quotidien. Et dans la mesure où cette mise en suspension collective des identités d'appartenance ouvre à une expérience d'autrui, de soi, du monde, qui incite à préserver l'indétermination essentielle de l'homme sans le dissoudre dans le vide d'une universalité abstraite.

  • Pierre Demeulenaere est professeur de philosophie à l'Université de Paris IV. Agé de 35 ans, auteur de nombreux articles (dans la Revue de métaphysique et de morale), il prépare un ouvrage sur « la naissance des normes sociales ». Pierre Demeulenaere a entrepris, dans ses articles, dans son enseignement, un travail qui se situe à l'intersection de la philosophie, de l'esthétique et de la sociologie. Il a ainsi bâti une problématique très féconde, dont l'objet pourrait ainsi se résumer : lorsque nous éprouvons un « sentiment esthétique » - devant un tableau, une musique, une sculpture, un roman - qu'est-ce qui se mêle à notre « sentiment » ? Ou encore : pourquoi, devant une copie parfaite de « La Joconde », sommes-nous moins « émus » que devant l'original ? Ou, encore : quand nous contemplons le château de Versailles, qu'est-ce qui, en nous, décide que nous allons le contempler comme une simple harmonie architecturale ou comme un symbole de la monarchie absolutiste ? En d'autres termes, Pierre Demeulenaere s'interroge, dans ce livre, sur les fondements culturels, historiques, émotionnels, qui structurent nos perceptions esthétiques. Il explore ce qui, dans l'esthétique, précède et façonne nos jugements. Du coup, il renouvelle profondément l'histoire du « goût », un peu dans la voie ouverte par L'Homo Astheaticus de Luc Ferry. Il s'agit d'un ouvrage exigeant, novateur.

  • Charles Larmore est professeur de philosophie politique et morale à l'Université de Chicago. Les pratiques du moi (2004) est son dernier ouvrage paru en français. Alain Renaut est professeur de philosophie morale et politique à la Sorbonne (Paris IV). Il a récemment fait paraître La libération des enfants (2002) et, chez Grasset, Sartre, le dernier philosophe. Il est également coauteur, avec Luc Ferry, de nombreux ouvrages - dont La pensée 68. Il publiera aussi, à l'automne 2004, chez Odile Jacob, une monumentale Histoire de la philosophie à l'usage des lycéens. Bien loin d'être le produit de réflexions qui se seraient déployées conjointement mais uniquement côte à côte, cet ouvrage nous donne l'occasion de mesurer l'intérêt que peut revêtir un véritable dialogue philosophique, mené par deux philosophes, bien décidés à suivre jusqu'à son terme le fil de leurs divergences sur la question contemporaine des fondements de l'éthique. Ce dialogue se trouve ici ressaisi dans toutes les formes qui furent les siennes : discussion publique, échange de lettres et reprises critiques ultimes, et nous permet ainsi de faire le point sur la question de savoir ce qui peut conduire à dire d'un jugement moral qu'il est valide, voire qu'il est tout simplement vrai. En vérité, l'enjeu d'une fondation de l'éthique est double : il permet bien sûr de chercher à établir la « vérité » d'un jugement d'ordre moral ou la validité d'un principe d'action ; il a aussi pour fonction de circonscrire la discussion que nourrissent nos différences et nos différends. Sur quel fondement établir l'éthique ? Devons-nous, pouvons-nous, prétendre « fonder » l'éthique ? Charles Larmore et Alain Renaut ont en commun de récuser l'irrationalisme éthique. Tous deux considèrent en effet que les individus peuvent avoir accès à quelque chose qui s'apparente à une « connaissance morale » et que l'éthique peut elle-même faire l'objet d'une théorisation. Autre point d'accord entre eux : ils affichent une attitude fermement critique à l'égard de la tentative naturaliste en éthique qui, parce qu'elle juge que la connaissance ne consiste jamais qu'en une explication de faits physiques, dénie toute objectivité aux raisonnements moraux. Ces points d'accord ne suffisent pas, cependant, à établir entre Charles Larmore et Alain Renaut une ultime convergence de vues. Si les horizons philosophiques dans lesquels ils s'inscrivent les conduisent à défendre, selon des logiques différentes, le principe de l'autonomie de l'éthique et à adopter une attitude critique à l'égard du relativisme ou scepticisme, il ne suit pas de là qu'ils conçoivent identiquement la question de l'objectivité des valeurs et des normes.

  • Le Livre: Si l'on admet qu'il y a un problème d'antisémitisme en France, cela ne dit rien encore de la question de savoir s'il faut parler d'une vague nouvelle de l'antisémitisme ou d'un nouvel antisémitisme. Nicolas Weill pose ce problème et nous invite, à partir de là, à interroger, dans un contexte fortement marqué par l'actualité géopolitique, la vitalité démocratique de notre République, en réfléchissant tout particulièrement à la manière dont se pose la question de l'identité et des communautés dans la France d'aujourd'hui. Il y ajoute une réflexion très neuve sur la façon dont nos médias traitent ces questions et, par là-même, « sculptent » la réalité dont il leur incombe de rendre compte. En d'autres termes : « l'« antisémitisme » ou le « communautarisme » de la France contemporaine ressemblent-ils vraiment à ce qu'en décrivent nos médias ? En quoi s'en distingue-t-ils ? Et qu'est-ce qui se joue dans cet « écart » entre la réalité et sa représentation ?

  • A la fin du Moyen Age, dans un univers encore dominé par les représentations théocentriques, apparaissent ça et là les signes d'une attention nouvelle portée à la « dignité de l'homme ». Nul domaine n'est plus révélateur de ce changement que celui de l'art. L'oeuvre se détourne peu à peu du sacré pour s'attacher à représenter l'ici-bas dans ce qu'il a de plus singulier : le quotidien, la vie des sentiments, l'« humain trop humain ». Ce qui, a posteriori, apparaît comme une véritable révolution, se produit très progressivement en peinture (les portraits de Van Eyck), en musique (les opéras de Monteverdi) et en littérature (les Essais de Montaigne et le Robinson de Defoe). Désormais, la représentation de ce qu'il y a de plus individuel en l'homme prime sur la transmission du message religieux. C'est à raconter et à comprendre cette invention esthétique de l'individu que cet ouvrage est consacré. La suivre dans les différents domaines artistiques et dans les premiers pas de l'art moderne offre une clé d'analyse particulièrement précieuse non seulement pour rendre intelligible le destin contemporain de la création, mais aussi pour approfondir la compréhension de nos sociétés, qui ont fait de l'individu, pour le meilleur et pour le pire, leur principe fondateur et leur valeur cardinale.

  • Chômage, inégalités, précarité? Notre « modèle social » affiche de bien piètres performances. Faut-il alors en faire le dernier rempart contre les assauts du libéralisme qui, mondialisation aidant, préfigurent un monde plus compétitif et plus dur pour les perdants ? Ou faut-il, au contraire, rechercher une nouvelle articulation entre marché et Etat, entre concurrence et protection ? Observant les évolutions de long terme des sociétés modernes, l'auteur décèle un décalage frappant entre l'hégémonie croissante des valeurs démocratiques dans le discours ambiant, allant de pair avec les capacités d'autonomie accrue des citoyen(ne)s et la persistance de l'autoritarisme et des rapports inégaux dans la sphère économique. Ce décalage pourrait fournir la clef d'un scénario optimiste pour le futur. En effet, la logique démocratique a vocation à s'imposer dans tous les lieux où se prennent des décisions qui affectent l'économie et en particulier l'entreprise , qui pourrait fonctionner de façon à la fois plus équitable et plus efficace en organisant une meilleure prise en compte des intérêts de chacun. En allant au bout du raisonnement, on voit se profiler une nouvelle « sociale-démocratie », qui mériterait mieux son nom que l'ancienne. Alors que cette dernière instituait, sous l'égide d'organismes centraux, une protection sociale uniforme et, d'un certain point de vue, paternaliste, sans s'attaquer aux prérogatives des élites dirigeantes, la nouvelle social-démocratie apporterait plus de sécurité, d'autonomie et d'égalité en donnant à chacun les moyens de participer aux décisions qui le concerne. Le marché garderait sa place centrale dans les rouages économiques, en raison des vertus démocratiques de la décentralisaton. Néanmoins, la démocratisation de l'entreprise représenterait un réel progrès économique et social, et induirait un dépassement des rapports sociaux inégaux qui caractérisent le capitalisme. Cet après-capitalisme « démocratique » ressemblerait bien peu aux divers scénarios étatistes qui ont longtemps alimenté les espoirs de progrès social, mais une telle perspective semble mieux à même de répondre aux défis de notre époque.

  • « La civilisation occidentale est unique et universelle, même si tout en elle, à l´évidence, n´est pas universel. » Le mode de vie occidental s´exporte, jusque dans son besoin de consommation frénétique auquel la culture n´échappe pas. Cette culture devient culture-monde, abondante, éphémère, monnayable. La gloire éternelle n´est plus de mise mais la reconnaissance immédiate qui passe par la valeur marchande. Pour la première fois donc, culture et globalisation coexistent, de façon déstabilisante, inquiétante peut-être.
    Dans un univers hypermoderne dominé par la logique de l´excès, qu´en est-il du capitalisme culturel ? Doit-on parler d´uniformisation à l´occidentale ou de réinvention de la différence ? La culture-monde signe-t-elle la fin de l´originalité ?
    Dans un langage clair et accessible, les deux auteurs abordent des questions aussi variées que l´art business, les marques, le cinéma, ou la Haute Culture. Un essai polémique et vivifiant.

  • Pierre Beckouche est Professeur à l'université Paris I, dont il dirige l'URF de Géographie. Ses recherches en géographie économique, urbaine et régionale, l'ont conduit à collaborer aux travaux de l'OCDE et de la DATAR. Il est membre du conseil scientifique de l'ACI « internationalisation des sciences sociales » du Ministère de la recherche. Voici un livre - dense, savant et souvent complexe - dont le point de départ pourrait ainsi se résumer : comment l'histoire de l'Europe fera-t-elle pour passer de l'État-Nation à un ensemble post-national ? Quels seront - au regard des événements issus de la Révolution française - les principes fédérateurs d'un agrégat privé de frontière ? Comment pourra-t-on, enfin, y penser l'altérité - donc l'identité - qui furent les deux levains de l'histoire européenne ? Pour conduire cette réflexion, Pierre Beckouche - et telle est bien son originalité - mobilise les ressources et les méthodes de l'histoire (François Furet), de l'anthropologie (de Louis Dumont à Jurgen Habermas), de la philosophie (de Marcel Gauchet à Luc Ferry). Il y ajoute celles de la psychanalyse afin de comprendre comment un individu (cet atome de l'Etat-Nation) est constitué par la double pulsion qui le pousse, à la fois, à revendiquer une identité tout en aspirant à une appartenance plus vaste. Or, pour Pierre Beckouche, les Etats sont les individus de l'Europe. Depuis deux siècles, ils ne cessent de conquérir leur autonomie et, comme les individus, ils ne se satisfont pas des conséquences de cette autonomie. Analysés sous cette lumière, les débats actuels sur la souveraineté ou le fédéralisme, sur « l'Europe des patries » ou « l'Europe post-nationale » prennent un sens nouveau. Jamais, par exemple, on n'aura mieux analysé que dans ce livre la contradiction apparente (et pourtant si caractéristique de l'histoire européenne du dernier demi-siècle) entre l'exacerbation actuelle du fait national (basque, corse, kosovar ou lombard) et l'avancée de la construction européenne.

  • Dans cet essai qui tient à la fois du roman picaresque et de la saga, Alexis Philonenko aborde la question de l'Europe et de son épaisseur métaphysique. Comment saisir de manière synthétique la cohésion spirituelle d'archipels, aussi disséminés, où scintillent les promesses d'ères nouvelles ? A la lumière de récits de voyages, de narrations savantes ou de pages inédites de Kant, Philonenko traque le Groenlandais pour montrer qu'en pleine période éclairée il est la figure emblématique de l'Untermensch. Puis il désigne les Chevaux de l'Apocalypse contemporaine : les derniers combats d'Europe et la guerre d'Algérie, la peste spirituelle et le statut difficile du débile mental, l'inversion de l'image de Dieu et le problème de l'assassinat ou de la famine agencée en crime de guerre. Ailleurs, le parcours de mondes oubliés permet à Philonenko de sillonner la Mer d'Edgar Poe ou la Terre d'Emile Zola, de montrer comment Parmentier et ses pommes de terre, Bernardin de Saint-Pierre et ses harengs auraient bien pu sauver la monarchie française sapée par les disettes. Puis d'autres pérégrinations font surgir des méditations sur le sport, la musique ou la philosophie, qui permettent de rencontrer Cassius Clay sur un ring, Ferdinand Alquié à l'université de Genève ou Fichte dans ses oeuvres.

  • Comment pense un Chinois ? Comment raisonne un Chinois ? Depuis des lustres, la question travaille les cervelles occidentales. Un Chinois pense et s'exprime toujours en zigzag, alors qu'un Occidental, lui, tend à penser et à s'exprimer de manière directe (i.e. sans détour). La Presse, par exemple : les choses, en Chine, sont toujours dites sans être...vraiment dites. C'est ce qu'on appellera l'oblique, mais aussi l'allusif. On ne dira jamais d'un dirigeant qui est en train de passer à la trappe, du moins en début du processus, que c'est cuit pour lui. On ne fera pas non plus de critique directe. Les signes du déclin seront simplement révélés par une progressive modération des dithyrambes à son propos. Après ce balayage vivant et subtil de l'actualité médiatique, François Jullien plonge dans les méandres de la culture et de la pensée chinoise - sans cesser, jamais, de le comparer avec le système occidental. Pour montrer les grandes figures de l'indirect, c'est-à-dire le fonctionnement du "détour", il nous promène aussi bien dans la peinture, que dans l'art dramatique, la philosophie ou l'art des jardins.

  • Jacques Rollet, ancien prêtre, enseigne la science politique à l'université de Rouen. Docteur d'État en science politique, docteur en théologie, il est également chargé de cours à la Faculté des sciences sociales et économiques de l'Institut catholique à Paris. Il a publié, entre autres ouvrages : Le cardinal Ratzinger et la théologie contemporaine (Cerf), en 1987. Il collabore à la revue Esprit. L'ambition de Jacques Rollet, dans cet ouvrage, est d'explorer le rapport entre religion et politique, à partir d'une confrontation entre le christianisme et l'islam d'un côté, la modernité de l'autre. Pour ce faire, l'auteur entend tenir compte des problématiques de Pierre Manent et Marcel Gauchet, sur le « désenchantement » du monde démocratique. Mais ne renonçant pas à la modernité du message évangélique, il estime que les thèses de ces auteurs, ainsi quelles, issues des travaux conciliaires, sont toutes deux insuffisantes : la première minimisant la modernité du christianisme, la seconde voulant le contenir dans la sphère privée. Trois parties lui permettent alors de développer des thèses fortes : la première est consacrée au temps des fondations (Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran, traditions médiévales chrétienne et musulmane). La seconde porte sur la modernité étudiée à travers l'avènement de l'individu (de Machiavel à Locke) et la Déclaration des Droits de l'Homme. La troisième partie présente la théologie politique du christianisme au XX ème siècle, l'islam contemporain sunnite et schiite en politique, et se conclut par un chapitre sur l'apparent conflit entre christianisme et modernité : car le christianisme délesté de l'argument d'autorité semble bien être une condition intrinsèque de l'humanisme démocratique, qui doit prendre au sérieux, aussi bien la gratuité fondatrice de l'autonomie de l'homme, que la question du mal politique, si présent au XX ème (étude de René Girard et Carl Schmitt). En accord avec les analyses de Luc Ferry sur le rapport entre éthique et théologie, l'auteur pense donc que les Droits de l'Homme doivent beaucoup à la tradition judéo-chrétienne : la liberté pour être volonté bonne, nécessite une inspiration qui la dépasse, hors de toute imposition autoritaire. C'est sur ce point que l'islam lui apparaît aujourd'hui comme incompatible avec la modernité démocratique. Gageons que cette dernière thèse, exposée avec nuance et rigueur scientifique, ne manquera pas de susciter de nombreuses polémiques.

  • L'oeuvre de Gilles Lipovetsky a profondément marqué l'interprétation de la modernité. Dans L'Ere du vide (1983), il posait les jalons de ce qui devait s'imposer comme le « paradigme individualiste ». Depuis il n'a cessé d'explorer avec minutie les multiples facettes de cet individu contemporain : le règne inédit de la mode, les métamorphoses de l'éthique, mais aussi la nouvelle économie des sexes, l'explosion du luxe et les mutations de la société de consommation. Dans ce livre, écrit en collaboration avec Sébastien Charles, Gilles Lipovetsky revient sur son itinéraire intellectuel et les différentes étapes de son travail, mais il apporte aussi un élément supplémentaire à son interprétation de la « seconde révolution moderne » : le « postmoderne » a fait son temps ; nous sommes passés, pour le meilleur et pour le pire, à l'âge « hypermoderne » ! Sébastien Charles, philosophe et professeur à l'Université de Sherbrooke (Canada) est, dans cet ouvrage, l'« interviewer » de Gilles Lipovetsky.

  • François Jullien, philosophe et sinologue, professeur à l'Université Paris 7 Denis Diderot, directeur de l'Institut Marcel Granet. Son travail est traduit dans une quinzaine de pays. Il a publié chez Grasset : Le détour et l'accès, Figures de l'Immanence, Fonder la morale, Traité de l'efficacité.« Qu'est-ce donc que le temps ? demandait Augustin. Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus... ». Depuis ses débuts, la philosophie a beau se battre contre le concept de temps, elle n'en sort pas. Nous voici installés à demeure, en faisant notre demeure, dans ce concept étrange : le « temps ». Le plus familier - le plus étrange ; or, c'est d'après lui que nous concevons ce qui ferait l'essence de la « vie ».Empruntant le chemin de la pensée chinoise, François Jullien tente de sortir de ce grand pli du « temps ». Car la Chine a pensé le « moment » saisonnier et la « durée », mais non pas une enveloppe qui les contienne également tous deux, et qui serait le « temps » homogène - abstrait.Quelle est donc cette pensée qui n'a pas pensé les « corps » en « mouvement » ? Quelle est donc cette pensée qui n'a pas opposé le temporel à l'éternel, l'être au devenir, d'où naît la métaphysique, et dont la langue, enfin, ne conjuguant pas, ne donne pas à opposer des temps - futur, présent et passé ?Au terme des Essais, Montaigne suggère, non de vivre au présent, mais « à propos ». Discrètement, cet à propos nous sort de la pensée du temps ; il fait envisager le moment, non comme un laps de temps, mais comme une occasion, ou plutôt comme une « occurrence », le concept en est à forger. « Un bon moment », disons-nous ; mais de quoi celui-ci est-il fait ? Comment donner une consistance théorique à l'opportunité selon laquelle il « vient » à nous, comme à la disponibilité selon laquelle nous nous « ouvrons » à lui ?Cet essai voudrait donc dégager une autre perspective que celle du surplomb du Temps et du grand drame - « existentiel » - qu'elle organise ; prenant le parti d'une pensée qui, dans son ouverture au « moment », et face à l'angoisse de la mort, dirait une insouciance qui ne soit pas une fuite, il tente d'élaborer des éléments du vivre qui ouvrent la philosophie à la possibilité de la sagesse.

  • L'éducation est, pour les sociétés démocratiques, un problème et un enjeu majeurs. S'il est vrai que nulle société ne peut faire l'économie d'une réflexion sur les conditions qui permettront d'assurer la bonne transmission des savoirs et des pratiques sans lesquels elle ne pourrait subsister, il n'en demeure pas moins que le problème de l'éducation paraît singulièrement aigu pour les sociétés démocratiques et modernes qui se doivent d'articuler les exigences de l'éducation aux valeurs de l'individualisme. On parle communément d'une " crise de l'éducation ", et l'on associe parfois celle-ci à la mise à mal de l'autorité. Autour de ce thème, se livre aujourd'hui un dur combat d'idées sur la pédagogie de l'âge démocratique. De quelle nature est cette crise de l'éducation ? Et quelles solutions pouvons-nous envisager ? Albert Jacquard, Pierre Manent et Alain Renaut en débattent et font émerger, à cette occasion, des clivages qui permettent d'éclairer d'un jour nouveau ces interrogations.

  • Vivons-nous la fin du sacré ou le retour du religieux ? La question n'en finit pas de se poser : d'un côté, les Eglises et les dogmes s'effacent au profit d'une religion « à la carte » ; de l'autre - force est de le constater - les intégrismes et autres fondamentalismes ne se sont jamais aussi bien portés. Comment se retrouver dans des tendances aussi contradictoires ? Luc Ferry et Marcel Gauchet éclairent notre perplexité par une réflexion qui n'hésite pas à convoquer la longue durée. Sur fond d'un accord sur le processus multi-séculaire du « désenchantement du monde », - tel que l'a décrit Max Weber - ils dessinent pour le présent et le futur deux scénarios opposés : pour Gauchet, c'est l'épuisement du sacré qui se profile, marquant la séparation définitive entre l'humain et le divin ; pour Ferry, au contraire, nous assistons davantage à une reconfiguration humaniste du sacré, à une divinisation de l'humain qu'à sa disparition. Le monde est-il voué au désenchantement, ou promis à un réenchantement ?

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