Gallimard

  • Cette courte correspondance inédite et inattendue entre Michel Leiris et Marcel Jouhandeau (94 lettres) s'étale de 1923 à 1977 ; l'essentiel des lettres occupant les années vingt et trente. Elle révèle une relation peu connue entre les deux grands écrivains.Les deux hommes se sont rencontrés en 1923 dans l'appartement d'André Masson où Max Jacob, qui donne des conseils poétiques au jeune Leiris (22 ans), emmène son ami Jouhandeau (35 ans). Dans la nuit du 26 au 27 mars 1924, épris d'alcool et de lyrisme, ils vivront une union « mystique » qui se traduira concrètement par une relation homosexuelle. Assez rapidement, Leiris comprend que Jouhandeau est amoureux de lui et replace leur relation en termes d'amitié. Leiris admire Monsieur Godeau intime qui vient de paraître en revue et envoie des poèmes que Jouhandeau juge trop influencés par Mallarmé. Jouhandeau se confie sur l'espérance, la foi et l'amour et revient sur le « merveilleux » de leur rencontre. Tandis que Jouhandeau vit une relation orageuse avec sa femme Élise dite Caryathis, Leiris trouve un emploi comme secrétaire à la revue Documents de Georges Bataille. En 1936, Jouhandeau se sent blessé par les extraits sibyllins de l'Age d'homme qui le concernent, mais quelques temps plus tard c'est Leiris qui rompt à cause de la profession de foi antisémite de Jouhandeau dans l' Action française. Ils renouent en 1937, « l'amitié sous la cendre » n'est pas morte, écrit Jouhandeau. En 1940, Leiris est mobilisé en Algérie et donne des nouvelles. Suite à une rupture plus grave avec la guerre, la correspondance s'interrompt jusqu'en 1966. Malgré tout, le souvenir et l'affection demeurent, les deux hommes échangent une dizaine de lettres entre 66 et 77. Édition établie par Denis Hollier et Louis YvertPréface de Denis Hollier.

  • Devenu le cinquième directeur de la Nouvelle revue française en 1987, succédant à sa grande surprise à Georges Lambrichs, il aura fallu un an à Jacques Réda pour se résoudre à monter lui-même dans le « train ». C'est dans le « fourgon arrière » qu'il décide alors de publier ses propres chroniques, en « passager clandestin », affirme-t-il. Réda parle de l'époque dans sa rubrique « Carnet », livre des propos « çà et là » en abordant des « questions » du temps avec beaucoup de curiosité pour tous les sujets : l'orthographe, la couche d'ozone, la toponymie la « cibi », les extraterrestres, la nouvelle Grande bibliothèque de France, le phonographe, les frontières, les sondages, etc. On note bien sûr des sujets récurrents comme le langage, la poésie, le style. Réda se plaît à publier des poèmes qu'il découvre inscrits sur les murs et la chaussée et cite aussi en renfort des poètes de son temps. A propos de la question militaire, il citera Valery Larbaud ; à propos du « jeu de ballon rond », il évoquera Pindare aux côtés de Jean-Pierre Papin et s'élèvera contre les séances de tirs au but ; dans le « pompon » il se moquera des « États Généraux de la Poésie » en espérant qu'ils n'aboutiront pas à une phase de « Terreur » ; et sa question de la « fin du monde » s'achèvera par : « L'éternité existe mais elle ne dure jamais longtemps ». Le Fond de l'air de Jacques Réda fleure bon le pessimisme joyeux, l'érudition amusante, l'humour pince sans rire, relevant partout la cocasserie de notre époque « moderne ». On retrouve là le sens de l'observation, du paradoxe, et toute la finesse de Jacques Réda, s'inscrivant dans la grande tradition française des moralistes avec une fausse légèreté. Et ce que Réda observe dans les années 90 résonne toujours à notre époque, tout comme des épigrammes de Martial ou des satires de Juvénal...

  • En décembre 1945, Louis-Ferdinand Céline est arrêté à Copenhague, où il s'était réfugié avec Lucette et son chat Bébert et tentait d'écrire la suite de Guignol's band: Le dénommé Destouches, immédiatement incarcéré à la prison de l'Ouest, réclame de quoi écrire.
    L'administration pénitentiaire lui fournit dix cahiers d'écolier de 32 pages avec des règles à respecter : "On ne doit pas écrire sur l'affaire dont on est justiciable ni sur la détention. Tout propos licencieux et malséant est également interdit."
    À partir de février 1946, le prisonnier note d'emblée des éléments de défense pour empêcher son extradition dans la France de l'épuration, et s'en prend à l'ambassadeur Charbonnières qui le persécute. Mais Céline est repris par l'écriture et les Cahiers de prison dévoilent sa vie après son arrivée au Danemark, sa relation avec Lucette, des souvenirs de Londres ou de Montmartre, et surtout montrent de manière inédite le Céline lecteur. Isolé dans la cellule 609 de la section K., Céline s'entoure de livres apportés par sa femme et cite abondamment Chateaubriand, Hugo, Chamfort, Voltaire, etc., en se comparant avec les "grands écrivains exilés emprisonnés". Les Cahiers illustrent aussi la transition littéraire vers sa "seconde révolution narrative et stylistique", note Jean Paul Louis, avec la mise en chantier de Féerie pour une autre fois et des passages que l'on retrouvera dans D'un château l'autre, Nord et Rigodon.
    Ce volume des Cahiers de la NRF constitue la première édition originale et intégrale des Cahiers de prison de Céline. Avec un nouveau travail d'établissement du texte et des notes, ainsi qu'un index centré sur les noms d'auteurs et les titres d'oeuvres, Céline nous apparaît tel qu'en lui-même, obsédé par la littérature et sa condition d'écrivain : "C'est moi maintenant le traître, le monstre, c'est moi qu'on s'apprête à lyncher."

  • Ce journal couvre les dernières années de la vie de Paul Morand, de juin 1968 à avril 1976 : trente-deux cahiers manuscrits, déposés par lui à la Bibliothèque Nationale, et un dernier cahier inachevé.
    Suivant les volontés de l'auteur, leur contenu ne devait être ni consulté ni publié avant l'année 2000. Il entendait ainsi les mettre à l'abri des indiscrétions et commentaires de ses contemporains.
    Ces notes rédigées au fil des jours, sans se relire ni se corriger, mêlent rencontres, propos rapportés, réflexions personnelles sur les événements actuels et évocations du passé, lectures et voyages. Écrit tantôt au feutre, tantôt au Bic, tantôt au stylo ou au crayon, accompagné de feuilles volantes, de pages arrachées à des carnets, de photographies, de coupures de journaux, de lettres épinglées (certaines, d'époques diverses, sont réunies dans les Annexes du tome II où figure également un index général), ce Journal se présente comme une oeuvre qui n'est pas si éloignée des collages des peintres. Il comporte même quelques petits dessins manuscrits, des dizaines de cartes postales et de papiers d'hôtels à en-tête de tous les pays du monde. Cosmopolite comme son auteur, révélant, comme lui-même l'écrit, son envie jusqu'à la fin "d'être ailleurs".

  • Ce journal couvre les dernières années de la vie de Paul Morand, de juin 1968 à avril 1976 : trente-deux cahiers manuscrits, déposés par lui à la Bibliothèque Nationale, et un dernier cahier inachevé.
    Suivant les volontés de l'auteur, leur contenu ne devait être ni consulté ni publié avant l'année 2000. Il entendait ainsi les mettre à l'abri des indiscrétions et commentaires de ses contemporains.
    Ces notes rédigées au fil des jours, sans se relire ni se corriger, mêlent rencontres, propos rapportés, réflexions personnelles sur les événements actuels et évocations du passé, lectures et voyages. Écrit tantôt au feutre, tantôt au Bic, tantôt au stylo ou au crayon, accompagné de feuilles volantes, de pages arrachées à des carnets, de photographies, de coupures de journaux, de lettres épinglées (certaines, d'époques diverses, sont réunies dans les Annexes du tome II où figure également un index général), ce Journal se présente comme une oeuvre qui n'est pas si éloignée des collages des peintres. Il comporte même quelques petits dessins manuscrits, des dizaines de cartes postales et de papiers d'hôtels à en-tête de tous les pays du monde. Cosmopolite comme son auteur, révélant, comme lui-même l'écrit, son envie jusqu'à la fin "d'être ailleurs".

  • Au mois de mars 1981, à Trouville, Jean Mascolo et Jérôme Beaujour filment Marguerite Duras sur le tournage d'Agatha, pour ce qui deviendra le documentaire Duras filme. Ces quatre jours resteront comme un moment de grâce : l'écrivain, face à la mer à l'hôtel des Roches Noires, manifeste devant tous un bonheur intense de créer. La présence de Yann Andréa, qui s'est brusquement installé chez elle ce fameux "été 80", n'est pas étrangère au phénomène. Avec une liberté grande et joueuse, écrivant par la parole, Marguerite Duras improvise sur les thèmes du désir, de l'homosexualité, de l'inceste, de l'interdit et sur l'écriture, le cinéma, la modernité ou encore l'absence de Dieu.
    Joëlle Pagès-Pindon, qui retranscrit ici l'intégralité inédite des entretiens de Duras filme, nous propose d'assister à une véritable séance d'"envoûtement". Cette plongée dans la création en cours de Marguerite Duras révèle "la toute-puissance de l'écrit" à travers le texte, l'image et la voix, ainsi que l'entrelacement du réel et du mythe. Dans une deuxième partie, un document inédit intitulé par l'écrivain "Brouillons du Livre dit" montre l'élaboration d'une technique de réécriture des entretiens de Duras filme.

    Édition établie, présentée et annotée par Joëlle Pagès-Pindon.
    Agrégée de lettres classiques, professeur de chaire supérieure et vice-présidente de l'Association Marguerite Duras, Joëlle Pagès-Pindon est auteur de Marguerite Duras. L'écriture illimitée (2012) et coéditrice des tomes III et IV des OEuvres complètes de Marguerite Duras dans la Bibliothèque de la Pléiade.

  • Septembre 1948 : la Providence a pour nom Pierre Monnier, caricaturiste sous le nom de Chambri, qui profite de la tournée d'un groupe folklorique auvergnat pour rencontrer Louis-Ferdinand Céline. Après dix-huit mois de prison, ce dernier vit exilé au Danemark dans une chaumière prêtée par son avocat. Menacé d'extradition, en conflit avec son éditeur Denoël, il n'a rien publié depuis Guignol's band et enrage de voir ses livres indisponibles. Pendant ce temps, le simple "ouvrier" travaille sans relâche à Féerie pour une autre fois. De retour à Paris et bien que le milieu soit exsangue depuis l'épuration, Pierre Monnier compte mettre fin par tous les moyens à ce scandale éditorial. Céline l'encourage de ses invectives : d'abord avec Charles Frémanger (l'éditeur de Jacques Laurent et d'Antoine Blondin) la republication sous le manteau de Voyage au bout de la nuit (1949), puis la création par le novice Monnier de sa propre Maison - les Éditions Frédéric Chambriand - pour mettre en circulation Casse-pipe et Mort à crédit. La détestation de Céline pour les éditeurs et ses logorrhées d'homme meurtri ne l'empêchent pas d'accorder sa confiance à Pierre Monnier, qui rejoint le petit cénacle des fidèles composé de Marie Canavaggia, Jean-Gabriel Daragnès, Albert Paraz ou Marcel Aymé. L'éditeur de fortune lui sert également de courroie de transmission avec Tixier-Vignancour qui tente à Paris d'obtenir son amnistie (procès en 1950). Bien que malmené à son tour, le valeureux Monnier parvient à organiser l'arrivée de Céline chez Gallimard, qui acceptera toutes ses conditions. Une fois le non-lieu prononcé (1951), l'écrivain maudit revient discrètement en France : la saison au purgatoire est loin d'être terminée. Ce douzième volume de la "Série Céline" corrige, approfondit par des notes et complète par des inédits les 313 lettres (ici 325) que Pierre Monnier avait divulguées dans son récit Ferdinand furieux (L'Âge d'homme, 1979). On trouvera également en annexe des témoignages de Pierre Monnier et une précieuse documentation sur son aventure éditoriale.

  • Édition de Lionel Follet. Des centaines de pages écrites presque en secret depuis mai 1923, déchirées et brûlées à la fin de 1927 : échec d'un projet ruiné d'avance par sa folle démesure ? Inachevé et mis à mort, ce roman des romans dont rêvait Aragon nous dérobe à jamais son architecture. Mais il revit en fragments éclatés, fascinante Babel où chaque personnage suscite un roman singulier : Blanche, Michel, Anne, Amanda, Firmin... et cette figure énigmatique, Irène, au coeur d'un texte qui dépasse de loin le roman 'érotique', dans la sublimation lyrique et la sinistre parodie, dans une interrogation sur les pouvoirs de l'écriture, et dans le désespoir d'aimer. Romans, poèmes, digressions, l'unité de l'ensemble est dans la splendeur de la phrase aragonienne, frémissante, équivoque, exaspérée, blasphématoire. Ces pages si longtemps occultées ont irrigué toute l'écriture ultérieure d'Aragon. Roman enfin, l'histoire de leur résurrection - jusqu'aux feuillets deux fois sauvés par Nancy Cunard, qui donnent à ce volume dix-neuf chapitres inédits et superbes.

  • Entre 1899 et 1950, "Bypeed" et la "Petite Dame" - c'est-à-dire André Gide et Maria Van Rysselberghe - échangent plus de huit cents lettres : exemple rare d'un demi-siècle d'une amitié profonde et constante à travers tous les bouleversements. Ceux de l'Histoire : deux guerres mondiales (expérience du Foyer franco-belge pendant la Première, exil pendant la Seconde), la montée du nazisme et du communisme (voyage de Gide en URSS), la question coloniale (ses voyages en Afrique), mais aussi l'évolution morale et sociale. Ceux de l'intimité : la relation entre Maria et Aline Mayrisch, celle entre Gide et Marc Allégret, et bien sûr celle de l'écrivain avec la fille de Maria, Élisabeth Van Rysselberghe, qui lui donnera un enfant : Catherine.

    Dans ces lettres où la littérature est le ferment de l'amitié, André Gide se montre à la fois joueur et sincère, parfois audacieux dans le style et la narration. À l'ombre de son grand homme, dont elle est souvent la première lectrice et critique, la Petite Dame fait preuve d'admirables dons de description et de psychologie. Sa personnalité enthousiaste dresse un tableau vivant du Gide écrivain et du Gide intime, de leur petit groupe d'amis (Henri Ghéon, les Schlumberger, les Copeau, les Verhaeren, Marc Allégret, Martin du Gard, etc.) comme des affaires familiales ou domestiques.

    Cette correspondance, parmi les plus importantes d'André Gide, vient précieusement compléter d'un côté les Cahiers de la Petite Dame (qui commencent en 1918) et de l'autre son Journal, publiés chez Gallimard. Éditée et annotée par Peter Schnyder et Juliette Solvès, elle nous permet d'aborder, dans un univers lettré et cultivé, la "fabrique" de l'écrivain.

  • L'uvre de Pierre Michon n'est-elle pas déjà celle d'un classique? La question émerge à un tournant historique : à un moment où les textes de Michon atteignent de nouveaux cercles de lecteurs et où son écriture elle-même pourrait, à cette occasion, chercher à se construire de nouveaux défis. Certains textes comme La Grande Beune, ou Les Onze, ne vont-ils pasconnaître une seconde floraison? Le charme et le démon de l'inachevé traversent l'écriture de Pierre Michon comme un label de l'inimitable et la promesse d'une perpétuelle continuation. La chance nous est donnée par l'écrivain lui-même de chercher à comprendre cette aventure à l'état naissant : dans l'épaisseur sauvage de ses carnets de travail, à même la genèse du texte tel qu'il est en train de s'inventer, avec la chance exceptionnelle de pouvoir interroger son créateur. Ce sera, pour la lecture de l'uvre, l'une des grandes nouveautés de ce colloque et des recherches à venir.
    Que va-t-on trouver à travers ces traces de la création? Un formidable chantier intellectuel, une profusion de matériaux imaginaires et quelques aperçus inédits sur l'art de l'écrivain... mais surtout une énergie, une logique, une 'percolation' qui constituent la signature inimitable d'une écriture. Comment la qualifier? Comment résumer la singularité paradoxale de cette uvre, à la fois baroque et boutonnée, naturelle et fardée, noble et roturière,sauvage et réglée, cruelle et généreuse, si ce n'est par cette hypothèse : cette écriture ne serait-elle pas tout simplement en train de construire la langue classique de notre temps?

  • De 1978 à 1985, Florence Delay a tenu la chronique théâtrale de la Nouvelle Revue Française. L'écrivain, qui est aussi dramaturge et comédienne, y relate avec passion et raison le travail des metteurs en scène et des interprètes d'une grande époque créative. On y croise, entre autres, Antoine Vitez, Giorgio Strehler, Claude Régy, Roger Planchon, Bob Wilson, Peter Brook, Bruno Bayer, Brigitte Jaques ou Jorge Lavelli. Le plaisir du théâtre, c'est aussi bien la surprise pouvant surgir des classiques revisités que la découverte des contemporains. C'est encore la curiosité d'aller voir ce que font "Les femmes du boulevard", ou ce qui se trame dans les "Salles d'attente" du théâtre dit érotique. Au-delà de l'interprétation et de la mise en scène, Florence Delay conduit au coeur des oeuvres et communique au lecteur le sens et l'émotion qu'une génération d'artistes fait naître de nouveau ou pour la première fois.

  • Si ce recueil est composé de textes principalement publiés dans la presse (Vogue, Marie Claire, Arts...), entre 1935 et 1970, Louise de Vilmorin déploie toujours son art littéraire : ici elle tourne un poème, là offre un conte, ses souvenirs deviennent des nouvelles et ses fantaisies cachent des méditations. La Dame de Verrières saisit l'esprit du temps (la circulation à Paris), comme elle voyage dans le temps ("L'Aiglon vous reçoit à Schoenbrunn") ; elle réagit avec émotion à la disparition de Saint-Exupéry ou à l'insurrection de Budapest, comme elle évoque avec drôlerie un amiral japonais rencontré à l'âge de dix ans ou les hommes de style d'Édouard VII à Marlon Brando. Et qu'il s'agisse d'une simple noix qu'un jardinier transforme en moulin ("Objets-chimères"), des jeux de l'amour et ses hasards ("Le petit enchanteur") ou de l'élégance masculine, on retrouve à tout propos le charme, la sagesse et l'esprit de Louise de Vilmorin.

  • Ces 45 lettres inédites de Saint-John Perse forment un document exceptionnel pour la compréhension de l'homme, Alexis Leger, qui se cache derrière le poète. Écrites depuis les États-Unis entre 1944 et 1957, elles constituent les seules lettres familiales authentiques, non retouchées, qui nous soient parvenues. Parmi elles, une longue lettre adressée à sa mère peu avant sa mort, la seule qu'on connaisse. Saint-John Perse écrit principalement à son beau-frère, Abel Dormoy, qui veille en son absence sur sa mère et ses soeurs Eliane et Marguerite à Paris. Il vit alors à Washington d'un modeste emploi à la Librairie du Congrès, puis d'une bourse que lui verse la Fondation Bollingen. Il reçoit le soutien d'admirateurs américains (dont Beatrice Chanler, Francis et Katherine Biddle, Mina Curtiss). Déchu de ses fonctions en 1940 par Paul Reynaud puis de sa nationalité par Vichy, Alexis Leger a longtemps attendu la régularisation de sa situation administrative. La gravité de ses soucis l'a d'abord empêché de poursuivre son oeuvre poétique et il en a souffert (onze ans séparent la publication de Vents et celle d'Amers). Il revient en France pour la première fois en 1957. Les lettres révèlent avec précision les raisons de la prolongation de son exil américain. C'est fin 1951 qu'il a, assez brutalement, décidé de quitter le personnage de diplomate pour devenir pleinement le poète et futur prix Nobel de littérature. Édition de Claude Thiébaut Ce Cahier est le vingt-deuxième de la "Série Saint-John Perse".

  • 'Au départ, il y a ces bonheurs de lecture qu'on ne peut garder pour soi seul. Un enthousiasme si grand qu'il passe tout de suite dans le stylo et enflamme les notes, articles, chroniques, préfaces qu'on écrit sur des livres, des auteurs connus ou non qui vous ont fait respirer autrement.
    Confiés au fil des jours ´r des revues plus ou moins spécialisées, des journaux, des livres ou faisant cavalier seul, ces textes disparaissent ´r l'arrivée au fond d'une bibliothcque, d'un débarras, d'une cave. Empoussiérés, perdus et c'est miscre.
    Jusqu'au jour ou le cur, qui n'a pas perdu de son allant, se souvient et décide de réunir les meilleurs ´r la bonne franquette, c'est-´r-dire, au mépris de toute hiérarchie, dans une petite voiture ce volume pour une promenade au grand air. Avec l'espoir de redonner ´r chacun ses couleurs, sa vitalité et, si possible, quelques lecteurs de plus.' Guy Goffette.

  • La littérature survient dans la vie et la vie revient dans la littérature. Ce mouvement est profondément illustré par l'oeuvre de Philippe Forest, que la perte d'un enfant a mené à l'art du récit et du roman et qui interroge les genres de l'autobiographie et de l'autofiction avec une sincérité et une empathie qui ont attiré à lui de très nombreux lecteurs. Essayiste, critique, spécialiste des avant-gardes, auteur d'une grande biographie de Louis Aragon, Philippe Forest s'est aussi engagé dans une réflexion sur la modernité, le Japon et la photographie, ce qui fait de sa voix l'une des plus originales de la littérature contemporaine.
    Traduit dans le monde entier, lauréat du prix Femina du premier roman pour L'enfant éternel ou encore du prix Décembre pour Sarinagara, Philippe Forest a été mis à l'honneur par un colloque international, à l'origine des études publiées dans ce volume. Les témoignages de ses traducteurs, un entretien inédit avec l'auteur et une chronologie précise complètent les réflexions de cet essai collectif, qui est un hommage vivant à une oeuvre au coeur de la vie.

  • Ce volume rassemble pour la première fois l'intégralité de la correspondance échangée entre deux hommes de théâtre hors du commun, Jacques Copeau (1879-1949) et Louis Jouvet (1887-1951), dont l'influence n'a pas cessé de nourrir les pratiques contemporaines.
    Ce qui les unit d'abord, au-delà d'un compagnonnage exemplaire qui les verra côte à côte au Théâtre du Vieux-Colombier de 1913 à 1922, fut le rêve d'une fraternité artistique idéale, d'une utopie théâtrale. Que les circonstances, différends ou querelles d'amour-propre aient fait dégénérer cette mystique, personne ne le contestera. Mais des premiers spectacles de 1913 à l'aventure mouvementée des deux saisons américaines, en passant par la réalisation des dispositifs fixes des scènes new-yorkaises et parisiennes ou leurs échanges sur 'la comédie nouvelle' et sur l'éducation originale du comédien des temps modernes, le dialogue entre Jacques Copeau et Louis Jouvet révèle la complicité émouvante qui les a liés, notamment pendant la Première Guerre mondiale.
    Leurs lettres composent donc un récit unique, celui d'un don de chacun à l'autre, et cela même après le départ de Louis Jouvet du Vieux-Colombier. Jacques Copeau, alors retiré en Bourgogne à la recherche de formules dramatiques inédites, reste le "patron", auquel le cadet, devenu à son tour un des animateurs incontestés de la scène parisienne, rendra hommage jusqu'à sa mort, en octobre 1949.

  • Cette édition présente pour la première fois les articles politiques signés par Maurice Blanchot dans l'entre-deux-guerres. Avant même d'adresser à Jean Paulhan son premier roman Thomas l'obscur (Gallimard, 1941), Blanchot était déjà l'auteur de plusieurs centaines d'articles destinés à des publications telles que La Revue Universelle, Le Journal des Débats, Le Rempart, Aux Écoutes, Combat et L'Insurgé. Véritable chronique des années trente, ces articles témoignent de la volonté de ressaisir dans l'actualité les moyens d'agir sur elle. Blanchot voudrait en finir avec la "France corrompue" et affirme, comme pour précipiter le destin des mouvements "non conformistes" de l'époque, que seule la révolution est urgente et "nécessaire". Ce volume offre aux Écrits politiques, 1953-1993 (Cahiers de La NRF, 2008), la contradiction de "l'autre Blanchot" (Michel Surya, Tel, 2015), dont le positionnement politique, pour être inverse, n'en est pas moins radical.

  • "Les Carnets figurent au premier plan de l'oeuvre thomasienne, ayant nourri non seulement des livres, mais aussi les articles publiés dans La Nouvelle Revue française. Aux poèmes et aux récits s'ajoutent maintenant des pages écrites entre 1934 et 1951, découvertes il y a dix ans dans un grenier d'Asnières au cours d'une recherche entreprise dans le cadre universitaire. Ce sera au lecteur de décider s'il s'agit d'un abandon volontaire de l'auteur ou d'un simple oubli.
    Ce dossier serait-il, à partir d'une douloureuse expérience personnelle, ni plus ni moins qu'une tentative pour approfondir le mystère du rapport entre l'Homme et la Femme ? Face aux pièges de la condition humaine, on y trouve, tracées, les grandes lignes d'une stratégie de défense.
    Thomas s'interroge sur les règles du jeu et en arrive aux conclusions suivantes : d'abord que "c'est une erreur de voir dans une femme (ou un homme) un remède à la solitude" ; et ensuite que "le seul être dont on doive attendre quelque chose, c'est soi-même [...] on doit seulement souhaiter que les autres donnent l'occasion d'offrir ce qu'on a, soi, ce qu'on crée pour eux".

    Ce choix de l'écriture comme sacerdoce est ce qui fait du personnage de Thomas son intérêt si singulier. S'il a quitté ce monde il y a plus d'une décennie, sa voix n'en continue pas moins d'exercer une vraie séduction. Ces pages, inédites et poignantes, ne font qu'en confirmer la pertinence."
    Joanna Leary.

  • René Bertelé crée les Éditions du Point du Jour le 10 janvier 1946 à Paris. Quelques semaines plus tard, il fait paraître à cette enseigne Paroles, premier recueil poétique de Jacques Prévert. Déjà reconnu pour ses scénarios de films, ses paroles de chansons et son théâtre militant, Jacques Prévert n'a encore publié ses écrits littéraires que dans des revues confidentielles. René Bertelé réunit et ordonne ces textes épars puis devient, d'un recueil à l'autre, de Paroles à Choses et autres, le principal éditeur du poète - et l'un de ses plus proches amis.
    Malgré le succès immédiat et durable de Paroles, le Point du Jour ne dispose pas des ressources nécessaires pour développer ses activités. Suivant le conseil de Jean Paulhan, Gaston Gallimard, très désireux d'accueillir les oeuvres de Jacques Prévert dans sa Maison, rachète le Point du Jour le 27 juillet 1949. Il confie à René Bertelé, désormais directeur de collection à la NRF, le soin de l'enrichir de nouveaux titres. Jacques Prévert, très sollicité par ailleurs, reste toujours un peu réticent à rassembler et ordonner sa production littéraire. L'élaboration de chaque recueil s'apparente à une difficile mise au monde ; mais l'oeuvre prend forme au travers de cette magnifique entente éditoriale.
    Les lettres de René Bertelé à Jacques Prévert, les échanges avec Gaston Gallimard, son fils Claude et Jean Paulhan, les nombreuses reproductions de collages inédits ou de petits dessins adressées par l'écrivain en guise de réponse, les maquettes de couverture et autres documents éditoriaux révèlent le patient et obstiné travail qu'a exigé la mise au point des recueils poétiques de Jacques Prévert, en toute complicité.
    Édition établie, présentée et annotée par Delphine Lacroix, illustrée de 110 documents en couleurs.

  • Ce n'est pas un hasard si la critique de Jacques Rivière porte aussi bien sur des peintres que sur des musiciens ou des écrivains. Sa pensée se meut à l'aise dans un univers peuplé de formes, de couleurs et de sons, et adopte tout naturellement un caractère sensuel. 'Chaque poème est le doux corps précis d'un sentiment unique'... 'les lignes parfaites d'Ingres entourent le corps ainsi qu'un bras'... 'son amour est si violent, écrit-il de Cézanne, qu'il tremble de respect'. Mais Rivière va plus loin, il reconstitue la démarche du poète, le geste du peintre, la sensation du musicien, qu'il semble approcher de ses yeux pour mieux en décrire avec minutie les moindres détails.
    Si Rivière s'était repenti en 1924 d'avoir 'introduit les moeurs de l'amour dans la critique', il priait toutefois son lecteur d'avoir 'la gentillesse de [lui] en faire tout de même un mérite.' D'autant que ses 'idoles' ne lui paraissaient pas, douze ans plus tard, trop mal choisies, ni son Panthéon trop 'démodé'. De ce 'poème critique', selon l'expression de Saint-John Perse, Rivière passera insensiblement au débat d'idées où va se manifester plus nettement son autorité de directeur de revue.

  • Il est exceptionnel d'avoir accès à une correspondance s'étendant sur une période continue de soixante-dix années et, de surcroît, à des lettres qui témoignent d'une manière aussi transparente de l'appréciation de l'amitié. Ces lettres sont d'abord une conversation de l'esprit, et souvent, cette conversation semble viser un auditoire au-delà du destinataire de la lettre : 'J'ai parfois l'impression de m'adresser à d'autres lecteurs en même temps qu'à toi', écrivit-il à un de ses amis.
    Sans doute l'aspect le plus remarquable du parcours de Thomas, lorsque l'on considère la période de l'histoire dans laquelle il s'est déroulé, réside dans son refus d'accepter le jugement nihiliste de l'époque prôné par ses pairs. Pour lui, humaniste convaincu, le désespoir représentait l'ultime mal : 'Ce n'est pas vers l'ombre qu'il faut se tourner, mais vers un espace de lumière [...] je suis persuadé que le grand, le seul crime - c'est le désespoir - quand la fine pointe de l'espoir (de l'espoir en rien, à l'état pur), n'est plus là - c'est vraiment le fil de la vie qui se rompt.'
    'Mystérieux, secret, discret', ce sont les mots dont la critique se sert habituellement à l'égard d'Henri Thomas. Espérons que ce choix de lettres jettera une lumière là où il y avait de l'ombre, en éclairant notamment la parenté de Thomas avec Herman Melville, un écrivain qu'il décrivait ainsi : 'Un homme seul, aux écoutes de la terre et de la mer, et qui trouve au plus lointain, sur les confins du réel et de la fiction, ce qu'on peut nommer sa vérité [...]'.
    Joanna Leary.

  • Ce cahier rassemble, pour la période 1957-1961, toutes les interviews, réponses à des enquêtes, lettres de Céline adressées à des journalistes et publiées par eux, qui portent sur la littérature ou sur des sujets généraux.
    L'ensemble représente la participation de Céline, plus active qu'il ne l'admet en général, à l'actualité littéraire de son temps. Beaucoup de ces textes, en particulier les plus anciens, sont très peu connus et font à l'oeuvre un accompagnement souvent éclairant. On y trouve notamment un grand nombre des déclarations dans lesquelles Céline s'explique sur son travail littéraire. Quant à ses relations avec les journalistes, on verra qu'elles diffèrent sensiblement de l'image qu'il en donne dans plusieurs de ses romans.

  • 'On lit ce livre avec un plaisir assez unique. Il peut tour à tour réjouir et indigner n'importe qui. Les étrangetés y sont convaincantes, les textes connus y paraissent neufs. La durée y est non pas fiévreuse, mais infatigable. À tout instant, sans un temps mort, on change de lieu, de sujet, d'interlocuteur. Malraux fait revivre la célèbre vivacité napoléonienne, Napoléon se prête merveilleusement à un film malrucien.
    Alors paraissent au grand jour toutes nos contradictions innées. Le rassembleur est un individualiste. Une révolution qu'on sauve est tuée et une révolution qui se suicide se propage. Napoléon a des modesties provocantes et des hauteurs ubuesques. Sa lucidité surprend et ses inconsciences n'étonnent pas moins. Sa promptitude légendaire n'est pas exempte de bévues. Il touche à tout avec un bonheur déconcertant et de sinistres lacunes. Une réussite de rêve aboutit à une chute qui fait songer mais qui nimbera l'épreuve.
    Malraux a cru n'avoir qu'ausculté son héros à travers les textes qui en émanent, au point de n'avoir ni signé ni présenté son montage. Mais le découpage des phrases, leur isolement ou leur regroupement, leur transposition, leur distribution selon l'irréversible chronologie d'une vie, et aussi, bien sûr, les omissions font un Napoléon plus vrai que nature.' Jean Grosjean.

  • Pendant vingt ans, de 1950 à 1970, Philippe Jaccottet a tenu la chronique littéraire de deux quotidiens de sa ville : la Nouvelle Revue de Lausanne, où avait travaillé, dans des tâches plus obscures, son ami Crisinel, et la Gazette de Lausanne. De tant de lectures faites souvent avec beaucoup de passion, subsistent, sur le papier journal, près de quatre cent cinquante articles.

    Expérience peu commune en ce siècle que celle d'un poète de la plus haute exigence se battant dans le fatras de l'actualité pour faire luire les clés que lui avaient tendues d'autres poètes, ou bien encore des romanciers. Avec le souci d'indiquer des ouvertures, des fenêtres sur la lumière du monde et non d'imposer des mots d'ordre ou de slogans.

    Philippe Jaccottet a pu parfois s'accuser d'éclectisme, tant est grande l'ouverture qui préside à ces pages ; de Benjamin Constant à Robbe-Grillet, de Faulkner à Remizov, de Saint-John Perse à Michaux, se manifeste un seul parti : celui de ne se raidir dans aucun refus a priori. C'est pourtant une image très nette de la littérature qui est défendue ici : un choix en faveur de ce monde, un pari pour le mieux, et non une chute dans le pire, dans des oeuvres où nous pouvons trouver des fragments d'un vrai monde, des trouées, des merveilles non pas dans les nuées mais sur terre, à portée de l'oeil quand celui-ci est lavé, ou ne se détourne pas.

    Jean Pierre Vidal.

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