Gallimard (réédition numérique FeniXX)

  • Un chroniqueur parisien, doublé d'un romancier, d'un critique de théâtre et d'un joueur de rugby : voilà Guy Verdot. « Le Tout-Paris » est une expression magique pour les étrangers et même pour certains provinciaux. Guy Verdot démonte, analyse, dissèque le Tout-Paris avec beaucoup d'appétit et de facilité. Au XIXe siècle, l'esprit parisien se promenait chez Tortoni ou au Café Anglais. On le rencontrera plutôt, aujourd'hui, dans les premières de théâtre, où se joue un double spectacle : celui de la scène, suivi d'un oeil distrait ; et celui de la salle, où tout est observé. Guy Verdot a reçu tout récemment le Prix de la Chronique parisienne, c'est-à-dire son poids en bouteilles de Champagne. Il a bu allègrement le champagne et tous ses lecteurs en profitent, car il dispense des bulles et de la mousse de bonne qualité à toutes les pages de son livre.

  • Huit pays, huit régimes ouvrent cette somme de grands reportages, allant des pays totalitaires comme l'Espagne, le Nord-Vietnam ou l'U.R.S.S., aux expériences de la Suède socialiste et de la Californie libérale. A ce vaste tour d'horizon qui nous fait pénétrer de façon toujours sensible dans la texture même des communautés humaines à l'heure de l'espace, Danielle Hunebelle, reporter international, fait succéder la confrontation encore jamais tentée de deux familles situées chacune à un bout du monde et de l'échelle économique : une famille américaine (Midwest), une famille indienne (Maharastra). L'auteur a choisi lui-même ces familles, comme particulièrement représentatives d'une civilisation et d'une société, vécu dans chacune d'elles, et nous livre ici leur extraordinaire autobiographie. Enfin à travers onze portraits d'hommes, aussi différents que le secrétaire américain à la Défense MacNamara, un moine bouddhiste, Calder l'inventeur des mobiles, ou les savants des universités californiennes, Danielle Hunebelle nous invite à la vie ardente et méconnue de certains de nos contemporains, chacun en prise directe avec une expérience qui le déborde et nous concerne tous.

  • L'Amérique du Sud est-elle encore la « terre promise » des candidats à l'aventure et à la fortune ? Visas pour l'Amérique du Sud apporte une réponse à cette question que se posent beaucoup d'entre nous. Mais, d'autre part, l'Amérique du Sud est souvent considérée par ceux qui l'ignorent à travers un prisme de poncifs et d'images caricaturales démodées. Or ce continent a pourtant largement dépassé le stade de l'imagerie populaire, et, sans renier son caractère, il lui importe surtout, désormais, de penser et d'agir sur un « mode vingtième siècle » et de nous imposer un reflet de lui-même à la mesure de ses promesses et de ses ambitions. Ce livre nous l'apprend également. Un si vaste continent ne se parcourt pas totalement en trois mois, et c'est pourquoi l'auteur a choisi de visiter seulement le Venezuela, la Colombie, puis, après un arrêt en Équateur, le Pérou et, enfin, bien entendu, le Brésil. Il nous livre ses impressions sur cette Amérique du Sud « plus neuve, moins classique » que celle du groupe Brésil-Argentine-Uruguay, mais dont la part apparaît chaque jour plus importante dans la vie du continent et dans son évolution. Il a, entre autres, pu voir de près les grands travaux entrepris par des compagnies françaises, et le rôle important et neuf que joue notre pays dans l'équipement de l'Amérique du Sud. Hier encore, la France y devait surtout son influence et son crédit à ses penseurs, ses artistes. Ses bâtisseurs, ses techniciens sont aujourd'hui venus prendre le relais, et l'auteur nous donne, au long de sa route, plusieurs exemples éclatants de ce « renversement de vapeur » capital pour nous. En exergue de son livre, Michel-Droit a placé cette phrase de François-Jean Armorin, espoir du « grand reportage », disparu dans la catastrophe de Bahrein : « Je raconterai, c'est mon métier, et je n'en veux pas d'autre ». Cette promesse implicite, l'auteur la tient sans peine. Son récit conserve le caractère qu'eut ce voyage, accompli par un homme sans préjugés, curieux de toutes choses, parti les pupilles, les oreilles, les narines grandes ouvertes, à la recherche de tout et des riens qui le composent souvent. Maintes anecdotes illustrent ce récit, toujours passionnant, qui donne la somme des talents de Michel-Droit : reporter réputé, ses descriptions s'imposent comme des images, et romancier subtil, aux scènes pittoresques et aux personnages qu'il évoque pour nous, il sait immédiatement donner la vie.

  • Il était une fois un petit Noir du Sénégal qui était très malheureux. Son père le faisait travailler comme un esclave et le battait. Un jour, il s'enfuit. Le père, furieux, le poursuivit partout. Mais le petit Noir était courageux et débrouillard. Il alla à Dakar, puis à Camara. puis à Thiarayé, puis à Saint-Louis-du-Sénégal. Il n'avait pas le sou. Tous les métiers lui étaient bons : porteur de colis, vendeur de noix de coco, vendeur de photos, colleur d'affiches, etc. Toujours gai, avec cela, toujours plaisant, toujours serviable et honnête, craignant et aimant Dieu de tout son coeur. Quand on est débrouillard et quand on a foi en son étoile, on n'est jamais vraiment malheureux, et le destin tourne. Après six ans de misère, la chance sourit enfin à N.G.M. Faye : il s'inscrivit à un club de boxe. De match en match, il devint champion de l'A.O.F., il monta jusqu'à Paris et il rencontra François Reichenbach, qui fit de lui la vedette et le héros du film Un Coeur gros comme ça. Aujourd'hui, le petit débrouillard est célèbre. Mais il est toujours gentil, il croit toujours en Dieu, et il aime son prochain. Ce livre, c'est sa vie, racontée par lui-même. Faye n'est pas seulement débrouillard, il n'est pas seulement champion de boxe ; il est encore écrivain. Il a un don merveilleux, car il dit les choses n'importe comment, à sa façon, et sa plume modeste, magiquement, fait vivre le Sénégal, la misère, la bonne humeur, la malice, le courage, la tendresse humaine, l'action bénéfique de la Providence. Faye est un Noir heureux. Un Noir de demain peut-être, sans révolte, qui s'avance joyeusement vers un monde amical.

  • Depuis quinze ans, sans trop nous en rendre compte, nous vivons dans l'ère atomique. Et les victoires sur le cosmos nous le font un peu trop oublier. Cependant, la course à l'atome se poursuit dans l'ombre. C'est même l'atome qui viendra donner à l'astronautique les moyens qui lui manquent encore. C'est dire qu'il mène l'univers et décidera du destin de l'homme. Dans cette course de géants, partie bonne dernière, la France tente de rattraper le temps perdu. Et elle est tout près d'y parvenir. Le mérite de Roger May, un des meilleurs spécialistes de la vulgarisation scientifique, est d'avoir fait le point sur la question. Il nous présente dans La France a la bombe, tous les dessous de l'époque atomique, tous les secrets des recherches, toutes les luttes souterraines. Et cela, au moment où la première bombe atomique française éclate au Sahara. C'est dire l'intérêt de cet ouvrage, le premier qui, dans ce domaine, soit à la portée du grand public. La France a la bombe est un véritable livre d'aventure... Et quelle aventure !

  • Andrée Sentaurens, née en 1907 à Mont-de-Marsan, épouse à dix-neuf ans un membre du Consulat Soviétique à Paris. En 1930, son mari est rappelé en U.R.S.S. Elle le suit. Le spectacle de l'Union Soviétique, où la crise économique et la crise du logement font rage, ne constitue pas sa première désillusion. En effet, dès son entrée à l'Ambassade, elle avait constaté partout la peur et la lâcheté. Peur de la police politique, lâcheté générale devant ses méthodes et ses moyens de pression. Son mari lui-même ne tarde.pas à lui inspirer un profond dégoût. Elle le quitte et devient la compagne d'un professeur suspect au régime, qui est arrêté en 1937 au moment des grandes purges. Elle est bientôt arrêtée à son tour. Dix-sept ans d'épreuves commencent. Andrée Sentaurens connaît les « camps de travail » de l'administration stalinienne. Elle ira de camp de travail en camp de travail avec des périodes un peu moins malheureuses et des recrudescences d'infortune. Le monde alors pour elle se divise en deux catégories : les fonctionnaires inhumains, et les victimes. Constamment, elle est en butte aux tortionnaires dont on ne sait s'ils sont plus zélés que peureux ; constamment aussi elle rencontre des compagnons qui lui apportent du réconfort, de l'aide et de l'affection. Tout au long de ses épreuves, Andrée Sentaurens a fait preuve d'un courage et d'une volonté de survivre qui forcent l'admiration. Cette Française, pleine d'énergie et d'honneur, avait aussi un don d'observation remarquable. Le tableau qu'elle brosse de la Russie, du peuple russe, de la bonté des malheureux, de la dureté du régime stalinien, sont d'une vérité que l'on ne songe pas à discuter.

  • Ce roman sur l'Administration satisfait-il lui-même à tous les textes : règlements, décrets, arrêtés, ordonnances, circulaires et décisions qu'elle édicte inlassablement ? Les auteurs qui, pourtant, la connaissent bien, n'ont pas la vanité de le penser. L'un d'eux est un haut fonctionnaire et un écrivain : l'autre, après avoir appartenu à l'administration des préfectures, collabore régulièrement à la Radiodiffusion française, qui n'échappe pas, elle aussi, aux servitudes des administrations... Un jeune sauvage, c'est-à-dire un habitant de ces îles lointaines qui ne sont pas encore touchées par la grâce administrative, est venu chez nous pour la découvrir. Un vieux fonctionnaire, qui connaît les tours et les détours des ministères, est chargé de le guider dans le dédale des couloirs et des textes. Raovandja, le jeune sauvage, sera-t-il convaincu ? Le vieux fonctionnaire, au contraire, n'aura-t-il pas le sentiment qu'il tente quelquefois une difficile justification ? Il acquerra du remords. Le séjour de Raovandja n'aura pourtant pas été inutile. A défaut de la révélation administrative, il découvrira au moins une des créations les plus réussies de la France : une jeune femme et son amour. Mais le personnage principal du livre est l'Administration. Même invisible, elle est toujours présente, et, bien que se dévorant elle-même, elle renaît sans cesse. Dans ses lectures, ses promenades, ses entrevues et ses conversations avec son mentor, Raovandja voit peu à peu paraître un tableau de la France à l'âge administif, dominée par le dieu Rébus. Ouvrage hostile aux fonctionnaires, ouvrage de polémique destiné à amoindrir la fonction publique pour des fins politiques ? Absolument pas. Les auteurs, qui connaissent bien les grands commis et les agents, ne dissimulent pas leur conscience et leur désintéressement. Ils les montrent faisant face à l'inondation législative, et pris, la plupart du temps, comme boucs-émissaires. Il ne s'agit pas d'une attaque des hommes, mais dans la forme d'un roman ironique dont le sentiment n'est pas exclu, de la défense d'un esprit de clarté et de liberté.

  • Les vivants, disent les Orientaux, sont des morts en vacances. De nos jours, la fin des vacances prend certains aspects tragiques sinon effrayants. C'est le drame des morts subites, apparemment inexplicables, que traite ici le professeur Pech. On entend parler tous les jours d'infarctus du coeur, de cholestérol et d'autres notions plus ou moins précisées. Voici un livre qui permet de faire le point sur ces questions. L'auteur nous montre comment l'angoissante augmentation des accidents cardio-vasculaires, depuis plus de dix ans, semble liée à une alimentation transformée à notre insu. Les maladies des vaisseaux étaient bien connues aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elles ont disparu, dans une large part, le jour où cessa effectivement la mise en vente pour l'alimentation de l'homme et du bétail de denrées moisies. Les mesures alors arrêtées sont toujours observées. Mais à des aliments sains sont mêlés des extraits de moisissures : des antibiotiques. Ces remèdes ont sauvé de nombreuses vies humaines, mais doivent, pour continuer à être bienfaisants, rester dans l'armoire aux poisons des pharmaciens. Nous vivons sous le signe des extraits de moisissures. En user abusivement transforme des aliments en poisons et rend souvent mortel leur emploi comme remèdes. Dernier disciple de Charles Renouvier, incarnant l'Ecole vitaliste de Montpellier où il professa, le professeur Pech jette un cri d'alarme qui doit faire réfléchir nos contemporains.

  • Lorsque autrefois la peste s'abattait sur une ville, une région, un continent, chacun en était averti par la rumeur, les cloches, les grands feux, et les hommes armés qui tentaient d'isoler les zones contaminées des autres. La peste blanche, au contraire, est invisible, apparemment indolore. Pourtant, à court terme, elle est tout aussi dramatique que les pestes d'autrefois. Qu'est-ce que la peste blanche ? La désespérance. L'indifférence à la vie. Le sentiment que seul compte le bonheur immédiat. Le mépris de l'histoire comme de l'avenir. Désespérance qui a des conséquences directes : le déclin démographique accéléré, la résignation anticipée devant les asservissements possibles. Deux hommes, l'un et l'autre optimistes par tempérament, un historien et un journaliste, Pierre Chaunu et Georges Suffert, se sont associés pour procéder à une enquête systématique sur les raisons de la tentation suicidaire qui assaille aujourd'hui l'Occident. Comment se manifeste la maladie ? Dans combien de temps deviendra-t-elle douloureuse ? Y a-t-il des précédents historiques ? L'expérience du déclin de l'Empire romain, celle des Amérindiens, peuvent-elles nous fournir des indications sur la nature et les raisons des grands effondrements démographiques et politiques de l'histoire ? En définitive, est-il possible d'enrayer la maladie qui secoue l'Occident ? Et comment ?

  • Le Ténéré est, dans le Sahara, la zone la plus désertique que l'on puisse imaginer. Il est possible de marcher en direction nord-sud, pendant 1 200 km, sans trouver d'eau. Quelques petits pitons rocheux émergent çà et là, vestiges usés d'un relief autrefois plus accusé. Un seul arbre se trouve au milieu du désert infini, il est porté sur la carte : c'est l'arbre du Ténéré, devenu si célèbre : un malheureux acacia rabougri qui déploie ses racines jusqu'à 35 m de fond pour trouver l'humidité nécessaire à sa survie. La vie animale est exceptionnelle. Bien entendu pas d'hommes. Le Ténéré c'est le désert intégral, le désert dans le désert. Il faudra huit ans pour achever son exploration. Lorsqu'elle sera terminée, on s'apercevra que le Ténéré était traversé autrefois par un immense fleuve de 1 300 km de long qui descendait des montagnes du Tassili-n-àjjer et du Hoggar et allait jusqu'au Tchad. Des villages humains sont encore en place avec leurs haches de pierre et leurs pointes de flèche taillées dans un jaspe vert qui fait de ces pièces de véritables bijoux. Des hommes gisent là, enfouis sous le sable depuis 6 000 ans. « L'épopée du Ténéré », qui s'inscrit à l'actif des méharistes algériens et soudanais, est une des plus belles pages de l'exploration du Sahara. C'est de l'exploration authentique, conduite par des purs, dans un désert vrai, à une époque où le pétrole ne servait pas de prétexte.

  • Un livre sur la Résistance contre l'occupant, mais sur la Résistance des cadres supérieurs de l'État, faisait défaut dans l'historiographie du second conflit mondial. L'ouvrage de Pierre Trouillé comble cette lacune. L'amateur d'histoire contemporaine apprend comment un préfet français a gouverné son département de février 1944 à la Libération. Ce témoignage est d'autant plus significatif qu'il s'agit d'un journal véritable, c'est-à-dire de notes prises au jour le jour. Et quelles notes ! Celles du préfet de la Corrèze, et de la Corrèze en 1944, la Corrèze des pendus de Tulle. Un des moments les plus rares, les plus extraordinaires au vrai sens, de ce Journal, est certainement l'épisode du chef de la milice établissant le barème d'échange : homme du Maquis contre Ravitaillement de l'« État français ». Pour cela et pour toute l'atmosphère déjà oubliée qu'on évoque ici, il faut lire ce Journal d'un Préfet.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • James, réfugié en 1941 dans une grande ville de la zone libre, pour y reprendre ses études interrompues par la guerre, grille du désir de se lancer dans l'aventure, le destin l'y aide en lui donnant comme voisin de palier un mouchard de la Gestapo. Tout partira de ce détail. Ce sera dans la résistance qu'il fera ses premiers pas d'aventurier. Livré à lui-même, il deviendra un espion, puisque la radio de Londres l'y encourage : "Introduisez-vous chez l'ennemi..." Encore adolescent, il se trouve donc sans transition mêlé aux "hommes", du moins ceux qui s'intitulent ainsi. C'est avec étonnement qu'il les découvre. Il vit durant des mois parmi des bandits que les circonstances ont transformés en policiers. Il est trop jeune, trop malléable encore, pour ne pas être "contaminé", et bientôt les mauvais instincts qui sommeillaient en lui se révèlent. Il lutte contre eux - car il ne veut pas perdre de vue son objectif. Tout en constituant contre ses compagnons un dossier accablant, il les regarde vivre, essaie de les comprendre, les étudie patiemment. Qu'ils sont loin, ces truands, de tous ceux que les livres et le cinéma lui ont fait connaître ! Qu'ils sont loin de ces durs ne rêvant que plaies et bosses, de ces tueurs glacés et lucides... En les étudiant, il les trouve étrangement proches de lui : Monsieur Charles, loyal et bon, dont le hasard a fait un assassin ; Albert en qui tout est pourri, sans remède ; Toto, pittoresque voyou dont le bavardage est trop souvent amusant ; Lulu qui organise sa vie de souteneur avec une placidité de petit commerçant ; La Fouine, au triple visage : bourgeois, agent secret et bandit. James, espion de pacotille, s'il reste leur adversaire, n'est déjà plus leur ennemi. Il persévérera cependant dans la voie qu'il s'est tracée. Il les conduira à leur perte comme il l'avait projeté, mais non sans lutte, non sans remords. Après il lui faudra terminer ses études, prendre dans la société la place qui lui était réservée et oublier surtout, oublier tout ce que lui a coûté cette aventure : ses illusions, ses rêves de jeunesse, oublier aussi ses camarades trahis et la mort, si édifiante, de Monsieur Charles. Il s'agit ici d'une histoire authentique. Dominique Roynard a suivi de très près l'aventure de James dans la police allemande. Tout ce qui a trait au double procès de Charles a été recueilli dans la presse de l'époque (1945-46).

  • Une femme déportée à Auschwitz-Birkenau raconte sa vie au camp et celle de quelques compagnes. Dès les premières lignes de son récit, elle trouve d'instinct la façon la plus directe et la plus simple de dire ce qu'a été son existence, si bien que peu de textes sur la déportation ont atteint une telle vérité. Chaque heure revit : cauchemars de la nuit, réveil sur le bat-flanc partagé avec d'autres, travail d'esclave en usine, appels. Il y a les coups, la faim, mais aussi des moments d'espoir fou et même parfois de rire. Et, comme un leitmotiv, les grandes cheminées du crématoire qui crachent sans arrêt leur fumée noire à la face du ciel. Pour ce groupe de femmes, à certains moments, la tragédie atteint des sommets qui ne semblent pouvoir être dépassés. C'est une jeune femme qui accouche au camp et elle sait que, dans peu de jours, on lui enlèvera son enfant pour le détruire. C'est la "sélection" à l'infirmerie, et cette belle jeune Grecque, envoyée à la mort parce qu'elle a la gale, maladie qui vous fait automatiquement condamner à mort. C'est la pendaison publique de Ruth, qui était l'espoir de tout le camp parce qu'elle avait réussi à s'évader. Dans chacun de ces moments extrêmes, l'amitié, la solidarité font des miracles, comme pour prouver que l'espèce humaine est capable du pire, mais aussi du meilleur.

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