Gallimard (réédition numérique FeniXX)

  • Paul Valéry, « chercheur » impénitent, doit désormais prendre place parmi ceux qui, depuis Wagner, contribuèrent à la rénovation du théâtre. L'analyse des structures dramatiques examinées dans leur « fonctionnement » fut l'une de ses préoccupations constantes et s'insère dans celle de la « Comédie de l'Intellect » en même temps qu'elle l'éclaire. Les notes et les projets des Cahiers témoignent, mieux encore que l'oeuvre publiée, d'un sens aigu du théâtre : le refus de tout ce dont l'avait surchargé une tradition « bourgeoise » - réalisme, « psychologie », cabotinage - s'assortit du désir d'en retrouver la vérité première. Formaliste dans sa méthode - puisqu'elle se fonde sur le « système » inventé par le poète épris de rigueur scientifique, et qu'elle passe par les modèles sans cesse analysés de la musique et de la liturgie, de « l'épure » racinienne et de « l'auto-analyse » wagnérienne -, cette recherche aborde tous les aspects de la dramaturgie, met à nu des relations et des constantes autour desquelles s'organise le « jeu » de la représentation ; elle retrouve à travers elles les données que mettaient à jour, à la même époque, les grands théoriciens de la scène. Elle débouche aussi, nécessairement, sur l'analyse du processus de « fabrication » de l'oeuvre dramatique. Le créateur double ici le théoricien dans la recherche d'un théâtre-cérémonie à caractère expérimental, où la parole serait réduite à sa juste place dans l'équilibre de tous les moyens d'expression. De La Jeune Parque au « IIIe Faust », tout au long d'une carrière que jalonnent de précieuses ébauches, se révèlent les audaces et les timidités de ce « Robinson » de la scène qu'une tendance naturelle portait depuis l'enfance à traduire en formes théâtrales sa vision tragique du Moi. et qui, dans cette activité « latérale », se prend plus volontiers que jamais au pur plaisir de créer, et de se voir créer. Le lecteur trouvera dans cet ouvrage le répertoire de toutes les citations de Paul Valéry théoricien et créateur.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Depuis que la connaissance scientifique, de causaliste qu'elle était encore au début du siècle, est devenue structuraliste, la réflexion sur les fondements psychologiques, de la certitude - donc sur les fondements mêmes de la notion de « vérité » - cherche à reprendre sa place dans une métaphysique iconoclaste. Est-il possible d'esquisser une psychanalyse de la notion d'intelligibilité ? Quels sont les mécanismes inconscients et impératifs du « convaincant » dans tout savoir prédéfini comme objectif ? Pourquoi jugeons-nous intelligible le constant ? Voici une réflexion sur le vocabulaire mythique porteur de « l'intelligibilité » dans la physique classique, la génétique, l'ethnologie de C. Lévi-Strauss, l'économie politique d'Althusser, la linguistique. Il s'agissait d'éveiller l'attention sur la structure tautologique du savoir et sur l'arène de son piétinement rentable. La philosophie devenait une « maïeutique du vide ». une redécouverte du non-sens absolu de la course de la matière dans le vide. Cependant, l'étude du langage de Lacan conduit à mettre en évidence la structure cyclique de la conscience de soi, toujours prise au piège de sa propre image dans ces miroirs que sont nos « corps mentaux ». Les mathématiques elles-mêmes en forgent. L'étude de la conscience imageante propre à la politique, aux sciences, à la métaphysique, à la mystique permet d'esquisser une problématique générale du savoir sur les chemins du temps. La philosophie, en son audace propre, demeure l'ascèse de la descente dans le non savoir (nescience). Seuls le poète ou le dieu remontent vers la lumière... Il ne s'agissait donc ici, par une spéléologie de la compréhensibilité, que de démasquer l'idole fondamentale qu'est « l'arbre de la connaissance » en sa copie baptismale et magique de la constance. Peut-être le moment est-il venu de placer, par de modestes moyens, l'humanisme comme la théologie en face d'une critique radicale de leur re-présentation, afin que, par-delà l'univers pléthorique de la prévisibilité, resurgissent la vocation, la tension et le tragique de la transcendance.

  • L'oeuvre de Villon comprend six ballades qui ont constamment mystifié la critique et, malgré la découverte des archives du célèbre procès des Coquillards, tenu à Dijon en 1455, défié un siècle d'exégèse. C'est à ce problème que s'attaque Pierre Guiraud, professeur à la Faculté de Nice, à la lumière d'une documentation lexicographique nouvelle et surtout en partant des postulats et des méthodes de la linguistique structurale. La patiente reconstruction du savoureux jargon de la Coquille permet de déchiffrer les ballades et il apparaît bien qu'elles sont consacrées à l'activité des différentes catégories de malfaiteurs en butte à la police et à la justice, faux-monnayeurs, entauleurs et autres casseurs de coffres. Mais sous ce texte en surgit un deuxième, puis un troisième. Chaque mot, chaque phrase, chaque poème se lit trois fois et les trois leçons forment un tout : les dangers du métier, du jeu, de l'amour ; métier de voleur comme on l'a dit, jeux de cartes où tout le monde triche, amour en l'occurrence pédérastique. Cette structure, si insolite à nos yeux, est conforme à la rhétorique médiévale et il faut y voir une forme de la poésie hermétique des troubadours. Le code ainsi décrypté, le problème rebondit : s'appliquant à coup sûr aux Lais et au Testament, c'est l'interprétation de l'oeuvre entière de Villon qui doit être reprise. Et en même temps qu'une introduction aux coulisses de la lexicologie moderne, cette savante étude est la plus vivante évocation de la vie de la pègre au XVe siècle.

  • Le baron d'Holbach (1723-1789) reste le prince des Athées, le modèle du philosophe matérialiste, le plus radical des Encyclopédistes. Pourtant ce sommet de la « philosophie des Lumières », ami de Diderot, inspirateur de Sade et rival de Voltaire reste aujourd'hui presque inconnu : aucun des quarante ouvrages de d'Holbach, notamment le fameux Système de la nature, n'a été réimprimé depuis plus d'un siècle. Après avoir exposé de façon vivante et approfondie la vie du baron, les sources auxquelles il a puisé - notamment les matérialistes et déistes anglais, les libertins français du XVIIe siècle, les chimistes et minéralogistes allemands - Pierre Naville analyse son oeuvre centrale : le Système de la nature, et les réactions qu'elle a entraînées dans l'opinion. Une partie importante du livre est consacrée aux conceptions morales et politiques de d'Holbach, libéral et adversaire des Physiocrates. Les idées du baron d'Holbach sont éclairées par les développements ultérieurs de la science, de la philosophie et de la sociologie. L'auteur montre ainsi que parallèlement au renouvellement des théories engendrées par Hegel ou Marx, le courant illustré par Hobbes, Diderot ou d'Holbach a connu à notre époque un regain de vitalité dû au développement des sciences de la nature et de l'homme. L'ouvrage comprend en outre une bibliographie complète du baron d'Holbach et des travaux qui lui ont été consacrés, ainsi qu'une série de documents d'archives, dont certains inédits. Dans une préface écrite pour cette édition remaniée (ce livre avait déjà paru en 1943 dans la collection « Leurs Figures »), l'auteur répond aux critiques adressées par la philosophie marxiste et par l'existentialisme contemporain à la philosophie des Lumières qui ouvre l'époque moderne.

  • La caverne se compose de trois parties : l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, symboles d'une initiation progressive à la critique radicale de la notion de cause intelligible. Tout l'ouvrage déploie la question de savoir si les célèbres Yahous, imaginés par Swift, sont dotés d'une lueur de raison. L'Enfer étudie l'empire et le destin du calcul, texture et mesure des "causes". Descartes, Don Quichotte, saint Ignace et quelques autres témoignent d'une histoire cachée du sacrifice rituel. Celui-ci apparaît au coeur de l'évolution de la physique, de Thalès à Einstein. La notion d'idole est réintroduite dans la métaphysique. Le Purgatoire est placé sous la protection d'Homère et de Dante. Le destin de la raison naturelle des Yahous est soumis à une forte purge intellectuelle. Le narrateur, voguant d'île en île, visite tour à tour Scylla, l'île des Innocents, l'île des Disputeurs, des Lotophages, de Médamothi et d'Hélios Hypérion. La métaphysique "cyclopéenne" est observée et moquée en son oeil rond. Les personnages qui animent en secret la logique classique se démasquent. L'histoire des mathématiques, tantôt jansénistes, tantôt pélagiennes, est mêlée aux problèmes de la théologie et de l'exégèse sacrée. Une certaine lecture symbolique de l'Odyssée sert de référent constant à une "divine comédie" de la métaphysique occidentale. On découvre, ce dont on se doutait, que la théologie est malade de sa philosophie. Le Paradis raconte comment les philosophes, transportés au paradis de la pensée, où les choses sont enfin des choses et les preuves des preuves, s'initient à l'ironie socratique. Par une exégèse de la mort de Socrate, et par une analyse des actes et des feux de l'esprit, les rapports de la philosophie grecque au christianisme sont soumis à un questionnement nouveau et testimonial. L'ensemble de l'ouvrage développe, dans ses conséquences philosophiques, une anthropologie critique des idoles. La mise en question radicale de l'intelligibilité de la notion de cause, amorcée par Science et Nescience, débouche sur la nuit obscure de la philosophie et sur l'écoute, en elle, d'une vive flamme de la raison.

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