Flammarion

  • Carol Gilligan est l'auteur d'un livre capital, célébré dans le monde entier : Une voix différente, qui a forgé l'éthique du care, centrale aujourd'hui dans les réflexions sur le féminisme et la démocratie. Son nouveau livre, Pourquoi le patriarcat ?, avance une hypothèse psychologique nouvelle sur la persistance du patriarcat. S'il perdure, c'est non seulement parce que les personnes en position de pouvoir sont réticentes à renoncer à leurs privilèges, mais aussi parce qu'il sert une fonction psychologique. Dans la mesure où il requiert le sacrifice de l'amour au nom de la hiérarchie (songeons à Abraham qui se soumet à l'ordre divin en tuant son fils Isaac), le patriarcat s'érige en rempart contre la vulnérabilité associée au fait d'aimer. Par là même, il se dresse en bouclier contre la perte. La simple prise de conscience que c'est notre capacité à communiquer nos sentiments personnels et à capter ceux des autres qui menace les structures hiérarchiques change entièrement la donne.
    Une thèse forte, et un combat résolument actuel.

  • «J'ai entrepris ce livre parce que je savais que les affirmations courantes sur la laïcité - l'idée selon laquelle elle est nécessairement synonyme d'émancipation des femmes - n'étaient tout simplement pas vraies. Ayant étudié l'histoire du genre et des femmes en France, j'étais stupéfaite d'entendre des politiques prétendre que l'égalité de genre est une valeur primordiale de la démocratie au moins depuis la Révolution française. En réalité, l'égalité de genre est absente des documents fondateurs des démocraties occidentales, même lorsque celles-ci invoquent les principes universels des Droits de l'homme. Elle n'est devenue une valeur centrale pour les politiques français que depuis le début de ce siècle, et seulement pour marquer une opposition à l'islam. C'est ce qui m'est apparu clairement en faisant des recherches sur la loi de 1905 de séparation de l'Église et de l'État en France.»

  • « Nous avons ce formidable pouvoir de baisser nos paupières quand les marchés agitent hypnotiquement des objets brillants sous nos yeux. Lesquels marchés cherchent à nous déposséder de notre savoir-faire autant que de nous-mêmes. C'est l'irascible Haddoc

  • Depuis que jai été scié en pleine tournée de promotion dun livre, pendant lété 2010, jai adoré saisir toutes les chances de me rattraper et de tenir tous les engagements que je peux. Débats, lectures et signatures font partie pour moi de la respiration de la vie. Mais voici ce qui mest arrivé il y a quelques semaines. Imaginez-moi assis à ma table et voyant approcher une femme daspect maternel.
    Elle : « Jai été désolée dapprendre que vous avez été malade. Un cousin à moi aussi a eu un cancer.
    Moi : Oh ! Jen suis vraiment désolé.
    Elle (tandis que la queue sallonge derrière) : Oui, du foie.
    Moi : Ça nest jamais bon.
    Elle : Mais cest passé, alors que les docteurs lui avaient dit que cétait incurable, puis cest revenu, et bien pire quavant.
    Moi : Oh, quelle horreur !
    Elle : Et puis il est mort. Ça a été atroce. Atroce. Ça nen finissait pas. Bien sûr, il était homosexuel, depuis toujours.
    Moi (à court de mots et ne voulant pas être assez bête pour répéter son « bien sûr ») :
    Elle : Toute sa famille proche la renié. Il est mort pratiquement seul.
    Moi : Eh bien, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais Elle : Je voulais juste vous dire que je sais exactement quelle épreuve vous traversez. » Ce fut une rencontre étonnamment épuisante. Du coup, je me suis demandé sil ny aurait pas place pour un bref manuel de savoir-vivre en matière de cancer, destiné aussi bien aux malades quaux sympathisants.



    En couverture : daprès une photo © Christian Witkin

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