FeniXX réédition numérique (Éditions Albin Michel)

  • Quand on a écrit à Dieu, on peut se permettre d'écrire au Diable, surtout quand on croit davantage à l'un qu'à l'autre. Dieu, nous l'avons fait à notre image. Le Diable nous a été imposé. Je voyais en Dieu un intellectuel de gauche, avec tout ce que cela comporte de naïvetés, de pudeurs, d'enthousiasmes, de raideurs aussi. C'était en fin de compte un personnage séduisant et, en tout cas, difficile à oublier. Le Diable, lui, c'est un conservateur. Il a peur de tout, et surtout du changement. Il a peur que le changement le laisse en arrière. On a du mal à entrer avec lui dans la confidence tant il se surveille et tant il surveille les autres. Il est l'adulte éternel devant la jeunesse du monde. Ce n'est pas un personnage sympathique et le sourire se fige quand on est tenté de plaisanter avec lui. L'ennui est qu'on le porte en soi et qu'il n'y a pas moyen de s'en débarrasser.

  • Après avoir longtemps fréquenté les chantiers de construction, les réunions électorales, les galeries de peinture, les studios de cinéma, les répétitions générales, les ateliers de mécanique et les petits bars mal famés, Philippe Bouvard a fini par s'apercevoir que certains promoteurs d'immobilier, politiciens, amateurs d'art, producteurs, directeurs de théâtre, garagistes et certaines péripatéticiennes possédaient une ressemblance dont on ne s'était pas encore avisé. Toutes ces catégories sociales et professionnelles fournissent en effet des effectifs importants à ce que l'on a appelé au début du christianisme « les marchands du Temple ». Les temples ont peu à peu disparu. Les marchands restent... Et faute de pouvoir vendre leur âme à Dieu ou au diable, ils essaient maintenant de liquider au plus haut cours des marchandises souvent suspectes. Sans parler du trafic d'influence qui constitue, dans tout pays organisé, le fondement du commerce local...

  • Ce que nous regardons, écoutons, lisons quotidiennement fait de chacun de nous un satyre plus ou moins consentant. Il y a des satyres joyeux dont Jean Fougère décrit les exploits. Il y en a aussi de sinistres, personnages de faits divers, auxquels il vaut mieux ne pas ressembler. D'ailleurs, assure Fougère, les beaux jours du satyre sont passés. C'est maintenant lui qui se fait « draguer » par l'objet de son désir, la nymphe devenue satyresse. Mais son concurrent le plus redoutable est le sexologue. Voyeur autorisé, maniaque de la statistique amoureuse, il prétend nous apprendre à nous servir de notre sexe. Persuadé que bientôt nous serons obligés de rendre des comptes à ce nouveau maître des temps modernes, l'auteur des Bovidés en fait un portrait cruel, d'un comique impassible, souvent très fort, et qui donne à réfléchir.

  • Il n'est pas facile, par les temps qui courent, de se faire l'esprit libre et la voix claire. Naguère, les impostures de l'intelligence et les sottises du coeur pouvaient être facilement démasquées. Elles ne s'enveloppaient pas des nuages philosophiques et politiques que dégage la logorrhée contemporaine. Je dis que nous vivons, à gauche, une sorte de terreur intellectuelle (à-bas les profs !) faite d'un subtil mélange de pathos humaniste, de dévergondage philosophique, de moraliste rengorgé, d'avant-gardiste sourcilleux et de passéisme répugnant. Je dis que l'intellectuel de gauche est terrorisé. Il a peur de tout : du fascisme, de Roland Barthes, des sous-développés, de Lacan, de Maurice Duverger, des femmes, des ouvriers, des jeunes, de tout et de son ombre. Il a peur d'être pris en flagrant délit de pensée libre et claire et comme sa lucidité devrait payer le prix de quelque solitude il veut bien risquer une idée mais à condition de la truffer d'abord des conformismes, des timidités et des conforts intellectuels de l'heure ! J'ai voulu, dans cette « Lettre Ouverte » essayer de prouver qu'on pouvait écrire en liberté. Je ne doute pas d'être mal lu par certains. Qu'ils soient assurés, en tout cas, de ma bonne foi. Je leur souhaite la même. Jean Cau

  • On a donné à la femme du XXe siècle l'égalité civique, le droit d'aimer et de ne pas aimer, la pilule, la voiture, les trois quarts de la presse et les appareils électro-ménagers ; mais on a oublié de lui donner le droit à la santé. Les médicaments, surabondants, et les hôpitaux ultra-modernes n'y sont pour rien : la médecine a découvert depuis peu que la santé ne dépend pas tant du corps que de l'esprit. Or, justement, la femme du XXe siècle est menacée dans son intégrité mentale. Elle sait qu'elle n'est plus la femme d'hier, dont l'univers se limitait aux enfants, à la cuisine et à l'église ; mais elle ne sait pas ce qu'est une femme de demain. En s'adressant aux femmes de ce temps, à travers l'une d'elles, Lise, l'auteur du Journal d'une femme en blanc démontre que bien des maladies physiques, et des plus précises, ne sont que la conséquence d'un désordre moral subconscient. Tous les médecins de la terre ne guériraient pas Lise s'ils négligeaient ce fait essentiel : elle n'est pas une femme heureuse. Mais, pour qu'elle puisse guérir, il faut que Lise, avec le secours d'un psychosomaticien et, au besoin, d'un psychanalyste, veuille bien s'en rendre compte elle-même. Cette lettre est le récit d'une guérison ; mais, pour toutes les femmes, elle est pleine de conseils implicites. Par ses prolongements dans le monde de l'âme, elle rappelle que la médecine n'est pas la mécanique du corps : c'est d'abord un humanisme.

  • Le siècle s'affadit. Les grandes querelles s'apaisent sous le signe des concessions, des paradoxes, parfois de la lâcheté. Le « parler franc », son dynamisme, sa santé, risquent de disparaître. C'est pourquoi notre idée de « Lettre ouvertes a séduit des auteurs comme Jules Romains, Maurice Garçon, Pierre Gaxotte, André Maurois, Robert Escarpit, André Soubiran, Salvador Dali, Jacques Laurent, Philippe Bouvard, André Ribaud, Paul Guth, Paul Vialar, Albert Simonin, et bien d'autres encore. Cette collection n'est pas faite pour les timorés, les gens satisfaits de tout, les disciples du Docteur Pangloss. Ici, on attaque, on décoche des flèches, on met tout en oeuvre pour que triomphent la vérité ou la justice, le bon droit ou le bon sens, mais on n'oublie pas l'humour : n'est-ce pas l'arme la plus sûre et la plus tonique ?

  • Les « bonnes femmes », celles qui prétendent libérer leur sexe de l'oppression masculine, les SGUM, les Women's Libs, aux États-Unis, les M.L.F. en France, auxquelles viennent se joindre les « Lesbiennes Radicales », le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, les W.I.T.C.H. « conspiration terroriste féminine internationale de l'enfer », etc., ne cherchent en vérité qu'à remplacer notre vieux système patriarcal, infiniment tolérant, qui ne survit que par l'habitude, par un matriarcat tout puissant et esclavagiste. Leur rêve, qu'elles déguisent dans une phraséologie pseudo-révolutionnaire : Asservir l'homme. Dans quel but ? Aucun ! Elles se disent le Tiers Monde opprimé alors qu'elles oppriment et détiennent la plus grande partie de la fortune du monde. Elles se disent esclaves : elles ne le sont que de la mode et de toutes les modes, intellectuelles ou autres qu'elles s'inventent. C'est cette gigantesque escroquerie - celle de la femme esclave - que vient dénoncer Lartéguy. En même temps qu'il pousse le premier cri de révolte de l'homme opprimé par l'impérialisme femelle.

  • « Jeunes gens qui hésitez sur le choix d'une carrière, entrez en technocratie ! Tout le reste vous sera donné de surcroît. Tout le reste : standing et respectabilité, comportement et environnement, foi et philosophie, goûts et dégoûts. A quoi s'ajoutera la morale par-dessus le marché ; car bientôt, vous ne badinerez plus avec la morale. Profitez-en, avant de glacer vos cols, de figer vos sourires, d'empeser vos attitudes. O, grandissants dadais : en ces temps de dirigisme grandissant votre ambition doit aller grandissante. Ne balançons pas : il y va du salut de la France, de l'Europe, de l'humanité. Et incidemment, du vôtre. N'ayons pas peur des mots... » La « Lettre ouverte à un jeune technocrate », de Georges ELGOZY est aussi une « Lettre ouverte à un esprit fermé ». De là vient sa portée générale. Il faut que les esprits les plus ouverts la lisent car ils y découvriront, dans un style incomparable, mille formules percutantes, l'humour pointant dans chaque phrase, la critique la plus féconde et la plus dynamique de la société nouvelle, des diplominets et des parcheminets aux Enanistes et aux technocrates.

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