FeniXX réédition numérique (Navarin)

  • La psychanalyse est aussi une philosophie pratique de la vie quotidienne. Cette quotidienneté que Freud a précipitée dans la réflexion philosophique et la recherche scientifique est le nerf de sa révolution. Se perdre dans les fleuves infernaux est certes plus grandiose, mais risque de faire oublier que l'homme se meut à la surface de la terre ; et que sa propre surface lui fait déjà difficulté. Ainsi, cette suite de récits est-elle ouverte par l'histoire de Léa, qui ne sait plus ce que se lever, se coucher ou manger veut dire. Qu'il faille que cela veuille dire, voilà déjà qui ouvre le hiatus du langage. La cure analytique, en tant que pratique de la parole, s'occupe de ne pas refermer le hiatus, mais de le maintenir ouvert au jeu du signifiant, de sorte que le sujet cesse d'être privé de l'autre. Cet autre - toujours autre - sans lequel il n'y a pas de sujet. Car l'individu, le moi, l'ego, tant exalté en un autre temps, est un monstre. Les récits de ce livre racontent l'histoire d'un sujet et de ses avatars : narration pure d'une série d'actes qui, pour s'inscrire dans un ensemble et dans une constellation de personnes, n'en a pas moins pour enjeu un seul sujet à venir dans sa particularité.

  • Lorsque ses parents la conduisent pour la première fois chez l'analyste, Sylvie à trois ans. L'angoisse, la terreur l'habitent : elle ne tolère aucun contact ; il est quasiment impossible de la laver, de la coiffer, tant elle hurle. Ses parents ont déjà consulté de nombreux spécialistes, et l'enfant a subi de multiples examens neurologiques, qui n'ont permis de détecter aucune anomalie ; les tests psychologiques se sont par contre révélés tous « catastrophiques ». Le corps médical est unanime : il s'agit d'un grave retard de développement, qui nécessite une prise en charge à vie dans un hôpital psychiatrique. En désespoir de cause, les parents décident de consulter une célèbre psychanalyste parisienne, qui s'occupe avec succès d'enfants gravement atteints. Plutôt pessimiste, elle les adresse cependant à Anny Cordié pour que leur enfant commence une psychanalyse. Un enfant devient psychotique est le récit de cette cure, qui durera huit ans. C'est aussi la tentative de définir, à partir de l'enseignement de Jacques Lacan, l'origine, la structure et le traitement possible de la psychose.

  • Comme le rappelle Jacques-Alain Miller dans la préface de ce livre, le séminaire de Jacques Lacan, R.S.I., devait s'achever en 1975 sur la conférence « Joyce-le-Symptôme », ici reproduite, où s'annonce le séminaire suivant, le Sinthome, dont on lira ici également une des leçons. « Il s'agissait en ce temps-là pour Lacan, écrit J.-A. Miller, - qui l'a saisi ? - du questionnement le plus radical jamais formulé du fondement même de la psychanalyse, conduit à partir du symptôme comme hors-discours... D'où la référence à l'insigne Joyce, maniant la lettre hors des effets de signifié, à des fins de jouissance pure. Évoquer la psychose n'était point psychanalyse appliquée, c'était, tout au contraire, avec le symptôme Joyce tenu pour inanalysable, mettre en question le discours de l'analyste, pour autant qu'un sujet identifié au symptôme se ferme à son artifice. Et peut-être une analyse n'a-t-elle pas de meilleure fin... »

empty