FeniXX réédition numérique (Complexe)

  • Deux éléments - liés - dominaient la Guerre froide, et lui donnaient une stabilité apparente qui semblait interdire tout changement important. L'Histoire paraissait donc s'être arrêtée. La dissuasion nucléaire (dont les conséquences politiques, militaires et morales sont analysées en détail dans ce livre) et la domination des relations stratégiques par les deux superpuissances constituaient les clés de la Guerre froide et bloquaient toute évolution significative. C'est par un changement des éléments mêmes de la puissance, donnant une importance croissante à ses composantes non-militaires, que le système a permis l'émergence de nouveaux acteurs importants, principalement en Europe et en Asie. C'est cette modification des termes de la puissance, principalement vers l'économie, qui a permis le retour de l'Histoire et mis fin au blocage apparent de la Guerre froide. L'Histoire, depuis 1989, s'est visiblement remise en marche. La période présente permet les changements. Elle donne aux nations des potentialités nouvelles, et elle crée donc des instabilités locales, mais aussi des dangers globaux, au premier rang desquels figure la prolifération des armements et de leurs vecteurs. Le concept même de Superpuissance ayant perdu toute signification, les crises liées à l'instabilité locale ne peuvent généralement pas être réglées par un seul État, mais les solutions collectives supposent un accord politique qui n'existe que rarement.

  • Dans l'ensemble de la 2e guerre mondiale la Libération de Paris est, militairement, un petit événement ; faibles furent les forces engagées, mince l'intérêt stratégique ; on a même mis en doute l'utilité de l'insurrection parisienne ; on s'est demandé si, en immobilisant les forces alliées, ne fût-ce que pendant quelques jours, on n'avait pas retardé la défaite de la Wehrmacht. Mais l'optique change totalement si on se situe sur le plan de la France ou, mieux encore, de l'Europe occidentale. Paris est la seule capitale occupée qui, en se soulevant, ait provoqué et aidé sa propre libération. Or, les moyens en hommes et en armes étaient faibles et grand le risque que la ville fût détruite. À l'arrière-plan des combats des « journées glorieuses » restituées dans le climat d'effervescence générale du Paris de l'été 44, Henri Michel ne dissimule certes pas les profondes divisions qui séparaient les résistants parisiens et la méfiance mutuelle qui en résultait. Il montre comment le prestige, et l'habileté, du général de Gaulle lui permirent, en définitive, d'imposer sa personne, ses hommes, et ses vues, en réalisant autour de lui la plus large union nationale que la France ait jamais connue dans son histoire. À bien des égards, la Libération de Paris marqua ainsi l'an premier d'une renaissance française, encore lourde d'incertitude et d'inconnu. Ce qu'étaient les plans et les projets des alliés concernant Paris, pourquoi la ville ne fut pas détruite, quelles formes et quelle ampleur prit « l'épuration » à la libération, autant de questions encore passionnément discutées sur lesquelles l'auteur apporte des éléments nouveaux.

  • Avec « Mythes révolutionnaires du tiers monde » publié en 1976, Gérard Chaliand, le premier, faisait un procès lucide du tiers-mondisme et du fossé entre projets révolutionnaires et réalités. Les textes ici publiés, dont certains inédits, s'échelonnent sur une dizaine d'années. Ils prolongent et parfois corrigent les thèses de Mythes révolutionnaires du tiers monde. Ni tiers-mondiste, ni défenseur d'un statu quo fondé sur l'inégalité, l'auteur rappelle que le tiers-mondisme fut d'abord un anticolonialisme. Il décrit le passage de la mentalité impériale à celle de la culpabilité et de la contre-offensive des Droits de l'homme. Repenser le tiers monde dresse un bilan sans polémique des évolutions contrastées des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine sur le plan de la démographie, de l'urbanisation, des réalités économiques et des idéologies. Enfin, ces textes situent un tiers monde complexe dans l'évolution globale de notre époque.

  • De 1945 à la fin des années quatre-vingt, la course aux armements n'a cessé de développer ses effets funestes pour la stabilité mondiale. Une course aux quantités mais aussi à la diversification et à la qualité des systèmes d'armes. Initialement limitée à la dimension Est-Ouest, la course aux armements s'est progressivement propagée à l'ensemble beaucoup plus chaotique et incertain des nations du tiers monde. Depuis 1987, l'URSS et les États-Unis se sont engagés dans un processus de désarmement qui paraît porter ses fruits. Alors que tous les efforts antérieurs en la matière avaient été voués à l'échec. D'où la course aux armements tire-t-elle sa consistance et comment a-t-elle évolué depuis le second conflit mondial ? Quels en sont les enjeux ? Quels sont ses rapports avec les diverses stratégies militaires ? Pourquoi le concept de désarmement bénéficie-t-il aujourd'hui d'une crédibilité plus grande que naguère ? C'est à une approche globale et méthodique de cet univers enchevêtré où la course aux armements réagit non seulement sur les stratégies militaires mais aussi sur la logique même du désarmement que nous convient les auteurs. Spécialistes du sujet, Georges Ayache et Alain Demant ont travaillé pour le compte de plusieurs organismes et institutions réputés (IFRI, Harvard, FEDN).

  • Au moment où l'Exposition universelle de 1900 ouvre ses portes, la question du « déclin » de la France se trouve déjà posée aussi bien par les adversaires français ou étrangers de la République triomphante, que par les héritiers de la « Grande Nation » qu'inquiète la montée en puissance du Reich wilhelmien. Qu'en est-il en réalité ? Le fantasme de la décadence qui hante l'imaginaire social d'une partie des habitants de l'Hexagone, ou au contraire le messianisme que nourrissent chez d'autres les références au passé, au rôle civilisateur de la France, à l'universalisme de sa culture, à la puissance supposée de son Empire et de son armée, correspondent-ils à des données objectives aisément discernables ? Pour tenter de répondre à cette question une quinzaine d'historiens français et étrangers ont confronté leurs travaux et leurs sources. Ce livre est le produit fructueux de leur rencontre.

  • L'Afrique du Sud a vécu près d'un demi-siècle dans un système institutionnel de discrimination raciale. Mais voici que des représentants de toutes les communautés du pays sont enfin réunis pour négocier le passage à la loi de la majorité. Or cette « sortie de l'apartheid » révèle une société profondément déstructurée, tout en soulevant un immense espoir d'égalité dont l'attachement des dominants à leurs privilèges et une économie malade rendront la satisfaction longtemps difficile. Le chemin de la réforme du système politique, à laquelle se sont attachés les négociateurs, apparaît semé de pièges. Pourtant, par-delà les difficultés que devront affronter tous les Sud-Africains, une puissante créativité s'impose aussi, dans les domaines artistiques comme dans la gestion des solidarités sociales. Et l'Afrique du Sud qui amorce sa réinsertion dans le système international apparaît, à bien des égards, comme un pôle de fascination pour le reste du continent. Une autre Afrique du Sud s'invente. Politologues et économistes, spécialistes de littérature et de musique analysent les changements qu'elle est en train de vivre et tentent d'évaluer ses chances.

  • L'Allemagne a gagné la guerre froide : qui en douterait ? L'URSS est morte, la France et la Grande-Bretagne sont dépossédées de leur statut de vainqueur, les États-Unis, autre vainqueur, sont en retrait... L'Allemagne réunifiée, puissance centrale de l'Europe, règne sur ses monnaies et ses flux économiques. Pourtant le prix de la réunification se révèle chaque jour plus lourd. Pas seulement en termes économiques, mais aussi, et peut-être surtout, par les coups qu'elle a portés à ce fameux « modèle allemand » que la République fédérale avait su façonner, fait de démocratie, de dialogue social, de partage des pouvoirs. Une longue et difficile période de transition est ouverte. L'hégémonie allemande en Europe, fondée sur l'autorité du deutsche mark et sur la reconnaissance du modèle allemand, ne sera-t-elle qu'une hégémonie de la faiblesse ?

  • Le 1er juillet 1997, Hong Kong retournera à la Chine. La troisième place financière du monde sera englobée dans le dernier grand État communiste. Ainsi en ont décidé Londres et Pékin qui, en l'absence de tout représentant des presque six millions d'habitants du territoire, ont négocié les modalités de la restitution. Pourtant, à l'occasion de cette négociation, la population de Hong Kong a fait son apparition sur la scène politique ; elle a commencé à goûter à la démocratie, elle a connu d'intenses moments de mobilisation et a constitué associations et partis. Longtemps symbole de l'arrogance coloniale anglaise et de l'humiliation de la Chine, Hong Kong est aujourd'hui celui du dynamisme capitaliste face à l'embourbement bureaucratique du continent. Sera-t-il demain un modèle politique pour les Chinois ?

  • Si la notion d'ethnocide prend aujourd'hui une signification et une valeur particulières, c'est que l'humanité - autrement dit l'ensemble constitué par des civilisations distinctes - a été suffisamment détruite ou est en voie de l'être pour que nous puissions déjà prendre acte de notre disparition. Grâce à ce recueil d'articles qui analysent plusieurs cas concrets, en particulier celui des communautés indiennes, les auteurs invitent l'humanité à renoncer aux tentations ethnocidaires qui, par l'écrasement ou l'étouffement des minorités, conduisent la majorité à un désastre universel. L'ensemble de cette démonstration repose sur l'idée que la civilisation occidentale, en choisissant de détruire toutes les cultures minoritaires qui pouvaient la menacer, a par-là même choisi d'abattre toutes les valeurs face auxquelles elle aurait pu se poser ou s'imposer. C'est l'échec définitif de cette ambition qui a provoqué l'effondrement actuel où la civilisation qui se voulait dominante en est réduite à regarder dans un miroir les vestiges de son passé.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Huit années de lutte armée contre le colonialisme, une nationalisation réussie des intérêts pétroliers étrangers en 1971, une volonté d'indépendance économique nationale : l'Algérie se pose comme l'un des leaders du tiers monde contre la domination politique et économique de l'Occident. Son engagement aux côtés des mouvements de libération nationale, son soutien actif au Front Polisario, la revendication à l'ONU d'un nouvel ordre économique international en font un animateur important de l'OPEP, du mouvement des non-alignés et de l'Organisation de l'Unité africaine. Cette activité diplomatique masque trop souvent l'intense bouillonnement de l'Algérie intérieure. La rente pétrolière a permis le développement d'un large secteur d'État industriel. Les structures sociales s'en trouvent profondément bouleversées : l'aristocratie foncière fait place à une puissante technocratie d'État ; la paysannerie pauvre s'embauche massivement dans les usines neuves. Du projet de développement aux résultats concrets, la distance apparaît souvent bien grande. Les blocages ou les hésitations prennent leur source dans un État composé de forces sociales et politiques qui restent en partie hétérogènes. Les valeurs occidentales liées aux technologies et aux biens de consommation importés entament les valeurs familiales et islamiques. La scolarisation massive et la démographie galopante déstabilisent la famille et ses strictes règles de conduite. Il s'ensuit de profonds conflits culturels dont la revendication berbériste ou l'intégrisme religieux sont les manifestations les plus apparentes. De même, le débat autour de l'arabisation témoigne non pas tant de la diversité des populations que des difficultés politiques d'un système qui a verrouillé les lieux d'expression populaire. La création littéraire, théâtrale, musicale, picturale et cinématographique reflète cet enchevêtrement de contradictions qui traversent le pays aujourd'hui.

  • Les années 1945-1949 revêtent une importance fondamentale pour comprendre les grandes orientations politiques et socio-économiques de l'Allemagne, mais aussi de l'Europe, au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Il faut se rappeler que la rupture entre les quatre Grands a rendu impossible une politique commune d'occupation et précipité la division de l'Allemagne, les anciens vaincus devenant peu à peu des partenaires. Il est passionnant d'observer de quelle façon ces contradictions donnent naissance à deux États allemands opposés, chacun étant intégré dans le camp qui l'a fait naître. Cette division va durer jusqu'en 1990. Parmi les thèmes abordés, il faut noter la rupture sud-ouest et ses conséquences pour l'Allemagne, les lendemains d'Hitler, le syndicalisme dans les zones d'occupation, la presse après 1945, l'unité de l'Église évangélique et la division de l'Allemagne, les expulsés d'Europe centrale, la migration vers l'Allemagne de l'Ouest, l'occupation française en Allemagne, etc.

  • S'agissant de l'Afrique, la tradition se révèle vite un sujet explosif. L'abandon de la tradition signifie-t-il nécessairement la trahison de son origine et de son identité ? À en croire une certaine opinion occidentale, l'Africain aurait avec sa tradition un rapport foncièrement passionnel. Mais, l'Occident ne reste-t-il pas prisonnier de catégories créées par l'« ethnologisme », incapable de se débarrasser de vieux préjugés ne pouvant imaginer les Africains qu'en proie à la fureur des instincts et des mystiques ? L'attitude d'une certaine ethnologie consiste à se pencher sur les peuples autres, non pour les connaître en tant qu'ils sont eux-mêmes, mais pour en contempler l'image hors du temps et de l'espace ; prétendant par-là appréhender à travers les traditions des Africains non pas un moment de leur être, mais de leur essence même, leur vérité intime et définitive. Et pourtant, sans l'historicité, par exemple le paysage que contemple l'ethnologue reste dénué de sens. En réalité, certaines traditions sont en déclin, d'autres au sommet de leur. courbe, d'autres encore en émergence. Dans le monde afro-antillais, en pleine transformation, où sont les constantes et les variables ? Peut-on projeter le passé dans le futur et quel passé, pour quel futur, au nom de quelle différence, c'est-à-dire de quelle « identité » problématique ? Le problème est d'abord pour chacun - individu ou groupe - de définir et de choisir sur quel substrat, c'est-à-dire à partir de quelle identité perçue et retrouvée il construira sa personnalité nouvelle. Une personnalité qui puisse trouver son plein épanouissement et son efficacité à travers les exigences du développement et l'élaboration de la société post-industrielle.

  • L'anthropologie travaillée par le marxisme. Le marxisme agité par l'anthropologie. Des Ochollo aux Trobriands, des Kachin aux Nuer, une même exigence : l'analyse de la reproduction contradictoire des systèmes sociaux. En rupture avec le fonctionnalisme et le structuralisme, l'anthropologie d'aujourd'hui focalise ces contradictions. Résultat : un bouleversement de perspective sur des mondes trop souvent réduits au primitif et au sans histoire. S'en trouvent mis en question les concepts clés du matérialisme historique : mode de production, classe, superstructure, État. Repenser les rites, le fonctionnement de l'idéologie et son rôle déterminant dans l'apparition de l'État et des classes sociales, tels sont, parmi d'autres, les enjeux de ce livre. Mais l'anthropologie, c'est aussi une intervention permanente sur le « terrain ». Faut-il dénoncer les anthropologues comme des intrus et des voyeurs, ou des agents de l'impérialisme ? À quoi, à qui sert l'anthropologie ? L'anthropologie ça sert surtout à faire notre histoire.

  • Sans être « à part », la France est un pays difficile à appréhender. Une entité complexe, ondoyante et riche en paradoxes. Cette nature insaisissable, un caractère particulier du chauvinisme français nous permet justement de l'entrevoir. Il s'agit en effet d'un chauvinisme tourné vers le passé, rarement vers le présent et jamais vers l'avenir. Plus que de ce qu'ils font, les Français s'enorgueillissent de ce que leurs ancêtres ont fait. Quant à ce que leurs descendants pourraient faire, ils n'ont aucune confiance à cet égard. Tout se passe comme si, pour eux, le temps ne cessait de se détériorer. L'âge d'or, une fois pour toutes, est loin derrière. Quant au futur, il ne réserve rien de bon. Difficulté à voir l'avenir et nostalgie du passé : telles sont, en profondeur, les deux racines de leur vision du monde.

  • Lorsque Gorbatchev accède au pouvoir en 1985, il engage la réforme, contraint par la débâcle du système soviétique. Il est entendu que la Perestroïka doit rendre le système efficient. Cependant, le radicalisme de la réforme s'avère bientôt incompatible avec la préservation du système et la désintégration générale n'épargne plus aujourd'hui la composante soviétique la plus stable : l'armée. Dans cette vaste mutation, vers quoi l'Armée rouge glisse-t-elle aujourd'hui ? Les auteurs se sont efforcés pour chacune des cinq grandes composantes du système militaire (l'infrastructure, la pensée militaire, l'économie, le désarmement et les alliances) d'expliquer les mutations en cours à partir de l'histoire du régime et de l'évolution des structures. À travers cette approche globale de la machine militaire soviétique, l'ouvrage analyse en fin de compte la fin du communisme et la constitution d'un nouvel ordre international.

  • 14 février 1956 : devant le XXe Congrès du P.C. d'Union Soviétique réuni à huis clos, Khrouchtchev dénonce avec force les « erreurs » et les « crimes » de Staline. La déstalinisation est engagée. Ainsi, à peine trois ans après la mort du « guide génial », les délégués apprennent avec stupeur la falsification des grands procès, les machinations policières, les faux aveux obtenus par la torture, l'épuration systématique des cadres du parti, de l'armée et de l'industrie, la déportation massive de citoyens soviétiques innocents... L'Allemagne post-hitlérienne avait choisi d'exorciser ses démons en « imposant » le silence à la mémoire collective. Les successeurs de Staline ont opté pour la solution opposée. S'ils l'ont fait pour des raisons multiples, dont l'attachement à leur sauvegarde personnelle n'était pas la moindre, ils ont cependant ouvert les portes à une révision de tout le système. Avec la dénonciation du stalinisme commence une période de libéralisation relative : des victimes sont réhabilitées, des déportés rentrent chez eux et la littérature est autorisée à refléter la réalité de la vie quotidienne ainsi que la vérité des camps (Une journée d'Ivan Denissovitch, de Soljenitsyne). Période lors de laquelle se bousculent espoirs et désarrois, la déstalinisation sera, par-dessus tout, le temps où le peuple soviétique, la mémoire rendue, part à la conquête de la vérité. Hélène Carrère d'Encausse montre comment, derrière la révolution politique qui ébranlera tout l'Est européen et le système communiste mondial, il y a la volonté d'un homme : Khrouchtchev. Personnage apparemment fruste et peu préparé à la conduite d'un tel bouleversement, celui-ci pressent néanmoins l'absolue nécessité de la tâche qu'il entreprend. Il cherche tout à la fois à assurer un pouvoir personnel « non stalinien » et à aménager le système soviétique pour le rendre non menaçant aux hommes politiques, acceptable à la société et rationnel dans son fonctionnement. Et pourtant, bien que très souvent justes, les intuitions de Khrouchtchev débouchent, en 1964, sur un formidable échec. Pourquoi ? Le caractère équivoque de la déstalinisation tient sans doute à l'ambiguïté du problème posé, celui du « changement ». Khrouchtchev pouvait-il aller plus loin - ainsi que le désiraient ardemment les intellectuels - sans remettre en cause les fondements même du système soviétique ? Moment essentiel du XXe siècle, la déstalinisation aura été un événement pivot dans l'histoire du monde communiste, et son récit permet à Hélène Carrère d'Encausse de nous donner une brillante analyse des problèmes touchant le pouvoir - et sa succession - dans un système totalitaire. Question : peut-on aménager un totalitarisme sans le détruire ?

  • J'aimerais pouvoir dire que j'ai découvert Arthur Tress. En vérité, c'est plutôt lui qui m'a découvert. Mon roman « Le Roi des Aulnes » venait de paraître en traduction américaine. Il m'a envoyé un paquet de photos avec quelques lignes : « D'après votre roman, m'écrivait-il en substance, je pense que vous devriez aimer ce que je fais » J'ai été choqué, ébloui, prodigieusement intéressé. Puis j'ai vécu avec ses images qui ne quittaient plus mon musée cérébral. Enfin il s'est annoncé. J'avais un peu peur. J'imaginais un être hirsute et fruste, voire un peu sale, auquel il faut tout pardonner puisqu'il a du génie. J'ai vu arriver un petit jeune homme frêle et timide, tiré à quatre épingles, dissimulant un regard blessé derrière des lunettes d'étudiant en théologie. Mais à l'intérieur de son gros sac de photographe, il y avait un portrait en médaillon : celui de Franz Kafka. Voilà sans doute la clé la plus apéritive du mystère Tress. Michel Tourmier de l'Académie Goncourt

  • Avant le drame biafrais, le Nigeria apparaissait comme un « géant de l'Afrique » promis à un grand destin, sans problème. Cette crise avait pourtant été annoncée de longue date par les difficultés de tous ordres, qui s'étaient manifestées depuis la période coloniale lors de laquelle les responsables politiques avaient cherché à faire vivre ensemble les populations fort hétérogènes. Et, aujourd'hui, riche de plus de 80 millions d'habitants, soit le cinquième de la population totale de l'Afrique, et d'un million de kilomètres carrés, propres à une production exceptionnellement diversifiée ; déversant chaque jour deux millions de barils de pétrole sur le monde ; abritant une population chez qui le rythme paisible de la vie rurale a été bouleversé par la modernisation frénétique suscitée par la richesse pétrolière ; atteint d'un déséquilibre, ce « syndrome nigérian » par excellence, qui s'accentue entre les campagnes, dramatiquement affecté par l'exode rural, et des villes tentaculaires, que cet exode même contribue à gonfler démesurément, qu'en est-il du « géant de l'Afrique » ? Appuyé sur plusieurs années de recherches et de longs séjours sur le terrain, au Nigeria et dans d'autres pays d'Afrique Noire, l'auteur présente ici une synthèse du Nigeria dont l'histoire récente et l'avenir s'inscrivent tout entiers dans sa démographie, ses cultures, son économie et ses structures sociales, autant de facteurs largement pris en compte dans cet ouvrage.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le 13 octobre 1893 une escadre russe jetait l'ancre à Toulon. Dans d'autres circonstances l'événement aurait pu paraître banal, mais dans le contexte politique de l'époque, il a pris aussitôt une dimension historique. La diplomatie qui n'est quelquefois que l'art de l'apparence a des signes qui ne trompent pas. Celui-là en fut un. L'arrivée des marins russes à Toulon signifiait pour la France la fin de vingt ans d'isolement diplomatique, donc un gage de sécurité. Elle l'a vite compris et, rassurée, elle salua avec exaltation une amitié retrouvée. La réalité politique et affective triomphait des principes affichés par les gouvernements. « C'est la raison qui dicte les pactes, peut-être y entre-t-il aussi dans quelque mesure, ces sentiments de sympathie qui viennent du fond de l'histoire et qui, d'ailleurs, procèdent souvent de l'instinct populaire quant aux intérêts des nations. » Général de Gaulle, devant l'Assemblée consultative, 21 décembre 1944.

  • Au moment où perestroïka et glasnost témoignent de changements profonds dans la société soviétique, à l'heure où le Parti communiste italien envisage ouvertement la construction d'une « euro-gauche » avec plusieurs partis socialistes, le Parti communiste français connaît un recul brutal de son influence. Ce fait majeur de la vie politique française s'accompagne pour le PC de multiples crises : depuis quelques années, de H. Fiszbin à P. Juquin, nombreux sont les communistes critiques à quitter le Parti. De telles manifestations d'opposition ne sont pas nouvelles. Depuis sa fondation en 1920, le PC a connu un très grand nombre de crises et « d'affaires », a dû affronter de nombreuses remises en cause dans ses rangs qui toutes ont été éliminées soit par l'exclusion de leurs protagonistes soit en raison du départ d'un de ces derniers. Michel Dreyfus tente de mesurer la signification de ce phénomène récurrent dans l'histoire générale du PC. Qui sont ces oppositionnels ? Comment et pourquoi en viennent-ils à se heurter au Parti ? Que veulent-ils, quel projet politique défendent-ils ? Leur multiplication récente explique-t-elle le déclin actuel du communisme en France ?

  • Depuis une trentaine d'années, les sciences humaines sont en pleine mutation. Certaines, comme l'histoire, l'anthropologie, la sociologie, ont profondément révisé leurs conceptions et leurs méthodes. Des disciplines nouvelles sont nées : l'analyse systémique, la sémiologie, la prospective... Bien plus : les unes et les autres, prenant conscience de l'unicité de leur champ d'étude, ont commencé à coopérer et à pratiquer une démarche résolument interdisciplinaire, qui permet aujourd'hui d'appréhender les sociétés dans leur complexité et leurs interactions, sous leur double aspect d'objets et de sujets de l'histoire. Les sciences humaines sont ainsi confrontées à un nouveau défi : être en mesure de saisir chaque civilisation et chaque culture comme un ensemble singulier, tout en le situant dans une analyse globale de la mutation de la planète. Le présent ouvrage part du postulat qu'une science des civilisations, considérées comme des totalités en mouvement, est désormais possible. Mais son objet est essentiellement didactique et pratique. Se fondant sur une longue expérience pédagogique, elle-même confirmée et précisée par les récents développements des sciences humaines, ses auteurs proposent un « modèle » tour à tour descriptif, explicatif et prospectif, un ensemble de clés pour décrypter une civilisation à ses différents niveaux et dans ses multiples dimensions, et aussi dans ses relations avec le reste du monde.

  • « Un professeur de philosophie est un fonctionnaire de l'ordre moral, préposé par l'État à la culture des esprits et des âmes, au moyen des parties les plus certaines de la science philosophique. » Victor Cousin : Rapport d'agrégation, 1850. Mon cher ami, Je revois donc de près la grouillante engeance des philosophes de notre temps ; je suis forcé d'observer chaque jour leurs moeurs de taupes, leurs grosses bajoues, leurs yeux aveugles... Il faut voir cette joie quand ils ont capturé le moindre vermisseau ! Et cette indifférence pour les vrais problèmes de la vie ! Si ce n'était que chez les jeunes ! Mais je parle des vieux, des adultes de la philosophie. Nietzsche à Erwin Rohde, 20 novembre 1868. Toute l'activité philosophique moderne est politique et policière, réduite par les gouvernements, les Églises, les Universités, les moeurs et la lâcheté des hommes à n'être qu'une apparence d'érudition. Nietzsche : Deuxième intempestive.

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