FeniXX réédition numérique (Charles Corlet)

  • « Les Essarts de Langrune » : un massif de hauts-fonds qui s'étend devant la Côte de Nacre, dont certains découvrent par grande marée basse, telle « La Grande-île », au large de Saint-Aubin, couverte - avant notre ère - par l'antique forêt de Quintefeuille, « essartée », désouchée par le flot au fil des siècles. Après « Marie de Cretteville », recueil de saynètes et de portraits normands, parfois visité du souvenir des ancêtres paysans de l'auteur, voici son « Regard d'enfance », observateur - naïf ? - de son Saint-Aubin, le petit monde clos de l'hiver, ses personnages souvent hauts en couleur, puis l'invasion des Horsains pendant « la saison » : station balnéaire... « La perle de la Côte de Nacre » : pourquoi pas ? Même verve d'écriture, humour discret...toujours !

  • « Les Essarts de Langrune » : un massif de hauts-fonds qui s'étend devant la Côte de Nacre, dont certains découvrent par grande marée basse, telle « La Grande-île », au large de Saint-Aubin, couverte - avant notre ère - par l'antique forêt de Quintefeuille, « essartée », désouchée par le flot au fil des siècles. Après « Marie de Cretteville », recueil de saynètes et de portraits normands, parfois visité du souvenir des ancêtres paysans de l'auteur, voici son « Regard d'enfance », observateur - naïf ? - de son Saint-Aubin, le petit monde clos de l'hiver, ses personnages souvent hauts en couleur, puis l'invasion des Horsains pendant « la saison » : station balnéaire... « La perle de la Côte de Nacre » : pourquoi pas ? Même verve d'écriture, humour discret...toujours !

  • Voyage au pays d'albâtre et autres récits nocturnes Nouv.

    Désormais hanté par les spectres des champs de bataille, et ceux de sa famille martyre, le baron de Fortescu reprenait le chemin sans fin de l'errance et de l'aventure. Harassé, il était sur le point de s'endormir, lorsqu'un loup se mit à hurler ; Gamaliel, effrayé, galopait de plus en plus vite, et plus son cavalier tentait de le retenir, essuyant au passage les gifles des branches, plus il s'emballait, remplissant ainsi la forêt du vacarme d'une chevauchée endiablée, qui eût laissé penser à une poursuite de cent cavaliers, harcelés par la terreur ou par le fantôme du Turc, ou par la procession des damnés.

  • Voyage au pays d'albâtre et autres récits nocturnes Nouv.

    Désormais hanté par les spectres des champs de bataille, et ceux de sa famille martyre, le baron de Fortescu reprenait le chemin sans fin de l'errance et de l'aventure. Harassé, il était sur le point de s'endormir, lorsqu'un loup se mit à hurler ; Gamaliel, effrayé, galopait de plus en plus vite, et plus son cavalier tentait de le retenir, essuyant au passage les gifles des branches, plus il s'emballait, remplissant ainsi la forêt du vacarme d'une chevauchée endiablée, qui eût laissé penser à une poursuite de cent cavaliers, harcelés par la terreur ou par le fantôme du Turc, ou par la procession des damnés.

  • L'histoire de la Normandie est d'une richesse peu commune. Elle fourmille de personnages, qui se sont illustrés dans tous les domaines. Bandits de grands chemins comme l'homme-tronc de Montivilliers, pirates comme Eustache Le Moine ou Anne de Dieuleveut, des inventeurs comme Richard et Lenoir, voici, parmi tant d'autres, des Normands de tous les temps. La Normandie de toujours, c'est celle des légendes, des faits curieux, mais aussi des surprises : s'il est bien connu que l'Amérique fut découverte - bien avant Christophe Colomb - par Éric le Rouge, il est assez inhabituel d'affirmer que New York fut fondée par des Normands... L'histoire normande à travers des faits méconnus ou oubliés, les exploits de ses enfants à travers le monde, voilà ce que ce livre veut vous remémorer.

  • « Parmi les nombreuses et véritables histouaires du passé que man père m'contait alors que j'drivions sus la Seine aveu nos applets d'pêque, j'ai toujou gardé étou souvenance de csté-là, vécue pa li étant éfant. Ch'était queuqu's'années emprès la guerre de 1870. Il'tait d'chendu la rivière en barque de P'tit Couronne aux îles de Bardouville, accompagnant eun cosin de san père qu'allait y qu'ri du frit cheu d's'habitants de l'eune de ches deux îles qui n'existent pus dès d'pis lotemps, çu côté rive gauche de la Seine ayant été comblé. Nos nautoniers arrivant à l'heure du r'pâs, y furent jatiment invités. Au moument de s'mettre à tâbe, la maîtresse de maison d'mandit à s'homme : - Oyou qu'est l'pétit ? Man enfant de père fut tout d'sieute cotent qu'i'ait eun gamin comme li dans la demeure, s'n'époux y réponnant qu'i n'savait point. La femme, bonne mère, s'lamentit : - l'r'fait co des siennes ! i'r'est enco grimpé dans l's'âbes ? On houpit san nom ! L'pétit apparu il avait une longue barbe. »

  • Les cris entendus dans la jungle de l'enfance ne meurent jamais. Ils se perpétuent dans le calme des nuits où se damnent les errants d'une histoire ancienne. Les soupirs longs comme des sourates de ferveur s'attachent aux images d'un autre âge. Je reprends alors la marche des rêves dans le jardin où poussent des pensées nouvelles dans l'aube fleurie d'un printemps. Le petit garçon qui trottine dans l'allée ensevelie, babouches aux pieds, n'est plus moi. Il a perdu son corps sans grâce, trop lourd dans le sarrau bleuté bricolé par les mains d'une aïeule maladroite.

  • Sidonie s'activait. À genoux devant ses bassines, l'une d'eau javellisée, les autres d'eaux de rinçage, à grands coups de sa brosse lave-pont, elle récurait ses os. On l'eût crue au lavoir. Les fémurs, les tibias prenaient un ton chaud de vieil ivoire, les crânes luisaient au soleil de juillet. Elle reconnut sa grand-mère aux chicots de sa denture, son père au cal vicieux d'un tibia mal remis par un rebouteux qui n'avait sûrement pas le don, s'attendrit un instant devant les jambes fluettes d'un gamin mort en bas âge : « Mon p'tit frère » soupira-t-elle. Dans le beau linceul déployé, tout fut bientôt rangé comme cuillères et fourchettes dans le vaisselier, les tibias tête-bêche, les maxillaires inférieurs, libérés de leurs attaches, remis en place. Ce qui lui donna le plus de mal, ce furent les innombrables osselets des mains, des pieds, des colonnes vertébrales. Ils se retrouvèrent en vrac dans le petit cercueil où tous ses morts durent se serrer les coudes.

  • Mais pas avant d'avoir taillé dans la miche votre chanteau, pris sous votre pouce et sur le pain le morceau de lard, pour couper, mâcher avec une sage lenteur et le sérieux d'un rite d'église, recueillir les miettes avec la lame du couteau, comme toute la tablée qui sait la valeur du boire et du manger. Pendant ce temps, on ne bavarde pas inconsidérément ; on échange quelques rares réflexions, entre deux rasades de cidre. Yeux baissés, on essaie de découvrir les pensées du voisin. Bientôt, le maître, de la pointe de son couteau, se cure les dents, puisqu'il se trouve entre familiers. Déjà, le pot de café bouillotte parmi les braises du foyer. C'est le moment, pour l'inviter, d'amener le sujet qui a motivé, en fait, sa visite.

  • Certes, il n'est pas facile de discerner ce qui sépare le normal du paranormal, tout simplement parce qu'il ne suffit pas de regarder pour voir. Le jour se lève, dit le père. C'est toujours un grand moment pour l'homme et pour les dieux. Croyez-moi, il est parfois plus difficile d'aller nulle part que d'aller quelque part, et cela on ne le sait pas assez... Les vérités aussi sont mortelles. Il ne le savait pas.

  • Paul l'exerçait depuis longtemps déjà ce bricolage d'alchimiste à la solde des mots. Et pourtant ce matin, était-ce l'effet perturbateur de la pleine lune, il en éprouvait comme du dégoût. - À quoi bon continuer à écrire toutes ces fadaises que personne ne lit, pas même moi, pensa-t-il tout haut, alors qu'il s'apprêtait à débarrasser la table des miettes d'un petit-déjeuner subi plutôt que pris. Cela faisait dix ans qu'il écrivait des soi-disant poèmes. Mais cela avait-il changé quelque chose à sa vie ? D'ici quelques minutes, comme chaque matin, il se retrouvait à la droite de Monsieur Rollin, dans ce bureau insipide et mesquin d'une administration aussi vieille que pesante. Et tout comme Monsieur Rollin, transparent collègue de longue date, il répéterait des gestes absents, ponctués par des allées et venues sans aucune importance. Aujourd'hui, c'était décidé, il mettait un point final à sa pseudo-activité poétique.

  • C'est alors qu'inexplicablement le soleil s'esquiva pour d'autres cieux, nous laissant seuls remplis d'inquiétude, orphelins dépossédés de nos images. Je me tournai vers toi et ne vis qu'un tapis de neige sur le sol à l'immatérielle pureté. Le froid grandit en moi. Un paysage d'hiver venait soudain d'envahir ton visage, de briser la courbe de tes lèvres, d'assujettir les boucles de ta chevelure, d'annexer en silence ta jeunesse. C'était l'hiver, un parmi bien d'autres, à une certaine heure, un certain jour. Je sus que rien désormais ne serait pareil pour nos vies mêlées. Cet hiver-là, de janvier ou de février, la ville orgueilleuse tenta de retenir la parcimonieuse clarté de ses réverbères. Longues, furent les nuits. Nous avions soif de vérité et gardions de notre enfance l'ivresse de l'interdit.

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