FeniXX réédition numérique (Alésia)

  • Je parle trouvère. Je parle pour les trouvères. Lecteurs, acteurs de la Clélie, façonniers de l'amour courtois, c'est à vos héritiers, à votre descendance éparpillée, sinon clairsemée que je m'adresse. Ainsi qu'aux femmes, antiques filles des sorcières pour qui l'amour a pris toutes les formes du plaisir, sans renoncer à aucune. Et qui vous prenez à rêver de libertins avec qui dévaler en riant de l'Éducation sentimentale à La Carte du Tendre. A vous qui cherchez fiévreusement où est passée la luxure. Du moins l'idée que je m'en fais : le plaisir pour le plaisir, l'envie de peau et le coup de corps, le coup au coeur ou le coup de fou, le clin d'oeil qui met les sens en éveil et la tête à l'envers. Une partie d'émoi gratuite. Aux esthètes qui raffinent le plaisir en le laissant monter comme sève en écorce. C'est à vous, c'est pour vous que je parle.

  • Fernand Hiloire est un vieil homme à la retraite. Petite retraite : il a été petit employé toute sa vie. Il vit seul, dans une seule pièce avec coin cuisine, ou cinquième étage d'un vieil immeuble son ascenseur Sur le même palier, un autre retraité comme lui, Grébin, mois qui a un chien, son seul amour Au rez-de-chaussée, Mme Tergalle, la concierge. Et souvent, qui l'agaceraient plutôt, les visites de l'assistante sociale. Deux voies vont en même temps s'ouvrir à lui, par où il tentera d'échopper à sa médiocrité. Son voisin Grébin veut grouper les vieux, les « organiser », susciter des manifestations, au besoin des grèves. Hilaire suit, mais parallèlement il se trouve engagé dans une sorte d'action clandestine : il rencontre, sur le quoi du canal où est amarrée une péniche nommée « Cora », la jeune fille qui l'habite, sans doute clandestinement. Il est subjugué. Elle est la pasionaria d'une bande de jeunes gens qui font des hold-up et n'hésitent pas à tirer Mais c'est pour manifester leur révolte ; d'ailleurs ils vont publier une liste : les noms des écrivains qui les ont menés là. Alors, qu'ils ajoutent le nom d'Hilaire : Hilaire a écrit, jadis, des livres oubliés. Qu'on le sache ! il est prêt à tout pour que cette justice lui soit rendue. Prêt à indiquer une bijouterie facile à attaquer, à ruer le chien pour que Grébin s'en aille en maison de vieux, et que Cora (c'est ainsi qu'il a baptisé la jeune fille) s'installe dans le logement vide. Elle sera près de lui, à l'abri. Car, dans la péniche Armand, l'ami de Cora, blessé dans la dernière échauffourée, est mort. Tout cela sera pour rien. Mme Tergalle, alertée par les allées et venues de « jeunes », a appelé la police qui a tiré. Cora, sur une civière, va mourir Et remet un papier enfin à Hilaire : la mystérieuse liste ? La folie, la chimère, le rêve d'évasion infantile, et absurde, comment tout cela se termine-t-il ? Ce livre un peu fou, étrangement vivant, rend sensible, quels qu'en soient les bizarres moyens, une sourde mais frénétique douleur : celle de l'homme qui se voudrait autre, qui se croit autre, qui voudrait crier, et que tout, et lui-même, bâillonne.

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