Fayard

  • L´alphabet hébraïque se compose de 22 lettres. Pas uniquement un outil pour l´écriture ou le langage, elles sont, selon la cabale et le Talmud, à l´origine de la création du monde. Chaque lettre correspond à une valeur numérique, ce qui a permis aux maîtres de la Torah de développer une dimension cabalistique de l´interprétation de la Torah, la « Guématria ».
    En 22 chapitres qui constituent autant de récits merveilleux que de prétextes à confronter des interprétations religieuses ou morales, Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz font comprendre à tout lecteur - croyant ou pas - le sens profond de la valeur intemporelle des textes bibliques.Mem La lettre MEM, , renvoie à diverses spéculations cabalistiques sur le rôle de l´eau. « Maïm » - eau. Mais c´est aussi la lettre de la féminité, de la gestation et la vie intérieure.
    Tav C´est la dernière lettre de l´alphabet hébraïque, elle est l´accomplissement dans la vérité. C´est la lettre final du mot « Emet » - vérité -  et du mot « Met » - mort.
    Tsadé La lettre TSADÉ a pour signification le Juste, personnage charismatique qui joue un grand rôle dans la relation de l´homme à Dieu.
    Zayïn  La septième lettre de l´alphabet hébraïque s´appelle ZAYIN. Elle correspond au Z français. Elle a de multiples significations et ouvre notamment à une septième dimension, au-delà des six dimensions de l´espace. 

  • Riche de près de 300 lettres, la correspondance inédite entre Freud et la plus jeune de ses filles, Anna, est un document exceptionnel. Tout au long de cette chronique de la vie d´une famille viennoise pendant les premières décennies du XXe siècle, on découvre l'homme Freud travaillant à son oeuvre et à sa pratique clinique et s´intéressant aux détails de la vie quotidienne. Mais c´est la psychanalyse qui scelle d´une manière singulière la relation entre le père et sa fille : « Je vois à présent, en te regardant, combien je suis vieux, car tu as exactement l´âge de la psychanalyse. Vous m´avez toutes deux causé des soucis, mais au fond j´attends quand même plus de joies de ta part que de la sienne », lui écrit-il à la fin de 1920. Cette comparaison montre à quel point, en ses commencements, la psychanalyse s´éprouve en famille et dans le cercle des initiés. Freud observe l'activité onirique de sa fille, une enfant tourmentée, avant de devenir à deux reprises, entre 1918 et 1924, son analyste. L´expérience est décisive. Anna s'implique dans l'International Psychoanalytical Association dès sa création, fréquente ses membres, se fait même courtiser par quelques élèves de son père. Mais, disciple fervente, elle se consacre à la thérapie des enfants et devient dans ce domaine la principale représentante de l'école viennoise face à sa grande rivale de l'école anglaise : Melanie Klein. Après l´exil de la famille en Grande-Bretagne en 1938, le conflit se poursuivra mais se soldera, en plein coeur de la Deuxième Guerre mondiale, par une entente cordiale entre les différents courants.  Document historique précieux, cette correspondance, qui s'étend sur plus de trente ans, témoigne d'un moment essentiel de l'histoire de la psychanalyse, avec ses passions et sa formidable volonté de transformer la subjectivité humaine.Ouvrage traduit avec le concours du Centre National du Livre

  • Les transformations technologiques de notre environnement, qu´il soit professionnel ou quotidien, visent avant tout à nous simplifier la vie. Et elles y parviennent, au-delà de nos plus folles espérances. Mais ce faisant, dotés d´une multiplicité de prothèses toujours plus performantes, nous ne nous percevons pas que nous sommes ainsi toujours plus adaptés aux machines, c'est-à-dire à des logiques de fonctionnement qui se résument en séquences automatisables, en choix binaires, en injonctions dépourvues d´ambigüité. Dans ce livre, c´est à l´analyse de cet « homme simplifié » que se livre Jean-Michel Besnier, décrivant comment l´irritation qui peut nous saisir parfois devant la nécessité toujours renouvelée d´appuyer sur la touche étoile de notre téléphone portable, est emblématique d´une déshumanisation profonde de notre relation au monde et aux autres. Dans le conflit des deux cultures diagnostiqué par Edgar Snow, c´est la culture scientifique d´orientation déterministe qui a gagné, triomphant de la vieille culture humaniste, porteuse d´une exigence de réflexion intérieure surannée. Ce livre sonne ainsi comme un cri d´alarme : faute de nous ressaisir à temps, nous serons bientôt conduits, avec notre consentement, à n´être que des systèmes programmés que des stimuli machiniques ou médicamenteux viendront protéger de toute perturbation et de toute inquiétude, mais aussi de toute émotion, amoureuse, esthétique ou même intellectuelle.

  • « Où est le temps, existe-t-il encore ?  Je vous propose d´ouvrir la question du TEMPS.  Jamais le temps n´a été aussi compact, uniformisé, fermé comme il l´est désormais à la surface globalisée de l´hyperconnexion. Mais jamais non plus il n´a été aussi ouvert et multiple : incessant battement d´avènements, amorces, émergences, éclosions perpétuelles.  Je retrouve ici des expériences singulières : dans l´érotisme maternel et dans celui de la foi religieuse, j´ose parier sur la culture européenne et sur l´humanisme à refonder, je découvre un destin de la psychanalyse en terre d´Islam et en Chine.  Je n´ai pas de réponses toutes faites et n´en donne pas une fois pour toutes. Je déplie des vérités hic et nunc telles que je les vis et les pense.  Je vous présente mes compagnons de route : Antigone et Philippe Sollers, Jean-Jacques Rousseau et Jacques Lacan, Jackson Pollock et Emile Benveniste ; Simone de Beauvoir et Thérèse d´Avila.  Un livre sur la Vérité découverte par le Temps ? Plutôt une expérience du temps scandée par des événements, des étonnements, rebonds de surprises et de renaissances. »

  • L´homme d´État se présente désormais moins comme une figure d´autorité que comme quelque chose à consommer ; moins comme une instance productrice de normes que comme un artefact de la sous-culture de masse. Après avoir révélé dans Storytelling. La machine à fabriquer des histoires les clefs du discours politique contemporain, Christian Salmon analyse la nouvelle condition politique à l´âge néolibéral. Pour cela, il la resitue au coeur des quatre révolutions enchevêtrées qui ont changé notre époque : 1. dans l´histoire du capitalisme, le néolibéralisme ; 2. dans l´histoire de la communication, l´explosion d´Internet et du numérique ; 3. dans l´histoire sociale, la crise du fordisme et l´essor du management qui soumet les individus à une obligation de performance ; et 4. dans l´histoire de la subjectivité, le nouvel idéal-type qui privilégie les valeurs de mobilité et de flexibilité à celles de loyauté et d´enracinement.L´État désacralisé, profané par les médias, ridiculisé par les marchés, soumis à la tutelle des agences de notation et des institutions internationales, est désormais un trou noir qui aspire ce qu´il reste du rayonnement du politique. C´est le cas des campagnes électorales où se rejoue le simulacre d´un débat public. L´homo politicus y apparaît non pas comme le porteur d´un changement annoncé, mais comme un spectre éclairé par les flammes de sa propre dévoration. Politique cannibale !

  • « L'époque ne demande plus seulement de répondre vaguement à la question "Que faire ?" [...] II s'agit maintenant, si l'on veut rester dans le courant, de répondre, presque chaque semaine, à la question : "Que se passe-t-il ?" [...] Le travail principal qui me paraît à envisager maintenant - comme contraire complémentaire de La Société du spectacle qui a décrit l'aliénation figée (et la négociation qui y était implicite) -, c'est la théorie de l'action historique. C'est faire avancer, dans son moment qui est venu, la théorie stratégique. À ce stade, et pour parler ici schématiquement, les théoriciens de base à reprendre et développer ne sont plus tant Hegel, Marx et Lautréamont que Thucydide-Machiavel-Clausewitz. » On verra, pour ce faire, comment tout au long de ces six années d'une correspondance riche en analyses et en projets divers - l'étroite collaboration qui s'est établie entre un éditeur et son auteur a rendu possible cette nouvelle stratégie. C'est ainsi que, par la voie du cinéma, Gérard Lebovici offrait à Guy Debord un champ plus vaste où il serait libre de s'exprimer. Trois films seront réalisés durant cette période.

  • Un coup de dés jamais n´abolira le hasard est composé par Mallarmé, dans sa version finale, en 1898, l´année même de sa mort. Le poème constitue l´une des ruptures littéraires les plus radicales de la modernité : lignes éclatées sur tout l´espace de la double page, jeu sur la taille des caractères empruntant au procédé des affiches, multiplication des incises qui déroutent la lecture. Mais son énigme la plus profonde tient peut-être à son contenu : une intrigue, à peine suggérée, dont le sens, l´étrangeté continuent aujourd´hui d´échapper à une pleine élucidation. L´hypothèse de Quentin Meillassoux consiste à affirmer que Mallarmé a caché dans son poème un mètre secret, un Nombre unique, qui devait permettre de réinventer une poésie à la fois moderne et toujours liée à l´antique règle du décompte. Une investigation est alors menée, qui tient à la fois de l´étude littéraire, de la chasse au trésor et de l´enquête policière à la Edgar Poe. On y découvre progressivement que le Nombre n´est autre que la somme des mots du poème et que cette idée - apparemment fantaisiste - devait pourtant être à la source, pour Mallarmé, d´un geste poétique révolutionnaire et d´une rigueur sans pareille.

  • Dans la plupart des pays musulmans, l´islam est proclamé religion d´État et source principale ou exclusive de toute législation. Depuis les années 1970, l´impasse des modernisations autoritaires et des politiques de développement qu´elles ont inspirées a fait le lit de mouvements qui revendiquent le " retour à l´islam " et rejettent les modèles qualifiés d´occidentaux. Dès lors, l´approche des réalités islamiques s´est trouvée piégée par une opposition manichéenne entre un islam éternel qui serait par essence réfractaire à la séparation entre le politique et le religieux, à la démocratie et aux droits de l´homme, et un Occident tout aussi éternel et dont l´essence aurait été à l´origine de la modernité.

    S´inscrivant contre cette vision essentialiste commune aux partisans de l´islam politique et à une certaine islamophobie " savante ", ce livre fait le point sur la genèse et l´évolution des doctrines et des conceptions politiques qui se réclament de l´islam, en restituant les catégories qu´elles mobilisent (Califat, sharî`a,´umma, etc.) dans les contextes culturels et historiques de leurs usages. L´approche historique et comparative adoptée ici conduit à la relativisation des schémas au nom desquels l´islam se trouve opposé à la " modernité occidentale " ; elle permet de saisir les enjeux sociaux et politiques des débats actuels autour de questions comme la laïcité, le statut des femmes, la liberté de conscience, l´évolution du droit et des institutions, etc.

  • En épigraphe aux Notes pour servir à l´histoire de l´I.S. de 1969 à 1971, parues en 1972 dans La Véritable Scission, Guy Debord plaçait deux citations ; l´une tirée de L´Idéologie allemande : «Les individus sont tels qu´ils manifestent leur vie. Ce qu´ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien par ce qu´ils produisent que par la manière dont ils le produi-sent» ; l´autre, des Mémoires du cardinal de Retz : «L´on a plus de peine, dans les partis, à vivre avec ceux qui en sont qu´à agir contre ceux qui y sont opposés.» C´est sur la base de telles réalités qu´un débat d´orientation, au sein même de l´I.S., fut engagé au début de 1970 pour provoquer une «véritable scission» dans l´I.S. Mais aussi, et à plus forte raison, «dans le vaste et informe mouvement de contestation» empreint d´idéologie et, par là même, sujet à toutes les récupérations ou manipulations possibles. L´Italie, en premier lieu, connaîtra dès cette époque bombes et autres formes éprouvées du terrorisme d´Etat. Ce volume 4 de la Correspondancede Guy Debord témoigne de tout cela et, de manière tout aussi exemplaire, de l´emploi «fait du temps» qui, de l´aveu même de l´auteur, «composait un ensemble qui ressemblait aux plus heureux désordres» de sa jeunesse.

  • En avril 1913, Albert Schweitzer (1875-1965) débarquait au Gabon, à la mission protestante de Lambaréné. En Europe, il est aujourd´hui quasiment oublié ; on l´associe encore parfois à son prix Nobel de la paix, obtenu en 1952, et à l´hôpital qu´il créa à Lambaréné. Son image de bon médecin blanc paternaliste, portant le casque colonial, a contribué à l´éclipser presque totalement.
    Derrière l´argument selon lequel il n´y aurait plus rien à dire sur Schweitzer se dessine un trait de pensée caractéristique de l´Occident qui croit à une histoire inventée, et n´imagine pas combien il n´est pas seul détenteur de la mémoire. Considérer que tout a été dit sur Schweitzer, c´est se complaire dans cette posture qui voulait, à l´époque coloniale, que la parole des colonisés n´ait aucune valeur. Il est temps d´entendre la version africaine de la rencontre entre l´Européen et l´Africain.
    Ce livre est le fruit de conversations et d´échanges qu´a eus pendant huit ans Augustin Emane avec une soixantaine de personnes qui ont été soignées à l´hôpital Schweitzer ou y ont accompagné des malades. À travers eux, on accède aux croyances et aux constructions imaginaires des populations gabonaises : le succès de Schweitzer est certes dû au fait qu´il a correspondu aux images endogènes du guérisseur, mais il doit beaucoup au fait qu´il était « un homme au service d´autres hommes ».

  • A deux reprises, avec Les Particules élémentaires et Plateforme, Michel Houellebecq a mis le feu aux poudres. Traduit en trente langues, partout il a divisé la critique, remué ses lecteurs ou mobilisé la justice. C'est un des auteurs les plus discutés de l'époque. Autant adulé que décrié. On l'a tenu pour un oiseau de malheur, un visionnaire, un provocateur.
    Paradoxalement, l'écrivain reste méconnu et l'homme presque inconnu. Celui que son ami Noguez a surnommé le « Baudelaire des supermarchés » ou le « Buster Keaton de l'informatique » méritait un livre. Le voici. Le premier en France.
    Au cours des deux « affaires » Houellebecq, si chaudes, si passionnées, Noguez a été son principal défenseur, son meilleur exégète. Il a démasqué la « rage de ne pas lire » de ceux qui condamnaient ses romans en bloc. Il a su distinguer dans sa prose prétendument « plate » différents niveaux de lecture et un « ton nouveau ». Ses arguments semblent lumineux et irréfutables. Le lecteur de bonne foi en conviendra.
    A l'essai, Noguez ajoute des « bribes » de son propre journal intime. Houellebecq y apparaît tel qu'en lui-même, enfin ou en fait, avec ses faiblesses et ses forces.

    Romancier et essayiste, Dominique Noguez a publié une vingtaine d'ouvrages dont des romans :Les Martagons (Gallimard, Prix Roger Nimier 1995), Amour noir (Prix Femina 1997) et des essais : Duras, Marguerite (Flammarion, 2001), Comment rater complètement sa vie en onze leçons (Payot, 2002). Il a obtenu le Grand Prix de l'humour noir en 1999.

  • À l'heure où l'autorité, partout, est de moins en moins acceptée, comment le pouvoir (dans la famille, L'Etat, l'entreprise, etc.) continue-t-il à s'exercer et grâce à quelles nouvelles modalités ? Alain Cotta recense et dissèque les principales : Ruse, Séduction, Mensonge, Secret, Réseaux. Un essai percutant sur l'exercice du pouvoir, qui fera autorité !

    Alain Cotta, professeur d'économie à Paris-Dauphine, est notamment l'auteur, chez Fayard, deLe Capitalisme dans tous ses états, La Société ludique, L'Homme au travail, L'Ivresse et la Paresse.

  • Prendre l´avion, envoyer un e-mail : la mondialisation s´inscrit dans nos gestes les plus quotidiens. Pourtant, nous l´envisageons souvent comme une menace qui pèserait sur notre identité, voire notre survie. Dans cet essai incisif, Jean-François Bayart propose une vision radicalement nouvelle de ce phénomène, à rebours des discours néo-libéraux ou altermondialistes : la mondialisation est notre oeuvre et l´Etat-nation en est, en réalité, le produit et non la victime.

    La globalisation est nôtre car c´est par elle que nous façonnons notre éthique et notre corps, que nous soumettons et que nous sommes subordonnés. Loin d´être synonyme, en tout temps et en tous lieux, d´aliénation culturelle et de délitement social, la mondialisation engendre des solidarités et des réseaux transnationaux qui s´articulent aux Etats-nations sans nécessairement les ébranler. Elle voit l´émergence de nouveaux sujets moraux, de préoccupations éthiques inédites, de styles de vie neufs. La globalisation est aussi affaire de pouvoir, d´accumulation, donc d´inégalités et de violences. Contradictoire, elle intègre le marché international des capitaux et des biens, mais cloisonne, par la coercition, celui de la main-d´oeuvre ; elle célèbre la vitesse, exacerbe le sentiment d´urgence, mais se caractérise par la contrainte de l´attente, le report permanent des solutions et le stockage des populations.

    Embrassant deux siècles d´histoire, comparant les sociétés les plus diverses, analysant des pratiques sociales concrètes, Jean-François Bayart montre que, si la mondialisation est nôtre, son devenir, notre histoire, donc, se décideront sur ces seuils tragiques où s´inventent de nouvelles manières de vivre, de consommer et de lutter. Ce faisant, il renouvelle la sociologie politique et la théorie tant du pouvoir que des relations internationales.

  • Quand la nuit de la guerre froide s´est achevée, l´Amérique s´est réveillée seule. Soulagée de voir s´effondrer l´adversaire d´un demi-siècle, elle n´a pas renoué avec la " normalité " d´une puissance comme les autres, parmi les autres. S´identifiant d´abord à la globalisation, elle a vu passer une décennie d´enrichissement, d´optimisme, voire de désinvolture, avant d´épouser plus ouvertement un projet néo-impérial qui la taraudait depuis un moment. Servie par une puissance militaire sans rivale, l´Amérique a envisagé de refaire le monde à son image, quitte à écouter trop attentivement les sirènes du néoconservatisme militant, à surévaluer l´efficience de moyens militaires aux dépens des autres instruments d´influence, à prendre de coupables libertés avec le droit et les opinions des autres. Le divorce avec l´Europe devenait une possibilité ouvertement envisagée, la globalisation hier adulée était sacrifiée sur l´autel de l´intérêt national posé en dogme, alors que les attaques terroristes du 11 Septembre la mettaient face à un monde islamique mal connu.
    Dans l´attente d´une vision correctrice de ces dérives prévaut une impression d´inachèvement, voire d´entêtement et de précipitation, qui jette le doute sur le succès de cette ambition néo-impériale.

  • Argumentaire auteur : Professeur honoraire à l'université d'Orsay, où il a dirigé le Laboratoire de physique théorique et des particules élémentaires, Bernard d'Espagnat a également enseigné la philosophie des sciences en Sorbonne. Il est l'auteur d'une dizaine d'essais, et notamment de Penser la science (1990) et du Réel voilé (Fayard, "Temps des sciences", 1994). Argumentaire livre : Traité de philosophie des sciences par un éminent physicien des particules sur l'apport de la physique contemporaine à la philosophie. Il se compose d'un exposé systématique de l'état de la physique contemporaine suivi d'une réflexion sur ce qu'elle apporte de neuf à la pensée philosophique. Le premier volet recense et explique les découvertes récentes. Le second confronte les différentes théories de la connaissance aux problèmes conceptuels que pose la physique quantique. Une problématique passionnante parcourt cet ouvrage : les grands systèmes philosophiques sont-ils rendus obsolètes par la science? faut-il les congédier au nom de la vérité scientifique? sont-ils un frein ou un moteur de la recherche scientifique?

  • Dans Grands soirs et petits matins, documentaire consacré à Mai 68 par William Klein, un garçon de café prend la parole pendant les assemblées générales à l´Odéon : il exprime à la fois son désespoir de « n´avoir rien fait » et son désir de commencer enfin à penser par lui-même. Pourquoi semblable prise de parole est-elle inimaginable dans la France d´aujourd´hui ? Comment analyser cet empêchement de penser qui s´est abattu sur la France - et plus largement sur l´Europe - depuis une trentaine d´années ? Que nous est-il arrivé pour que le désir de penser ne nous anime plus, ou si peu, et pour que nous soyons ainsi soumis à l´emprise de ce que j´ai nommé la dé-pensée ? Pour comprendre cet événement, il faut tout d´abord analyser le « trouble de la pensée » qui nous a saisis, tant à l´échelle mondiale (les crises et la catastrophe japonaise de Fukushima, et le nouvel impensable auquel nous sommes confrontés) que nationale (l´actuel « malaise dans la sublimation », sensible à l´école). Il s´agit ensuite de décrire le nouveau paradigme qui nous enserre : comment le cogito se remodèle-t-il ? comment une nouvelle anthropologie tente-t-elle d´évacuer les apports et ouvertures de la seconde moitié du XXe siècle ? comment les neuro-sciences tentent-elles d´éradiquer le psychisme et la psychanalyse ? Face à cette disparition d´un espace de liberté pour que se déploie la pensée, il convient d´interroger l´avenir de la pensée critique et tenter d´apporter de nouvelles propositions, visant à instaurer une résistance au présent qui vient.

  • Principia moralia

    Michel Meyer

    La morale est devenue une exigence fondamentale de la société actuelle. On attend des hommes politiques, des patrons d'entreprise, des collègues, mais aussi de nos proches, qu'ils respectent les règles éthiques, et cela d'autant plus que les temps sont troubles. Mais de quelle morale peut-on se prévaloir aujourd'hui? Sans jamais jargonner, Michel Meyer montre non ce qu´il faudrait faire, mais ce qu'est effectivement la morale dans notre monde, comme jugement, comme motivation, en s´appuyant sur la notion de distance entre les êtres. La morale a toujours fait l'objet de réflexions philosophiques qui se sont combattues ou remplacées au fil du temps : le stoïcisme, la morale de la vertu, le recours à la loi morale ou l'utilitarisme, font toujours partie de nos façons de penser. Mais laquelle de ces visions morales choisir, et pour quelle raison ? A faible distance entre les êtres, là où le corps est directement impliqué, on sera davantage stoïcien ou épicurien, qu'à grande distance, où on ne peut s'appuyer que sur des principes généraux pour trancher entre ce qui est bien et ce qui est mal. Ainsi, toutes les grandes théories morales, s'inscrivent dans un espace de validité qui les sauvegarde, si on veut bien voir que loin de valoir de manière absolue, elles ne s´appliquent qu´en fonction de la distance, faible ou forte, qui lie et parfois oppose, les êtres. Michel Meyer instaure une authentique révolution dans la pensée, celle qui prend appui sur le questionnement (la problématologie), et qui fait partie des grandes philosophies de l'après-guerre. Sa théorie morale reprend les éthiques qui l´ont précédée, pour les intégrer dans une vision générale nouvelle.

  • Prendre acte des guerres qui se sont multipliées depuis la fin de la guerre froide et de la défaillance de l´Organisation des Nations unies, qui devait prévenir tout conflit armé, tandis que les instabilités diverses dans le monde globalisé sont lourdes de menaces : notre situation impose de penser une nouvelle organisation de la communauté universelle. Celle-ci doit se démarquer de la pure traduction des rapports de force en présence et s´inscrire dans le projet des Lumières, dans une perspective d´émancipation vers laquelle l´humanité doit tendre. Si l'on vise la liberté des peuples et le respect des droits de l´homme, il faut alors reprendre la question du droit - une approche peu pratiquée, pourtant porteuse de promesses, notamment de celle d´un renouvellement de la démocratie. Poursuivant une réflexion initiée en 1995 avec Humanité et souverainetés, l'auteur procède à une analyse critique de la violence, de la guerre, de l´Etat et de sa souveraineté. Conception héritée de l´histoire de l´Europe de l´Ouest, la souveraineté de l´Etat est aujourd´hui un obstacle à la paix, l´Etat ne protégeant pas contre la violence ceux qu´il est censé protéger, et sa souveraineté demeurant incontestée dans un ordre international régi par un droit interétatique. Le droit a été arrimé solidement à l´Etat, lorsque celui-ci s´est constitué. Il est temps de penser son affranchissement. C'est à cette condition que peut être trouvé un nouveau principe politique, ouvrant la voie à l´expression de communautés politiques à tous les échelons, du local au mondial.

  • Glisser dans un sac à main le désarroi de nos classes moyennes. Caser dans une petite voiture low-cost la croissance rapide et inégalitaire des grands pays émergents, ou montrer qu´un climatiseur peut souffler, à l´occasion, l´air frais de la démocratie... Dire le monde en une quinzaine d´objets, c´est le pari de ce livre. Porteurs de désirs et d´espoirs, nés du travail et de l´argent, les objets reflètent notre imaginaire et trahissent les rapports de force qui façonnent une époque. Luxueux ou modestes, ils sont les héros de ces fables contemporaines qui mènent de Paris à Bombay en passant par Londres et Dubaï. Dans le prolongement des Mythologies de Roland Barthes, Ève Charrin combine la lucidité de l´enquête et la subjectivité du récit pour explorer ce que nous révèlent les choses.Journaliste, Ève Charrin a écrit dans la presse économique, dans la revue Esprit et dans La Quinzaine littéraire. Elle a vécu trois ans à New Delhi et publié chez Grasset L´Inde à l´assaut du monde (repris en poche dans la collection « Pluriel »).

  • « Ce sera après votre millième lune... Votre étoile brillera alors d´un éclat inégalé. » C´est sur cette prédiction d´un astrologue indien que Boutros Boutros-Ghali nous ouvre son journal intime.

    Pour la première fois il abandonne le verbe édulcoré du diplomate. En même temps qu´il revient sur les moments parfois tragiques qui ont marqué sa carrière politique et diplomatique, il nous aide à décrypter les événements et les dossiers majeurs de notre siècle : les conflits en Afrique, la montée du terrorisme international, les attentats du 11 septembre 2001, le conflit israélo-palestinien, le rôle émergent de la Chine... Au fil de ses conversations avec les personnalités incontournables de la scène internationale, il lève le voile sur les coulisses d´un monde en devenir.

    L´Egyptien, l´idéologue du non-alignement, le négociateur du traité de paix égypto-israélien, l´infatigable avocat du tiers monde, laisse librement s´exprimer, ici, sa colère, son indignation, ses doutes, mais aussi ses espoirs, ses convictions, et les émotions d´un homme qui s´abandonne à un regard nostalgique, émouvant, parfois cocasse, sur la passion, le pouvoir, la vieillesse.

  • N'y a-t-il qu'une mondialisation ? Les vrais mondialistes sont-ils ceux que l'on dit ? Peut-on tolérer plus longtemps la scandaleuse mystification par laquelle ceux qui entendent d'abord ouvrir le monde aux assauts de leur propre cupidité réussissent à se faire passer pour "mondialistes", cependant que ceux qui s'opposent à leur entreprise se voient qualifier d' "antimondialistes" ?
    Pourtant, le sens des mots est clair : le vrai mondialisme, loin de se définir par rapport au champ d'action de la finance, vise à réaliser "l'unité de la communauté humaine" (Robert).

    Ce livre décrit et dénonce vigoureusement les mécanismes et les objectifs de la "mondialisation prédatrice", qui offre le monde à la "rapacité de la finance".
    Il met en évidence ses conséquences catastrophiques pour les hommes et les femmes de la planète. Il expose aussi les principes d'un vrai mondialisme qui mettrait la mondialisation "au service de la communauté humaine", et pose les critères d'une autre rationalité fondée sur les impératifs de cette finalité.
    C'est évidemment de ce mondialisme-là que l'auteur entend faire l'éloge, et c'est celui qu'il revendique sans ambiguïté.

    René Passet, professeur émérite de sciences économiques à la Sorbonne, est également président du conseil scientifique de l'association ATTAC (Association pour une taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens). Il collabore régulièrement à la revue Transversales ainsi qu'au Monde diplomatique, et a publié de nombreux ouvrages, dont L'Economique et le Vivant et L'Illusion néo-libérale

  • La première rencontre entre Paul Celan et Martin Heidegger eut lieu en 1967, à l´occasion d´une lecture publique de Celan en Allemagne. Dès le début des années 1950 pourtant, le poète lit le philosophe et le philosophe lit le poète.
    Leur correspondance l´atteste, et aussi les notes de lecture que chacun porta sur les écrits de l´autre : ces deux oeuvres se sont fécondées.

    Ce livre est un travail de restitution et de mise au point. Il est surtout une réflexion, presque quarante ans après, sur une rencontre dont le sens doit aujourd´hui encore nous requérir. Le dialogue de la poésie et de la pensée prend une résonance étrangement actuelle, en notre temps de deuil et de péril.

  • Après les bouleversements des années 1990, le monde se recompose. Mais les transitions, qu´on annonçait faciles, se révèlent laborieuses, malaisées et, dans certains cas, porteuses de menaces plus que de promesses.

    Présentée comme le triomphe de la démocratie sur le totalitarisme, la victoire du monde occidental n´a été contestée ni dans son effectivité, ni dans sa légitimité. Mais, on le sait, plus une légitimité est forte, et plus elle suscite des attentes qui ne souffrent pas d´être déçues ; or, il semblerait qu´on ait pris le parti d´y répondre dans la seule langue du marché.

    A l´échelle européenne, sans que l´on puisse parler d´échec, la réunification allemande n´est pas aussi facile à réaliser que certains l´avaient cru, et il n´est pas impossible que l´Union européenne ait, elle aussi, à souffrir d´avoir sous-estimé, en s´élargissant, l´insolubilité de l´histoire dans l´économie notamment si elle tarde (ou, pire, si elle échoue) à se doter des moyens de son intégration politique.

    Par ailleurs, à l´échelle mondiale, on sait depuis le 11 septembre 2001 que la globalisation sans frein du marché et l´hégémonisme arrogant de l´Occident engendrent bien plus que des résistances.

    Tels sont les principaux thèmes abordés par ces écrits politiques, rédigés entre 1998 et 2003. Autant de plaidoyers en faveur d´une politique animée par les principes de justice et de démocratie.
    On trouvera, en outre, dans ce recueil les textes qui furent à l´origine de la réflexion récente de Jürgen Habermas sur les problèmes de la médecine reproductive face à l´individualisme marchand.

  • " Sous l´influence grandissante de l´école néoclassique américaine qui a totalement envahi l´enseignement économique depuis les chocs pétroliers, toutes les richesses de la vision keynésienne et marxiste de la réalité économique et sociale ont été indûment dispersées au vent. Le défaut de culture d´une très grande majorité des étudiants dans ce domaine est manifeste et des plus inquiétants - pour eux. Il les laisse démunis face à des menées dont certaines sont purement idéologiques et qui, médiatisées, offrent très peu d´espace à l´esprit critique et, surtout, à l´indépendance d´esprit qui doit être la première attitude de tout scientifique.
    L´étudiant ou le professionnel est supposé capable de trouver, seul, dans l´immense foisonnement de la littérature économique, les outils dont il a besoin.
    Un regard porté sur la recherche économique au cours des deux derniers siècles nous a pourtant amené à distinguer quatre grandes convergences, les paradigmes, dans la façon de parvenir à représenter la réalité économique et sociale :
    L´orthodoxie libérale, le déterminisme révolutionnaire, l´hétérodoxie réformiste et le positivisme institutionnel.
    L´enseignement des grandes lignes des paradigmes, qui constituent autant de piliers de la science économique, a pour objectif essentiel d´empêcher que les étudiants ne soient entraînés à entrer dans des chapelles où on les tiendrait soigneusement enfermés et à l´air desquelles ils finiraient par s´habituer au point de ne pouvoir respirer à l´extérieur... Ajoutons que proposer quatre visions du même monde était et demeure la seule voie possible pour une connaissance sociale qu´aucun paradigme, même pas les quatre ensemble, n´épuisera jamais. " A.C.

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